Legion, une série de Noah Hawley : critique du pilote

Alors qu’on commençait à en avoir marre des films et séries Marvel, voilà que Noah Hawley nous fait penser le contraire en sortant le très surprenant pilote de Legion, la nouvelle série inspirée de l’univers X-Men, diffusé mercredi dernier sur FX.

Gainsbourg, Bollywood et démon aux yeux jaunes.

Si Marvel et DC se font la guerre au cinéma, c’est aussi le cas sur le petit écran. Entre Arrow, The Flash et bientôt The Defenders qui réunira tous les super-héros Marvel des séries Netflix, les shows dédiés aux super-héros s’additionnent ; et aussi alléchante qu’était la bande-annonce de Legion, il y avait de quoi s’inquiéter, notamment avec l’inégale nouvelle saga de films X-Men. Mais c’était sans compter sur le talent de Noah Hawley, écrivain surtout connu par les sériephiles comme le créateur de la très bonne série Fargo, inspirée du film des frères Coen.

Hors du temps, dans un décor rétro futuriste, où des gens aux habits tous droit sortis des seventies pianotent sur des tablettes, Legion frappe immédiatement par sa minutie des décors et sa photographie sublime. Alternant les couleurs pâles et délavées de l’hôpital psychiatrique dans lequel David, un jeune schizophrène, est interné, à l’orange chaleureux ou au bleu électrique, la série de Noah Hawley a une esthétique singulière qui nous plonge dans une aventure sensorielle.
Ouvrant sur une séquence qui retrace la vie de David qui entend des voix depuis sa naissance, Legion surprend par la fluidité et le dynamisme de sa réalisation. Une mise en scène audacieuse qui ne se donne aucune limite.  Noah Hawley (qui réalise ce premier épisode), retourne la caméra, use des ralentis et des surimpressions. Une abondance d’effets qui vient brouiller une structure narrative déjà bien fragmentée et qui nous plonge dans la tête de David, paranoïaque schizophrénique à l’esprit discordant et torturé. On se retrouve alors encore plus perdu que lors d’un épisode de Mr Robot, comme si l’on se retrouvait face à l’adaptation sérielle de The Dark Side Of The Moon de Pink Floyd (l’influence est d’ailleurs très claire, puisque la fille dont David s’entiche se prénomme Syd Barrett, qui n’est d’autre que le nom de l’un des musiciens du groupe). Plongé dans un trip surréaliste, nos sens se bousculent et, entre une chanson des Rolling Stones et des Who, on entend des chuchotements et autres sons parasites qui viennent altérer notre perception de la réalité. Et bien que Legion demande une certaine concentration, elle ne nous perd jamais. Au contraire, elle fascine de par sa capacité à filmer l’intérieur d’un esprit aussi complexe et désordonné avec autant de maitrise et paradoxalement, de limpidité.

Legion mélange les genres, parfois à la limite de l’horrifique comme lors de cette scène oppressante où l’hôpital baigne dans une lumière rouge avec en fond, les cris des patients que l’on entend à travers les murs désormais sans portes ou encore lors des apparitions aussi soudaines que terrifiantes de l’effroyable démon aux yeux jaunes. Mais on retrouve à bien des moments l’humour incongru de Fargo, avec ce patient, constamment “caché”, imperturbable, dans la végétation du mur de la salle commune ou avec des scènes surprenantes comme la danse bollywoodienne sur Pauvre Lola de Gainsbourg. Humour saugrenu appuyé par les expressions naïves, presque enfantines de David, joué par un très bon Dan Stevens (Matthew Crawley dans Downton Abbey) au regard perdu et halluciné.

Loin des séries de super-héros qu’on connait, sans combats hyper chorégraphiés, Legion surprend par son originalité et sa prise de risque et nous offre un des meilleurs pilotes de série aussi déconcertant que captivant. Mais une fois sorti de l’asile et lorsque David prendra de plus en plus conscience de ses pouvoirs, la série continuera-t-elle à nous déstabiliser par son audace ou s’assagira-t-elle ?

Legion, saison 1 : Bande-annonce

L’histoire de David Haller, le fils schizophrène du professeur Xavier, un homme sujet depuis l’adolescence à une maladie mentale. Au cours d’un de ses nombreux séjours en hôpital psychiatrique, une étrange rencontre avec un patient lui fait réaliser que les voix qu’il entend et les visions auxquelles il est confronté pourraient se révéler vraies.

Legion : Fiche Technique

Création : Noah Hawley
Réalisation : Noah Hawley, Michael Uppendahl, Dennie Gordon, Larysa Kondracki, Tim Mielants, Hiro Murai
Scénario : Noah Hawley
Interprétation : Dan Stevens (David Haller), Rachel Keller (Syd Barrett), Jean Smart (Melanie Bird), Audrey Plaza (Lenny Busker), Jeremie Harris (Ptonomy Wallace), Amber Midthunder (Kerry Loudermilk), Katie Aselton (Amy Haller), Bill Irwin (Cary Loudermilk)…
Direction artistique : John Alvarez, Michael Corrado
Décors : Michael Wylie
Costumes : Carol Case
Photographie : Craig Wrobleski
Montage : Curtis Thurber, Regis Kimble
Musique : Jeff Russo
Casting : Regis Kimble, Nicole Daniels
Production : Simon Kinberg, Bryan Singer, Jeph Loeb, Noah Hawley, Brian Leslie Parker, John Cameron, Jim Chory, Lauren Shuler Donner
Sociétés de production : FX Productions, Marvel Television, 26 Keys Productions
Chaine d’origine : FX
Pays d’origine : États-Unis
Genre : Drame, fantastique, action
Format : 8 x 60 minutes
Diffusion : à partir du 09 février aux États-Unis

États-Unis 2017

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Perrine Mallard
Perrine Mallardhttps://www.lemagducine.fr/
J’ai grandi avec Luke Skywalker, Korben Dallas et la bande de Friends. Rêvé de devenir un gangster comme dans les films de Scorsese. Me suis prise pour une cinéphile après avoir vu Pulp Fiction et découvert mon amour pour le cinéma avec les films des frères Coen. J’aime la poésie de Sofia Coppola et l’imaginaire de Wes Anderson. Je préfère presque toujours les méchants. Et mes films préférés sont entre autres : Bronson, Un Tramway nommé Désir, Donnie Darko, The Dark Knight, Thelma & Louise, Somewhere, Mad Max : Fury Road, The Voices, Snatch et la plupart des Coen. J’ai découvert les séries avec Supernatural pour ensuite me tourner vers The Walking Dead, Misfits et continuer avec The Office, Hannibal, True Detective pour ne jamais m’arrêter, à tel point que je ne peux plus me passer de ma dose quotidienne. Néanmoins, j’ai la fâcheuse tendance à dire que les premières saisons sont les meilleures. Je n’ai pas de préférence entre le cinéma et les séries, tout comme je n’en ai pas concernant les genres, les seuls films/séries qui ne me plaisent pas sont ceux qui me laissent indifférente.

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