Séries Mania 2018 : The Chi et Fenix

Terre d’accueil des propositions sérielles en tout genre, la 71e édition de Seriesmania affirme chaque jour sa volonté de faire rimer singularité avec diversité. La preuve avec The Chi et Fenix, deux séries que tout oppose sinon une envie commune de défendre leur identité dès leurs premières minutes.

The Chi, Chicago Hope

Créée par Lena Waithe, scénariste-productrice-actrice que l’on a pu voir notamment dans Master of none ou plus récemment dans Ready Player one de Steven Spielberg, The Chi renvoie à ces films « de quartiers » tels que Martin Scorsese ou Spike Lee ont pu en réaliser. Chronique chorale qui se propose de lier plusieurs destins à la(dé)faveur d’une série d’événements malheureux dans la banlieue réputée terrible de Chicago, The Chi s’affilie aux réalisateurs pré-cités par la justesse du regard porté par ses instigateurs. Désireux de tourner le dos aux images d’Epinal sensationnalistes sans se montrer complaisant avec la réalité dépeinte, la série découle d’une volonté manifeste de restituer un quotidien au point de vue de ses habitants. The Chi parvient à concrétiser partiellement sa note d’intention, notamment au travers d’une galerie de personnages attachants qui essaient chacun de tenir la violence ambiante à l’écart de leur vie. Pourtant, ce sont des meurtres qui vont faire entrer en contact des trajectoires altérées par la tragédie, cristallisant ainsi le sort d’une communauté de destins soumises à l’arbitraire le plus morbide.

the-chi-serie-chronique
You’are talking to me ?!

Il y a du David Simon dans cette tentative de matérialiser les liens holistiques qui unissent les individus ainsi que les codes et mœurs tacites qui régissent les modes de vie. Cependant, plus proche du naturalisme dramatisé à la Paul Haggis que de l’anthropologisme existentiel du créateur de The Wire, The Chi souffre d’une tendance à enchaîner ses gammes dans la précipitation, au point de forcer la main aux événements, un peu à l’instar du second. Une sensation sans doute relayée par la boulette des projectionnistes, qui ont inversé l’ordre des épisodes projetés. Pas idéal pour l’immersion, même si certaines approximations de caractérisation et d’écriture semble confirmer néanmoins que la série cherche encore sa musicalité dans la polyphonie ambiante. Le tout emporte néanmoins l’adhésion grâce à ses personnages incarnés par une troupe d’acteurs formidables (dont Jason Mitchell, Easy-E dans Straight Outta Compton). A suivre donc, la série de Showtime étant d’ores et déjà renouvelée pour une deuxième saison.

Fenix, mobil-home et ecstasy

fenix-serie-kpn
Une réunion de chantier pas comme les autres

Nettement plus maniérée, la série hollandaise Fenix s’intéresse également au parcours d’une communauté particulière. En l’occurrence une communauté de vendeurs d’ecstasy dans la campagne battave près de la frontière belge, dont le quotidien bascule dès les premières images de l’épisode pilote projeté pendant le festival. Avec son ambiance tirant volontiers vers l’abstraction nocturne, la place accordée aux non-dits ou ses scénettes énigmatiques, la série de Shariff Korver et Marco Van Geffen affirme sa volonté d’appartenir à une nouvelle génération de shows. Celle qui refuse l’ancienne ligne de démarcation cinéma/télévision et refuse d’entretenir des complexes esthétiques vis-à-vis de son aîné du grand-écran. Mais si on ne peut que saluer le soin accordé à la mise en scène, on est beaucoup plus circonspect sur l’efficacité dramatique de l’ensemble. On éprouve ainsi quelques difficultés à percevoir un vrai point de vue au-delà de sa coquetterie formelle, ou un personnage suffisamment fort pour accrocher le point de vue. A plus forte raison que le dénouement de l’épisode rebat les cartes de façon pour le moins radicale. A voir si et comment cette série qui semble, à l’instar de True Detective , pensée comme un film de plusieurs épisodes ajuste sa note d’intention par rapport aux propriétés du médium. En ayant à l’esprit que même dans le chef-d’œuvre réalisé par Cary Fukuyama, c’était bien les personnages solides qui drivaient le récit.

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.