Larguées, une comédie d’Eloïse Lang remarquée à l’Alpe d’Huez, mais embourbée et mal fagotée

La créatrice de Connasse, Eloïse Lang, réunit son héroïne préférée, Camille Cottin avec une autre humoriste, Camille Chamoux et l’indétrônable Miou-Miou dans Larguées, une comédie féminine et familiale grotesque et brouillonne.

Après une version danoise en 2014, All Inclusive de Hella Joof, puis suédoise en 2017 de Karin Fahlen, Larguées reprend donc quasi traits pour traits (ça évite de trop réfléchir par soi-même) les situations absurdes de la même comédie. Malgré des intentions louables de vouloir « sauver » une mère dépressive lors d’un séjour en famille sur l’île de la Réunion, la comédie « portée » par un trio féminin se voulant détonant enchaîne drôleries et vulgarité pour terminer sa course hors du circuit. L’accident était loin d’être prévisible. Des réparties cocasses et bien ponctuées, un terrain certes plus cliché tu meurs, mais le gage de réussite était pourtant annoncé avec trois bonnes actrices, un décor somptueux et la tendresse des meilleurs feel good movies.

larguees-panorama-altitude-film-castingEntre Les Bronzés et Little Miss Sunshine sur le papier, Larguées s’avère être, comme son nom l’indique, un naufrage par ses mauvais choix de réalisation et surtout scénaristiques. Le premier mauvais choix fut d’enfermer Miou-Miou, la mère soixantenaire dans un mutisme grossier et incompréhensible. La relayant lors de la première moitié du film vers les bancs des seconds rôles, aux côtés de son nouvel « amour » au charisme d’un téléfilm made in TF1, l’accent en moins, la réalisatrice/scénariste fait l’erreur d’enfermer ses personnages principaux dans des bulles stéréotypées à des fins comiques. On frôlait déjà un certain ridicule dans le film de Noémie Saglio, Telle Mère, telle fille, avec Cottin, pondérée, et Binoche, post-adolescente. Ici, les écueils sont répétés jusqu’au soulignement. Chamoux joue le versant sage et rangé, mère de famille ordonnée. Cottin, irresponsable, aux allures rockeuses de lendemain de soirée. On le montre dès les premières minutes comme par facilité, quand la minette libérée et décomplexée sort de boîte à midi pour retrouver sa soeur et sa mère à l’aéroport. Tandis que de l’autre, par antinomie et manichéisme vain, est une mère qui étiquette tous les plats du frigo en minaudant comme la parfaite mère poule face à un mari lourdé en slip au petit déjeuner. Entre les deux, Miou-Miou assise avec sa valise. On apprend très vite que le père garde contact avec la plus « dévergondée », peu étonnant puisqu’ils se ressemblent, et lui annonce dans l’avion (à quelques jours de l’anniversaire de leur mère) qu’il attend un enfant. L’approche quasi-bouffonne s’apparente à une mauvaise parodie de Molière. Faire rire par excès semble donc être le leitmotiv qui va suivre. Le personnel du camping tout droit sorti d’un spin off des Bronzés toujours composé du coatch sportif aux allures de Michel Blanc moustachu, du barman, entre le charme (somme toute plat) d’un Thierry Lhermite (il porte le même prénom cependant !), la coupe de Clavier, l’accent flamand en plus, de l’hôtesse qui n’a que la couleur de cheveux de Marie Anne Chazel tandis que le danseur arabo-africain veut faire du Murphy, mais est moins empoté que Jack Black. Il ne manque plus que Josiane Balasko et, heureusement, car déjà qu’on s’y perd dans le club Camping Paradis où les seuls autres touristes sont joués par un garçon ouvert d’esprit et plus mature que son âge et son père dépressif en professeur de philo. Les personnages semblent donc se soutenir comme des cartes ou des quilles, les unes autres, à des fins narratifs et comiques, comme pour rebondir face à un reproche ou une insulte, plus qu’ils ne dialogues réellement entre eux. Le passage en ellipses sur la plage durant lequel Camille cherche le parfait homme à présenter à sa mère frôle le ridicule toujours par excès : le tatoué, le couple homosexuel, efféminé et misogyne…

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Elle ne trouve même pas d’autres clichés. Mais la sauce prend par moment, lorsque les deux sœurs s’unissent pour courir sauver leur mère. Cela ne rime un peu à rien et l’errance en pleine mer, après avoir débattu de la mort face à un petit garçon qui à perdu sa mère (de très mauvais goût), a le même effet qu’un coup d’épée dans l’eau. Pourquoi les personnages braillent-ils autant ? Eloise Lang les transforment de ce fait en pantins d’un vaudeville ensoleillé. Lorsque la mère refuse de sortir et que les deux sont obligées de trépigner comme des enfants de 4 ans pour la faire changer d’avis… Il y avait d’autres moyens de parvenir à ses fins, non ?

Les mauvais choix foisonnent et s’enchaînent dans des bulles sensibles qui ne trouvent aucun écho et finissent par retomber comme des blancs en neige. Le concept du deuil, la confrontation à la perte de l’être cher au sein du duo père/fils est joliment bien trouvé, mais ne dessert ni les motivations de Cottin, ni ceux de la mère pourtant esseulée (elle ne parlera à aucun des deux). Et allons savoir pourquoi : Chamoux reste fixée sur la fin de vie du nouvel Apollon de sa mère ! La balance est en constante oscillation, comme frénétiquement, entre nécessité de parler de la mort et même besoin pressant de s’en relever. Le concept du couple n’est malheureusement jamais creusé, tout juste suggéré à trois différentes reprises. Le flamant et la mère dans leur coin, papillonnant. Chamoux et son mariage heureux, en apparence… Car sans crier gare, elle s’essaie à draguer pour se décoincer, mais mettre le pied à l’entrejambe d’un parfait inconnu (en deuil qui plus est) ou s’essuyer la langue sur les lèvres de manière vulgaire et surtout maladroite est une fois de plus une b(m)ondieuserie bannissable. Puis Cottin et ce père en deuil qui ne se courtisent jamais, mais dont le rapprochement est étrangement attendu sans jamais arriver… D’autres moments de vide viennent ponctuer cette impression de non sens. L’épisode « Pretty Woman » où les filles tentent de trouver une robe à leur mère. Les spectacles de danse du personnel. Le pique-nique lors d’une excursion où l’on apprend que l’hôtesse Lily et Thierry sont frère et soeur.chamoux-drague-scimeca-largues-film

Mais le film n’est pas sans intérêt pour autant, ce qui en est extrêmement étonnant. L’écart et les conflits en exercice nous sont familiers. Camille Cottin qui tire son épingle du jeu est pétillante. Elle mérite son prix d’interprétation féminine au dernier festival d’Alpe d’Huez. Tout ne retombe pas à plat et les paysages cartes postales ainsi que certains dialogues relativement piquants nous font tenir sur la courte durée.

Avec Larguées, on ne perd que très peu de son temps, finalement. Si le rire est parfois poussif par certains spectateurs badauds en mal de comédie, le soupir est souvent de mise. Miou Miou est relayée au second plan alors qu’elle incarne pourtant l’enjeu principal : la « déridation » d’une femme elle aussi endeuillée. Comment trouver une seconde jeunesse ? Profiter de la vie ? Délester certains poids du passé ? Le film n’apporte pas vraiment de réponses. Il n’en a pas la prétention. Il est une tentative, grossièrement maladroite de ce que le bonheur pourrait être : des vacances en famille dignement vécues comme un road trip sous ecsta. That’s not life !

Larguées : Bande-annonce

Larguées : Fiche Technique

Scénario et réalisation : Éloïse Lang
D’après le film All Inclusive d’ Hella Joof
Musique : Fred Avril
Producteurs : Stéphanie Carreras et Philippe Pujo
Directeur de la photographie : Antoine Monod
1er assistant réalisateur : Bastien Blum
Scripte : Bérangère Saint-Bezar
Montage : Valérie Deseine
Son : Stéphane Bucher, Serge Rouquairol, Marc Doisne
Décors : Philippe Chiffre
Sociétés de production : Pathé, Estrella Productions, France 3 cinéma, Les Films Chaocorp, CN7 Productions
Société de distribution : Pathé
Durée : 92 min.
Genre : comédie
Dates de sortie : 20 janvier 2018 (Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez) ; 18 avril 2018 (sortie nationale)

Festival

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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