Séries Mania 2018 – Compétition Officielle : Les femmes à l’honneur

Découvertes en compétition officielle, trois séries se proposent de mettre en avant des personnages féminins forts qui luttent au quotidien contre les galères de la vie. Entre la rétro American Woman, la cynique An ordinary woman (venue de Russie) et la nouvelle création de Abi Morgan, The split, il va pourtant bien falloir choisir.

American Woman : Retro Desperate Housewives

Une série américaine de John Riggi diffusée sur Paramount Network avec Alicia Silverstone, Mena Suvari, Jennifer Bartels, Makenna James, Lia McHugh

Synopsis : American Woman raconte l’histoire de Bonnie Nolan, une mère de famille peu conventionnelle qui se bat pour élever ses deux filles après avoir quitté son mari, pendant la deuxième vague féministe des années 70 à Los Angeles. Bonnie doit compter sur l’aide de ses deux meilleures amies, Kathleen et Diana, avec qui elle découvre sa propre indépendance.

Cette nouvelle comédie portée par Alicia Silverstone (que l’on avait un peu perdue de vue) n’échappe pas à la comparaison avec la série culte Desperates Housewives. Même mélange curieux entre comédie et mélo, mêmes relations tendues entre hommes et femmes et retour en force d’un langage cru que l’on considère trop souvent comme la chasse gardée des personnages masculins. Ajoutons à cela que American Woman prend également place dans l’univers de la haute bourgeoisie américaine, et vous faites rapidement les connexions s’imposent.

Toutefois, John Riggi arrive à s’écarter du modèle involontaire par deux angles d’attaque : le contexte rétro des années soixante-dix, avec en arrière-plan la seconde vague féministe américaine, et l’absence d’intrigues rocambolesques empruntées au polar (dont la série de Marc Cherry abusait un peu). Les épisodes courts de 30 minutes ne racontent que la prise d’indépendance de ces trois femmes, dont une « trophy wife » qui n’a jamais travaillé de sa vie mais a quand même choisi de mettre son mari dominateur à la porte.

Rien de bien nouveau donc dans cette nouvelle production. Néanmoins, les répliques cinglantes, les touches d’humour et quelques personnages séduisent. On se laisse porter par les aventures de cette mère au foyer perdue, découvrant la joie des factures à payer, des comptes à gérer, et le sexisme du monde du travail. Même le jeu un peu exagéré d’Alicia Silverstone finit par porter ses fruits, lorsque l’on comprend sa situation schizophrénique : obligée de faire bonne figure, sourire figé sur le visage quand tout le monde semble vouloir sa mort sociale. Le décalage temporel ajoute même un léger vertige quand on se rend compte que la situations n’a pas tant évolué aujourd’hui.

American Woman n’évite pas quelques écueils et tombe parfois dans la caricature (le patron ouvertement sexiste, l’acteur gay qui cache son homosexualité…) mais reste porté par une énergie communicative et une bande sonore d’époque qui fait toujours son petit effet.

 

 

An ordinary woman : Maman, fleuriste et maquerelle

Une série russe de Valery Fedorovich et Evgeny Nikishov diffusée sur TV3 Channel, avec Anna Mikhalkova, Evgeny Grishkovetz, Alexandra Bortich, Maria Andreeva et Aglaya Tarasova

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Synopsis : Marina a 39 ans. Fleuriste en façade, maquerelle en secret, elle jongle habilement entre ses filles et ses deux activités mais le fragile équilibre semble menacé lorsqu’elle reçoit un appel téléphonique à propos de l’une de ses escorts.

Nous vous avions fait part de notre déception à la vision de The counted, tant les occasions de poser nos yeux sur les productions télé russes sont rares. On retente le coup avec An ordinary woman, qui éveillait notre curiosité par son sujet hors norme. Une mère de famille qui attend son troisième enfant partage sa vie entre sa boutique de fleur… et son réseau de prostitution.

Derrière la bonne mère de famille un peu replète, vivant dans un HLM, se cache une véritable femme d’affaire qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. A la fois chronique familiale, critique sociale et comédie noire, An ordinary woman a tous les éléments en main pour devenir un classique.

Et pourtant difficile de cacher notre légère déception devant le premier épisode. Si quelques scènes fonctionnent bien et que tous les acteurs sonnent justes, l’ensemble souffre d’un rythme bancal. La série devient prenante quand on découvre l’architecture de ce réseau particulier, mais un peu ennuyeuse quand on s’intéresse à la famille. Certains clichés semblent également difficiles à éviter, comme le mari qui trompe sa femme, ou la petite fille en quête constante d’attention. Peut-être aurait-il fallu voir d’autres épisodes pour se faire une idée plus précise du ton de la série. Mais avec juste le pilote, difficile d’être complètement séduit, même si l’on reste intrigué.

The Split : Avocates sur mesure

Une série anglaise d’Abi Morgan diffusée sur BBC One, avec Nicola Walker, Deborah Findlay, Annabel Scholey, Fiona Button, Meera Syal, Stephen Mangan, Barry Atsma, Anthony Head et Rudi Dharmalingham

Synopsis: The Split explore le mariage moderne à travers le prisme des Defoes, une famille de femmes avocates londoniennes spécialisées dans les cas de divorce, qui doivent faire face au retour de leur père après trente ans d’absence. 

Comme pour nous rassurer sur le féminisme de The Split, il nous est souvent rappelé que Abi Morgan est celle qui se cache derrière le scénario de La Dame de fer. Ce film un peu oublié qui racontait l’ascension et la chute de Margaret Thatcher. C’était effectivement l’histoire d’une femme forte qui s’élève dans un monde masculin. Mais c’était aussi un film politiquement douteux (ne traitant l’histoire que par ses belles images), qui flirtait parfois avec le nanar hagiographique. Mais après tout, pourquoi pas…

Néanmoins, vendre un talent sur un film qui en manquait cruellement est un peu dangereux, et à la vision de ce premier épisode, l’on en vient à se demander par quel miracle Abi Morgan a t-elle réussi à se faufiler en compétition officielle. Le premier épisode d’une heure parait en durer le triple, et l’intrigue familiale (encore) surpasse tout le reste par le désintérêt total qu’elle suscite.

Une famille d’avocates qui, évidemment, seront amenées à s’affronter au cours de différentes affaires de divorces mettant en jeu des couples de banquiers, de célébrités… ou n’importe qui avec un compte en banque à plus de dix chiffres. Elles sont belles, riches, élégantes, paradant dans de beaux tailleurs que sûrement très peu de téléspectateurs pourront s’acheter. Mais elles ont des problèmes elles aussi. Leur mère les a élevées toute seule car leur père est parti, et les cas de divorces qu’elles enchaînent les rendent soupçonneuses quant à la solidité de leur propre couple.

Passons donc sur le « féminisme » vu uniquement par le prisme de la vie de couple hétérosexuel et attardons nous sur l’autre problème : The Split est la définition de la série clinquante. Dans la plus pure tradition des soap familiaux, les personnages étalent un certaine richesse à l’écran qui frôle parfois l’indécence. Et cachez ce pauvre que je ne saurais voir.

Mais peut-on avoir de l’empathie pour ces couples qui se déchirent quand, l’intérêt financier dépasse de cinq chiffres le salaire moyen du téléspectateur ? A une époque où le capitalisme et l’accumulation des richesses sont de plus en plus critiqués, une telle production laisse pantois devant son défilé de talons et de cravates qui prend son sujet à bras le corps, sans ironie ni distance aucune.

Oui, ce sont des femmes indépendantes ; oui, elles gèrent leur carrière et leur famille plutôt bien… Mais à part ça, Abi Morgan n’a pas grand chose à raconter, et semble toujours penser que mettre un personnage féminin au premier plan fait automatiquement une œuvre féministe.

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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