Séries Mania 2018 – Formats Courts : DOXA et Fucking Adelaide

Retour à la sélection Formats Courts de Séries Mania 2018, avec la présentation de la nouvelle production de Studio 4, DOXA, qui plonge dans le monde des statistiques, et Fucking Adelaide, chronique familiale délirante venue d’Australie.

DOXA : Amour, gloire et statistique

Une série française d’Alexandre Pierrin avec Sébastien Chassagne, Aude Gogny-Goubert, Romain Vissol et Jina Djemba   

Synopsis: Chargé d’étude en institut de sondage, Arthur est un génie des statistiques qui vaporise la grisaille de son quotidien dans les paradis artificiels. Un jour, il inverse par erreur les résultats d’un sondage et personne ne s’en aperçoit. Pire, ses conclusions se vérifient. Prenant conscience du pouvoir qu’il a entre les mains, Arthur va commencer à en jouer.

Donne-t-on trop de crédit aux statistiques et aux instituts de sondage ? C’est la question que voudrait nous poser DOXA en suivant les aventures d’Arthur, expert chez Iflop, qui stagne dans sa vie et se réfugie dans les chiffres de la vie quotidienne. Blasé par les techniques de manipulation d’opinion qu’il met régulièrement en place, Arthur doit également jongler avec un ami d’enfance anarchiste qui squatte son canapé, une patronne castratrice, une famille qui ne comprend pas ce qu’il fait et une vie amoureuse inexistante.

Certaines idées fonctionnent bien, comme ces moments où le personnage cite des statistiques précises sur des événements anodins, ou lorsqu’il fait un power point pour résumer sa vie de couple passée. L’ensemble se regarde sans déplaisir (même si voir une web série projetée sur un écran de cinéma a quelque chose d’étrange).

Toutefois nous sommes obligés  de noter que rien ne ressemble plus à une production web française qu’une autre production web française. La bande à Descraques est passée par là et il semble difficile pour n’importe quel autre créateur de faire des propositions nouvelles. On a la même ambiance d’intérieur (avec les lieux centraux du canapé et du bureau), le même humour « corporate » développé dans Les Opérateurs ou La théorie des Balls, et bien sûr le montage ultra-cut sur des plans fixes. D’autant que ce sont une fois de plus les mêmes visages qui tournent, soit la bande du Golden Moustache (Justine LePotier, Nicholas Berno, Aude Gogny-Goubert), renforçant l’impression d’un petit monde fonctionnant en circuit fermé. Ce n’est pas contre DOXA, ni contre les comédiens, mais au bout d’un moment on aimerait bien voir de nouveaux visages.

Fucking Adelaide : un degré de séparation

Une série australienne de Sophie Hyde avec Kate Box, Tilda Cobham-Hervey, Brendan MacLean, Geoff Morrell, Audrey Mason-Hyde, Beau Travis Williams et Pamela Rabe

Synopsis: Une famille se retrouve à l’occasion de la mise en vente de leur maison d’enfance. Leur harmonie précaire vole en éclats lorsqu’ils sont tous contraints d’affronter un passé qu’ils auraient préféré cacher sous le tapis. Alternant les points de vue, cette comédie dramatique raconte à quel point il est à la fois beau et terrible de rentrer au bercail.

A cause d’un planning chargé, nous n’avons pu voir qu’un épisode sur les trois projetés. Mais quel épisode ! D’entrée de jeu, avec ce gamin qui tente un karaoké, encouragé par sa sœur, pour oublier les cris de son père dans la pièce adjacente, nous sommes mis dans l’ambiance. « Je suis sûr que tu as beaucoup de talent » dit la grande sœur. Un cut, et nous retrouvons ce petit garçon devenu grand, faisant un concert minable dans un bar. Jeté à la rue par son ex petit ami, n’ayant plus rien, il est obligé de repartir dans la petite ville d’Adélaïde, où tout le monde se connaît.

Sophie Hyde maîtrise clairement les rupture de tons, passant du drame à la comédie pure de façon imperceptible. Dès ces premières minutes, tous les personnages de cette famille déglinguée sont facilement identifiables et attachants. L’ironie est toujours présente, mais l’émotion aussi.

L’Australie serait-elle le nouveau bastion de la création web ? On aurait envie d’y croire. En tout cas, on veut absolument voir la suite de Fucking Adelaide.

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.