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Une affaire de famille : retour sur l’oeuvre du réalisateur Hirokazu Kore-eda

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Avec Une affaire de famille, Hirokazu Kore-eda a reçu une Palme d’or à Cannes et semble avoir franchi un cap dans sa filmographie tout en la portant à son paroxysme. L’occasion de revenir sur l’œuvre du réalisateur japonais.

Ce qui nous lie 

Il y a des scènes inoubliables qui marquent tout un cinéma, qui forgent la « patte » d’un réalisateur. Ainsi, lorsque Nobuyo explique à la petite Yuri qu’aimer c’est être tendre, et non malveillant, avec en arrière-plan, légèrement floutés tour à tour, les différents membres de la famille recomposée d’Une affaire de famille, tout le cinéma de Kore-eda semble se dévoiler sous nos yeux. Il y a la complexité des liens qui unissent les êtres entre eux, la limpidité de la lecture des sentiments, affranchie du besoin d’être du même sang, et l’extrême intelligence de la mise en scène du groupe. Ces thématiques-là traversent toute la filmographie du réalisateur japonais, sorte de variation virtuose, par petites touches, sur ce qui nous lie.

Dès son premier film de fiction, Marobosi, Kore-eda tisse le lien de l’arbitraire des sentiments, du choix d’aimer en accompagnant le parcours de deuil d’une femme dont le mari s’est suicidé. Tout porte à croire face à la douce subtilité de ce premier essai, que Kore-eda sera le réalisateur d’une grande maîtrise, accompagnée d’un grand cœur, prompt à aborder le quotidien en y mettant de la lumière. Il s’agit pour lui de capter l’absence, comme il le fera plus tard avec une de ses plus belles œuvres, Nobody Knows. Ce qui frappe chez Kore-eda, c’est sa capacité à faire que chaque personnage imprime le film, qu’aucun ne se détache plus qu’un autre. Le personnage n’est pas un corps, mais des corps, un groupe. Ils se complètent, se contredisent, s’entrechoquent et font avancer l’histoire, ensemble. C’est en se choisissant qu’ils se construisent et deviennent, même baignés dans un quotidien banal, des héros de cinéma. Parler d’empathie pour qualifier l’œuvre de Kore-eda serait presque lui faire offense, tant son cinéma n’est que cela, une longue quête pour s’approcher de l’autre, apprendre à tourner autour de lui, comme le fait sa caméra, à l’entourer.

The Third Murder, son film le plus inattendu, malheureusement peu soutenu par la critique, en est une preuve de plus. Il s’accroche à la volonté d’innocenter un potentiel meurtrier, suit les pérégrinations d’un avocat doutant de la culpabilité de son client et montre à quel point entrer dans la vie d’un autre, c’est changer la sienne à jamais, quel que soit le prix à payer. Une affaire de famille bénéficie de la noirceur assumée de The Third Murder, il s’affranchit ainsi des petites ritournelles des précédents films du réalisateur, et s’intéresse aux corps, comme aux cœurs, de ses personnages. Kore-eda dit d’ailleurs lui-même dans une interview donnée au magazine Première (numéro de décembre 2018), qu’il n’aurait pu réaliser son dernier film, sans avoir fait The Third murder avant. Preuve que son cinéma n’est décidément pas qu’une affaire de famille.

« La vie des gens leur a été attribuée arbitrairement, en dépit de leur volonté, c’est injuste »

Mais la « colère » de Kore-eda est-elle nouvelle ? Il semblerait en tout cas qu’elle se dessine plus clairement aujourd’hui. Dans ses précédents films, et dans un de ses tous premiers « succès » en France, After Life, il y avait pourtant déjà cette impression que le monde était à refaire, à revivre. On y suivait le parcours de « morts » devant mettre en scène le moment le plus fort de leur vie passée. La subtilité du propos tenait à la capacité des personnages à se lier même dans la mort. Il y avait déjà-là une forme de rébellion contre ce que fût la vie sur terre, mais avec une douceur infinie qui baignait le propos dans un cocon ouaté. L’œuvre de Kore-eda était ainsi encore assez peu liée au « monde réel », malgré son passé de documentariste.

Avec Distance, il parlera encore un peu plus de l’absence, du besoin de combler un vide, en s’approchant au plus près de l’intimité de ses personnages en ayant recours à un procédé peu utilisé ensuite dans son cinéma, la caméra à l’épaule. Pas de maniérisme ici, mais la volonté, comme toujours, d’être au centre de ses personnages avec sa caméra, tout en leur laissant l’espace nécessaire pour respirer, exister, se transcender.

Nobody Knows marque en 2003 la naissance de l’enfance dans le cinéma du réalisateur japonais. En effet, on y retrouve une tribu d’enfants abandonnés par une mère qui ne les a jamais déclarés à l’état civil. Ils n’existent donc pas, mais doivent pourtant (sur)vivre tous ensemble. Avec l’inoubliable petite Yuki, on pense instantanément à la Yuri d’Une affaire de famille, mêmes regards distanciés et tristes sur le monde, même capacité à s’éloigner pourtant de la tristesse en choisissant l’enfance, sans niaiserie, même maturité. Et mêmes destins brisés, à quelques variations près.

Still Walking possède, lui aussi, des thématiques communes à Une affaire de famille. On y mange déjà beaucoup, comme souvent dans l’œuvre du réalisateur. Mais surtout on s’y retrouve, on y partage la vie, les scènes du quotidien, avec toujours l’absence en toile de fond, ici un frère disparu quinze ans plus tôt. Kore-eda entremêle les générations dans ce film apaisé et apaisant, qui dit comment chez soi l’on est toujours un peu le même, malgré les infinis changements que la vie engage pour chacun. Qu’es-ce que la vie d’ailleurs ? Question posée à travers une poupée gonflable qui prend vie, dans son film (Air Doll) le plus corporel avant Une affaire de famille. Là encore, complexité des sentiments, de l’approche, mais limpidité d’un propos qui sublime l’humanité, tout en en montrant les travers.

I wish marquera ensuite avec Tel père, tel fils, Notre petite sœur et Après la tempête, une série de variations plus anecdotiques dans la filmographie de Kore-eda. Les films sont pour la plupart lumineux, traversés toujours par la question de l’enfance, de la construction de soi et par les liens qui unissent les êtres entre eux. La colère est moins marquée, même si Tel père, tel fils, permet à ses personnages d’aller contre l’urbanisation des sentiments, en amenant un homme froid à « devenir père » littéralement, même d’un fils qui n’est pas de son sang. Il apprendra à voir à travers lui un monde qu’il a depuis longtemps déshumanisé dans son esprit. I wish est le film le plus joyeux de Kore-eda, marqué par les rêves d’enfance, tout comme Notre petite sœur renoue avec un cinéma tendre et plus posé où la simple réunion des êtres suffit à créer l’émotion. L’arrivée d’une petite sœur dans une famille endeuillée redéfinit une fois encore la notion de lien filial et d’affinité. Enfin, Après la tempête, confronte les êtres les uns aux autres, semblant leur donner une seconde chance, pour mieux la reprendre ensuite. Avec ce personnage qui tente de « se faire une place » dans la vie de son fils, comme le résume le synopsis du film, Kore-eda mesure la capacité de son œuvre à offrir une place à chacun, sans forcer le rapprochement des uns et des autres.

En Liberté !

Une affaire de famille pousse le curseur du lien encore plus fort avec une famille entièrement factice mais pourtant étonnamment liée, même dans ses bassesses les plus fortes. Est-ce l’argent, est-ce l’arnaque ou le crime, qui lient tout ces êtres ou l’amour véritable? En faisant murmurer des déclarations d’amour à ses personnages, en choisissant de ne pas complètement terminer son film (le dernier plan est ambigu, ouvert et bouleversant), Kore-eda dit mieux que toute son œuvre dernière lui qu’il n’y a pas qu’une vérité sur l’humanité, que tous nos actes nous construisent et pas simplement un moment donné, privé d’une lecture plus large. D’ailleurs, le prochain film de Kore-eda, entièrement tourné en France avec des actrices françaises et, tiens tiens nous en parlions à l’instant, titré La vérité (…), n’a pas fini de jeter définitivement un vent de liberté dans l’œuvre de plus en plus riche et puissante d’un cinéaste nécessaire, apaisé et révolté à la fois, conscient des enjeux qui l’entourent comme capable de créer des bulles autour de son cinéma humaniste et profondément beau.

Retrospective de Films de Noël : Gremlins

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Pas de repas après minuit, fuir la lumière du soleil et éviter l’eau… Respectez ces trois règles ou votre sublime mogwaï ne sera bientôt qu’un affreux lutin vert. Avec Gremlins, Joe Dante signe une fable satirique culte où derrière l’humour se cache une morale claire et universelle. A travers ce conte gentiment horrifique, le réalisateur dépeint à la fois sa vision du cinéma mais délivre aussi un récit où les pires monstres ne sont finalement pas ceux à qui l’on pense.

Ne pas l’exposer à la lumière du soleil, ne pas l’approcher de l’eau et surtout ne pas les nourrir après minuit… Ces trois règles, désormais cultes, empêcheront notamment de transformer votre Mogwaï, adorable bestiole poilue, en terribles créatures vertes… les Gremlins. Évidemment chacune des ces règles sera transgressée et sera un élément clé pour faire avancer le récit. Sorti en 1984, le film est réalisé par Joe Dante, réalisateur culte du cinéma d’horreur, papa de Hurlements et Piranhas. L’histoire se concentre sur l’arrivée d’un mogwaï , une petite bête attachante, dans le foyer du jeune Bill, dans la paisible ville américaine de Kingston Falls. Malheureusement cette créature donnera vite naissance à des lutins terrifiants prêts à détruire la ville.

On vous présente ce film dans le cadre de notre rétrospective des films de Noël. On peut aisément se demander qu’est-ce qu’un film de Noël ? Est-ce un film qui fait de la fête de Noël le centre de son récit ou simplement un film qui se passe durant cette période ? Y répondre de manière absolue serait vain tant la variété des films de notre rétrospective offre des réponses différentes à ces questions. Alors que vient faire Gremlins ici ? A priori, le long-métrage de Joe Dante parle bien de monstrueuses petits êtres qui saccagent une petite ville tranquille des États-Unis. Et il s’agit bien de cela mais pas seulement. Grâce à un détail : l’aventure se passe lors des fêtes de Noël et enveloppe le film dans un registre bien particulier : celui du conte de Noël. Une ville paisible, une petite bête mignonne et inoffensive, et des méchants monstres hostiles à l’esprit de Noël. Ce n’est pas sans compter sur l’humeur horrifique et son ton décalé de Joe Dante pour transformer ce tableau enfantin en une hilarante fable satirique et monstrueuse. « Pendant que certains ouvrent leur cadeau, d’autres s’ouvrent les veines » clame Kate à Bill sous la neige, alors que le thème de Noël retentit. D’ailleurs plus loin dans le film, Kate expliquera comment son Noël, symbole de joie et d’amour, s’est transformé en cauchemar.

Un amour du cinéma

C’est sur ce curieux équilibre que fonctionne parfaitement l’œuvre de Joe Dante. Le projet naît de la collaboration entre Dante, donc, qui apporte sa passion pour le cinéma de genre et de monstres, Chris Colombus, réalisateur des deux premiers Harry Potter, qui délivre la dimension enfantine, et puis évidemment Steven Spielberg qui apporte son savoir-faire hollywoodien. Il sera d’ailleurs à l’origine de quelques modifications du scénario, la trame originale étant bien plus sombre et macabre. En effet, la mère de Bill devait être décapitée alors que son chien aurait été dévoré par les monstres. D’ailleurs, notre cher Gizmo devait au départ devenir le gremlin à crête blanche, avant que Spielberg ne décide de le préserver de ce destin funeste.

Avec ce film, Joe Dante signe une merveille d’humour noir qui concilie à la fois son amour du cinéma et celui des monstres. Car si un film respire la cinéphilie de son réalisateur, c’est bien Gremlins de Joe Dante. Les références au 7ème art sont omniprésentes dans le film et renvoient sans cesse le spectateur à sa propre consommation du cinéma. Entre les gremlins qui regardent Blanche Neige et les Sept Nains au cinéma, Gizmo qui s’émeut devant Pour Plaire à sa belle, ou La vie est belle que la mère de Billy regarde à la télé, des extraits de films discutent sans cesse le rapport entre les protagonistes et leur manière de réagir aux œuvres. Pour l’anecdote, Dante révèle avoir commencé sa cinéphilie avec Blanche Neige et les Sept Nains.

Les Gremlins, monstres de cinéma

Les gremlins, impolis à souhait, ne respectent en rien l’œuvre qu’ils regardant, brayant, hurlant.. Dans le second volet, ils iront même jusqu’à déchirer la bobine de leur propre film. La mise en abyme est totale. Si l’on garde cette analogie au cinéma, les personnages des gremlins représentent vite ce que Hollywood peut faire de pire. Il est bon de rappeler qu’issu du cinéma de genre et de série B, Joe Dante fait, à l’époque, office d’outsider dans les productions américaines déjà bien huilées. Nourri à la pop culture, alors qu’elle était encore considérée comme triviale par le grand public, Joe Dante a assisté pendant les années 80 à l’appropriation des grands studios de cette culture, alors plus souterraine.

Le parallèle se fait alors très vite avec la trame du film. Gizmo est tapi dans l’ombre et l’inconnu à Chinatown, où il est préservé du monde extérieur. Le père de Bill, créateur d’inventions ridicules et vite obsolètes, vient l’acheter sans respect des conditions du propriétaire. On peut donc le considérer comme un producteur véreux qui vient mettre ses mains sur une entité bien plus pure que ses intentions. A l’image donc des grands studios qui se sont accaparés une culture plus underground qu’ils préféraient décrier quelques années plus tôt. Cette idée ira encore plus loin dans la suite où un entrepreneur, simili de Trump, tiendra à raser Chinatown à tout prix pour y construire un ersatz désincarné et faux. Gizmo incarne donc cette pureté à ne pas toucher, d’où les règles très strictes à respecter.

Malheureusement une fois touché par l’eau, agent extérieur visiblement loin de l’écosystème des mogwaï, Gizmo se multiplie et offre des versions bien plus bâtardes de ce qu’il est. Ces mêmes bâtards qui après avoir mangé après minuit se transforment en gremlins. Comme si la règle symbolisait la surconsommation. A travers la reproduction d’un unique et tendre mogwaï en de dizaines de créatures dégénérées, on peut voir la déclinaison d’une œuvre en une multitude de produits dérives et de suites qui en ruinent l’essence. Tout le long du métrage, la horde de gremlins tient à tout prix à ruiner la vie de Gizmo, comme si cette nouvelle masse illégitime voulait dominer à tout prix sur ce qui lui a précédé, quitte à écraser ses origines et donc la dernière once d’innocence et de pureté. Cela peut représenter la violence avec laquelle Hollywood traite ses auteurs et ses licences. De plus, une fois exposés à la lumière, les Gremlins fondent et meurent. Leurs apparences monstrueuses laissent alors place à un aspect globuleux encore plus hideux et terrifiant. Comme si une fois la nature marketing et malhonnête des ersatz filmiques révélée, la mascarade qu’ils représentent pouvait prendre fin. Cette critique est d’autant plus pertinente que quelques années plus tard, Joe Dante sera boycotté par Hollywood pour ne pas vouloir compromettre ses films afin de vendre des jouets. A l’image du Mogwaï qui finit par quitter la ville américaine, Joe Dante n’avait peut-être finalement pas sa place dans un Hollywood hypocrite et trop nauséabond pour son art.

D’ailleurs, l’histoire ne prend réellement fin que lorsque le propriétaire vient chercher Gizmo, insistant encore plus sur l’un des messages du film. « Vendu, vous donnez à ce mot un sens particulier, vous lui avez appris à regarder la télé… » s’étonne-t-il face au père de Bill. Le système de vie américain aurait totalement corrompu Gizmo, aux yeux de son propriétaire. Cette critique de la surconsommation et de l’appropriation véreuse s’étend encore plus loin lors de cette réplique du propriétaire : « Vous faites avec Mogwai, ce que vous faites avec tous les dons que la nature vous a offerts ». Un parallèle avec la destruction de l’environnement par l’homme, sujet encore plus d’actualité aujourd’hui, se dessine facilement. Les véritables créatures sont celles qui saccagent à la fois leur propre univers culturel et environnemental.  Ces terribles bestioles incarnent quelque chose d’encore plus primaire : la perfidie pure, la cruauté, l’avidité, la bêtise. Autant de traits que nous humains partageons avec ces créatures. Pour Joe Dante, les gremlins sont loin d’être les seuls monstres qui gangrènent le monde.  Derrière son emballage d’humour noir et satirique, Gremlins est définitivement un conte de Noël avec une morale bien claire et universelle.  Si cette œuvre nous apprend quelque chose, c’est que certaines choses doivent être préservées et protégées, à moins de se transformer en monstres hideux…

Gremlins : bande-annonce

Gremlins : Fiche technique

Réalisation : Joe Dante
Scénario : Chris Colombus
Interprètes : Zach Galligan, Phoebe Cates, Hoyt Axton, Frances Lee McCain
Photographie : John Hora
Montage : Tina Hirsch
Producteurs : Michael Finnel
Sociétés de production : Amblin Entertainment et Warner Bros
Genre : comédie horrifique, fantastique
Durée : 105 minutes
Date de sortie : 5 décembre 1984

France – 1984

Rétrospective Films de Noël : un conte de Noël d’Arnaud Desplechin

Loin d’être un enchantement à la téléfilm de l’après-midi sur M6, Un conte de Noël utilise le prétexte du repas de fête pour (dé)construire la famille. Dans ce foutoir cynique où se croise tout le gratin du cinéma français, Arnaud Desplechin semble nous dire « famille je vous hais », mais va tout faire pour réunir chacun de ses membres. Pour ceux que Noël rebute un peu, rien de mieux qu’un petit conte à la Desplechin pour se ressourcer devant le malheur des uns comme le ferait Le Grinch à l’affiche cette année au cinéma.

Délicieux désenchantement 

Arnaud Desplechin n’est pas le plus joyeux des cinéastes français, c’est donc tout naturellement que l’on croit très peu à l’annonce de conte à la Disney que son titre laisse entendre. Ici, on est plutôt du côté d’Andersen et de ses contes tous plus déprimants les uns que les autres que du côté édulcoré de Mickey.

Pourtant, Un conte de Noël est un grand film romanesque, avec voix off, désespoir familial et grande échéance. Si personne ne greffe de moelle osseuse à Junon, elle va mourir. Qui parmi ses enfants qui se détestent, sans trop que l’on sache pourquoi, pourra sauver cette mère étrange et étrangère à ses enfants ? Il est sûr que l’on a vu plus féerique comme thème à aborder autour de la traditionnelle dinde du 25 décembre. On se croirait presque chez Orelsan et sa Défaite de famille

Conte original

La grande force du film ne sera donc pas de parler de Noël mais de la capacité des personnages à épaissir leur mystère même en se dévoilant à nous. Ils n’auront pas de grande révélation ou rencontre qui les feront changer à jamais, mais devront, comme c’est souvent le cas, s’accommoder de la vie qui leur est offerte, avec plus ou moins d’héroïsme, d’humanisme aussi.

Un conte de Noël est un film délicieusement désenchanté qui se regarde un lendemain de repas de fête, au coin du feu. Pourquoi ? Parce qu’en 2h30 il donne à voir l’humain qui s’échappe à lui-même, qui s’entête, qui se dresse contre des conventions parfois trop établies. On y lâche l’hypocrisie pour se parler enfin franchement. On ne sait pas si ça libère vraiment, mais on se prend à rêver que Noël pourrait être aussi un vrai moment de franchise, qu’il ne serait plus nécessaire de rendre faussement joyeux en le cachant sous des kilomètres de guirlandes.

Ainsi, dans l’oeuvre de Depleschin, ce Conte de Noël ne dépareille pas. Mieux, il s’inscrit une nouvelle fois comme une oeuvre singulière, originale et complexe, qui donne à penser, au cœur même d’une période où manger, consommer et « rêver » sont des mots d’ordre un peu vains que l’on se sent obligé de suivre à la lettre.

Un conte de Noël : Bande annonce

Un conte de Noël : Fiche Technique

Réalisation : Arnaud Desplechin
Scénario : Arnaud Desplechin, Emmanuel Bourdieu
Interprètes : Catherine Deneuve, Melvil Poupaud, Jean-Paul Roussillon, Anne Consigny, Mathieu Amalric, Hippolyte Girardot, Emmanuelle Devos, Chiara Mastroianni
Photographie : Eric Gautier
Montage: Laurence Briaud
Producteurs: Pascal Caucheteux, Martine Cassinelli
Sociétés de production: Why not production, France 2 Cinéma, Wild Bunch, Bac Films
Distributeur: Bac Films
Genre: Drame
Durée: 151 minutes
Date de sortie : 21 mai 2008

France-2008

Utoya 22 juillet / Un 22 juillet : deux visages de l’attentat d’Oslo

Les attentats du 22 juillet à Oslo ont fait naître deux films cette année. Utoya 22 juillet sortait au cinéma cette semaine tandis qu’Un 22 juillet était disponible sur Netflix depuis fin octobre. Comment cet évènement tragique a-t-il été reconstruit et comment le cinéma peut-il se faire vecteur d’un tel drame humain ? Deux styles différents ressortent pour traiter de cet évènement, à chacun ses forces et ses faiblesses.

Tandis que le premier embarque la caméra et les spectateurs dans les 72 minutes (durée exacte de l’attentat) d’horreur qu’ont vécu les ados au camp de travaillistes de l’île d’Utoya, le second choisit de traiter l’évènement dans sa totalité : le pendant de manière assez brève et surtout l’après, la réadaptation. Les seules émotions provoquées dans Un 22 juillet sont celles directement liées au sujet parce qu’il ne peut laisser indifférent après les attaques connues, mais jamais par son traitement ni sa réalisation. Dans le film norvégien, il est au contraire clairement question de ressenti parce que le spectateur est entraîné, malgré lui, dans l’attentat et ne peut s’en sortir, oppressé par ce plan séquence interminable et éprouvant. Quelle est l’intention du réalisateur en utilisant ce procédé ? Certaines questions se posent et l’on se demande très vite quel est le but de tout ça si ce n’est d’essayer de provoquer le vertige des spectateurs dans une reconstruction malsaine. On aura beau rendre un film le plus réaliste possible, il ne sera jamais à la hauteur de ce qu’ont ressenti les victimes véritables et le public, même s’il s’identifie, s’il souffre avec les personnages, ne sera jamais victime à son tour. Évidemment, les tirs ne sont pas montrés et il y a peu de sang mais ce stress permanent entraîne les spectateurs dans un enfer auquel il n’a pas envie de prendre part. Alors quel est l’intérêt de construire un film de la sorte puisque l’on ne saura jamais vraiment, malgré toutes les images ce que l’on pourrait ressentir sur ces instants là.  Si l’ambition d’Utoya, 22 juillet, était de provoquer une émotion vive, alors en effet le pari est réussi. La formule fonctionne par la technique dont il fait preuve et certaines scènes méritent le coup d’œil notamment lorsque Kaja se met à chanter True Colors de Cyndi Lauper.

Bien que les deux films soient décevants pour différents aspects, Un 22 juillet a au moins le mérite de s’intéresser aux victimes sans voyeurisme et de traiter le sujet sous toutes ses formes. La multiplicité des points de vue est intéressante dans les questions qu’elle soulève. Le terroriste, les victimes, l’avocat et le premier ministre ont chacun une histoire différente avec cet acte et le réalisateur a su s’emparer de ces différents personnages pour initier tous les débats que le terrorisme impose. Comment défendre l’indéfendable et comment agir contre ces actes barbares ? Greengrass n’a ni solution, ni porte de sortie, mais a au moins le mérite de mettre des mots sur de réels enjeux et d’ouvrir le débat, notamment sur la complexité de mise en place d’une défense pour ces gens là.

Le film n’en reste pas pour autant très percutant car même si sa forme est intéressante, les défauts persistent. L’interprétation des acteurs demeure trop en surface pour réellement rentrer dans l’émotion et ressentir toute l’ampleur des sentiments qui doivent submerger les personnages. Seul Anders Danielsen Lie est saisissant dans son rôle de terroriste. Le film choisit surtout de s’intéresser aux traumatismes laissés au victime mais livre un pathos voire plutôt une grande distance dans le jeu qui ne permet ni de s’attacher aux personnages, ni de saisir leur douleur. Pourtant, la force dont Viljar fait preuve dans sa rééducation et reconstruction est incroyable mais celle-ci n’est pas vraiment mise en valeur. Le montage alterné ne sert absolument pas l’œuvre qui éloigne toujours un peu plus le spectateur de l’action, navigant de la la rééducation au procès de Behring Breivik.

Il est toujours difficile et délicat de construire un film sur un évènement réel et les attentats sont des sujets très sensibles à traiter. Mais Greengrass ne montre aucun signe de finesse dans la reconstruction qu’il propose des évènements. Et Erik Poppe en donne un peu trop que ça en devient malsain.

Bande Annonce – Utoya 22 juillet

Synopsis : Île d’Utøya, Norvège. Le 22 juillet 2011.
Dans un camp d‘été organisé par la Ligue des jeunes travaillistes, un homme de 32 ans ouvre le feu.

Fiche Technique – Utoya 22 juillet

Réalisation : Erik Poppe
Scénario : Anna Bache-Wiig, Siv Rajendram Eliassen
Interprétation : Andrea Berntzen, Aleksander Holmen, Elli Rhiannon Müller Osbourne, Brede Fristad
Image: Martin Otterbek
Son : Gisle Tveito
Montage: Einar Egelan
Musique: Wolfgang Plagge
Décors  : Haral Egede-Nissen
Costumes  : Rikke Simonsen
Producteur(s): Finn Gjerdrum, Stein B.Kvae
Société de production: Paradox Film 7
Distribution : Potemkine Film
Durée : 1h33
Genre : drame
Date de sortie : 12 décembre 2018
NORVÈGE – 2018

Rétrospective Films de Noël : Tokyo Godfathers de Satoshi Kon

Tokyo Godfathers est une belle petite parenthèse dans la filmographie foisonnante de l’un des grands cinéastes d’animation des années 2000, le défunt Satoshi Kon. Loin des incursions mentales et paranoïaques de Perfect Blue, voire même des saillies psychédéliques et SF de Paprika, Tokyo Godfathers se veut être un véritable beau conte de Noël avec tout ce que cela comporte comme caractéristiques premières.

Dans un Tokyo enneigé par l’hiver, où l’abondance de la masse rend les petites gens encore plus invisibles, le long métrage suit le parcours de trois égarés, de trois sans abris, qui font la découverte d’un bébé abandonné. C’est de là que commence leur quête afin de retrouver la famille du bambin. Mais cette recherche ne se fera pas d’une simple traite. Jonché d’obstacles, de questionnement, de remise en question, ce bébé sera pour les trois protagonistes, un moyen de se réfugier dans leur passé et de faire le point sur des cicatrices qui ont du mal à s’effacer malgré le temps qui passe.

Malgré sa volonté habituelle à dépasser le simple cadre de la réalité pour épouser, comme peut le faire Brian de Palma ou David Lynch, les différents niveaux lectures du rêve et du réel, le cinéaste immisce toujours une graine d’humanité dans ces films. A l’instar de Millennium Actress, qui s’attendrissait sur la carrière d’une actrice en mettant en lisière la confusion entre le cinéma et la vie, Tokyo Godfathers contient cette verve humaniste qui fait aussi la grandeur d’âme de Satoshi Kon. Pourtant, le conte de Noël qu’est le film, ne signifie pas que le récit se cache derrière une profusion de guimauve et de bons sentiments que desserve la plupart des films dits de Noël.

Non, Tokyo Godfathers, avec sa portée christique, prend le pouls d’un récit initiatique et d’un road movie urbain et bringuebalant, qui dévoile un Tokyo fermé sur lui même, grisâtre, peu altruiste, et qui regorge d’une violence sourde. Les ruelles sont bondées,  les magasins fourmillent de consommation, les rames de métro sont gorgées d’âmes en peine qui dissimulent des secrets, des cauchemars difficiles à avouer. Pour certains, Tokyo Godfathers est le film le moins ambitieux de son auteur, autant pour sa direction artistique naturaliste et peu chromatique que sa narration linéaire.

Pour autant, ce dernier est un petit bijou, une leçon de vie aussi drôle que déchirante, incarné par trois personnages dont la rage devient vite proportionnelle à l’empathie que l’on a pour eux au fil des minutes. Car l’union fait la force, et dans ces moments de débrouillardises, une famille se crée. Un peu comme Une Affaire de famille de Kore Eda, qui vient tout juste de sortir en salle, Satoshi Kon dessine les traits d’un Japon qui voit certains « évaporés » se mélanger et fonder une famille, rapprochés par l’amour ou la solidarité dans les moments difficiles. Et même si chacun éprouve des envies différentes, ou souhaitent se sortir de cette mauvaise passe, Tokyo Godfathers est l’expression de cette main tendue dont on a tous besoin au moins une fois dans notre vie. A consommer sans modération. 

Synopsis: A Tokyo, pendant les fêtes de Noël, trois amis sans abri trouvent un bébé abandonné et une mystérieuse clé annonciatrice de folles aventures.

Bande annonce – Tokyo Godfathers

Fiche Technique – Tokyo Godfathers

Réalisateur : Satoshi Kon
Scénariste : Satoshi Kon
Directeur de la photographie  : Katsutoshi Sugai
Genre : Film d’animation
Durée : 1h32mn
Date de sortie : 13 avril 2004

Rétrospective Films de Noël : Au service secret de sa majesté de Peter Hunt

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Quand on pense film de Noël, on pense souvent à des œuvres remplies de bons sentiments où se croisent des amours perdues, des animaux ou des enfants. Mais parfois il arrive que d’autres genres s’immiscent dans l’atmosphère de Noël. Au travers de cette rétrospective, nous abordons l’angle de Noël sous différentes coutures, et c’est au tour de James Bond de fêter Noël avec Au Service secret de sa Majesté.

Comment ? Un James Bond en film de Noël ? En voilà une idée saugrenue me direz-vous. Mais finalement, quand on se penche sur le cas de l’unique film de Peter Hunt, l’esprit de Noël est bien présent. Il faut déjà avouer que parmi la multitude de films multi-rediffusés sur les grandes chaînes françaises lors de la période des fêtes, l’agent secret britannique occupe une place de choix en compagnie de l’impératrice autrichienne Sissi ou de la marquise des anges. Ce n’était pas très étonnant de se retrouver bien au chaud à côté de la cheminée avec son petit chocolat devant les aventures du plus célèbre des espions en train de mettre à mal des plans diaboliques. Parmi les 24 aventures de l’agent 007, certaines se déroulent dans des pays tropicaux à l’image de la Jamaïque de Dr No ou de l’Inde dans Octopussy. Pas vraiment une ambiance de Noël. Monsieur Bond reste cependant un féru de sports d’hiver et va à plusieurs reprises goûter de la poudreuse dans divers massifs montagneux allant du Caucase dans Le Monde ne suffit pas, aux Alpes Italiennes de Rien que pour vos yeux. Le ski reste malgré tout une extrapolation un peu forte de café pour rattacher James Bond à un film de Noël.

Comme dit précédemment, un film se démarque des 24 autres. Un film unique à plus d’un titre, il s’agit d’Au Service secret de sa Majesté réalisé par Peter Hunt en 1969. Sa première particularité est d’être le seul épisode dans lequel le rôle mythique est campé par l’australien George Lazenby. Un ancien mannequin qui se retrouve propulsé en tête d’affiche d’une grosse franchise pour son premier rôle. Un challenge de taille, surtout qu’il succède au mythique Sean Connery qui a imposé très facilement son style et qui restera toujours rattaché à l’image du séducteur britannique. La présence de cet acteur dans le costume de l’agent suffit à faire d’Au service secret de sa majesté un OVNI dans la vaste saga. Mais bien évidemment, ce n’est pas George Lazenby qui va donner le cachet Noël à ce film. À l’instar des films précédents, ce 6ème opus met en scène le SPECTRE, l’organisation maléfique dirigée par Ernst Stavro Blofeld. Le long-métrage va pour la 2ème fois mettre Bond face à sa Némésis alors que ce dernier a pour plan de rançonner le monde en le menaçant d’une guerre bactériologique. Un sujet pas forcément très réjouissant à savourer au pied du sapin. Difficile de trouver une trace de l’esprit de Noël dans les éléments décrits ci-dessus.

Passons donc au vif du sujet et démontrons pourquoi Au service secret de sa majesté est le parfait film d’espionnage pour cette période, et pas uniquement parce que le film est sorti à cette époque de l’année. La première et plus évidente des raisons est l’ambiance dans laquelle se déroule la mission de James Bond. Si la scène pré-générique prenant place à Lisbonne peut brouiller les pistes, la majeure partie de ce très long film (2h16, le plus long avant l’ère Craig) va se dérouler dans les montagnes enneigées des Alpes Suisses. Afin d’infiltrer le SPECTRE, James Bond va se faire passer pour héraldiste venant étudier la généalogie de Balthazar de Bleuchamp (alias francisé de ce cher Blofeld), comte énigmatique qui dirige un institut traitant les allergies dans sa clinique de Piz Gloria située sur un sommet des Alpes. Les beaux manteaux blancs immaculés deviennent alors le paysage dominant de cette aventure de James Bond. D’autant plus que tout cela se déroule au moment de Noël, Blofeld jouant le rôle de Père Noël maléfique ordonnant à ses patientes/lutins de propager un cadeau empoisonné à travers le monde.

Rien de tel que la belle Suisse en décembre pour poser une ambiance chaleureuse. Entre ses détours à la patinoire, l’odeur de glühwein qui embaume les chalets, les chants de Noël en allemand qui résonnent ou les téléphériques comme moyen de transport, Au service secret de sa majesté nous transporte immédiatement dans un petit cocon. Vu qu’on est chez James Bond, tout cela ne se fait pas de façon pépère sous le plaid, mais est couplé à plusieurs séquences d’action dont certaines restes encore marquantes aujourd’hui. La plus emblématique reste la longue poursuite à ski de près de 10 minutes rythmée par l’un des plus beaux scores du grand John Barry. On peut aussi compter sur l’obligatoire poursuite en voiture qui débouche dans une course de stock-car sur glace et le fameux assaut final de Piz Gloria qui finit en bagarre sur bobsleigh. L’hiver est bel et bien présent sous toutes ses coutures.

Mais que serait un bon film de Noël, sans sa belle romance, et c’est là que Au service secret de sa majesté se démarqué énormément. On connait tous le côté coureur de jupons de James Bond, alignant les conquêtes comme les bodycount dans chacune de ses aventures. Il est alors très étonnant de le voir tomber pour la première fois amoureux. Enfin pas tellement quand on découvre le personnage de la comtesse Teresa Di Vincenzo incarnée par la légendaire Diana Rigg. Alors que James Bond la sauve d’un suicide sur les côtes portugaises, ce dernier tombe sur son charme désespéré, et joue dans un premier temps un rôle d’ange gardien. Le père de Teresa s’avère être un chef mafieux prénommé Marc-Ange Draco et veut à tout prix caser Bond avec sa fille. Une histoire d’amour un poil forcée qui va peu à peu se transformer en une véritable idylle, comme dans tout bon film de Noël. Les deux tourtereaux commencent alors à se voir à de nombreuses reprises avant de tomber éperdument amoureux, allant même jusqu’à pousser James Bond à démissionner de son travail.

Plus que la mission, la storyline la plus importante du film réside dans cette histoire d’amour, chose là aussi assez unique dans la saga, même si l’on peut y faire des rapprochements avec Vesper Llynd dans Casino Royale. Entre des altercations avec des méchants très méchants, on va alors pouvoir voir James Bond batifoler avec sa promise, que ça soit dans un jardin avec le tube de Louis Armstrong « We have all the time in the World »ou dans l’une des séquences les plus romantiques de la saga, la demande en mariage dans une grange lors d’une tempête de neige. Malheureusement, comme on connait James Bond en tant que célibataire endurci, on se doute que ce conte de fée aura une issue tragique. Un scène choc clôture Au service secret de sa Majesté qui ne nous fera pas terminer cette histoire avec des étoiles dans les yeux, mais plutôt avec des larmes.

Au service secret de sa Majesté – Bande Annonce

Au service secret de sa Majesté – Fiche Technique

Réalisation : Peter Hunt
Scénario : Richard Maibaum, d’après le roman de Ian Fleming
Montage : John Glen
Musique : John Barry
Production : Albert R. Broccoli, Harry Saltzman
Sociétés de production : EON Productions
Société de distribution : United Artists
Pays d’origine : Angleterre
Genre : espionnage
Durée : 136 minutes
Date de sortie : 19 décembre 1969

Royaume-Unis – 1969

Rétrospective Films de Noël : Krampus de Michael Dougherty

Dans la vie comme au cinéma, les fêtes de noël ne se déroulent pas toujours dans la joie, les cadeaux et le chocolat chaud en famille. Pour certains, la veillée du 24 décembre se passe dans les hurlements et la terreur.

C’est le cas pour les protagonistes de Krampus, réalisé en 2015 par Michael Dougherty. Dès la séquence d’introduction, le film commence par le sarcasme et l’ironie, avec des plans montrant une foule se ruer et se battre dans un magasin au cours de la fameuse course aux jouets de décembre, ou encore les visages déconfits de parents aux caisses dudit magasin à l’annonce du prix de leurs achats. Krampus se présente ainsi comme le film de noël pour le public qui en a marre des films de noël classiques de M6 et qui voit d’un œil moqueur ou critique la saison des fêtes. La figure paternelle et bénéfique du Père-Noël se voit d’ailleurs remplacée ici par Krampus, figure à mi-chemin entre un bouc et un démon du folklore européen. Selon la tradition, ce monstre est censé punir les enfants pas sages – une espèce de Père Fouettard cauchemardesque sous stéroïdes en somme. Mais le film cherche-il vraiment à moquer la fête de noël et son univers ? Ou au contraire, le film s’ancre-il plutôt comme un hommage à la fête de noël et à ses règles, tout comme le même réalisateur l’avait fait pour la fête de Halloween dans son Trick’R’Treat de 2007 ?

https://www.youtube.com/watch?v=KNKo_BT4Vrg

La première partie du film semble prouver la première hypothèse, en nous présentant le contexte classique de toutes comédie M6 ringarde de noël : une famille typique de notre époque avec Tom (joué par Adam Scott), le père un peu trop absent, Sarah (Toni Collette), la mère dépassée et exaspérée et leurs deux enfants, Max (Emjay Anthony) et Beth (Stefania LaVie Owen), ado rebelle accro aux video call avec son petit copain, reçoivent tante Linda (Allison Tolman), mère au foyer stéréotypée, et oncle Howard (David Koechner), beauf notoire, accompagnés de leurs 4 enfants et de la vieille et outrageante tante Dorothy. Tout le nécessaire est réuni pour le modèle de la comédie de noël où l’on assiste à diverses prises de bec entre membres d’une famille avant de les voir se réconcilier grâce à l’amour et à l’esprit des fêtes. Et c’est le cas, du moins pour la première partie du long-métrage. Un film de noël classique donc, dans le registre de l’importance de la famille et une morale prêchant la bonne entente et la gaieté. Le thème de la famille est ainsi très présent dans les dialogues, comme le classique thème des films de noël qu’il est. Seuls Max et sa grand-mère paternelle Omi restent attachés aux traditions face au reste de la famille. On retrouve ainsi le thème chère à la filmographie de Dougherty qu’est la tradition, de la place qu’on lui laisse dans notre société et du respect ou non qu’on lui doit. C’est en se demandant pourquoi il devrait continuer à entretenir l’esprit de noël avec une famille comme la sienne que le jeune Max invoque Krampus, au cours d’une scène que ne renierait d’ailleurs pas Tim Burton. Et ainsi, alors que l’on aurait pu croire à une énième comédie familiale, le film bascule enfin dans l’Horreur.

« Krampus ne venait pas pour récompenser, mais pour punir. Pas pour donner, mais pour prendre. »

La famille se retrouve alors bloquée par une tempête soudaine dans un huis-clos enneigé qui n’est pas sans rappeler le cultissime The Thing (1982) dans certaines scènes. Une hotte de jouets maléfiques abandonnée sur le seuil de la porte signera le début des réjouissances attendues. Les plus impatients auront pu regretter que Krampus soit assez absent à l’image pour un film qui porte son nom. Il ne s’attaque de plus jamais réellement aux victimes, laissant ses acolytes le faire à sa place. Le regret est d’autant plus grand que le travail effectué sur le costume est assez impressionnant (si l’on oublie sa mâchoire béante – probablement cassée – dans les dernières minutes de film), respectant les attributs du personnages : taille imposante, sabots, cornes, grelots et yeux de bouc. La barbe blanche et le long manteau qui lui sont ajoutés ne servent qu’à faire du Krampus un alter-ego démoniaque du père-noël, renforçant le côté insolent du long-métrage. Mais cela reste un procédé classique du cinéma d’épouvante, permettant de laisser planer une aura de mystère et donc de crainte autour d’un antagoniste. D’autres procédés de l’Horreur s’y retrouvent également, notamment avec le personnage de la grand-mère Omi, jouant le rôle de l’oracle qui essaye de prévenir du danger à venir. Elle est celle qui présente à la famille le monstre qui va les punir, au cours d’une séquence flash-back entièrement réalisée en animation qui vaut le coup d’œil. Krampus est ici celui qui punit en emmenant directement en Enfer ceux qui ne respectent pas les traditions, et apparaît « quand on a perdu tout espoir, quand on a oublié sa foi et que l’esprit de noël n’est plus ».

« Et puis quoi encore ?! »

Dans la troisième partie du film, le comique surpasse à nouveau l’horreur, mais propose cette fois une apothéose burlesque dans la lignée de la série des Evil Dead, et plus particulièrement de Army of Darkness (1992) dans son côté mash-up entre comédie cartoonesque et horreur burlesque. L’oncle Howard campe alors une espèce de Ash Williams parodique, armé bien-sûr d’un boomstick. On a même le droit à une copie de la scène culte des mini-Ash du troisième Evil Dead, remplacés ici par des petits bonhommes de pain d’épices. Les personnages sont alors poussés à bout par les acolytes de Krampus au cours d’attaques jusqu’au-boutistes exutoires. Un exercice assez risqué, car la frontière avec le surjeu et le ridicule est mince. La réalisation prouve ainsi une bonne maîtrise des codes et pratiques du cinéma horrifique, magnifiquement sublimée par une photographie colorée dans le juste : on alterne entre une ambiance assez gothique, froide, à base de blanc – celui de la neige – et de bleu-clair – du blizzard et des fenêtres gelées – caractérisant Krampus et ses acolytes. Et les ambiances chaleureuses et colorées du foyer, de la famille : avec le rouge du pull de noël de Linda et du sang (symbolique bien-sûr, car film de noël oblige, pas question de montrer une seule goutte de sang à l’image) ou le vert du sapin et des décorations. Le tout rehaussé de lumière systématiquement chaude, en provenance d’un feu de bois, de bougies ou du gyrophare d’un chasse-neige à l’abandon.

Si Krampus semble ainsi être le vilain garnement des films de noël, on se rend compte que c’est dans son côté horrifique et burlesque que s’expriment les codes traditionnels du film de saison. Les thèmes du cinéma d’horreur et du film de noël vont ici de pair pour proposer un film respectant les valeurs des fêtes et le fameux esprit de noël. Tout comme il l’avait fait pour Trick’R’Treat en 2007, Dougherty signe avec Krampus une déclaration d’amour à une fête païenne aliénée de son message et de sa nature par les mœurs contemporaines. Mais c’est aussi une comédie d’horreur sarcastique finement réalisée, comme sait très bien le faire le réalisateur. L’horreur agît ici sur ceux qui ont abandonné l’esprit de noël et ne respectent pas les codes de cette fête. Et force est de constater que ce n’est pas la première fois que le cinéma horrifique s’essaye à cette fusion improbable entre l’univers bon-enfant et joyeux de noël et l’ambiance plus malsaine et inquiétante de ses codes : déjà en 1984 avec Gremlins, 10 ans avant avec Black Christmas (1974) ou encore en 2009 avec The Children.


Fiche technique – Krampus

Titre : Krampus
Réalisation : Michael Dougherty
Scénario : Todd Casey, Zach Shields, Michael Dougherty
Direction artistique : Jules O’Loughlin
Montage : John Axelrad
Musique : Douglas Pipes
Production : Thomas Tull, Jon Jashni, Alex Garcia, Michael Dougherty
Sociétés de production : Legendary Pictures, Zam Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Budget : 15 millions de dollars
Pays d’origine : États-Unis
Format : couleur – 2.35 : 1 – Dolby Digital
Genre : comédie, horreur, fantastique
Durée : 98 minutes
Dates de sortie : États-Unis : 4 décembre 2015 ; France : 4 mai 2016

États-Unis – 2015

Auteur : Jeap Horckman

Spider-Man New Generation : un costume psychédélique et universel

La douce litanie qui consiste à dire que les films de super-héros se ressemblent tous, ou qu’ils oublient leurs fondamentaux au profit d’une spectacularité inféconde et numérisée, vient d’être mise à mal par ce nouveau Spider-Man : New Generation qui se révèle être une véritable bouffée d’air frais dans la sphère du genre. Pourtant, le pari n’était pas gagné d’avance, Spider-Man étant un super héros que l’on a maintes et maintes fois vu au cinéma.

Soit par le biais de l’excellente trilogie de Sam Raimi, du diptyque désastreux de Marc Webb ou dernièrement par l’humour teen movie javellisé de Marvel. On connait son histoire par cœur. Mais alors, que nous apporte de neuf cette énième adaptation de l’homme araignée ? Beaucoup de choses pour ainsi dire. Plutôt que de placer Peter Parker au centre du film, comme tous les films précédents de Spider-Man, nous avons en vedette Miles Morales, un adolescent, apportant à la franchise un nouveau niveau d’émotion que nous n’avons jamais vu auparavant. Contrairement à Peter Parker, Miles est davantage axé sur la famille, notamment avec son oncle et son père.

Spider-Man New Generation est l’une des meilleures retranscriptions de l’univers Spider-Man et l’un des films les plus psychédéliques et colorés que l’on ait vu depuis Speed Racer des sœurs Wachowski. D’ailleurs, cette dernière référence n’est pas vaine car la plupart des thématiques contenues dans le long métrage et l’esprit libéré qui se détache de l’œuvre ressemblent à l’aspérité des deux réalisatrices : la tolérance, le partage, la redéfinition des genres, le poids des responsabilités, le fait de se définir par les choix que l’on prend, le bénéfice de la communauté, savoir que nous ne sommes pas seuls dans un monde difficile, et la connexion entre les dimensions. On pense donc à Matrix, Speed Racer, Sense8 et Cloud Atlas. Et c’est beau.

Enfin, nous avons un film de super-héros qui s’approprie sa propre mythologie, qui tente de redéfinir sa dimension et sa caractérisation, et qui s’amuse de lui-même avec un discours méta en faisant référence à ses anciennes adaptations cinématographiques sans forcément en faire une caution humoristique comme le fait Deadpool avec plus ou moins de facilité. Comme l’a écrit récemment notre compère Jules Chambry, dans son excellent article qui s’interroge sur la place de l’humain dans les films de super-héros, ce genre cinématographique a en ce moment cette fâcheuse tendance à vouloir diviniser l’être qu’est le super-héros pour en oublier sa part d’humanité. Cette dernière, étant retranscrite comme une simple marée informe, impersonnelle qui doit être sauvée par les nouvelles divinités que sont devenus ces êtres surnaturels.

Sauf que Spider-Man New Génération reprend là où s’étaient arrêtées des œuvres comme celles de Sam Raimi. Ne pas voir le masque ou le pouvoir comme une manière de se sentir moins humain, mais au contraire de montrer le costume comme une prolongation de notre humanité, de définir son récit autour de schémas intimes et de mettre en place des enjeux qui touchent l’humain derrière le masque. La narration ne se limite pas au simple fait d’être un récit initiatique qui voit son protagoniste se repenser lui-même et combattre les obstacles de la vie, non, Spider-Man New Generation va plus loin que cela et insère dans son habillage l’idée que nous sommes rien sans les autres, que le pouvoir c’est un ensemble et non pas un simple don, comme l’avait insinué Ready Player One de Steven Spielberg.

Ici par exemple, il n’est pas juste question d’un vilain méchant qui veut détruire pour détruire, mais il est question de la désespérance d’un homme qui veut retrouver sa femme et son fils défunts. Comme dans les péripéties de l’homme araignée dans les Sam Raimi, il est aussi beaucoup d’idées de cinéma, et quoi de mieux que le cinéma d’animation pour se libérer de certaines barrières esthétiques et de s’accaparer le médium de la bande-dessinée avec une inventivité de tous les instants. Un film live n’aurait pas pu donner ce souffle épique, n’aurait sans doute pas pu mélanger son atmosphère à celui des comics ni nous impressionner avec ce climax final dantesque.

Au delà de son message, qui décrit le costume comme un flambeau qui se perpétue et qui peut être porté par tous, c’est donc aussi le style graphique qui fait monter le film d’un cran au dessus de la mêlée, doté d’un montage frénétique, de textures vivifiantes, et d’un dynamisme rare qui rend à la fois hommage au pouvoir des super-héros qu’à cette ville protéiforme qu’est New York. Il y a cette sensation de liberté, où le film a cette capacité de nous faire ressentir la pesanteur des envolées de notre super-héros, sa facilité à utiliser les airs pour le voir virevolter, frapper, être lui-même et utiliser sa pleine puissance.

Spider-Man New Generation ne choisit pas de camp, au contraire de Marvel ou DC Comics : c’est un film qui saisit avec intelligence les émotions de ses personnages, et leur intégrité morale. Bizarrement, alors que de nombreux blockbusters ou de grandes franchises, comme Star Wars ou Alien, misent sur la déconstruction du mythe, avec ce motif incessant de détruire pour refaire naître, Spider-Man New Generation utilise, lui, ce versant dans une idée de continuité, de prolongement universel. 

Synopsis: Spider-Man : New Generation suit les aventures de Miles Morales, un adolescent afro-américain et portoricain qui vit à Brooklyn et s’efforce de s’intégrer dans son nouveau collège à Manhattan. Mais la vie de Miles se complique quand il se fait mordre par une araignée radioactive et se découvre des super-pouvoirs : il est désormais capable d’empoisonner ses adversaires, de se camoufler, de coller littéralement aux murs et aux plafonds ; son ouïe est démultipliée… Dans le même temps, le plus redoutable cerveau criminel de la ville, le Caïd, a mis au point un accélérateur de particules nucléaires capable d’ouvrir un portail sur d’autres univers. Son invention va provoquer l’arrivée de plusieurs autres versions de Spider-Man dans le monde de Miles, dont un Peter Parker plus âgé, Spider-Gwen, Spider-Man Noir, Spider-Cochon et Peni Parker, venue d’un dessin animé japonais.

Bande Annonce – Spider-Man New Generation

Fiche technique – Spider-Man New Generation

Réalisateur : Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman
Scénariste : Phil Lord
Directeur artistique  : Dean Gordon
Distributeurs (France) : Sony Pictures Releasing France
Genre : Film d’animation
Durée : 1h57mn
Date de sortie : 12 décembre 2018

États-Unis – 2018

Note des lecteurs1 Note
4.5

Hellraiser Trilogy Cult Edition : plaisirs de chair et de sang en Blu-ray chez ESC

Noël approche à grands pas. Des cadeaux attendent encore d’être achetés. Une idée peut toutefois murir dans votre esprit depuis la sortie en septembre d’un objet plus qu’attendu  : Hellraiser Trilogy – Cult’Edition. Retour sur le sanglant débarquement en haute définition chez les éditions ESC des trois premiers volets de la saga éponyme initiée en 1987 par le trublion de l’horreur, Clive Barker.

« Welcome to Hell, Frank »

En 1986, un sombre cosmos se révélait aux lecteurs les plus avertis. Hellbound Heart (en france Hellraiser) allait perturber bien des nuits. Son auteur n’est autre que le trublion Clive Barker qui va, avec son roman court, revisiter l’horreur. L’ouvrage introduit les piliers de l’imaginaire de Barker, dominé par la possibilité d’un alter-monde comme d’un autre soi, où la chair peut être tordue et sacrifiée tout en restant sexualisée. C’est précisément le sujet du roman qui nous présente Frank, un tordu égoïste et arrogant qui a goûté à tous les plaisirs  du monde, et qui, dans sa quête du plaisir ultime, va obtenir une mystérieuse boite. Ce cube se présente tel un puzzle. Certains n’ont jamais réussi à briser celui-ci. Mais notre anti-héros n’abandonne pas et connaît un irréparable succès. La boîte s’ouvre et révèle à Frank un univers ténébreux où le plaisir rencontre la douleur la plus extrême. Enlevé par les Cénobites, maîtres sadomasochistes de ce cosmos, Frank s’apprête à expérimenter une éternelle vie de douleur et de plaisir. Surtout de douleur, puisque Frank échafaude une évasion grâce à l’emménagement de son frère et de sa femme, ex-amante du condamné… L’œuvre fait l’objet d’un culte grâce à la proposition d’horreur originale signée par Barker. Ses enfants, les Cénobites, vont devenir de véritables stars. Qui est donc ce mystérieux ingénieur à la tête clouée de part et d’autre du quadrillage qui marque son crâne ? Jusqu’où peut nous emmener les portes de ce cube, objet mystérieux intitulé « la boîte de Lemarchand » ? À quel point la douleur et le plaisir sont-ils liés ? Autant de passions, de mystères et de raisonnements qui vont venir porter le film scénarisé et réalisé par l’auteur un an plus tard, soit en 1987, avec le faible budget d’un million de dollars. L’œuvre porte l’intriguant titre Hellraiser. Au box-office, la boîte de Pandore est bel et bien ouverte. En effet, le métrage remporte quatorze millions de dollars. Hellraiser devient un important succès dans la cinématographie anglaise et pose les piliers d’une licence culte…

Ci-dessus, la bande-annonce du film Hellraiser – le Pacte de Clive Barker (1987)

Blu-ray écorchés

Justement, le 4 septembre 2018 sont sortis en coffret Blu-ray (et aussi en boitier DVD) les trois premiers de la franchise. Après le succès de leur crowdfunding terminé en Mars dernier, l’éditeur vidéo ESC a pu travaillé avec une certaine aisance sur le débarquement en France de la trilogie en galette bleutée – comprenez en Blu-ray –, produit en partenariat avec l’Atelier d’Images et aussi soutenu par le CNC.

N’y allons pas de façon labyrinthique, point de puzzle à résoudre pour prendre conscience de l’énorme travail opéré sur ce coffret. Les films sont présentés dans leurs dernières restaurations en date (restauration 2K approuvée par le directeur de la photographie et gérée par les britanniques d’Arrow), accompagnés par une pléthore de bonus et un livre auquel le rédacteur de cet article n’a pu hélas accéder. On peut cependant regretter l’encodage qui vient gâcher la fête, avec un problème de rendu du grain, de bourdonnements et d’instabilité de l’image sur le premier film (voir la  comparaison sur , plus légers sur les deux suivants malgré un flou relativement présent sur le troisième. Cela, et le fait que tous les bonus ne soient pas en haute définition ; ni que les scènes additionnelles constituant la version director’s cut du troisième métrage ne soient ni au bon format (elles sont élaguées sur les côtés et donc visibles en 4/3), ni en haute définition (plus dignes d’une VHS que d’un DVD) quand bien même l’œuvre est digne d’un navet ou d’un nanar, à choisir selon votre désarroi ou vos rires tordus d’indignation.

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« Come to Daddy ! » – le coffret à vos yeux déjà séduits

Le choix de présenter trois films plutôt que le dyptique Barker/Randel, ou pire, les quatre premiers est aussi discutable. Si l’on peut justifier l’inclusion du troisième métrage par la présence de Peter Atkins au scénario, accompagné par Randel sur l’histoire et Barker à la production, il en est de même, Randel en moins, sur le quatrième volet, qui est d’ailleurs le dernier à avoir eu le droit à une sortie en salles. À l’inverse, on aurait pu se passer du ratage signé Anthony Hickox qui, avec son Hellraiser III Hell on Earth, a plongé la licence dans un enfer plus obscur que celui des Cénobites, les abysses du navet. Et on peut ajouter que le film ne fut par ailleurs pas conçu chez New World Pictures, mais chez Dimensions Films, soit chez Miramax, qui venait alors d’acquérir la franchise. Et ne nous mentons pas, après l’apothéose boulimique de l’univers des Cénobites avec Hellbound : Hellraiser II, la suite semble avoir été conçue afin de s’ouvrir à un plus large public, sacrifiant visuellement le cosmos horrifique établi dans les premiers volets et trahissant un scénario d’Atkins plus que freiné par le studio. Ainsi Pinhead, la star de la série – à l’image d’un Jason ou d’un Freddy – fait son retour dans un film de monstres raté, un slasher Z qui annonçait le gouffre d’ignominie dans lequel allait hélas s’enfoncer la saga…

Ci-dessous, la bande-annonce du film Hellbound : Hellraiser II (Les Écorchés) (1988)

Hellraiser Trilogy – Cult’ Edition

UN DIGIPACK 4 BLU-RAY + 1 LIVRE CONTENANT :

3 Blu-ray pour 3 films 

HELLRAISER – LE PACTE: En possession d’une boîte à énigmes, le dépravé Frank Cotton amène à lui les Cénobites, créatures de l’au-delà qui le mettent au supplice de souffrances infinies. De retour du royaume des morts, il reprend peu à peu forme humaine grâce à sa maîtresse et belle-sœur, Julia, prête à toutes les abominations par amour pour lui…

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Hellraiser Trilogy – Cult Edition
59,99€ le coffret Blu-ray

HELLRAISER II – LES ÉCORCHÉS : Bien qu’elle survive aux Cénobites, Kirsty Cotton se retrouve internée dans un hôpital psychiatrique dont le responsable, le Dr Channard, se livre à de cruelles expériences, dans l’espoir de percer les secrets de l’autre monde. Il y réussit si bien qu’il ressuscite Julia Cotton qui, aux enfers, règne en maîtresse absolue…

HELLRAISER III: Chef des Cénobites, Pinhead s’arrache à sa prison, un totem qu’expose Monroe dans l’antichambre de son night-club. Après avoir fait de nouveaux adeptes et pris le dessus sur son sauveur, Pinhead affronte un adversaire inattendu et redoutable : l’homme qu’il fût avant de vendre son âme au diable et de basculer dans les ténèbres…

LEVIATHAN : Presque 30 ans après, ce documentaire de 4 heures, en trois parties, regroupe plus d’une trentaine d’entretiens autour des trois premiers volets de Hellraiser… Incontournable pour les fans !

Ayant pour bonus

Entretien croisé autour de Hellraiser – Le Pacte avec Thomas Aïdan et Julien Maury (16 min)
Hellraiser : Résurrection (24 min)
Christopher Young : un compositeur d’enfer (19 min)
Interviews d’époque de l’équipe du film (9 min)
Commentaire audio de Clive Barker
Ashley Laurence : une actrice en enfer (12 min)
Andrew Robinson : M.Cotton, je présume ? (16 min)
Interviews et documents promotionnels d’époque (31 min)
Entretien croisé autour de Hellraiser II – Les Écorchés avec Guy Astic, Thomas Aïdan et Julien Maury (20 min)
Hellraiser II – Les Écorchés : Perdus dans le labyrinthe (17 min)
Interviews d’époque de l’équipe du film (8’45 min)
Commentaire audio de Tony Randel (réalisateur) et Peter Atkins (scénariste)
Kenneth Cranham : le docteur est là (13 min)
Les Cénobites : la patrouille des damnés (22 min)
Interview du réalisateur Tony Randel (15 min)
Interviews et documents promotionnels d’époque (30 min)
Entretien autour de Hellraiser III par Guy Astic (17 min)
Clive Barker : le pouvoir de l’imaginaire, l’imaginaire au pouvoir (24 min)
Sur le tournage de Hellraiser III (5 min)
Mini making of (1 min)
Interviews et documents promotionnels d’époque (30 min)

1 Blu-ray bonus présentant l’intégralité du documentaire de 4 heures Léviathan

LEVIATHAN – L’HISTOIRE DE HELLRAISER – LE PACTE (1h29)
LEVIATHAN – L’HISTOIRE DE HELLRAISER II – LES ÉCORCHÉS (2h)
LEVIATHAN – L’ENFER SUR TERRE : L’HISTOIRE DE HELLRAISER III (31 min)
Le Maître des jouets : dans la boîte avec Simon Sayce (13 min)

ET un livre inédit de 152 pages : Hellraiser – Voyage au bout de l’enfer par Marc Toullec

Prix : 59,99€ le coffret Blu-ray ; 39,99€ le coffret digipack 3 DVD (ne contient pas Leviathan ni le livre de Marc Toullec)

The Happy Prince de Rupert Everett, le portrait d’Oscar Wilde

The Happy Prince de et avec Rupert Everett raconte avec brio les derniers moments du grand Oscar Wilde dans une toile révélant le visage d’un génie en proie à ses démons intérieurs et extérieurs. L’un des dix meilleurs films de l’année en quelques points.

Si Wilde a conté l’histoire d’un homme faisant un pacte pour que son portrait seul subisse les outrages du temps à cause des vices auxquels il s’adonnait (Le portrait de Dorian Gray), Everett, lui, tisse une toile où Wilde renaît dans toute sa complexité.

Broyé par des années de prison et d’humiliations, persécuté par la plupart des gens qui le reconnaissent, Wilde demeure prisonnier de son amour de la vie, de l’art et des plaisirs libertaires. Comme le dit discrètement Reggie (campé par Colin Firth) à Robert Ross (journaliste et amant de Wilde qui dédiera sa vie après la mort de Wilde à faire revivre le génie de l’artiste) : « Fais attention il te dévorerait. Il ne peut pas s’en empêcher“.

Si Everett, métamorphosé, campe avec brio Oscar Wilde en donnant l’une de ses plus grandes performances, il livre également une première œuvre mêlant intelligemment la vision d’un homme complexe, génie littéraire parmi les plus doués, toutes époques confondues, mais surtout d’un être ne pouvant échapper à ses vices. Qu’il soit sur scène, après la représentation d’une de ses œuvres, ou dans la rue, Wilde avait un besoin presque maladif d’être aimé et adulé. Everett rend ses scènes tour à tour drôles puis dramatiques et s’ingénie à y mêler toute une palette de sentiments : Wilde repentant, voulant à tout prix retrouver sa femme et ses fils, puis cédant aux sirènes incarnées surtout par Bosie, l’amant décadent, qui a été le déclencheur de son opprobre publique.

Première œuvre d’Everett, en tant que réalisateur et scénariste, The happy Prince est surtout la naissance d’un très bon metteur en scène. 

Rupert Everett, comme Clint Eastwood ou Mel Gibson avant lui, a su prendre son temps et apprendre de ses expériences européenne et américaine, mêlant les projets grands publics et les films d‘auteurs pour livrer une œuvre personnelle et unique. L’acteur sorti du placard dans les années 90 confiera qu’Hollywood ne lui a plus proposé de rôles intéressant après ses révélations.

Wilde / Everett : une liaison de longue durée

Everett s’est déjà frotté à l’univers d’Oscar Wilde dans le film Un mari idéal d’Oliver Parker en 1999 et surtout lors de la reprise de la pièce de 1998 The Judas kiss en 2012 où il incarna Wilde, succédant à Liam Neeson dans le rôle de l’écrivain maudit.

Après sa performance impressionnante, on se dit que personne d’autre que lui n’aurait pu donner une meilleure représentation de l’auteur. Comme Wilde, Everett a souffert de son homosexualité, malgré une évolution des mœurs et comme lui, l’acteur a brûlé la chandelle par les deux bouts. Son interprétation rend parfaitement toutes les nuances d’un homme tiraillé entre ce qu’il aimerait pouvoir faire, retrouver sa femme et ses fils, et ce qu’il ne peut s’empêcher de faire, se vautrer dans des orgies sans fin, boire…

La musique du film 

La musique de Gabriel Yared est à l’image du film, tour à tour simple et discrète pour se faire plus sombre ou mélancolique, magnifiant les scènes à la photographie léchée.

Comme le dit le compositeur (récompensé par un Oscar pour sa partition pour le film Le patient Anglais, et d’un césar pour L’amant) sur le CD de la bande originale, il a voulu que la musique soit la plus simple possible, jouée par peu de musiciens pour ne pas faire d’ombre à l’histoire et aux personnages. Le pari de Mr Yared est une fois de plus réussi, car son œuvre est à l’image du film et du script, d’une beauté cachant sa complexité dans son apparente simplicité.

The Happy Prince est un premier coup de maître et l’un des dix meilleurs films de l’année. Pour ceux qui aiment Oscar Wilde, ou simplement le bon cinéma, courrez dans les salles obscures le 19 décembre prochain.

Synopsis : 

À la fin du XIXe siècle, le dandy et écrivain de génie Oscar Wilde, intelligent et scandaleux brille au sein de la société londonienne. Son homosexualité est toutefois trop affichée pour son époque et il est envoyé en prison. Ruiné et malade lorsqu’il en sort, il part s’exiler à Paris. Dans sa chambre d’hôtel miteuse, au soir de sa vie, les souvenirs l’envahissent…
De Dieppe à Naples, en passant par Paris, Oscar n’est plus qu’un vagabond désargenté, passant son temps à fuir. Il est néanmoins vénéré par une bande étrange de marginaux et de gamins des rues qu’il fascine avec ses récits poétiques. Car son esprit est toujours aussi vif et acéré. Il conservera d’ailleurs son charme et son humour jusqu’à la fin : « Soit c’est le papier peint qui disparaît, soit c’est moi… »

Fiche Technique : The Happy Prince

Réalisation et scénario : Rupert Everett
Interprétation : Rupert Everett, Colin Firth, Emilie Watson…
Photographie : John Conroy
Musique : Gabriel Yared
Production : Sébastien Delloye, Philipp Kreuzer et Jörg Schulze
Sociétés de production : Maze Pictures et Entre chiens et loups; Palomar, BBC Films, DPP et MMC
Genre : drame biographique
Durée : 105 minutes
Date de sortie Française : 19 décembre 2018

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4

Leto de Kirill Serebrennikov : Retour flamboyant sur le rock russe des années Brejnev

Leto, le nouveau film de Kirill Serebrennikov, nommé à la Palme d’Or du Festival de Cannes, est un quasi-OVNI bourré d’idées, soutenu par une bande-son enthousiasmante, mais qui reste trop concentré sur ses propres effets.

Synopsis : Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique….

Back in the U.S.S.R

Assigné à résidence pour des raisons que les observateurs ont jugé douteuses, mais plus vraisemblablement pour ses prises de position politiques, le cinéaste russe Kirill Serebrennikov n’aura pas profité de l’excellente ambiance autour de la projection cannoise de son film Leto, nommé pour la Palme d’Or.

Leto -l’été, en russe-, est donc le titre du film, le titre du morceau joué par l’un des protagonistes au début du film, et la saison au milieu de laquelle s’ébattent de jeunes russes visiblement peu conformes à l’idée qu’on se fait de la jeunesse révolutionnaire. Corps nus, chétifs et pâles se jetant dans la mer Baltique, alcool, mais surtout rock’n roll. Après une séquence d’ouverture qui se passe au Rock Club de Leningrad, où on assiste les bras croisés et les genoux serrés sur sa chaise à des concerts de groupes validés par le Parti et sous les yeux de ses sbires,  les premières minutes du film reviennent sur la rencontre entre les deux figures centrales de ce microcosme du rock russe. D’une part, Mike Naomenko (Roman Bilyk), une star sans grande originalité, ne faisant finalement que singer ses grands maîtres d’Occident, découverts en contrebande : les Bolan, les Bowie, les Byrne, les Reed et on en passe (il ira jusqu’à traduire leurs paroles pour en faire ses propres textes). De l’autre , le beau et ténébreux Viktor Tsoï (Teo Yoo), plus authentique mais encore totalement inconnu en ce début des 80’s, venant à la rencontre de Mike pour avoir son aide et surtout son approbation.

Sur la base de ce double biopic, c’est toute l’époque de sa propre jeunesse rock que le cinéaste brasse. Comme il l’a déjà montré dans son précédent film le Disciple, Serebrennikov aime multiplier les effets. Dans ce dernier, on a eu droit à des incrustations stylisées des versets de la Bible orthodoxe que le protagoniste déversait à longueur de journée, ou encore aux plans-séquences déjà très marqués. Dans Leto, le cinéaste passe la démultipliée, car c’est à un véritable festival de trouvailles qu’il nous invite. Les plus notoires d’entre elles sont ces quasi-clips musicaux qui n’ont pourtant « jamais existé », comme en est régulièrement informé le spectateur. Il fait chanter The Passenger d’Iggy Pop par un bus entier ou l’armée rouge dans la rue, A Perfect Day de Lou Reed ironiquement dans la nuit et sous une pluie battante, ou encore All The young Dudes de Bowie par le très contemporain musicien russe Shortparis. Des séquences enivrantes pour qui aime le rock. Des séquences fantasmées (« qui n’existent pas ») dans une Russie soviétique loin de toute fantaisie, où tout est au contraire sous contrôle.

Serebrennikov ne s’arrête pas là, et on peut lui rendre véritablement un hommage pour sa virtuosité. L’enfoncement du quatrième mur, voire d’un cinquième si on peut dire, les graffitis en surimpression, la couleur ramenée par touches, tout est bluffant. Le film est dynamique et inventif, et de plus, le cinéaste rend parfaitement compte de la situation paradoxale du rock dans son pays dans ces années-là. Ce qui est par essence un cri de révolte est policé jusqu’à la trame, vidé par la censure de toute la critique sociale qu’il veut porter.

Et pourtant, on ne peut s’empêcher de trouver les quelques deux heures de la projection un peu longues. Les morceaux de rock russe se succèdent aux morceaux de rock occidental, un ménage à trois se profile entre Mike, sa femme Natacha (Irina Starshenbaum), et Viktor, le «nouveau romantique » taiseux qui attire immédiatement cette dernière. Mais Leto est un film tourné sur lui-même, trop soucieux de ses propres fulgurances pour s’intéresser véritablement à faire progresser l’histoire. Le destin de Mike et Viktor, voire celui de Natacha  ne semblent finalement qu’un prétexte et l’ensemble tourne vaguement en rond.

Au final, le cinéaste n’oublie pas, en filigrane du microcosme du rock, de donner des indications sur le sous-texte grisâtre de la vie sociale et politique en URSS : la promiscuité des kommounalka (appartements communautaires), l’extrême monotonie de la vie, l’absurdité de la bureaucratie et l’omniprésence de la répression. C’est peut-être la plus grande réussite du film, cette manière de montrer la précarité et les difficultés sans plomber, sans pleurnicher, et de laisser croire que pour cette jeunesse-là, celle qui a réussi à être un peu au diapason du reste du monde au travers de la musique à défaut d’une vraie attitude rock, la vie n’était peut-être pas si austère.

Leto – Bande annonce

Leto – Fiche technique

Titre original : Leto
Réalisateur : Kirill Serebrennikov
Scénario : Mikhail Idov, Lili Idova, Ivan Kapitonov, Natalya Naumenko, Kirill Serebrennikov
Interprétation : Teo Yoo (Viktor Tsoy), Irina Starshenbaum (Natasha), Roman Bilyk (Mike Naumenko), Yuliya Aug (Anna Aleksandrovna), Filipp Avdeev (Liocha), Evgeniy Serzin (Oleg), Aleksandr Gorchilin (Punk), Aleksandr Kuznetsov (Skeptik), Marina Manych (Marina)
Photographie : Vladislav Opelyants
Montage : Yuriy Karikh
Musique : Roman Bilyk
Producteurs : Mikhail Finogenov, Murad Osmann, Ilya Stewart, Pavel Burya, Coproducteur : Charles-Evrard Tchékhoff
Maisons de production : Hype Film, Kinovista
Distribution (France) : Kinovista / Bac Films
Récompenses : Meilleure Musique, Roman Bilyk au Festival de Cannes 2018
Durée : 126 min.
Genre : Biopic, Musique
Date de sortie : 05 Décembre 2018
Russie, France – 2018

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3.5

Rétrospective Films de Noël : les comédies romantiques

Le mois de décembre a déjà bien commencé et le temps est venu pour Le Mag du ciné de consacrer une rétrospective aux films de Noël. Au chaud sous la couette ou sous un plaid, une tasse de thé ou de chocolat dans les mains pour se réchauffer et faisons un tour d’horizon des films que la rédaction a choisis pour illustrer cette période de fêtes.

Qui n’a jamais passé quelques minutes ou quelques heures à se laisser tenter par une comédie typique de Noël où deux âmes sœurs se trouvent ou se retrouvent, où les miracles pleuvent ? Nombreuses sont les comédies romantiques dont le but est de faire rêver les amoureux de l’amour à la Saint Valentin, mais la période des fêtes de Noël est tout aussi importante pour faire briller les yeux des adultes en quête d’amour et de magie. Les téléfilms connaissent par cœur la méthode pour réchauffer les cœurs un tant soit peu tristes ou solitaires. Une femme célibataire va tomber par hasard sur l’homme qui lui est destiné et le reste, c’est la magie de Noël qui s’en charge. Des fois, cela fonctionne plutôt bien et la bulle de coton fait son effet durant 90 minutes au moins, mais parfois, les clichés prennent l’ampleur sur la rêverie pour sortir totalement les téléspectateurs de la réalité. Évidemment, lorsque l’on pose nos yeux sur ces comédies, on oublie un petit peu le côté artistique et intellectuel pour se laisser emporter par notre cœur d’adolescent en quête d’amour, ou même celui de l’enfant qui demeure en nous et attend un miracle de Noël. Les productions en jouent un peu trop parfois et poussent la niaiserie si loin que l’on ne peut même plus rêver. Les films viennent et reviennent sur les écrans, chaque année, les chaînes de télévision nous resservent la même formule et pourtant, il y en a certains dont on se lasse jamais.  

Certaines comédies romantiques refleurissent d’ailleurs le genre avec des histoires sensées ou en tout cas qui fonctionnent sans trop prendre les spectateurs pour des idiots. Love Actually est l’exemple parfait de la comédie dont on a besoin à Noël. Rituel pour certains, exceptionnel pour d’autres, le film mythique de Richard Curtis joue avec les propres codes de sa catégorie. Il remplace un couple par neuf histoires d’amour en proposant une œuvre chorale où les intrigues et les personnages s’entremêlent pour créer un ensemble aussi beau que drôle. Hugh Grant, Keira Knightley, Alan Rickman, Emma Thompson, Colin Firth, le casting parfait pour porter une comédie romantique au plus haut et surtout faire durer sa reconnaissance dans le temps. On ne sait pas si Richard Curtis est l’homme le plus romantique de tous les temps, il est en tout cas l’homme à l’origine de nombreuses comédies de ce genre. Scénariste de Quatre mariages et un enterrement puis Coup de Foudre à Notting Hills et encore les deux premiers opus de la célèbre Bridget Jones, amoureux de l’amour ou non, sa compétence pour le raconter ne fait nul doute.

Autre figure du romantisme à l’écran, Hugh Grant, que l’on retrouve dans tous ces films s’est imposé comme un grand séducteur dans Le Journal de Bridget Jones notamment. Regard de braise, sourire en coin et toujours très chic, l’acteur d’origine écossaise a fait trembler bien des cœurs au cinéma. Mais la série de films portée par Renée Zellweger a eu son lot de candidats pour faire succomber la grande gaffeuse des films de Noël. Colin Firth et Patrick Dempsey, dernier en date, ont chacun leur tour fait valser le cœur de la célibataire que toute une génération a suivi. Les années passent et le public répond toujours présent pour suivre les aventures de la maladroite par excellence en amour. D’un comique de situation sans faille aux situations les plus banales, l’héroïne britannique a su trouver le cœur des fans qui, pour une fois, avaient quelqu’un à qui s’identifier lors de cette période et de manière même plus durable.

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Pas de limite pour les plaisirs coupables de Noël, les comédies romantiques ont des ressources. The Holiday fait d’ailleurs largement partie de ces films que l’on regarde recroquevillé sous un plaid. Cameron Diaz donne la réplique à Jude Law et Kate Winslet pour proposer un conte qui change un peu des standards. Les dialogues entre le personnage d’Iris et Arthur introduisent un peu de profondeur et de réflexion sur des situations souvent banales dans le genre filmique qu’est la comédie romantique et cela fait du bien. Comment ne pas être émerveillé devant le chalet cosy et chaleureux que l’on voit dans le film ? Le décor ne pouvait pas mieux correspondre à la période. Et les musiques de Hans Zimmer viennent ajouter un peu de magie au film alors que les scènes ringardes et clichées nous entraînent dans la douceur d’une histoire d’amour. Alors malgré l’absence de surprise, et les codes très traditionnels du genre respectés à la lettre, The Holiday entre dans la liste des films qui réchauffent le cœur à Noël.

Mais l’un de ceux qui a le plus bouleversé le public ces derniers temps, c’est bel et bien Carol de Todd Haynes. Très différent des films précédents et dans une émotion plus intense, les spectateurs assistent à une rencontre entre deux femmes dans un magasin de jouets. La magie opère de tous les côtés. Les parents viennent acheter les cadeaux, les jouets ornent le magasin, les enfants courent partout mais la scène qui nous fait rêver c’est ce regard. Ce fameux regard échangé entre Carol et Thérèse et les cœurs s’emballent. Magie de Noël, coup de foudre ou vraie rencontre ? Il semble que les trois s’associent pour se lancer dans une histoire d’amour aussi tendre que la neige qui tombe un 24 décembre. Et pour cause, malgré l’intrigue plutôt grave en toile de fond à cause du mari de la protagoniste, le public voit se dérouler devant lui des scènes d’une grande beauté que la période hivernale ne fait que sublimer. Que ce soit lors de quelques photos volées quand Carol va chercher un sapin ou bien lorsque Thérèse se rend chez elle et que l’esprit de Noël règne dans la maison grâce à la décoration et à sa fille, le film fait de l’amour une magie très ensorcelante à laquelle Noël ajoute bien des éclats.

Alors bien sûr, Love Actually est l’une des comédies romantiques les plus incontournables en cette période de Noël par son humour et sa perception de l’amour, mais chacun de ces films a son mot à dire et son miracle à offrir. Pour petits et grands, le choix est grand. Carol étant le dernier en date dans un registre bien plus dramatique, il est pourtant celui où l’amour est le plus délicatement filmé. Une chose est sûre, la saison des plaids et des chocolats chauds est belle et bien ouverte !