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Par Odin, Les Vikings de Richard Fleischer débarque en Blu-ray

Le 4 décembre est sorti dans un coffret Blu-ray soigné par les éditions Rimini et ESC Distribution le formidable Les Vikings. Réalisé par le grand mais encore trop méconnu Richard Fleischer, Les Vikings nous plonge dans un conte nordique qui croise le fer, éveille les dieux, et passionne ses héros barbares.

Synopsis :  Au Xème siècle, les Vikings sèment la terreur sur les côtes d’Angleterre. Ragnar, le chef viking, tue le roi et viole la reine. Cette dernière donne naissance à Eric qui sera capturé par les Vikings et élevé comme esclave. Devenu adulte, il affronte Einar, le fils de Ragnar, et le défigure en lançant contre lui son faucon. Quelques temps plus tard, Morgana, la future reine d’Angleterre, est enlevée par Einar qui cherche à la séduire, mais elle tombe amoureuse d’Eric.

Il était une fois… C’est comme ça que tous les films devraient commencer.

– Kirk Douglas dans l’interview déterrée par Rimini pour son édition des Vikings

L’acteur et producteur Kirk Douglas savait pertinemment ce qu’il tournait.Un film historique certes, mais surtout une fable, un conte. Le grand monsieur voulait arrêter de tourner dans des films graves pour s’ouvrir à des périples plus enchanteurs autant pour lui que pour le spectateur. Un « rêve de gosse » qu’il voulait partager avec toute la famille. Douglas produit le film avec sa propre société Bryna Productions. Il embauche Richard Fleischer, réalisateur du Voyage Fantastique, de Soleil Vert, des Flics ne dorment pas la nuit, ou encore de la grandiose adaptation du fameux roman de Jules Vernes pour Disney, 20 000 lieux sous les mers. Justement, les deux hommes se sont rencontrés sur le tournage de ce dernier dans lequel le personnage de Douglas devait tenir tête à un Némo impérial incarné par James Mason. L’acteur-producteur emmène une équipe euro-américaine dans les paysages du nord. Un minimum de studio pour permettre au rêve de gosse de s’épanouir grandeur nature. En ressort un miracle de cinéma qui nous happe pour expérimenter un récit merveilleux où combats à l’épée croisent un héros prophétique et amoureux, ainsi qu’un background historique passionné par une équipe qui ne demandait qu’à donner le meilleur à leur spectateur.

Dans la culture populaire, les vikings évoquent la barbarie, la violence et le sang versé au service des dieux du nord dirigés par Odin. Le film va nuancer tous ces propos dès son générique qui explique visuellement et en voix off que le viking veut mourir l’épée à la main afin de pouvoir rejoindre Odin au Valhalla. Le code d’honneur est alors posé et aura son importance tout au long du film. Le long métrage nous les présente d’abord barbares, assassins et violeurs dans un combat à mort contre le Roi d’Angleterre. L’union forcée entre la reine et Ragnar, chef des Vikings, a cependant été féconde. Alors que le roi assassiné est remplacé par un noble arrogant et vain, la reine s’assure que son fils survivra et lui lie un petit objet qui permettra à ceux qui survivront au règne de terreur de l’imbécile royal de reconnaître cet héritier « légitime » selon la reine. En effet, elle aime son enfant comme s’il était de son défunt mari, et elle reste malgré tout souveraine d’Angleterre. Après le lancement du récit du « retour du roi » (qui sera mystifié avec la guide spirituelle du village viking), et l’assombrissement du visage de l’Angleterre avec le nouveau roi, les vikings nous apparaissent majestueux, naviguant dans leur formidable drakkar. La musique composée par Mario Nascimbene vient amplifier la grâce des images de Fleischer : les vikings ne sont plus juste des barbares habités par un appétit sanglant, mais des figures mystérieuses, grandioses et dont le caractère inarrêtable est marqué par la marche orchestrée par le compositeur. Ces mêmes vikings sont aussi des amuseurs, qui jouent tantôt dangereusement avec des hachettes, tantôt tels des enfants prêts à sauter sur des rames et éviter de prendre l’eau. Les vikings ne sont pas juste les légendaires sauvages peints ici et là dans nos esprits d’enfants. Ragnar tiendra à ce que leur allié anglais comprenne qu’ils sont aussi des « êtres civilisés ».

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Kirk Douglas incarne Einar dans Les Vikings – Copyright : MGM

Justement, la communauté viking n’échappe pas aux motifs de la famille et de l’union « maritale » et/ou physique entre deux êtres. Deux motifs ici détournés par le récit de Fleischer : Ragnar aime aveuglement son fils et espère qu’il lui succédera après une mort honorable ; Einar pense bêtement que Morgana est fou amoureuse de lui et sera sa reine, alors qu’il a envoyé son père à une mort certaine en poussant la traque de Morgana jusque dans le brouillard maritime, en pleine nuit. Il considère toutefois Eric comme seul responsable de la disparition de son père. Enfin Ragnar explique que la mère d’Einar lui a résisté jusqu’aux ongles, on imagine bien une union forcée comme celle avec la reine. Idem du côté des anglais : une jeune femme, Morgana, est promise au roi avec pour seule et « grande mission » celle de lui donner un héritier. Quant à la reine, elle doit garder cachée la naissance de son fils et l’envoie alors chez les moines en Italie afin de le protéger du nouveau souverain. Tous ces problèmes vont être résolus grâce à Eric, modèle parfaitement écrit du « fils de deux mondes ». Son parcours est tracé par les dieux nous explique la guide spirituelle, et quiconque le tuera souffrira de la colère d’Odin. Le jeune héros incarné avec bestialité par Tony Curtis accomplit son destin : l’Angleterre retrouve la paix, Ragnar meurt dignement avec panache, si Morgana ne le déteste, Einar prendre alors sa haine, prêt à l’avoir à tout prix. Il en perdra d’ailleurs sa vie. L’amour de d’Eric l’esclave, et Morgana est sincère et non forcé par l’un ou l’autre. Et le fils exilé reviendra en Angleterre en tant que viking, combattant la bêtise royale pour sauver son amour. Aussi l’imagine-t-on prendre le contrôle du pays auprès de Morgana après avoir donné à Einar une mort et une cérémonie funèbre de héros viking. Car Einar est mort l’épée à la main et plus que ça. Prévenu par Morgana qu’Eric était son frère, Einar a finalement douté au moment de lui asséner le coup mortel. Pourquoi, questionne Eric après la confrontation terminée ? On image qu’il a trouvé la réponse alors qu’Einar a droit à une cérémonie funèbre viking magistrale. Einar était têtu et déterminé, mais il ne l’était pas au point d’être aveuglé par la réalité des sentiments et du sang lorsqu’il leva l’épée contre son propre frère dont l’image bestiale est un miroir rajeunissant de celle du père…

Combats à l’épée frissonnants dans des décors exotiques, forces institutionnelles obscures à vaincre pour obtenir le grand et vrai amour, lutte fraternelle inconsciente terminées dans la paix, prophétie du retour de l’enfant roi et fils de deux mondes, héros qui ignore tout de son père et plongé dans une guerre entre un monde institutionnel et une civilisation en rébellion avec celui-ci. Héros guidé par un religieux et des signes mystiques au court de voyages loin de la contrée à laquelle il était fermement rattaché (car esclave)… Les Vikings, adapté d’une légende historique nordique, est près de vingt-neuf ans avant Star Wars, une expérience cinématographique campbellienne. Un récit filmique qui, grâce à la remasterisation minutieuse de Rimini Films, confirme son caractère éternel.

À ce propos, le master proposé par Rimini porte bien les marques de l’éditeur, soit le parti-pris de présenter le film avec le grain d’origine de la copie travaillée. Malgré un manque de piqué, quelques plans abimés, et – dixit le critique Guillaume Méral – une colorimétrie manquant parfois de nuances, on peut applaudir le travail de la société, quand bien même on pourra espérer une meilleure copie du film – un master définitif – dans les années à venir. Si tant est que cela est possible. En effet, peut-être l’éditeur a-t-il obtenu la meilleure copie du film. On vous conseille d’ailleurs de lire l’article sur DVD.fr revenant sur la conception de l’édition des Vikings de A à Z.

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Quand aux bonus, eux aussi sont bel et bien signés Rimini qui, comme d’habitude, ont entouré leur métrage de compléments maisons (une intéressante rencontre avec Richard Fleischer menée en 1996 par Christophe Champclaux et Linda Tahir, les maîtres d’armes des accompagnements des éditions Rimini) et de trouvailles inédites (une formidable interview de Kirk Douglas à l’occasion de la sortie des Vikings). L’édition est complétée par la sempiternelle présence du DVD ainsi que par un ouvrage complet et rigoureux sur Richard Fleischer. Ce dernier ravira les fans et les curieux, le cinéaste n’avait pas eu d’ouvrage consacré en France depuis des décennies. Ainsi Rimini / ESC proposent un retour des Vikings à ne pas manquer, soit une édition qui illuminera vos sapins de Noël.

Bande-annonce du film (chez les éditions britanniques Eureka!)

Les Vikings– Caractéristiques techniques

COFFRET COMBO DVD + Blu-ray

1 DVD + 1 BLU-RAY + 1 LIVRE (160 PAGES)

Durée : 1h56

Date de sortie : 04/12/2018

Année de production : 1958

Format d’image : 2.35

Audio : DTS HD Master Audio Français 2.0 mono & Anglais 2.0

BONUS : Une histoire de Norvège (26 mn) ; Interview de Kirk Douglas (6mn) ; Richard Fleischer raconte les Vikings (28 mn) ; Interview audio de Bruce et Mark Fleischer, fils du réalisateur ; Film annonce ; Livre de 160 pages consacré à Richard Fleischer

Prix : 29,99 €

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Le Retour de Mary Poppins, ou l’internationale des allumeurs de réverbères

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Suite (pas vraiment) attendue du classique Disney de 1963, Le Retour de Mary Poppins surprend par une vraie générosité dans ses moments de magie, mais surtout dans un sous-texte qui semble avoir totalement échappé aux actionnaires de la firme aux grandes oreilles, pour notre plus grand plaisir.

Selon Karl Marx, l’histoire se répète toujours deux fois : la première comme une tragédie, la seconde comme une farce. Si bien sûr la genèse de Mary Poppins, grand succès de Walt Disney dans les années 60 et prouesse technique indéniable, n’a rien à voir avec les grandes tragédies du XXe siècle, le fond de l’affaire est tout de même assez triste. Lorsque Disney s’intéresse aux romans de Pamela L. Travers, dont ses petites filles raffolent, l’homme d’affaire est au sommet d’une carrière florissante, seulement entaché par le bide de La belle au bois dormant en 1959. Il s’éloigne un peu de l’animation traditionnelle et développe les projets fous, comme la création d’un parc d’attraction. Rien n’entache alors l’image de « l’oncle Walt », qui donne régulièrement de sa personne dans des émissions télévisées pour maintenir vivace son empire culturel.

Pourtant de son côté, P.L Travers ne goûte pas vraiment la fantaisie et la niaiserie des productions Disney. L’auteure éconduit plusieurs fois le studio, mais traversant une mauvaise passe, finit par accepter de céder ses droits à l’empire aux grandes oreilles, tout en gardant un droit de regard sur le scénario. Mais Disney reste un redoutable homme d’affaires et, tout comme il s’était réservé Peter Pan (malgré le statut juridique complexe des droits d’auteur de J.M Barrie) quelques années auparavant, le producteur modèle un contrat en béton armé en sa faveur. Travers est sceptique quant à l’utilisation de chansons, ne supporte pas les films d’animation, et ne peut pas tolérer le choix de Dick Van Dyke, qu’elle considère comme un clown plutôt qu’un acteur. Elle protestera en vain, Disney lui rétorquant à chaque fois son propre droit sur le montage final, et jurera qu’on ne l’y reprendrait plus. Tonton Walt raflera la mise, mais n’en profitera pas longtemps, mourant quatre ans plus tard d’un cancer du poumon.

Travers vivra plus longtemps, et continuera même les aventures de Mary Poppins, avant de partir en 1996, à l’age honorable de quatre-vingt-seize ans, sans oublier de préciser dans son testament de ne jamais vendre de droits aux Studio Disney. Et l’histoire aurait pu s’arrêter là, si les héritiers de Disney n’avait pas décidé soudainement de se consacrer presque exclusivement à la profanation de cadavres. Acteurs rajeunis numériquement (voire ressuscités dans le cas de Rogue One), remake de films cultes, et blockbusters produits sur la base de méta-discours cryptique réhabilitant le père fondateur (le navet A la poursuite de demain par exemple). Ils auraient pu laisser Travers tranquille, mais en 2013 sort un faux biopic produit à grands frais, dans le seul but de convaincre le public de la bonne foi de Walt Disney, face à l’aigreur de Travers, dépeinte en vielle anglaise acariâtre. Dans l’ombre de Mary sera donc un joli film bien réalisé, pas trop mal écrit, avec un casting sympathique (Emma Thompson, Tom Hanks et Jason Shwartzman formidables), mais avec un fond idéologique dégueulasse. La seule raison d’être du film étant de convaincre le public que Disney respectait la vision de Travers, et qu’un remake ou une suite seraient tout aussi respectueux. La mémoire de l’auteure est donc sacrifiée sur l’autel de l’argent, et les actionnaires de Disney confirment leur statut de plus flamboyants salopards que la terre ait portés. Tragique.

Autant dire que nous étions plutôt méfiants devant ce Retour de Mary Poppins, le projet ne semblant pas sortir des sentiers battus du remake nostalgique imposé par Disney depuis trop longtemps. Une autre fantaisie de noël oubliable, jouant sur la corde sensible le temps de quelques bandes-annonces, pour finalement nous cracher au visage ses effets numériques hideux et nous imposer ses acteurs sans charismes. Et pourtant, passé les minutes d’introduction sympathiques, on se laisse finalement embarquer avec les enfants Banks dans le délire de cette nounou hors normes et Emily Blunt fait des merveilles en prenant la suite de Julie Andrews. Ses expressions désuètes, son accent « so british » et ses moues pincées révélant à l’occasion une susceptibilité aussi charmante qu’hilarante, participent beaucoup au charme du film. La tâche n’était pas aisée, mais l’actrice met rapidement tout le monde d’accord : Emily Blunt est une merveilleuses Mary Poppins. A ses côté, Lin Manuel Miranda dégage un capital sympathie non négligeable, Colin Firth est parfait en banquier mielleux, et mêmes les enfants semblent à l’aise. Le bonheur est communicatif et l’envie de bien faire déborde de l’écran.

Impossible également de faire la fine bouche devant les deux premières séquences d’« animation » obligatoires qui, malgré une débauche d’effets spéciaux numériques, dégagent une étonnante fantaisie. On nage dans une baignoire transformée en océan sur l’air de « Can you imagine that ? », jouant avec ironie sur le discours rationnel face à l’imagination, et on s’amuse à tourner autour d’un pot jusqu’au « Royal Doulton Music Hall ». Deux moments déployant une foule d’idées visuelles souvent amusantes, parfois vertigineuses (la forme arrondie du pot intégrée à la forme du décor). Véritable plongée à corps perdu dans la magie de l’enfance, sans aucune impression que les producteurs cherchent à nous vendre de nouveaux jouets, voilà déjà une belle surprise.

Nous ne pouvons alors que regretter les séquences suivantes, plus brouillonnes, toujours sympathiques, mais parfois trop découpées et moins fantaisistes (le ballet des allumeurs de réverbères aurait pu être plus réussi). Le film frôle même la sortie de route lors d’une apparition inutile de Meryl Streep en cousine slave, peu aidée par un numéro chaotique dont on ne comprend pas exactement l’importance dans l’histoire. Même si Marc Shaiman et Scott William n’ont pas la moitié du talent des frères Sherman (qui arrivaient à glisser un peu de mélancolie dans leurs compositions enlevées), les chansons sont tout de même sympathiques, à défaut d’être véritablement marquantes.

Ce nouveau Mary Poppins n’est donc pas exempt de défauts. Mais pourtant la magie opère plutôt bien, justement parce que l’histoire a cette tendance à tomber dans la farce au moment où l’on s’y attend le moins. Le scénario de David Magee est à ce titre extrêmement malin, multipliant les écarts entre une naïveté de façade et un propos politique suffisamment dilué pour ne pas être trop voyant. Nous avons donc la classique réunion de la famille en crise, grâce aux pouvoirs du jeu et de l’imagination. Les enfants en ressortent plus adultes et les adultes retrouvent leur âme d’enfant. Mais nous avons aussi un contexte historique fort : la grande Dépression et les combats sociaux qui en découlent. Michaël, récemment veuf, ne peut que subir la saisie de sa maison par la banque où il travaille et Jane prend fait et cause pour les plus démunis (comme sa mère qui soutenait le droit de vote pour les femmes). Tourne autour d’eux le sympathique allumeur de réverbères, membre d’une communauté invisible dont le rôle est justement d’éclairer les avenues parcourues par la haute bourgeoisie. Face à eux, William Wilkins, héritier de la banque, faussement sympathique, cherche à profiter de la crise pour s’enrichir.

Ce qui rassemble les personnages, ce n’est plus un problème d’éducation ou une philosophie de vie, c’est un fait social. Même Mary Poppins est accueillie sur le postulat de Jane qu’elle doit sûrement être à la rue, puisque personne n’embauche de gouvernante ces jours-ci. « A cover is not the book » nous dit l’une des chansons, nous engageant à voir au-delà des apparences. La « valeur » d’un pot est donc plus sentimentale que pécuniaire et derrière les sourires du capitalisme triomphant se cachent un cynisme effrayant. Mais dans un geste aussi rapide que subtil, Colin Firth avale un caramel mou pour cacher son impatience, véritable artefact proustien, révélant que derrière le cynique, se cache peut être un enfant délaissé en manque d’affection. Derrière les chansons et les répliques surannées, de simples images impriment la rétine, et valent milles mots.

Donc même en admettant le discours naïf et féerique, difficile de retenir notre petit cœur révolutionnaire devant ce fantasme d’une communauté populaire unie dans l’adversité. Ce sont ces allumeurs de réverbères qui montrent le chemin dans des ruelles obscures que n’aurait pas renié Dickens. Maniant avec aisance l’argot, racontant des livres par le détour du « parlé chanté » du rap ou s’escrimant dans des figures de moto-cross avant l’heure, ils brandissent leur torche pour escorter les enfants vers la lumière. Dans un dernier sursaut délirant, cette nuée de laissés pour compte, menée par Jake au gilet rouge, gravit héroïquement Big Ben (symbole du commerce triomphant) pour dérégler la machine. Tout un programme, mais surtout tout un symbole !

On s’étonne même que Disney laisse courir l’idée, et nous sommes un peu rassuré quand Dick Van Dyke surgit soudainement, véritable momie extirpée d’un luxueux placard, pour ramener le film dans les bons rails idéologiques. Quelques pas de danse un peu gênants (l’homme à quand même 93 ans bien tapés), pour ensuite nous offrir un discours en l’honneur du capitalisme paternaliste bienveillant, faisant l’éloge du livret jeune, et fantasmant une opposition entre « bon » et « mauvais » banquiers. Pachydermique, grossier et totalement hors de propos (se permettant même de réécrire le premier épisode) la séquence fleure bon l’art bourgeois qui ne veut déranger personne. On n’en attendait pas moins de la part de financiers pour qui l’art et l’imagination ne sont que de sympathiques anomalies qu’il faudrait maîtriser et organiser.

Ce n’est donc pas tant la débauche d’effets spéciaux ou la qualité de la direction artistique qui rendent ce Retour de Mary Poppins fort sympathique, mais ce deuxième discours étonnant qui résonne avec encore plus de force dans ce climat d’incertitude sociale. Les capitalistes et néo-libéraux ont voulu répéter l’histoire (et le succès qui va avec), mais sont, malgré eux, devenus les dindons de la farce. Le retour de Mary Poppins est à ce jour le plus beau blockbuster involontairement néo-marxiste et notre gouvernante fantasque devient un modèle d’élégance punk. « Can you imagine that ? »

Bande Annonce – Le retour de Mary Poppins

Fiche technique – Le retour de Mary Poppins

Réalisateur : Rob Marshall
Scénariste : David Magee, d’après le personnage crée par P.L Travers.
Interprétation : Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Wishaw, Emily Mortimer
Image : Dion Beebe
Effets spéciaux : Matt Johnson (II)
Musique : Marc Shaiman, Scott Wittman
Montage : Wyatt Smith
Directeurs artistiques : Steve Carter, Simon Elsley, Elaine Kusmishko, Niall Moroney
Décors : John Myhre
Costumes : Sandy Powell
Producteurs : John DeLuca, Marc Platt, Rob Marshall
Sociétés de production : Walt Disney Pictures, Lucamar Productions, Marc Platt Productions
Distributeurs (France) : Walt Disney Studios Distribution
Genre : Fantaisie, Comédie Musicale, Animation.
Durée : 2h15
Date de sortie : 19 décembre 2018

États-Unis – 2018

Note
4

Critique du film Wildlife de Paul Dano

Dans Wildlife , le tout nouveau cinéaste Paul Dano scrute à la loupe la vie de sa petite faune, sans jugement aucun, et au contraire avec une empathie mélancolique très plaisante à suivre…

Synopsis : Dans les années 60, Joe, un adolescent de 14 ans regarde, impuissant, ses parents s’éloigner l’un de l’autre. Leur séparation marquera la fin de son enfance…

Itinéraire d’un enfant (pas) trop gâté

On savait bien que Paul Dano, s’il devait passer derrière la caméra, ne pouvait que réaliser un film de la facture de Wildlife : faussement simple et totalement à fleur de peau. L’acteur de 34 ans ( Little Miss Sunshine, There will be Blood, Prisoners, Love & Mercy, Okja pour les plus remarquables) ne fait que poursuivre avec ce premier film une trajectoire cohérente, faite de tous ces rôles de (jeune) homme habité, d’apparence calme et en dehors de son temps, mais d’un bouillonnement intérieur intense.

Tel est donc Wildlife : indolent et violent à la fois. Presque entièrement filmé du point de vue de cet adolescent qui pourrait être l’alter ego du cinéaste, Joe Brinson (Ed Oxenbould), même pas la quinzaine, dans la sidération permanente face à son père Jerry (Jake Gyllenhaal), sa mère Jeannette (Carey Mulligan), et le couple de ses parents qui se désagrègent sous ses yeux. Situé dans les années Soixante, à Great Falls dans le Montana, autant dire au bout du monde, basé sur le livre du même nom de Richard Ford, le scénario de Wildlife pourrait se résumer à cela, un adolescent impuissant et malheureux face à des adultes impuissants et malheureux. Mais évidemment, il y a beaucoup plus dans le premier film de Paul Dano.

Le roman lui-même est écrit du point de vue du jeune narrateur Joe Brinson. Richard Ford, l’héritier en ligne direct de Faulkner, a une prose foisonnante, truffée de détails. Ce ne sera pas le cas du film de Paul Dano qui s’intéresse davantage aux personnages qu’aux situations et aux détails.  La famille Brinson illustre la Middle-Class américaine d’après-guerre, pas vraiment prospère, plutôt à la limite de la pauvreté. Jerry est un homme révolté, sans que Dano n’explicite vraiment tout à fait pourquoi, et quand il perd son travail de modeste moniteur de golf, Joe -et le spectateur-  le voit sombrer dans une colère et une dépression sur lesquelles personne n’a prise, liées sans doute à l’évanouissement de l’American Dream qu’il pensait réaliser ici dans le Montana. Cette prise impossible, et malgré les supplications de sa femme,  il va la combattre en partant comme pompier volontaire pour tenter de dompter les grands incendies du Montana. Le film est d’une simplicité et d’une précision implacable en terme de mise en scène, et la cinématographie (celle du mexicain Diego Garcia, le chef opérateur du très beau Cemetery of Splendour d’Apichatpong Weerasethakul) est à l’avenant, toute en lumière et couleurs naturelles, avec des cadrages au cordeau.

Quand le père se sauve littéralement, au grand désarroi de Joe, la mère entre sur le devant de la scène dans une partition d’une violence d’autant plus inouïe qu’elle est sous-jacente. La violence, c’est celle de la situation que Jeannette s’inflige et qu’elle inflige à son fils : s’amouracher, à peine son mari hors de vue, de Warren Miller (Bill Camp), un homme libidineux et détestable, et en faire profiter son fils jusqu’à l’insupportable. Ici encore, et on ne sait si c’est du fait du romancier ou de celui du cinéaste, les motivations du personnage de Carey Mulligan sont pour le moins obscures. Voilà une femme modèle, mère et épouse aimante, qui en un jour ou presque, devient cette maîtresse dévergondée, sauvage, et surtout cette mère cruelle malgré elle. Joe ne comprend rien (« I don’t know what’s in your mind » lui dira-t-il), le spectateur ne comprend rien, et Jeannette elle-même ne connaît pas les raisons de ses agissements. La libération d’une femme trop longtemps soumise, ou le cri de douleur d’une femme délaissée ? Cette absence de compréhension, portée par les yeux écarquillés d’Ed Oxenbould, fonde l’absence de jugement de la part du cinéaste, et qui fait la force du film. Toujours est-il que la caméra elle-même semble comme anéantie par ce qu’elle filme. Elle scrute longuement et lentement tout le champ, ne dédaigne pas les plans fixes, s’accommode même du hors champ et l’ensemble montre combien Paul Dano a su, dès ce premier film, maîtriser sa nouvelle casquette de réalisateur.

Carey Mulligan est l’autre révélation de Wildlife. Son habituelle discrétion est sublimée ici; le cri intérieur qu’elle lance transperce l’écran avec beaucoup d’émotion, et sans aucun pathos. On  peut ainsi enfin profiter de tout le potentiel de son jeu d’actrice et de sa fascinante beauté un peu farouche. D’un peu trop délicat par moments, trop bien rangé, Wildlife, grâce à elle, file vers des contrées bien plus sauvages et gomme l’image de trop d’académisme parfois accolée au film.

Resté son « petit secret » pendant sept ans, le projet Wildlife de Paul Dano a été nourri de tous ses frottements aux plus grands cinéastes. Paul Thomas Anderson, Bong Joon-Ho,  Denis Villeneuve, pour ne citer qu’eux, lui ont ouvert le chemin d’un cinéma exigeant et d’une approche très professionnelle et très méticuleuse de la réalisation. C’est donc en effet sans grande surprise qu’on acclame la réussite de son tout premier film, presque parfait dans ses petites imperfections.

Wildlife : une vie ardente – Bande annonce

Wildlife : une vie ardente – Fiche technique

Titre original : Wildlife
Réalisateur : Paul Dano
Scénario : Paul Dano & Zoe Kazan, sur la base du roman de Richard Ford du même nom
Interprétation : Jake Gyllenhaal (Jerry Brinson), Carey Mulligan (Jeannette Brinson), Ed Oxenbould (Joe Brinson), Bill Camp (Warren Miller), Zoe Margaret Colletti (Ruth-Ann)
Photographie : Diego Garcia
Montage : Louise Ford, Matthew Hannam
Musique : David Lang
Producteurs : Alex Saks, Jake Gyllenhaal, Riva Marker, Oren Moverman, Ann Ruark, Paul Dano
Maisons de production : June Pictures, Sight Unseen
Distribution (France) : ARP Sélection
Durée : 105 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 19 Décembre 2018
USA – 2018

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4

Aquaman, un plongeon kitsch et spectaculaire

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Pour tenter de sauver son univers cinématographique, DC sort Aquaman du fond des océans pour le meilleur et pour le pire. D’un côté, James Wan signe une épopée de fantasy terriblement ambitieuse et impressionnante. De l’autre, Aquaman nage dans un océan de ringardise et de kitsch dont seules les abysses ont le secret. Exploration sous marine d’un long-métrage entre deux eaux.

Qui aurait cru que dans le même mois de cinéma se côtoieraient les aventures inter-dimensionnelles de Spiderman et le récit océanique d’Aquaman ? Nous sommes aujourd’hui dans l’âge d’or des films de super-héros, et c’est ce qui amène la Warner à s’attaquer au héros DC le plus moqué : Aquaman donc. Derrière l’énième aventure super-héroïque de l’année, mais l’unique de DC, les défis  sont nombreux et bien plus grands pour le studio qu’il n’y paraît. Un an auparavant sortait Justice League, frankeinstein filmique réalisé en deux temps par deux artistes complètements différents (Zack Snyder et Joss Whedon) et chapeauté par un studio qui ira massacrer jusqu’aux dernières onces d’originalité et de fulgurance. Après des premiers films audacieux et clivants (Batman V Superman, Man of Steel), un succès consensuel (Wonder Woman) et un autre bâtard cinématographique (Suicide Squad), l’univers DC n’a pas réussi à convaincre et cherche encore sa formule gagnante. Aquaman arrive et doit se poser comme un film solide, loin des anciennes productions catastrophiques. Les enjeux sont de taille : seules les aventures de Wonder Woman sont reconduites, des potentiels films Batman et Superman étaient encore incertains. Si Aquaman réussit, cela pourrait les pousser à consacrer une aventure pour ces personnages, plutôt que de partir dans une direction complètement différente et de rebooter leur univers après Wonder Woman 1984.Aujourd’hui, les films de super-héros restent relativement formatés selon les studios. A chaque studio, sa recette et son ton. Du côté de Disney, on opte pour une emballage fun et humoristique. Tandis que chez DC  on propose des divertissements plus matures et sérieux. Derrière des conduites artistiques bien huilées,le long-métrage Sony  Spider-man : New Generation est venu bousculer le tout avec une énergie dingue. A côté, Aquaman de James Wan sorti une semaine plus tard offre un résultat très mitigé. D’un côté, le film emprunte le style de Snyder qui a totalement influencé les films DC, de l’autre il emprunte le ton décomplexé et comique des films Marvel. C’est un pas de plus vers le formatage qu’impose le quasi-monopole de Marvel, qu’on peut décrier tant DC restait le seul dernier studio à offrir des œuvres sérieuses et fortes sur les super-héros. Derrière ce changement de ton, on ne peut faire qu’un constat triste : après presque 20 ans de films de super-héros, ils ne semblent toujours pas être prix au sérieux. Comme si les aventures de ces héros de la mythologie moderne ne pouvaient être traités avec maturité. En dehors de ces considérations contextuelles, un autre challenge est venu affronter le film : Aquaman a toujours été considéré comme un personnage ridicule, avec pour seul pouvoir celui de parler au poisson. Dans le film Justice League, première fois où il fait une véritable apparition, Bruce Wayne se moquait brièvement de cette faculté. Parmi les grands héros célèbres, Aquaman alias Arthur Curry n’a jamais su obtenir la popularité des ses compères masqués. Alors que vaut ce long-métrage ? Il est à l’image de son personnage, entre deux eaux. Capable d’alterner entre le spectaculaire et le ridicule, le kitsch et le moderne.

Au fin fond du ringard

Le récit se focalise sur Arthur Curry, sorte de demi-dieu né de l’union entre une atlante et un gardien de phare. Sans vraiment le vouloir, il va se retrouver propulsé dans les océans et au-delà à la recherche d’un trident pour amener la paix entre les royaumes. C’est sans compter sur son demi-frère marin Orm pour mettre le feu au poudres, lui qui veut devenir maître de l’océan à tout prix. Cela sonne comme du déjà vu ? C’est normal. C’est une ultime ré-édition du mythe shakespearien, déjà traité dans Black Panther ou encore Thor. Malheureusement pour le long-métrage, ce sont toutes les touches sérieuses qui offriront les moments les plus ridicules du film. Comme ennuyé par celles-ci, James Wan ne fait aucun effort sur les dialogues et la dimension dramatique de son récit. Les répliques d’Aquaman version Momoa ont l’air d’être sorties d’un film d’action basique des années 90 où le héros pouvait encore se permettre d’être une figure macho ringarde et intouchable. La palme étant facilement délivrée à tous les instants de romance entre Mera et Arthur qui frôlent la fan-fiction douteuse. Et que dire face à une reprise de Toto par Pitbull lorsque que les héros sortent de l’eau au ralenti ? Autour de cela, il est drôle de s’intéresser à la direction artistique totalement bipolaire. Dans une grande majorité des moments, James Wan emprunte à Lovecraft et même à Jules Verne pour créer des civilisations et des créatures époustouflantes dans un élan retro-futuriste inspiré des aventures eighties à la Flash Gordon. Dans un second temps, il est capable de produire des costumes atroces comme l’immonde tenue de cosplay de Nicole Kidman en reine atlante.

Un univers mythologique fort

Pourtant ces soucis n’empêchent pas James Wan de développer un univers mythologique de fantasy fort et prometteur. De l’exploration des sept royaumes au bestiaire impressionnant, Wan tire le meilleur des comics pour créer un monde passionnant où chaque zone et monstre mériterait d’être développé. Entre Star Wars et Avatar, James Wan dispose réellement d’un monde impressionnant et riche qui permet de souffler des paysages urbains omniprésents dans les films de super-héros. Même Thor issu de la mythologie nordique se retrouvait propulsé dans une ville de Texas, puis dans un combat final à Londres pour son deuxième opus. Un gâchis immense qui n’intéresse par le réalisateur. Car si beaucoup de productions super-héroïques restent le fruit de studios où les réalisateurs n’ont pas leur mot à dire, Aquaman est bien le film de James Wan. Il est d’abord essentiel de noter l’influence majeure de la vision artistique de Zack Snyder. C’est lui qui a façonné cette nouvelle version du personnage, s’éloignant du bel homme lisse aux cheveux courts et blonds pour une masse de muscles tatouée aux cheveux longs et noirs. C’est également Snyder qui inclut au casting de Justice League, William Dafoe dans le rôle de Vulko et Amber Heard dans celui de Mera. Malgré cela, James Wan propose bel et bien son adaptation propre et notamment sa vision des films de comics. L’ambition y est folle et la surenchère totalement assumée. Les personnages semblent tout droit sortir des pages de comics dans un festival de couleurs pouvant autant exalter que donner le tournis. Un retour aux sources excitant, tant l’inspiration du medium de comics s’est perdu dans les films de super-héros. Pour découper ses scènes d’action, James Wan pense ses plans comme des cases où la fulgurance et la virtuosité de ses personnages super-humains poussent les limites de l’adrénaline. Les séquences d’action sont véritablement spectaculaires et offrent certaines scènes mémorables et superbes, comme l’une de nuit sur un bateau où le réalisateur rappelle sa maîtrise de l’horreur. Réaliser un film presque en majorité sous l’eau relève du jamais vu et d’un défi technique incroyable : pari réussi. Le film ressemble en bien aux films de super-héros à la Sam Raimi, à une époque où on ne se perdait pas dans les références pour mieux connecter l’univers aux prochains métrages. A l’exception d’un clin d’œil à Justice League, le film se tient complètement tout seul. Avec l’habillage d’une grande épopée de fantasy, Aquaman reste bien un super-héros. Le film suit la construction classique du héros tout en soulignant à quel point les super-héros sont des protagonistes à part. D’ailleurs, lors d’une scène où Arthur va devoir accepter sa véritable nature, sa mère lui dit : tu seras plus qu’un roi..un héros. Dans la bande-annonce, la réplique est prononcée et coïncidé avec son arrivée en costume. Dans ces films, le protagoniste ne peut se contenter d’être un roi ou un dieu, il doit être un super-héros et reconnu comme tel.

Bande-annonce – Aquaman

Fiche technique – Aquaman

Réalisation : James Wan
Scénario : Will Beal, David Leslie Johnson-McGoldrick, d’après les personnages créés par Paul Norris et Mort Weisinger
Interprétation : Jason Momoa, Amber Heard, Willem Dafoe, Patrick Wilson, Nicole Kidman, Dolph Lundgren
Image: Don Burgess
Effets spéciaux : Brian Cox (IV)
Montage: Kirik M.Morri
Musique: Rupert Gregson-Williams
Décors : Bill Brzeski
Costumes  : Kym Barrett
Producteur(s): Peter Safran, Rob Cowan
Société de production: DC entertainment, Warner Bros, Panoramic Pictures, DC Comics
Distributeur: Warner Bros. France
Budget  : 160 millions $
Durée : 2h24
Genre : action, fantastique, aventure
Date de sortie : 19 décembre 2018

ETATS UNIS – 2018

Rétrospective Films de Noël : le Pôle Express de Robert Zemeckis

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Avec le Pôle Express, Robert Zemeckis signe une œuvre généreuse d’une grande richesse visuelle. Il propose un étonnant et trépidant voyage vers le Pôle Nord, siège de la légendaire ville du père Noël, mais surtout un périple intérieur pour des enfants qui reviendront chacun transformés, porteurs d’une leçon de vie inscrite à la poinçonneuse, en un verbe, sur un précieux billet de train doré.

Quel enfant n’a jamais rêvé du jour de Noël ? Attendu la veille au soir, plein d’impatience et d’espérance, qu’apparaissent les premières lueurs de l’aube ? Guetté le doux tintement des grelots des rennes ou le pas assuré du père Noël ? Prié religieusement pour que les cadeaux tant désirés arrivent enfin ?

Pourtant, au milieu de tous ces enfants émerveillés, comme bercés dans de tendres illusions, un petit garçon ne croit pas. Il doute de l’existence d’un père Noël indicible et invisible, jusqu’à l’évoquer devant sa jeune sœur qui, elle, rejettera toute incertitude. Sceptique, il regagne sa chambre sans conviction, sans oser imaginer qu’un événement irréel puisse se produire.

Un conte enchanté           

Le récit du Pôle Express se présente comme un véritable conte de Noël mêlant imaginaire, symbolique et morale. Se déroulant dans la nuit du 24 au 25 décembre, il invite de jeunes enfants, choisis pour leurs dons et leurs caractères, à une aventure inoubliable à bord d’un train lancé à pleine vitesse vers la cité du père Noël.

Le trajet dans les paysages enneigés, aussi mouvementé qu’un tour de montagnes russes, devient l’occasion pour les enfants de révéler leurs qualités, leurs défauts, et de nouer des amitiés. Face aux arrêts intempestifs, aux gigantesques pentes, aux troupeaux de rennes et aux rails gelés, seul le conducteur du Pôle Express, incarné par l’impeccable Tom Hanks, et aussi pressé que le lapin blanc d’Alice, assure la sécurité des passagers.

La représentation graphique du Pôle Nord, plutôt réussie, offre un spectacle visuel joyeux et coloré. Elle donne à voir une réelle machinerie de Noël par le travail d’industrie des lutins, chargés de la surveillance des enfants menteurs, désobéissants, comme de l’emballage et du transport des cadeaux. La féerie de cet univers festif se poursuit dans le dédale de rues lumineuses et décorées, un sapin géant dont le sommet semble toucher les étoiles et l’apparition très attendue du père Noël.

Croire en la magie

Au cœur du Pôle Nord, alors que les autres enfants se laissent guider par le tintement des grelots pour se lancer à la recherche du père Noël, le petit garçon, perplexe, n’entend rien. Car la croyance n’appartient pas au monde sensible, visible. Comme le découvrira ce garçon, elle ne provient pas de l’univers extérieur, mais de l’intérieur de soi. C’est un acte de foi, une assertion que l’on choisit d’adopter. Ainsi, lorsque le garçon ferme les yeux, choisit de croire en l’existence du père Noël et l’exprime à haute voix pour s’en convaincre, il parvient symboliquement lui aussi à percevoir et ressentir toute la féerie de la ville polaire.

Or, si selon le célèbre Walt Disney, « les adultes ne sont que des enfants qui ont grandi », ils n’en perdent pas moins, pour la majorité d’entre eux, une partie de leur âme d’enfant, en particulier la croyance dans l’imaginaire. C’est pourquoi les parents du jeune garçon ne peuvent écouter le son du grelot offert par le père Noël, désormais bien audible pour leur deux enfants. Ils se montrent aussi incrédules lorsque leur fils leur révèle l’auteur de ce présent.

En ce mois de décembre, le Pôle Express nous invite ainsi à croire à nouveau. Pas seulement en la figure tutélaire du père Noël mais, plus largement, en la magie que nous procurent les fêtes de fin d’année, en particulier le bonheur, l’amour, l’amitié, la générosité, l’espoir et le rêve.

Comme ce garçon dubitatif qui reviendra émerveillé, chaque enfant retournera chez lui fort d’un apprentissage. La patience, la confiance, l’affirmation de soi sont autant de leçons que les enfants retiendront de leur visite dans le Nord. En ce sens, Noël, c’est aussi l’occasion de tirer notre propre bilan personnel, de comprendre nos échecs, s’approprier nos enseignements, s’affranchir de notre passé, faire nos vœux pour l’avenir. Une période de retrouvailles collectives autant que de réflexions individuelles. Une opportunité de souhaiter ce qui nous manque comme de nous confronter à ce que l’on possède.

Entre magie, aventure et morale, le Pôle Express reste un film familial qui ouvre l’imaginaire des jeunes et ranimera celui des grands. En nous plongeant dans l’esprit de Noël, il offre un merveilleux divertissement emprunt d’une rare féerie qui nous transporte, pendant deux trop courtes heures, dans un univers où la croyance rend tout rêve possible.

Le Pôle Express – Bande annonce

Le Pôle Express – Fiche technique

Réalisateur : Robert Zemeckis
Scénario : Robert Zemeckis, William Broyles Jr.
Interprétation : Tom Hanks (le conducteur, Hero Boy, Father), Josh Hutcherson (le garçon), Nona Gaye (Hero Girl), Leslie Harter Zemeckis (Sister Sarah, Mother), Michael Jeter (Smokey, Steamer), Eddie Deezen (Know-It-All)
Photographie : Don Burgess, Robert Presley
Montage : Jeremiah O’Driscoll, R. Orlando Duenas
Musique : Alan Silvestri
Producteurs : Gary Goetzman, Steve Starkey, William Teitler, Robert Zemeckis
Maisons de production : Castle Rock Entertainment, Warner Bros., Shangri-La Entertainment, Imagemovers
Distribution (France) : Warner Bros.
Durée : 99 min.
Genre : Animation, aventure
Date de sortie : 1 décembre 2004
États-Unis – 2004

Rétrospective Films de Noël : Batman le défi de Tim Burton

Dans cette classification un peu iconoclaste des films dits de Noël, l’un des plus marquants est en l’occurrence Batman le défi de Tim Burton. Car au lieu de réunir autour d’un beau feu de cheminée la famille buvant des cookies trempés dans du lait chaud, le cinéaste malmène son spectateur, ironise sur la société et crée à n’en pas douter, l’une de ses œuvres les plus personnelles.

Batman le défi est un long métrage singulier dans l’univers cinématographique de l’homme chauve-souris. Dans un Gotham City, burlesque, enneigé, corrompu, poisseux, qui voit s’engluer une masse difforme et désenchantée, Tim Burton déclare sa flamme aux marginaux, aux exclus de la société, qui voient enfin retentir leurs heures de gloire dans les films de super-héros. Le cinéaste joue sur les ambiguïtés, accentue les reflets et iconise au maximum une Catwoman suicidaire et un Pingouin dramatiquement haineux. Aujourd’hui, une certaine vision manichéenne a pris le dessus dans l’écriture des films de super-héros : Batman le défi, lui, prend à revers le fantasme du vilain méchant, pour le détourner et le sacraliser à l’image de Catwoman, qui se voit érotisée et dominatrice comme jamais.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : à aucun moment, Tim Burton légitimisme leurs actions ou aborde un point de vue politique. La parti pris est cinématographique : Tim Burton se sert du matériel de base qu’est la franchise Batman pour développer son univers, accroitre sa marginalité gothique grâce à des personnages dans lesquels il se reconnaît. Que cela soit dans Edward aux mains d’argent, ou même Beetlejuice, Tim Burton a toujours pris parti pour les incompris, ceux qui étaient recalés par la société à cause de ladite normalité. Batman, Catwoman et le Pingouin, c’est un terrain de jeu parfait pour lui, pour dessiner les contours d’un film qui puise autant dans le divertissement baroque que le drame social et sociétal burlesque.

Pendant qu’il rend hommage à la nature graphique de ses personnages, il dépeint d’un autre côté, une société idiote, aliénante et pleine de préjugés : c’est aussi la thématique principale de Burton – le visage monstrueux de l’Amérique – et Batman le défi s’inscrit parfaitement dans cette « tradition » là. Que l’œuvre soit personnelle ne signifie pas pour autant que le cinéaste en oublie un certain cahier des charges du film de super-héros avec ses scènes d’action, ses moments de tension et ce questionnement moral sur les actions – et leurs conséquences – de chacun. Du décor au effets spéciaux, des costumes au cadre, Batman le défi est un orchestre visuel assez grandiose à la fois par sa profondeur de champ mais aussi par sa faculté à travestir l’héroïsme dans de vastes ténèbres.

Des morts, de la haine, du terrorisme, de la revanche, de la rédemption, le film a beau être l’un des plus bariolés et colorés de la franchise, il n’en reste pas moins l’un des plus tristes et mélancoliques. De cette manière, dans son écriture, cela se ressent grandement : puisqu’il fait de Batman, un unique symbole, un reflet de l’autorité alors que pendant ce temps, il prend le soin de disséquer ses personnages secondaires. Au lieu de magnifier cette société monotone et puritaine, il laisse sa caméra errer dans les endroits souterrains de Gotham, enlève les menottes de soumissions aux petites gens et les voit grandir dans un extrémisme moribond et inéluctable. 

Batman le défi est une œuvre paradoxale : d’un côté c’est l’un des films qui s’éloigne le plus de la veine « Batman » avec un auteur qui s’accapare pleinement le sujet avec son style gothique, cartoonesque et grandiloquent, et pourtant, avec sa mise en scène, sa noirceur, sa haine de l’uniformisation ou même sa finesse d’esprit, c’est l’un de ceux qui comprend le mieux l’ambivalence psychologique des personnages de l’univers Batman. 

Synopsis: Non seulement Batman doit affronter le Pingouin, monstre génétique doté d’une intelligence à toute épreuve, qui sème la terreur mais, plus difficile encore, il doit faire face à la séduction de deux super-femmes, la douce Selina Kyle et la féline Catwoman qui va lui donner bien du fil a retordre. Si Bruce Wayne apprécie Selina, Batman n’est pas insensible au charme de Catwoman.

Bande annonce – Batman le défi

Fiche technique – Batman le défi

Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : Daniel Waters
Directeur de la photographie  : Stefan Czapsky
Distributeurs (France) : Warner Bros France
Genre : Film de super héros
Durée : 1h57mn
Date de sortie : 15 juillet 1992

États-Unis – 1992

Rétrospective Films de Noël : Black Christmas de Bob Clark

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Black Christmas narre une histoire sordide bien loin des contes féériques de Noël. Les amateurs de cinéma d’horreur pourront choisir de se délecter de ce film culte, celui qui devint en 1974, le père du slasher. 

Noël anxiogène 

À l’approche des fêtes de fin d’année, les étudiants d’une université canadienne quittent peu à peu le campus pour retrouver leur famille pour les festivités. Alors que l’université se désemplit rapidement, quelques étudiantes restent dans leur maison de sororité, mais dans ce grand vacarme de Noël, où tout le monde se dépêche de partir, personne ne semble remarquer les disparitions progressives des jeunes étudiantes.

Un tueur à l’identité cachée par une caméra subjective, une série de meurtres et un lieu familier, Bob Clark, avec Black Christmas, officialise le genre du slasher, dont les codes trouvent leurs origines dans le giallo italien mais aussi dans l’œuvre de Hitchcock avec Psychose. Si Halloween, sorti quatre ans plus tard, concentre son intrigue dans une banlieue pavillonnaire, intensifiant le processus d’identification pour le spectateur, qui s’imagine alors que ces meurtres peuvent se produire dans sa propre ville, Black Christmas choisit comme décor, l’université. Dans une maison de sororité, un petit groupe de jeunes femmes essaient de recréer une ambiance familiale et festive pour passer Noël sur le campus. Mais alors qu’elles célèbrent les vacances, des coups de fil obscènes de plus en plus insistants viennent les déranger. Croyant d’abord à une plaisanterie de mauvais goût, les jeunes filles commencent rapidement à paniquer face à un interlocuteur visiblement dérangé. Parallèlement, un père tente de retrouver une des filles de la sororité qui devait rentrer chez elle pour les fêtes. À une période où les gens retrouvent leur famille pour partager un bon repas dans une ambiance des plus festives et joyeuses, Black Christmas s’immisce dans notre espace intime, le foyer familial, et pervertit cette fête et ses principes. Les lumières de Noël qui décorent la grande demeure des étudiantes paraissent alors briller d’un éclat lugubre. Inspiré d’un fait divers, le film nous dévoile dès la première scène que le tueur se trouve dans la maison et il y restera durant la totalité du film. Ainsi, le mal peut arriver à tout moment de l’année et surtout il peut s’inviter sous notre propre toit, sans que l’on ne soupçonne rien, donnant aux grincements de nos maisons, une tout autre dimension.

La véritable force de Black Christmas, outre le fait qu’il lance des codes dont les slashers contemporains s’inspirent encore, se trouve dans son ancrage dans le réel. Chacun des personnages, même les plus mineurs, paraissent terriblement réalistes. Chacune des étudiantes de la sororité a sa personnalité et ses propres démons, que ce soit Barb, qu’on voit ivre tout le long du film, ou la première victime, une jeune fille timide et sage qui parait très seule, ou encore Jess, la final girl (figure de la dernière survivante qui affronte le tueur, qu’on retrouve dans Halloween avec Jamie Lee Curtis par exemple) qui refuse de garder l’enfant dont elle est enceinte malgré les menaces de son petit-ami. Toutes ces jeunes filles paraissent extrêmement modernes comparé à l’intérieur victorien et sombre de leur maison de sororité, à une époque, les années 70, où les mœurs se libèrent. Modernité qui déclenchera des rires, lorsque par exemple, le père strict, inspecte la chambre de sa fille, couverte de posters hippies. Dans son réalisme, Black Christmas mélange peur et rire, à l’instar des personnages qui ne savent pas ce qu’il se passe réellement et qui restent  alors dans le doute, nous rions nerveusement de certaines situations comiques mais l’atmosphère elle, continue de devenir de plus en plus étouffante et anxiogène. Lorsque les forces de l’ordre tentent de tracer les appels de l’interlocuteur anonyme, Black Christmas prend soin de nous montrer l’employé de la compagnie de téléphone, courant entre les machines, essayant de trouver l’origine des coups de fil.  Tout en crescendo, Black Christmas entretient un suspense, créant un malaise. Une sensation malsaine renforcée par la présence du tueur, qui n’est ni un grand tueur en série, ni un meurtrier au masque mémorable, juste un garçon traumatisé dont la folie le pousse au meurtre brutal. Ce sont ses personnages modernes et réalistes, son tueur presque banal et sa mise en scène simple et efficace qui rendent Black Christmas si glaçant, puisqu’il injecte la terreur dans notre quotidien avec la plus grande simplicité.

Black Christmas : Bande annonce

Black Christmas : Fiche Technique

Réalisation : Bob Clark
Scénario : Roy Moore
Interprètes : Olivia Hussey, Keir Dullea, Margot Kidder, John Saxon, Andrea Martin, Marian Waldman…
Photographie : Reginald H. Morris
Montage : Stan Cole
Musique : Carl Zittrer
Producteurs : Bob Clark, Gerry Arbeid, Richard Schouten, Findlay Quinn
Sociétés de production : August Films, Canadian Film Development Corporation, Famous Player, Warner Bros. Pictures
Genre : horreur, slasher
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 11 octobre 1974 (Canada)

Canada – 1974

Sauvage : le film électrique de Cannes débarque en DVD et VOD

Ce premier film très réussi signé Camille Vidal-Naquet débarque en DVD et VOD le 8 Janvier !

Synopsis: Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort.

C’est l’occasion de revoir ce long-métrage unique et envoûtant. C’est un film cru mais terriblement sensuel. C’est aussi la révélation de l’acteur Félix Maritaud, découvert l’année dernière chez Robin Campillo dans 120 battements par minute. Le réalisateur Camille Vidal-Naquet traite de la prostitution de manière originale puisqu’il choisit de montrer un jeune homme conscient de son activité, et qui souhaite apporter de l’amour à chaque personne qu’il rencontre.

La vie de Léo, le personnage principal, est marqué par le manque d’affection, le manque de souffle. Malgré la maladie qui accable son corps, il ne se laisse pas dépérir et reste toujours porteur d’espoir, la tête levée vers le ciel. C’est une œuvre pleine de tendresse, qui travaille les corps, à l’image des scènes en boîte de nuit, avec les corps qui transpirent, les corps qui se frôlent, et qui se touchent pendant l’acte sexuel.

Les différents bonus du DVD permettent d’en apprendre plus sur l’œuvre, puisqu’on y retrouve des scènes coupées commentées par le réalisateur lui-même et Elif Uluengin, ainsi que les essais caméra également commentés par Camille Vidal-Naquet et Jacques Girault, une analyse du film par Jean-Marc Lalane, les projets d’affiche et la Bande-annonce.

Sauvage : Bande Annonce

Spécificités techniques :

France – 2018
DVD 9 – Zone 2 – PAL
Format: 1.85 (16/9 compatible 4/3)
Couleur
Version originale française (2.0 et 5.1)
Durée: 100 minutes

Sauvage : Fiche Technique

Titre original: Sauvage
Réalisation et scénario: Camille Vidal-Naquet
Image: Jacques Girault
Décors: Charlotte Casamitjana
Costumes: Julie Ancel
Son: Julien Roig, Jeremy Vernerey et Benjamin Viau
Montage: Elif Uluengin
Musique: Romain Trouillet
Production: Emmanuel Giraud et Marie Sonne-Jensen
Sociétés de production: Les films de la Croisade, La Voie Lactée
Distribution: Pyramide Distribution
Genre: Drame
Durée: 100 min
France – 2018

Rétrospective Films de Noël : 3615 Code Père Noël de René Manzor

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Parmi les films emblématiques de Noël, on ne peut évidemment pas s’empêcher de parler de Maman j’ai raté l’avion de Chris Columbus. L’histoire d’un jeune garçon tout seul à la maison pendant les fêtes et qui se voit obliger de se débarrasser de deux cambrioleurs un peu bêtes. Mais on ne va pas aujourd’hui vous rebattre les oreilles avec les aventures de Macauley Culkin, mais plutôt s’intéresser à sa version française pour le moins méconnue, 3615 Code Père Noël, sortie …. près d’un an auparavant !

Maman j’ai raté l’avion serait donc un remake d’un film français ? Non pas vraiment, bien que René Manzor affirme ouvertement que Columbus ait complètement pompé son film 3615 Code Père Noël. Cependant, les ressemblances entre les deux films sont pour le moins étranges. Sorti en janvier 1990 (après les fêtes de Noël, pas très bon timing me direz-vous), 3615 Code Père Noël met en scène le jeune Thomas, gamin hyperactif de 9 ans ayant pour passion les films d’actions et tout ce qui touche à l’informatique. Ce n’est donc pas un hasard si le petit garçon a fait du manoir familial un véritable bunker rempli de caméras de surveillance, de pièges et même de passage secret menant à une gigantesque pièce où les jouets se comptent par milliers. La première séquence présente d’ailleurs Thomas dans un cosplay de John Ramboplus vrai que nature .

Face à lui, un vilain antagoniste qui va prendre les traits du Père Noël. Un psychopathe voulant se venger de la mère du jeune garçon qui l’a renvoyé de son poste dans un magasin de jouet et qui décide de s’attaquer à la famille le soir du 24 décembre. Sa mère étant partie travailler, Thomas se retrouve seul avec son grand-père face à cette menace pour le moins stupéfiante. D’autant plus que croyant dur comme fer au Père Noël, Thomas a comme objectif de capturer ce dernier lorsqu’il viendra livrer ses présents. Facile de comprendre alors que tout cela va finir en duel entre un garçonnet et un fou furieux.

Frère de Francis Lalanne, qui produit d’ailleurs le film, René Manzor est l’un des rares faiseurs de cinéma de genre français dans cette période assez creuse de la fin des années 80/ début 90. Il s’inspire pour ce film de toute l’imagerie qu’idolâtre son personnage Thomas, à savoir les figures d’actions américaines des années 80 qui inondent les écrans. On remarque alors très vite une projection de Manzor dans son personnage principal, incarné par son fils qui plus est, s’amusant lui aussi comme un petit fou avec un gigantesque terrain de jeu, le plateau de cinéma. Avec ce bac  à sable infini, René Manzor met en scène un conte de Noël qui tourne au thriller horrifique, revisitant les codes de ce cinéma qu’il affectionne. Pour mettre en déroute le méchant papa Noël, Thomas va devoir recourir à toutes les ruses possibles ainsi qu’à arsenal détonnant comme le train livreur de grenade. Pendant ce temps, le regretté Patrick Floersheim exhibe sa belle trogne de vilain dans les longs couloirs du château. Un charisme certain qui lui assure une aura terrifiante d’autant plus qu’il ne prononce aucun mot tout du long.

Avant d’être exhumé l’an dernier par Le Chat qui fume qui l’a ressorti dans un très beau pack combo Blu-Ray/DVD, 3615 Code Père Noël était devenu une gemme rare du genre français, qui n’avait que très peu résisté à l’épreuve du temps. Il faut dire que rien que son titre annonce une ringardise avec ce 3615 renvoyant à cette ère préhistorique du Minitel. Globalement, le film a pris un coup de vieux, et ce n’est pas la coupe de mulet de Thomas, rivalisant avec celle de JCVD dans Chasse à l’homme qui va nous faire mentir. Malgré cela, le charme qui émane de 3615 Code Père Noël est indiscutable. S’il possède des allures somme toute nanardesques aujourd’hui, on ne peut s’empêcher d’être solidaire de ce jeune garçon se la jouant Rambo dans son immense bâtisse comme s’il s’agissait d’une jungle tropicale. Si le côté technologique fait doucement sourire aujourd’hui, il donnait à l’époque un côté high-tech à l’attirail de son héros, contrebalançant avec l’artisanat de certains pièges. De plus Manzor n’hésite pas à faire intervenir une pointe d’émotion, notamment au travers de la relation touchante dont dispose Thomas avec son grand-père qu’il essaie de protéger tout au long du film. Même si la mécanique est semblable à Maman j’ai raté l’avion, 3615 Code Père Noël se démarque par son aspect bien plus sombre et au final peut-être moins familial. Manzor y injecte une dimension horrifique à de nombreuses reprises, que ça soit dans la mise en scène du personnage de Floersheim ou même dans l’aspect tout en dédales de la maison. Avec 3615 Code Père Noël, Manzor brasse finalement de nombreux genres. Il s’agit ici d’une oeuvre à redécouvrir de toute urgence pour changer un peu de la sempiternelle musique des aventures de Kevin McAllister.

3615 Code Père Noël : Bande Annonce

3615 Code Père Noël : Fiche Technique

Réalisateur : René Manzor
Scénariste : René Manzor
Interprètes : Alain Musy, Brigitte Fossey, Patrick Floersheim, Louis Ducreux
Genre : Thriller
Durée : 1h24mn
Date de sortie : 17 janvier 1990

Rétrospective Films de Noël : The Children de Tom Shankland

Noël c’est la fête de l’hiver, des réunions de famille, des cadeaux… Mais c’est aussi la fête des enfants ! Et pour certains, Noël peut très vite tourner au cauchemar à cause de ceux-là.

Malheureusement, on le sait, les enfants ne sont pas toujours les innocents chenapans que l’on s’imagine. Bruyants, incompréhensibles, désordonnés, idiots – il faut le dire ! Ils peuvent parfois même se montrer assez effrayants et malsains. C’est le cas dans le film The Children. Réalisé en 2008 par Tom Shankland, ce long-métrage met en scène deux familles se réunissant pour fêter le réveillon ensemble à la campagne. L’occasion pour Elaine (talentueusement jouée par Eva Birthistle) de revoir sa sœur Chloé (Rachel Shelley), et pour les enfants de revoir leurs cousins. Le hic c’est qu’une mystérieuse maladie contamine les 4 enfants, et semble changer ces adorables morveux en psychopathes intrigués par la mort. Très vite, Paulie (William Howes) le plus jeune des enfants de Elaine et Jonah (Stephen Campbell Moore), fait preuve d’un comportement de plus en plus étrange, et le chat de la maison, Jinxie, disparaît…

Reposant sur un pitch peut-être un peu simpliste de premier abord, The Children, second long-métrage de Tom Shankland – après WΔZ sorti en 2007 – se montre pourtant un film parfaitement maîtrisé et réalisé. C’est particulièrement dans la gestion de sa tension et de la direction des personnages que le film prend tout son intérêt. Les enfants, principal élément problématique de l’intrigue, gagnent petit à petit en étrangeté : ils toussent du sang, vomissent une bile dense et jaunâtre, puis hurlent sans raison et font preuve d’accès de violence soudains. La réalisation va ainsi suivre ce schéma crescendo, d’abord avec de longs plans de caméra se concentrant sur un évènement paraissant minime : un regard appuyé, la mine suspicieuse d’un personnage, ou encore une goutte de sang expulsée par la toux d’un enfant. Ces séquences sont prétexte à la réflexion sur les évènements, qui semblent s’enchainer sans pouvoir être arrêtés. Puis la tension se verra accélérée, augmentée par un enchainement de plans très courts marquants et symboliques : celui d’un bâton planté violemment dans la tête d’un bonhomme de neige par la petite Leah (Raffiella Brooks), ou les coups portés par Nicky (Jake Hathaway) dans le vide et sur son père pendant qu’il joue. Par cette focalisation, des gestes normaux d’enfants sont ainsi mis en exergue par la caméra, qui les fera paraître comme plus étranges qu’ils ne le sont, plus inquiétants.

Et pour cela, on constate un très bon jeu d’acteur général, même de la part des acteurs enfants – ce qui est assez notable. C’est d’autant appréciable que l’accent est ici mis sur les dialogues et les relations familiales entre les personnages. Le film en profite pour évoquer les sujets profonds que sont l’innocence, l’attachement irréfléchi et puissant des enfants et des parents, ou encore le traumatisme de la naissance et de la maternité. C’est particulièrement vrai dans les relations entre Elaine et sa fille Casey (Hannah Tointon), qu’elle a essayé d’avorter pendant sa grossesse. L’entre-âge qu’est l’adolescence se voit également remis en question avec le personnage de Casey : rejetée et haïe par les enfants car « adulte », mais pas encore suffisamment pour être intégrée avec ses parents, oncle et tante. C’est dans cette opposition entre adultes et enfants que se voit remis en question le statut parental. La violence des fessées que Jonah donne à Paulie suit par exemple la violence de la luge jetée délibérément par ce dernier vers Chloé. Par cette dualité des comportements, la question de l’éducation est également posée par The Children : qu’est-ce qui fait une bonne mère ? Comment éduquer au mieux un enfant ?

Ses dialogues sincères font de The Children un film crédible, mais il l’est aussi par son scenario. L’origine de la maladie reste inconnue dans ce film. Seul son monde opératoire et sa contagion sont constatés. Casey évoque toutefois la forêt environnante comme foyer de contagion, et cette supposition semble confortée par la récurrence à l’image de ce lieu à l’image. En laissant ainsi planer le mystère sur l’origine de l’antagoniste du film, le film évite le fantastique rendant ainsi son intrigue plus plausible. Et quel autre moyen de rendre crédible un mal affectant les adultes à cause des enfants si ce n’est une maladie ? Car après tout, si la présence des enfants à Noël est sujet à nombreux désagréments, c’est aussi à cause des potentiels microbes et maladies saisonnières qu’ils transportent qu’on évite de les approcher de trop près lors des repas de famille. La photographie est également ce qui contribue à rendre ce film si réel : elle se montre froide et brute. Comme dans les longs plans sur les arbres enneigés entourant la maison, ne laissant aucun échappatoire à la maladie. C’est d’autant plus vrai que l’image n’est pas saturée d’effusions gores, la réalisation se concentrant sur la mise en place d’une ambiance malsaine et traumatisante. Ce qui a de plus, le mérite de renforcer les quelques scènes d’horreur brute, aussi bien dans leur violence que dans leur symbolisme.

The Children se présente ainsi comme un excellent film d’épouvante et thriller, tout en étant le film de Noël mettant en réflexion le thème de l’enfance et tout ce qu’il suppose. Et avec une très bonne gestion du suspense et de l’image, il reste un film idéal à regarder après avoir bordé ses enfants. Vous les regarderez désormais avec plus de doutes et de craintes, et il est très probable que vous gardiez un œil sur vos neveux, nièces ou petits-cousins lors de vos repas de famille à venir…


Fiche technique – The Children

Titre : The Children
Réalisation : Tom Shankland
Scénario : Tom Shankland
Direction artistique : Kevin Woodhouse
Musique : Stephen Hilton
Production : Allan Niblo, James Richardson
Sociétés de production : Screen West Midlands, BBC Films, Aramid Entertainment, Barnsnape Films
Pays d’origine : Royaume-Uni
Genre : thriller, horreur
Durée : 81 min
Dates de sortie : Royaume-Uni : 5 décembre 2008 ; France : 21 octobre 2009

Royaume-Uni – 2008

Auteur : Jeap Horckman

Under The Silver Lake : l’OVNI du Festival de Cannes débarque en DVD/Blu-Ray

Quatre ans après avoir électrisé les foules avec sa bizarrerie horrifique « It Follows » qui lorgnait pas mal du coté de John Carpenter, le décalé David Robert Mitchell a cru bon de dupliquer sa recette en piochant dans le vivier abscons et déroutant d’un autre grand maitre américain : David Lynch. En résulte « Under The Silver Lake », œuvre fleuve qui prend un malin plaisir à nous malmener dans un beau dédale ésotérique qui cause d’une jeunesse insouciante dopée à la pop culture.

Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

Un film voué à devenir culte. 

Au sein d’une compétition cannoise jalonnée comme souvent d’habitués (Ceylan, Lee, Farhadi, Pawlikoswki, Godard, Eda), la présence de David Robert Mitchell avait tout d’une anomalie. Devait-on y voir le simple respect d’un quota américain sur le tapis rouge ou la preuve que Thierry Frémaux était capable d’évoluer et d’adjoindre un représentant du cinéma de genre à la sacro-sainte sélection officielle ? Force est d’admettre qu’on aura, après le visionnage, bien du mal à se décider tant le film brasse large et adopte implicitement l’un des grands principes cannois : le film questionne. Il interroge même. Sur son monde, sur la culture, sur ses jeunes et sur un truc qui drive l’essentiel de la vie des 15/40 ans : la pop-culture.

Aujourd’hui fer de lance de la grande majorité des divertissements US (Stranger Things, Ready Player One, …), cette mouvance omniprésente a l’air de passablement inquiéter David Robert Mitchell qui en a usé pour accoucher de ce film étrange, nanti d’une dose de mystère ahurissante et qui lorgne autant du coté de Hitchcock que David Lynch.

On se plait ainsi à être constamment à la recherche du sens de ce qui nous entoure, on se hasarde à poser des questions, on se remet en doute, etc. Quitte à atteindre un stade où le choix demeure personnel : doit-on s’abandonner dans la pop-culture et ainsi embrasser la mouvance actuelle ou au contraire, doit-on pour notre bien, lever le pied, arrêter de chercher le sens de tout ce qui nous entoure et admettre que le monde dans lequel on vit, ou plus généralement la société qui est la nôtre, est par définition, elle même parfois dénuée de sens ?

Là est tout l’enjeu du film, qui, non content de nous entrainer dans une session de brainstorming king size, nous propose une virée dans un Los Angeles fantasmé, où tout est possible et où l’on peut tous s’identifier à cet Andrew Garfield, en ado trentenaire paumé qui cherche désespérément un sens à sa vie. Autant de raisons qui font de cet Under The Silver Lake, un étrange objet qui restera à coup sur un totem de notre génération.

Des bonus aussi insondables que l’intrigue

A la vue de ce portrait sans fard de la pop-culture, de ses méfaits et autres dangers, on avait hâte de voir les origines du projet, ou tout du moins le principal intéressé, à savoir David Robert Mitchell, s’exprimer sur le sujet. Hélas, on devra ronger notre frein bien méchamment puisque suite à son flop en salles (seulement 206 714 entrées enregistrées dans l’hexagone), son éditeur n’aura pas pris la peine de nous éclairer en ne proposant aucun bonus. Ainsi donc, l’aura de cette œuvre vouée à devenir culte devra se façonner sans l’intervention de son réalisateur, mais bien par l’enthousiasme de ses fans. Prions qu’ils soient nombreux puisque Under The Silver Lake mérite assurément le détour. 

Caractéristique du DVD Under The Silver Lake :

Langues : Français, Anglais / Sous-Titres : Francais, Sourds & Malentendants

Son : D.D5.1 et audio description / Images : 16/9- 2.39 – Couleur

Durée : 139minutes 

Blu-Ray :

Langues : Français, Anglais / Sous-Titres : Français, Sourds & Malentendants

Son : DD 5.1 et audio-description / Images : 16/9 – 2.39 – Couleur

Durée : 139 minutes

Bande-annonce : Under The Silver Lake 

Une affaire de famille de Kore-Eda Hirokazu

Avec une Affaire de famille, Kore-Eda continue de tisser sa toile qui attrape aussi bien l’intime que la société japonaise en pleine mutation, où les hommes perdent des repères mais gardent l’essentiel : l’amour.

Synopsis : Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets……

Family Life

Avec sa thématique très marquée, celle des relations familiales et filiales, disloquées le plus souvent, en reconstruction par moments, on pourrait croire que le cinéaste japonais Hirokazu Kore-Eda fait du surplace, de la redite, de la redondance. La lecture attentive de sa trajectoire montre pourtant que son œuvre s’étoffe de film en film, en développant davantage autour de son cœur de sujet des problématiques qui ont certes toujours été  mises en perspective  dans la plupart de ses films, mais qui prennent dans ses derniers métrages une place plus importante. On veut parler ici du contexte social du Japon, de la difficulté qu’éprouve une certaine frange de la population à se refaire une santé financière et sociale, après les changements intervenus dans l’économie nippone, troisième puissance mondiale, et pourtant le taux de pauvreté le plus important dans l’OCDE. La critique sociale est virulente dans une Affaire de famille. Les licenciements économiques, les contrats précaires, les problèmes de logement, et plus globalement de la pauvreté au Japon sont des thèmes que le cinéaste aborde avec la même colère que celle qui l’anime en dénonçant la peine de mort dans son précédent film, The Third Murder. Cette dimension est sans doute la plus remarquable dans son dernier film.

Osamu (Lily Franky) est le chef d’une famille atypique, vivant dans une maison traditionnelle exigüe et délabrée, coincée entre les grandes tours de béton de Tokyo. Comme de plus en plus  de travailleurs, il vit donc dans la précarité liée à des contrats CDD mal rémunérés, et arrondit ses fins de mois grâce à de multiples vols à l’étalage dans les boutiques du coin. Une activité qu’il pratique régulièrement avec son fils Shota (Kairi Jyo). Un savoir qu’il transmet à son fils, avec le même sérieux que n’importe quel père aimant qui procède à cette transmission vers un fils aimé. Un soir, en revenant de l’une de leurs virées, ils croisent le chemin de la petite Yuri (Miyu Sasaki), mutique et semblant abandonnée, et décident de la ramener chez eux.

Le propos du cinéaste est assez programmatique, et il l’illustre parfaitement, avec son recours habituel à des scènes du quotidien. La famille de Osamu est foutraque, la grand-mère (l’immense et  fidèle Kilin Kiki, récemment disparue) escroque les allocations et les assurances, la fille aînée Aki (Mayu Matsuyoka) baigne dans le soft porn sous la tacite approbation de tous, la mère de famille Nobuyo (Sakura Andô), blanchisseuse sous le coup d’un licenciement,  ainsi que les enfants, y compris la nouvelle « petite sœur » Yuri, ne sont pas en reste quand il s’agit de chaparder. Foutraque, donc, et pourtant, des liens familiaux forts les unissent, au-delà, malgré ou grâce à ces vicissitudes. Hirokazu Kore-Eda prend le temps d’installer ces relations au travers de plusieurs vignettes toujours très justes et très précises, celles entre les enfants, déscolarisés, désorientés par leur mode de vie parfois, entre les femmes de la maison, entre les générations, et bien sûr dans le couple des parents. L’idée défendue par le cinéaste est très simple : les affinités électives existent bel et bien, et il suffit de  voir dans une scène magnifiquement filmée  la tendresse infinie et réciproque qui relie Nobuyo à la petite réfugiée Yuri, pour s’en convaincre. Les liens du sang ne sont pas tout, même dans ce pays extrêmement conservateur et gardien de traditions multiséculaires. Une scène réciproque avec la mère biologique conforte les propos du réalisateur.

Par rapport à ses précédents films, Une Affaire de famille a comme un supplément de vie, comme si le cinéaste s’était libéré d’une certaine retenue qui corsetait, certes joliment, son cinéma. Les films comme Still Walking qui le rapprochent vraiment de Ozu, ou l’assez onirique The Third Murder sont des films somme toute assez minimalistes. Ici, les scènes de repas sont sonores et jouissives, les corps dénudés, les gestes explicites. Une sorte de passion fébrile habite les personnage envers lesquels le spectateur ne peut avoir que de l’empathie, malgré leur ambiguïté et leur noirceur qui deviendra de plus en plus marquante au fur et à mesure de la projection. Ce bouillonnement est une véritable nouveauté dans le travail de Kore-Eda . Mais jamais il n’en oublie ce qui fait la qualité de son travail, une direction d’acteurs -et surtout de jeunes acteurs- remarquable, un sens de l’espace qu’il exploite à son maximum dans le cadre de ce logement très exigu, source d’une promiscuité presque salutaire, et enfin une idée précise de la mise en scène la plus efficace.

Après plusieurs sélections dans différentes sections du Festival de Cannes, Hirokazu Kore-Eda décroche la Palme d’Or avec Une Affaire de famille. Le jury ne s’y est pas trompé et a décelé dans ce film ce qui est peut-être la quintessence du travail du cinéaste, un travail limpide et complexe, beau et nécessaire.

Une affaire de famille – Bande annonce  

Une affaire de famille – Fiche technique

Titre original : Manbiki kazoku
Réalisateur : Hirokazu Kore-Eda
Scénario : Hirokazu Kore-Eda
Interprétation : Lily Franky (Osamu Shibata), Sakura Andô (Nobuyo Shibata), Mayu Matsuoka (Aki Shibata), Jyo Kairi (Shota Shibata), Miyu Sasaki (Yuri), Kirin Kiki (Hatsue Shibata)
Photographie : Ryûto Kondô
Montage : Hirokazu Kore-Eda
Musique : Haruomi Hosono
Producteurs : Kaoru Matsuzaki, Yose Akihiko, Hijiri Taguchi
Maisons de production : Fuji Television Network, GAGA Communications, Aoi Pro Inc
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Palme d’Or au Festival de Cannes 2018, et de nombreuses autres récompenses
Durée : 121 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 12 Décembre 2018
Japon – 2018

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