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Athena de Romain Gavras : Fantasme ou fantôme ?

Violence esthétisée et graphique, propos politique vague et vaguement rattaché à un contexte traumatique et sociétal (la banlieue étant le lieu fantasmé dans tous les sens comme étant le négatif de la société française, négatif qui fascine et qu’on rejette), c’est la formule qu’a choisie de pousser au maximum son nouveau film, Athena.

En 2022, les spectateurs ont pu découvrir depuis leur canapé et non sur grand écran le dernier film de Romain Gavras. Celui dont le père est l’illustre Costa Gavras, a commencé avec la bande « Kourtrajmé » qu’il a fondée avec Kim Chapiron, en réalisant des clips de musique. C’est à cette occasion qu’on a pu apprécier un style mettant en avant la violence dont la musique sublimait le ton subversif. Mais pour faire réagir et pour provoquer quelques émotions au-delà du simple sursaut de dégoût, la violence doit avoir une origine avec laquelle compatir ou haïr, se révolter.

C’était déjà le cas de Stress dont le clip n’était qu’un pur étalage de violence urbaine, sans autre cause que ses perpétrateurs qu’on classait immédiatement et par réflexe médiatique parmi les jeunes délinquants de la banlieue. Comme sortis du zoo, tous les passants, tous les objets hors de leur territoire étaient une bonne occasion de se défouler odieusement sous le regard médusé et indigné des simples citoyens français. Violence esthétisée et graphique, propos politique vague et vaguement rattaché à un contexte traumatique et sociétal ( la banlieue étant le lieu fantasmé dans tous les sens comme étant le négatif de la société française, négatif qui fascine et qu’on rejette), c’est la formule qu’a choisie de pousser au maximum son nouveau film, Athena.

Forme et violence.

Dans Stress, la forme clippesque ne laissait de toute façon que peu de place au propos politique quoique les personnages racisés et habillés en survêtement dressaient une panoplie de signes clairs. De plus, le montage et les travellings ultra rapides communiquaient parfaitement le sentiment d’une intrusion brutale d’un élément exogène et dangereux au sein du monde policé de la ville que venait renforcer la mine déconfite des victimes de cette micro-délinquance. Coups, crachats, regards noirs, graffs, se succèdent dans un malaise aigüe et ne finissent que parce que le morceau doit avoir une fin et pour mieux s’étaler sur la mélodie stridente et violente des Justice. Les images semblaient se superposer à la musique et en dépasser l’enjeu. Car le malaise suscité ne vient pas de la mélodie qui ne peut jamais véhiculer un sens mais des personnages surgis du malaise social français, le lieu de tous les fantasmes et de tous les effrois : à la banlieue et qui donne corps à ce relâchement violent aussi brutal qu’animal que tout le monde semble connaître sans jamais l’avoir vu. Car évidemment, plus que la violence, ce qui choque dans ce clip c’est l’idée qu’une telle violence, commise par tels individus couve toujours sous le sol policé et propret de la grande famille française. Derrière le mode de vie consumériste et confortable bâti sur un système économique qui semble s’effondrer de plus en plus, il y aurait toute une classe sociale perdante du jeu et en réalité sacrifiée, expulsée des centres urbains, de même que la société veut s’en expurger, comme son surplus maladif. La violence de Stress, c’est la violence du « ça », du retour du refoulé politico-social qui ne peut dès lors frapper la conscience qu’en lui crachant au visage.

Le parti-pris tragique. Fatalité divine ou destin social ?

Quiconque a vu Athena en a pris plein sa vue, mais se demande sans doute à quoi bon ? Qu’essaye de nous vendre le film à part de belles image st une virtuosité technique (notamment dans l’avatar contemporain de la préciosité stylistique cinématographique : le plan-séquence) qui ne s’offre que pour en jouir ? Bref, que dit le film ?

Assassiné par une bonne partie de la critique, on pourrait répondre : rien. C’est pourtant tout à fait étonnant puisque le metteur-en-scène lui-même a donné le code de déchiffrement de cet objet esthétique étrange que seule une plateforme avide de buzz a pu financer. Trois frères pris dans une histoire de vengeance entre une « cité difficile » et les Forces de l’Ordre pour exorciser le mal suprême : le meurtre de l’un des leurs, leur frère le plus jeune, à peine un ado, juste un enfant de surcroît. Puisque c’est une tragédie, on sait que ça finira mal, que les liens fraternels et familiaux, les liens qui attachent par des lois non écrites et morales dirait Antigone se distendront jusqu’à se rompre et que le destin écrasera tous les protagonistes de cette triste histoire. La tragédie, grecque ou moderne, c’est bien l’idée d’une fatalité donne un sens à l’existence humaine sur le mode de la souffrance car aucune souffrance n’est moins supportable que celle qui ne se peut justifier. Le héros tragique est donc voué à souffrir, encombré par un destin qu’il n’a pas choisi. Si une telle existence semble injuste, le sens se déporte dans l’oeil du spectateur : offert comme victime sacrificielle et esthétique à travers le spectacle de sa mort, le sacrifice se justifie comme pure jouissance esthétique. La tragédie, c’est donc le non-sens qui à travers son exposition parvient à faire sens. Voilà pourquoi des destinées qui ont toutes la même fin absurde parviennent à conquérir leur extraordinarité et incarner des figures éternelles , tel Œdipe, Antigone, Hamlet – Abdel, Karim et Moktar ?

Pourquoi ressort-on avec un accès de « à quoi bon » devant ce qui veut s’offrir comme une tragédie sursignifiante ? Car en lieu et place de la fatalité des dieux ou de celle des passions, c’est celle des classes sociales, de la couleur de peau, de la géographie et de l’urbanisme qui est toute désignée, dès le choix même du sujet. Le policier n’a pas davantage choisi son existence que le petit trimard qu’il tabasse à la matraque. D’autant que le scénario place les différents protagonistes sur le chemin d’une issue tragique bien ficelée. Comme dans Antigone, les circonstances, cette fois-ci sociales, ont déjà donné le premier mort : Idir a été tué violemment par des policiers et l’acte a été filmé et visionné intégralement, transformant l’indignation en colère en ébullition. Pourquoi donc cette impression de vacuité du sens, d’un choc esthétique gratuit qui n’a au fond autant à dire qu’un reportage de JT et bien moins qu’un clip de Justice ?

Parce que précisément cette destinée tragique n’apparaît jamais dans le cadre, ne dicte aucun effet de montage ni mouvement de caméra. Tout tient dans le maigre scénario mais surtout dans l’imaginaire journalistique et télévisuel du spectateur. Les personnages sont là pour incarner leur rôles sociaux. Non : leur rôle médiatique.

Pire, à cette épaisseur sociologique vient s’ajouter celle mal dégrossie du scénario où la tragédie s’efface vite au profit de types tout à fait dans le genre appauvri de la plupart des narrations Netflix. Certes, nombre de tragédies comportent des personnages-types, typiques ou typisés qui servent à fluidifier la narration mais jamais en position de personnages principaux ou cruciaux. Ici, il faut bien remarquer la caricature : Abdel est le jeune adulte mature qui s’en est sorti en épousant littéralement la République avec la docilité la plus servile puisqu’il en est devenu un de ses soldats. Moktar s’est détourné de la bonne voie pour réussir selon les moyens à sa disposition, le deal et le trafic. Jérôme est le flic blanc qui certes y va de sa matraque mais toujours dans le plus strict respect des ordres et de la dignité des justiciables, car Jérôme c’est le flic gentil et innocent. Même les « darons » de la cité qui discutent librement et dans la sérénité la plus pure de l’issue de la tragédie se mettent à parler par joute de dictons plus ou moins orientalisants (africains ?). Mais qui parle comme cela au quartier ?

Il semble que parfois Romain Gavras fasse maladroitement la différence entre détails croqués sur le vif qui accentuent l’immersion et les grosses caisses de la caricature d’un milieu qu’il voudrait peut-être mieux connaître. Ainsi, le clochard de la cité qui demande une cigarette alors que les personnages sont encore poursuivis par les flics, pour la recevoir plus tard dans un élan chevaleresque par Karim – le héros à la détermination sans faille qui vient de repousser la police. De même, l’amour filial et maternel qui unit les trois frères à leur mère et qui ne mourra jamais dans le respect le plus fidèle à cette thématique bien connue des amateurs de rap français.

Le romantisme esthétisant de Romain Gavras.

Soumis à une lutte de tous les instants qui transforment la vie des habitants de la cité, les trois frères vont naviguer sous la pression des événements qui vont les conduire doucement vers la mort. En dehors des époustouflants plans-séquences sur la virtuosité desquels il faudra revenir, Romain Gavras semble filmer tranquillement un scénario prévisible : trahisons, fureurs, morts déchirantes jusqu’à l’épilogue en forme de twist très prévisible. Mais tous ces événements sont tristes mais ne sont pas encore tragiques. Pour cela il aurait fallu qu’on sente le poids du destin sur leurs épaules, encore une fois d’un destin social tout trouvé pour le sujet du film. Événements transformés en passages obligé d’un scénario plan-plan qu’on oublie finalement à mesure que son intérêt s’efface devant le panache des combats et la couleur des affrontements.

Car l’idée géniale de Gavras, c’est ce que les médias appellent pudiquement de leur langue que personne ne parle, « le mortier d’artifice » soi-disant légion dans les cités comme arme précaire censée blesser les forces de l’ordre. Avant d’être une arme de seconde main, il s’agit bien d’un feu d’artifice portable ce qui donne les plus beaux effets dans les scènes dynamiques de combat. Laissant un rayon de lumière dans leur sillage, ils deviennent la preuve visuelle des combats, les coups de ces milliers de figurants qui par là vivent deux fois à l’écran. Chaque personnage devient comme une flèche de feu qui ricoche contre la surface translucide des boucliers des FDO. Les déployant à l’infini dans l’espace et le temps, ils viennent enflammer le cadre de leur mille nuances multicolores dans ce qui s’offre enfin comme le véritable propos du film, la beauté d’un tel combat.

Quand bien même le combat est perdu, il a vécu le temps éphémère de la consumation d’une flamme de mortier, et son existence est donc justifiée par sa beauté vacillante.

Tout comme la lutte pour la justice, la beauté de la guerre est une vieille idée romantique et c’est pourquoi elle est tendanciellement réactionnaire, comme l’est Athena de Romain Gavras par son inconséquence politique. Et au fond de tout cela on trouve l’idée que la banlieue, ce genre d’existence dans la lutte, tout cela est beau et doit être exposé même au prix d’une intrigue mal ficelée. Mais si on doit être déçu que le réalisateur ait raté sa tragédie, il faut lui pardonner d’avoir manqué son film politique car on ne peut décemment juger une œuvre à l’aune de ses propres idées et opinions . D’ailleurs les spectateurs les plus à gauche ont dénoncé l’absurdité politique du film, ceux à droit y ont vu la représentation de leur cauchemar sociétal. On y décéléra bien sur une sorte de complaisance de petit blanc envers la vie dans la cité mais si Romain Gavras rate son sujet, il le fait avec brio

 

Aux masques citoyennes : une aventure humaine humble

Si certains auraient une appréhension quant à se plonger dans un titre évoquant la crise sanitaire, Aux masques citoyennes désarme ô combien ces craintes ! Plutôt que d’être une piqûre de rappel de la période Covid, le documentaire de Florent Lacaze se montre humble, bon enfant et projette de mettre sous le feu des projecteurs une aventure humaine bonifiante.

Synopsis : Printemps 2020. La population est confinée. Libéro, un patron de PME, recrute à tour de bras 250 couturières pour fabriquer les masques qui libèreront sa région. Mais, il ne connait rien à la couture, le tissu n’arrive pas et la plupart de ces femmes n’ont jamais vu de machines

Il serait ô combien dommage de rater un documentaire tel qu’Aux masques citoyennes à cause du sujet de la crise sanitaire. Il est vrai que beaucoup d’entre nous ont souffert de la Covid, et ce de bien des manières. Que ce soit pour des raisons personnelles ou bien professionnelles, les débuts des années 2020 nous ont profondément marqué. Et il est bien difficile de les oublier, même si notre quotidien semble, aujourd’hui, avoir repris son cours. Nous replonger aussi tôt dans cette période n’est donc pas chose aisée pour la plupart d’entre nous, qui pourrons voir dans le titre de Florent Lacaze un produit se mettant au goût du jour, comme l’avaient fait plusieurs séries médicales – tel que Grey’s Anatomy, qui proposait deux épisodes spéciaux sur le sujet. Voire une œuvre opportuniste, voulant à tout prix surfer sur la thématique, au point d’en être malaisante, aussi bien dans son propos que sur sa raison d’être. N’est-ce pas, Michael Bay et votre infâme Songbird ? Mais rassurez-vous, Aux masques citoyennes n’est en aucun cas ce rendez-vous douteux que certains d’entre vous pourraient appréhender.

Bien évidemment, le titre ravivera des souvenirs, la Covid faisant tout de même partie intégrante du titre, à commencer par le contexte, à savoir le premier confinement que la France a connu entre mars et mai 2020. Une période durant laquelle il était strictement limité de sortir de chez soi, au risque de se faire réprimander par les forces de l’Ordre. Que ce soit pour faire les courses ou même aller travailler. Une période qui a vu bon nombre d’entreprises ralentir, voire arrêter, leurs activités, dû aux nombreux salariés coincés chez eux. Et il s’agit surtout d’une période qui a vu l’émergence du port du masque, sans que celui-ci soit accessible auprès de la population suite à une importante pénurie. Cela, Aux masques citoyennes le rappelle bien évidemment par son introduction mais surtout par ses nombreux témoignages, faisant état de leurs vécus respectifs en ces temps tragiques. Cependant, il faut bien comprendre que la Covid n’est clairement pas le sujet principal du documentaire, bien au contraire ! Ici, le but de Florent Lacaze n’est pas de nous raviver ce souvenir, mais plutôt de nous raconter une toute autre histoire !

Plus précisément celle de Libero Mazzone, un entrepreneur du Bassin d’Arcachon ayant pris le pari de faire fabriquer des milliers de masques. Et ce en engageant diverses personnes, notamment pas loin de 473 couturières, dans le but de faire marcher une « petite affaire ». De permettre à des personnes d’avoir un travail en ces temps difficiles. Et surtout, de réunir toute une équipe qui, à son niveau, aura contribué à ce que le déconfinement soit possible. Bien plus que de suivre une usine éphémère, Aux masques citoyennes s’engage à nous dresser le portrait de ce patron d’entreprise, manager et showman à part entière, véritable personnage cinématographique que le film décide de montrer dans ses bons jours et sans jamais l’idéaliser. En effet, évitant le côté propagande dans lequel il aurait pu s’engouffrer, le documentaire ne cache nullement le comportement parfois douteux du bonhomme – ses moments exécrables voire tyranniques avec ses employés, sa façon de leur parler, et même son attitude envers les femmes. Et par ce portrait, le documentaire s’attarde également sur les nombreuses couturières qui ont participé à cette grande action. De par leurs témoignages, elles offrent aux spectateurs des anecdotes et des moments cocasses. Tout en faisant part de leur implication et de leur vécu au sein de cette aventure, sans tabou ni langue de bois. D’ailleurs, le rédacteur de cet article adresse une pensée toute particulière à cette couturière, vivant autrefois dans sa voiture et qui retrouve, grâce à Libero et son projet, une seconde vie. C’est donc ainsi qu’Aux masques citoyennes : une épopée humaine avant toute chose !

Et même si nous pourrions accuser un ventre mou, durant laquelle le documentaire peine à renouveler son propos – la narration semble faire du surplace en seconde partie –, nous ne pouvons que remercier Florent Lacaze et son équipe. Et ce en jouant la carte du naturel et de la simplicité. En effet, à aucun moment Aux masques citoyennes ne se veut pompeux et prétentieux dans sa manière de filmer et recueillir les différents témoignages. Tout ici est réalisé humblement, sans que nous ressentions la moindre mise en scène qui aurait nui à la crédibilité des intervenants. Comme filmer les couturières directement sur leur lieu de travail – allant jusqu’à prendre à partie un magasinier à l’arrière de l’entrepôt, plutôt que de l’interroger dans une pièce aménagée, avec jeux de lumière et photographie millimétrés. Et par cette simplicité, Florent Lacaze apporte à son documentaire une légèreté bienvenue, se traduisant par un montage aussi bien ludique que bon enfant. Avec pour exemple la scène dite « des pieds ». Ou encore cette séquence qui reprend le rythme guerrier des machines à coudre, en ajoutant des effets sonores issus d’un champ de bataille – il ne manquait plus que le fameux thème de la chevauchée des Walkyries et la référence à Apocalypse Now aurait été inévitable !

En conclusion, il est compréhensible que beaucoup d’entre vous aient des a priori sur Aux masques citoyennes. Mais par cette appréhension, vous passerez à côté d’un long-métrage ô combien modeste et qui ne prétend rien d’autre que d’offrir un peu d’humanité. Vous sortirez de la séance le cœur léger, toujours accompagnés par ses nombreuses femmes qui, par leurs actions et témoignages, incitent à faire de même. À savoir apporter une contribution même anodine, afin de participer à une aventure qui va bien au-delà de son quotidien. Et rien que pour cela, nous ne pouvons que les remercier grandement ! Sans oublier que, même si l’aventure semble aujourd’hui terminée, elles poursuivent encore aujourd’hui le combat afin de transmettre ce message. Tout comme Bernadette, qui accompagnait le réalisateur lors des avant-premières, pour présenter sa propre expérience auprès du public. Une rencontre que le rédacteur de ces lignes a pu vivre, soulignant une fois de plus les maîtres mots de l’œuvre et donc de cette équipe : humble et humaine.

Aux masques citoyennes – Fiche technique

Aux masques citoyennes – Fiche technique

Réalisation : Florent Lacaze
Photographie : Pierre Berthier
Montage : Guillaume Niquet
Musique : Sophie Hunger
Producteurs : Céline Farmachi et Florent Lacaze
Maison de Production : Daisy Day Films
Distribution (France) : Daisy Day Films
Durée : 95 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie :  31 mai 2023
France – 2022

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3

Mon père et moi : Voir De Niro se fourvoyer pour payer ses impôts…

Non ce n’est malheureusement pas une blague. Le grand Robert de Niro persévère dans sa dernière partie de carrière à officier dans les comédies douteuses de seconde zone, comme cette pitrerie datée et ce n’est pas joli à voir tant c’est raté, rarement drôle et à la limite du gênant.

Depuis Mafia Blues il y a vingt-cinq ans et surtout Mon beau-père et moi, tous deux excellents, le comédien tourne dans des films prestigieux pour ensuite se vautrer régulièrement dans des comédies interchangeables beaucoup moins pertinentes dont l’humour lourd et l’aspect daté nous font nous interroger sur la pertinence de ses choix. Une ou deux tâches du genre dans une filmographie cela passe mais là on peut dire que ça commence à faire beaucoup. Et ce Mon père et moi n’est ni pire ni meilleur que les autres : il est juste mauvais, raté, périmé et à oublier.

A noter quand même que, grâce à la folle inventivité (rires) des distributeurs, la traduction des titres français et leur côté purement mercantile vaut son pesant de cacahuètes. On a eu droit à Mon beau-père et moi donc puis Mon beau-père, mes parents et moi et Mon beau-père et nous, ses suites de moins en moins engageantes. Viennent ensuite les navets Mon grand-père et moi et ce Mon père et moi auxquels on peut rajouter l’immonde Dirty Papy. Quelle originalité ! Comme après le succès de Sexe intentions en 1999 (traduction opportuniste de Cruel Intentions), on ne comptait plus les films avec le mot « sexe » dans le titre, le succès de la première incursion de De Niro dans ce type de comédies potaches tendance familiale a donc fait des émules et le comédien en est le principal représentant.

Passons sur ces considérations marketing pour dire qu’il n’y justement pas grand-chose à dire de ce nouvel ersatz qui sera aussi vite oublié qu’il a été vu. C’est paresseux au possible, ce côté choc des cultures et des classes sociales en mode comique a déjà été vu et revu dans des dizaines d’autres films. Mais en bien mieux ! Les situations comiques le sont rarement, la faute à un tempo humoristique proche du néant et les acteurs sont tous en total excès de jeu. On a l’impression de regarder un film tourné il y a vingt ans tant humour et quiproquos sont dépassés.

Notons également que la mise en scène de l’inconnue Laura Terruso est totalement absente. Il n’y a aucun effort, ne serait-ce que celui d’offrir l’embryon d’au moins un plan un peu recherché ou tentant de sortir du purement illustratif. Les plans fixes et les champs contrechamps s’enchaînent mécaniquement et sans aucune espèce d’envie de cinéma. On se croirait devant un vieil épisode de sitcom télé des années 90.

Le comble c’est donc que Mon père et moi se positionne comme une comédie mais qu’il n’est jamais drôle. Si on rit une fois et sourit trois fois c’est beau. On voit venir les gags à des kilomètres, les dialogues sont pour la plupart vides et sans intérêt et l’humour est parfois tellement lourd et dépassé (le gag du paon, celui de la partie de tennis, …) que cela en devient gênant. On hésite entre ennui poli et l’agacement de voir que l’on peut encore produire une telle chose de nos jours. C’est l’exemple même de la mauvaise comédie américaine lambda qui prend le public pour des idiots et comme acquis.

Il n’y a qu’à voir l’écriture des personnages. Hormis un prologue plutôt sympathique retraçant les origines italiennes du protagoniste principal avec un humour bien senti (peut-être le meilleur moment du film !), la manière dont sont caractérisés tous les personnages est affolante de bêtise et de je-m’en-foutisme. Des clichés sur pattes réduits à deux ou trois traits de caractère dessinés à très gros traits. Et comme ils sont mal dirigés ils jouent tous mal ou en font des tonnes, appuyant de manière tout aussi gênante sur ces quelques grossières indications d’un scénario qui ne devait pas être bien épais. Il n’y a qu’à voir les beaux-frères, ridicules à tous niveaux, pour se rendre compte de la pauvreté des rôles.

La bonne nouvelle est que Mon père et moi a le mérite (la présence d’esprit ?) d’être court. Au contraire de pas mal de comédies américaines qui se ratent en abusant sur la durée et les longueurs. Le supplice ou l’ennui en sont donc réduits à leur strict minimum même si on a hâte qu’elle se termine, atterré par la bêtise ambiante de cette mauvaise plaisanterie. Quant à l’acteur principal, issu du stand-up et voulant faire un hommage aux immigrants italiens, il aurait dû rester sur scène et laisser le septième art de côté. Car ici on est vraiment dans du cinéma bas de gamme qu’on croirait tout droit ressuscité du siècle précédent.

Bande-annonce : Mon père et moi

Fiche technique : Mon père et moi

Titre original : About My Father
Réalisatrice : Laura Terruso.
Casting : Sebastian Maniscalco, Robert De Niro, Kim Catrall
Scénaristes : Sebastian Maniscalco et Austin Earl.
Production : Lionsgate.
Distribution France : Metropolitan Filmexport.
En salle le 31 mai 2023 / 1h 36min / Comédie

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1.5

Xavier Dolan : ralentissons avant que les émotions ne prennent le dessus

Xavier Dolan est un cinéaste rempli de manies, de manières et au cinéma plein d’exercices de style poétiques. Le ralenti en est l’emblème qu’il sublime car il en fait un outil au service de l’émotion, qu’elle soit soulignée ou qu’elle attende d’exploser. Petite analyse à travers quelques films du réalisateur québécois.

Des images et des émotions démultipliées

Le ralenti serait en quelque sorte le premier effet spécial de l’histoire du cinéma, né par hasard en 1894 alors que deux employés de Thomas Edison cherchent à résoudre un problème de luminosité sur un film. L’idée est qu’ils prennent plus d’images par seconde que nécessaire pour la diffusion, l’image est donc véritablement ralentie (et on fait l’inverse pour accélérer!). En bref, le ralenti d’abord inventé pour un problème technique, puis utilisé pour réduire certains coûts, deviendra vite un procédé poétique. Pensons aux images des sportifs dans L’Homme à la caméra (Dziga Vertov, 1928), ou encore à l’accident pourtant si brutal des Choses de la vie vu depuis l’intérieur de l’habitacle, au ralenti, alors que vu de l’extérieur c’est une vie qui bascule en une fraction de seconde. Le ralenti peut aussi devenir une véritable figure de style cinématographique, comme une marque de fabrique, deux cinéastes s’invitent dans nos pensées en disant cela : Wong Kar Wai et Xavier Dolan. Dans cette analyse, il s’agit de Xavier Dolan qui s’exprimait d’ailleurs en 2010 (dans une interview au Courrier International) à propos de ses influences, du moins de ses goûts de cinéma, « Wong Kar Wai filme les femmes au ralenti. Ça marche à la perfection. Mais, quand j’ai vu In The Mood For Love, j’ai aimé parce que j’aime les plans au ralenti et les courbes des femmes et j’aime quand les femmes sont bien vêtues ». Une transition parfaite vers son cinéma, notamment Les amours imaginaires dans lequel on peut entendre une musique intitulée In the mood for love que Dolan assume comme un hommage.

De l’artifice

Xavier Dolan offre une grande place au montage dans son œuvre : répétitions, flous, ralentis, musiques populaires venant changer la lecture d’une scène familiale. Il donne à travers ses films une relecture esthétisante du réel, parfois qualifiée de « clipesque » (il a d’ailleurs réalisé un clip pour le groupe Indochine). Le cinéma de Dolan (et même sa série!) raconte l’histoire d’un personnage ou de personnages « uniques » qui s’opposent au monde (même s’il s’est essayé à la mise en scène du groupe dans Matthias et Maxime, la dernière scène vient de nouveau suggérer cette idée). Son cinéma parle plus généralement de corps qui résistent au monde. Dans cette écriture le ralenti a (au moins) deux fonctions (au-delà de la beauté visuelle aimée et voulue par le réalisateur) : intensifier la charge émotionnelle (on s’attarde sur la scène en question, sur ce qui s’y joue) ou pour être en contrepoint au rythme effréné de ses films souvent bavards, parfois bruyants, sans relâche. La musique, autre motif de son esthétique, vient accompagner ces ralentis. On peut ainsi penser à la scène où Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chorki) se préparent pour leur premier rendez-vous avec Nicolas (Niels Schneider) au son de Bang Bang (version Dalida). Ici, le ralenti vient souligner l’enjeu pour chacun des deux personnages de ce rendez-vous, ils s’apprêtent tous deux bien trop pour un premier rendez-vous. Le ralenti sert donc à décupler l’émotion d’un personnage, quand la déception submerge Marie, elle allume sa cigarette, le regard tourné vers son amour impossible. Tout le ralenti vient insister sur ce qu’elle ressent, sur ce qui bouillonne à l’intérieur d’elle. Il lui a fallu pourtant une seconde pour paraître tout gâcher, en débarquant et en déclarant « méchante ambiance » sans réfléchir (scène qu’elle revivra d’ailleurs face à un miroir, comme pour en souligner l’importance malgré sa fugacité).

Un seul évènement vous hante et tout est démultiplié

Chez Dolan, on l’a vu notamment dans La Nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé (2022), un événement peut compter plus que tout, hanter toute la mise en scène, d’où le recours au ralenti pour en souligner la force, la vivacité. Paradoxalement en arrêtant le temps, Dolan accélère l’impact émotionnelle de la scène. Les personnages sont habités par le moment et le spectateur doit l’être aussi, malgré le flou qui entoure la réalité de ce qui s’est passé. Ce qui compte aussi c’est l’obsession, le motif quasi poétique que devient le ralenti associé au ressassement (et donc à la répétition d’une même sous des angles parfois différents). Ainsi, le ralenti est aussi chez Dolan le signe qu’une décision importante va être prise, comme quand Tom s’apprête à rentrer dans la maison de son amant dans le prologue de Tom à la ferme. On voit aussi souvent des personnages de dos, déterminés, qui avancent, qui vont vers leur but et qui sont montrés au ralenti. Procédé notamment utilisé dans Les amours imaginaires, mais aussi dans Laurence anyways.

Xavier Dolan, à travers sa caméra, porte une attention aux détails, à ce qui va finir par exploser. Sa mise en scène raconte les drames avant même qu’ils ne se produisent. Dans Mommy, avant la scène finale elle-même filmée au ralenti, une autre scène de ralenti et de flou vient souligner ce qui aurait dû être (entre la mère et son fils) et qui n’existe que dans un fantasme de cinéma. Une scène de pique-nique imaginaire qui pourtant est montrée mais par l’exercice de style qui la constitue, elle se pose comme irréelle et pourtant si nécessaire à la vie de Steeve. Ces figures ou exercices de style, nombreuses dans le cinéma de Dolan, participent également de la fascination pour les autres qui est portée par le regard, regard du cinéaste lui-même acteur de plusieurs de ses films, regard porté sur lui dans des films aux accents autobiographiques. Dans Les amours imaginaires, Nicolas est le personnage fantasmé.

Amours impossibles

Xavier Dolan explique qu’il aurait pu arrêter son film au ralenti sous le parapluie quand Marie et Francis sont réunis (là encore filmés de dos) mais il dit : « Ce n’est pas ce que je voulais démontrer. Je ne voulais pas m’en tenir à ça, parce que le but du film, c’est de démontrer qu’il existe un cercle vicieux, une boucle infernale ». C‘est pourquoi, après avoir compris que Nicolas se jouait d’eux, les deux protagonistes jettent pourtant leur dévolu sur un nouveau corps filmé au ralenti, Niels Schneider étant remplacé par Louis Garrel sur la piste de danse. Le fantasme passe autant par les couleurs, les textures que par ce ralenti qui redonne sa force aux corps, à ce qu’il exerce comme pouvoir d’attraction sur celui qui observe. Même pouvoir d’attraction observé dans Tom à la ferme lors d’une scène de danse improvisée. Le ralenti participe aussi du corps à corps, de l’étreinte brisé car en déréalisant celui qui est observé, il rend l’amour impossible.

Enfin, chez Dolan, on l’a dit, les émotions fusent, les mots aussi, le silence n’est (presque) qu’une illusion. Pourtant, le réalisateur sait ménager ses effets, à l’aide de la musique notamment dans Mommy, mais aussi encore et toujours du ralenti. La scène emblématique de cet arrêt sur image, de cette pause dans l’émotion, avant la tempête, est celle où Laurence et sa compagne Fred marchent tous deux, sourire aux lèvres, alors que du linge tombe comme une pluie fine autour d’eux. Ils sont ensemble, ils marchent et se battent ensemble, à ce moment-là encore leur amour semble du domaine du possible. Xavier Dolan sait donc offrir à son cinéma des fulgurances, des instants de grâces qu’il fait durer grâce aux ralentis.

Pour en découvrir quelques-uns rassemblés en une vidéo

Banel & Adama, une sage lenteur

La sagacité de Banel & Adama, conte peul en compétition officielle au Festival de Cannes 2023, reflète assurément la carrière de sa réalisatrice, Ramata-Toulaye Sy. Son premier long métrage, qui incarne sa vision du cinéma de genre Africain, a nécessité sept ans de travail. Hautement étudié, Banel & Adama aborde avec subtilité, sans contemplation excessive, l’opposition entre la liberté et la tradition. Surtout, le film aspire avant tout à un respect méthodique, considérant l’islam, les superstitions peules et la passion amoureuse. Sa seule limite résidant dans cette volonté d’accomplir un sans-faute.

Reprise de la sélection officielle cannoise.

Synopsis : Banel et Adama s’aiment. Ils vivent dans un petit village éloigné au Nord du Sénégal et du monde, ils ne connaissent que ça. Mais l’amour parfait qui les unit va être mis à rude épreuve par les conventions de la communauté. Car là où ils vivent, il n’y a pas de place pour les passions, et encore moins pour le chaos.

La beauté du premier film

D’entrée de jeu, Banel & Adama frappe par sa mise en scène et le soin apporté au cinéma comme langage. Au cœur de l’ère de la performance technique, où le mouvement est bien souvent superflu, la cinéaste s’attarde sur la caméra immobile aidée par la photographie sublime d’Amine Berrada. Ramata-Toulaye Sy tend à un cinéma esthétique et ésotérique où la singularité réside dans sa réutilisation subtile des mythes et des grandes tragédies antiques. Avant tout, Banel & Adama demeure une fable spectaculaire matérialisant et donnant vie à une imagerie sans pareille, celle des Peuls.

L’illustration du drame sentimental

Banel & Adama est aussi une romance tragique et le voyage émotionnel de sa protagoniste. C’est à cet endroit que se dessine l’excès de sagesse où le récit se voit enraillé par les nombreuses ambitions visuelles et thématiques. Avide de nuances, l’idylle se retrouve presque à distance du spectateur malgré une tension bien présente. Crève-cœur tant les acteurs non-professionnels apportent une singularité rare et fascinante. De plus, l’évocation shakespearienne peine à se révéler, ne restant qu’une toile de fond s’ajoutant aux nombreuses déjà présentes. En réalité, à trop vouloir illustrer et exposer la pluralité et la complexité des traditions, la réalisatrice dénoue ce couple avec une énième allégorie pondérée.

À la clôture, Banel & Adama se révèle être l’un des plus beaux films de la sélection officielle.

Bande Annonce – Banel & Adama

Fiche Technique : Banel & Adama

Réalisation : Ramata-Toulaye Sy
Avec Mamadou Diallo, Khady Mane & Binta Racine Sy
Musique originale : Bachar Khalifé
Distribution française : Tandem Films
Sortie prochaine en 2023
France – Sénégal – Mali – 2023 – 100 mns

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3.5

Mektoub : sous le masque d’un film de gangsters…

Jusqu’à présent réalisateur de clips et de courts-métrages remarqués, Michael Marciano passe au moyen-métrage avec Mektoub, une histoire de gangsters qui recèle, plus qu’une intrigue policière, un plaidoyer féministe. Un positionnement sensible et élégant, qui permet de pardonner au film ses quelques maladresses.

On pourrait se croire face à un film de gangsters… Aux abords d’une station service faiblement éclairée, stationne une longue voiture américaine, dans laquelle trois petites frappes attendent le moment opportun pour commettre leur larcin. Mais quelque chose met en alerte : la conversation qui se tient dans la voiture, avant l’attaque, roule sur les femmes… Et le point de vue de l’un des agresseurs, Joseph (Idrissa Diabaté), est si sommairement machiste et misogyne qu’il provoque la riposte des deux autres, nettement plus… philogyne ? gynophile ? Un mot à créer ! Les lacunes d’une langue en disent décidément long ! L’inverse (androphile ? philandre ?) n’existant pas davantage… Aimer l’autre sexe est-il si peu prévu ?!

Toujours est-il que Michael Marciano, né le 28 mars 1980 à Toulouse et jusqu’alors plutôt réalisateur de clips et de courts-métrages d’ailleurs remarqués, épouse clairement, quant à lui, la cause des femmes, en offrant, dans son premier moyen-métrage, une galerie de femmes hétérosexuelles et subissant le mépris ou les mauvais traitements des hommes : Mathilde (Laurie Caruso), victime d’une agression sexuelle, Esma (Mama Bouras), prostituée au grand cœur et aux beaux talents de danseuse, qui peinera à faire reconnaître et admettre l’amour qu’elle éveille chez l’un de ses fidèles clients, une petite copine « banalement » maltraitée, une mère à qui l’on ment et qu’on ne voit qu’à la sauvette, une petite sœur qu’on néglige, bien qu’on l’adore…

Presque exclusivement nocturne, la réalisation tient en haleine, car les personnages sont attachants, éminemment humains, bien que par moments interprétés avec une certaine maladresse. Le montage, aussi, souffre sans doute d’un léger problème de rythme, ou de souplesse dans les enchaînements. Mais l’image d’Hervé Cohen et Maurizio Tiella sait nous installer dans ce climat nocturne et nous happer dans le sillage du principal personnage masculin, Ismail, campé par Sabry Jarod, un acteur auquel Michael Marciano revient régulièrement, comme à plusieurs autres de ses interprètes, en une fidélité qui l’honore. Cette figure de héros du quotidien, évoluant dans le milieu de la petite délinquance marseillaise, et qui paiera cher son adhésion à la cause des femmes, n’est pas sans évoquer, la flamboyance en moins, le héros de Shéhérazade (2018), de Jean-Bernard Marlin, qui se retrouvait pareillement confronté à cette question d’un amour, vécu comme inavouable, pour une prostituée. Mais la cause des femmes est-elle audible, dans un monde d’hommes ?

De la part de Michael Marciano, l’approche est sympathique, courageuse – en ces temps où la question des femmes et des traitements que les hommes leur réservent est loin d’être réglée – et donne envie de le suivre avec la même bienveillance que celle avec laquelle il accompagne sa petite troupe d’acteurs.

Bande-annonce : Mektoub

Synopsis du film Mektoub : Ismail, Mathilde, Asma et Joseph se retrouvent liés par le destin suite à un braquage dans une vieille station-service. Ce soir-là, Joseph va commettre l’irréparable, qui se répercutera sur la vie de chacun.

Mektoub un moyen métrage de Michael Marciano
Avec Idrissa Diabaté, Sabry Jarod, Mama Bouras…

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3

L’Amour et les Forêts, un film édifiant de Valérie Donzelli sur l’horreur de l’emprise et de la violence conjugale

L’Amour et les Forêts de Valérie Donzelli est une démonstration impeccable de l’horreur de l’emprise masculine et de la violence conjugale. Impeccable, mais un peu trop linéaire et didactique.

Synopsis de l’Amour et les Forêts :  Quand Blanche croise le chemin de Grégoire, elle pense rencontrer celui qu’elle cherche. Les liens qui les unissent se tissent rapidement et leur histoire se construit dans l’emportement. Le couple déménage, Blanche s’éloigne de sa famille, de sa sœur jumelle, s’ouvre à une nouvelle vie. Mais fil après fil, elle se retrouve sous l’emprise d’un homme possessif et dangereux.

L’Enfer

Un peu à la manière de Justine Triet, la fraîche lauréate de la Palme d’Or à Cannes, Valérie Donzelli trace un sillon discret mais certain dans le cinéma français. Des sujets intimistes, quand ils ne sont pas intimes ; mais surtout, la cinéaste sait mettre une touche de poésie à un endroit ou à un autre dans ses films. Certaines fois, le geste est malheureux, comme dans le récent Notre-Dame, trop pétri de digressions pour vraiment tenir la distance, mais dans l’ensemble cette poésie caractérise joliment le travail de la cinéaste.

L’Amour et les Forêts, une adaptation du roman éponyme de Eric Reinhardt, n’est pas différent. Le film, assez programmatique il faut l’avouer, est sombre par définition. On est dans l’histoire d’une terrible emprise qu’on voit gonfler sous nos yeux.  Et pourtant, une vraie trouée poétique surgit au milieu de ce chaos, au creux d’une forêt, parmi celles du titre du métrage : Blanche, la protagoniste interprétée par Virginie Efira, descend dans les affres de la violence conjugale, mais parvient à  s’offrir une aventure quasi-féérique dans un lieu et avec un homme idylliques (douceur ineffable de Bertrand Belin) : sans doute une réminiscence de ses débuts avec Grégoire (Melvil Poupaud), ….

Un film programmatique en effet, que l’Amour et les Forêts. C’est ce qu’on pourrait lui reprocher, malgré une interprétation impeccable de la part des acteurs, une Virginie Efira désormais en pilotage automatique mais maîtrisé, tant les rôles pleuvent sur elle, et un Melvil Poupaud qui rajoute brillamment le rôle du salaud pervers narcissique à son arc ; des décors léchés, et un rythme somme toute soutenu. L’histoire est déroulée d’une manière très linéaire, et la trajectoire du point A au point B est tracée au feutre indélébile. On découvre Blanche et Grégoire au début de leur histoire commune. Une belle histoire romantique et sensuelle, soulignée de néons rouges lors des scènes intimes, pour dire leur passion. On pense évidemment à Clouzot et aux effets de lumière de son Enfer inachevé. On ne sait rien de ce qu’ils étaient, mais les choses s’emballent très vite, peut-être un peu trop vite. Grégoire est muté à Metz, Blanche doit quitter sa famille, sa jumelle adorée, sa Normandie, et l’inéluctable point déjà ; Blanche est coupée du monde et se retrouve dans une maison grande, belle, mais totalement ouverte, sans aucun recoin pour échapper à Grégoire.

La tension aurait pu aller crescendo, mais la balise précède toujours la scène d’un cran, et annule tout effet de découverte. L’intention très louable de la cinéaste semble en effet de faire une démonstration implacable de l’emprise de Grégoire  sur Blanche, et plus globalement de mettre en lumière les violences conjugales et leur mécanisme (les questions faussement candides posées à Blanche par l’avocate qu’elle consulte semblent davantage être là pour l’édification du spectateur). Mais en suivant ce chemin ultra-balisé, la réalisatrice ne laisse jamais de la place à la surprise ni à l’imprévu. La scène dans les bois, déjà citée, sera le seul véritable pas de côté, et pour le coup, porte la fameuse signature poétique de Valérie Donzelli.

L’Amour et les Forêts n’est pas un film raté ;  annoncé notamment comme un thriller, il fait le job. Même si on devine les scènes, on ne manque pas de sursauter, on a peur de Grégoire, on a peur pour Blanche, on est impatient de connaître la conclusion de l’histoire. Ce n’est pas si mal, même si on attendait peut-être autre chose de la réalisatrice de La Guerre est déclarée, un film autrement plus intense…

L’Amour et les Forêts – Bande annonce

L’Amour et les Forêts – Fiche technique

Réalisatrice : Valérie Donzelli
Scénario : Valérie Donzelli  & Audrey Diwan, adapté du roman éponyme de Eric Reinhardt
Interprétation : Virginie Efira (Blanche Renard / Rose Renard), Melvil Poupaud (Grégoire Lamoureux), Dominique Reymond (L’avocate), Romane Bohringer (Delphineà), Virginie Ledoyen (Candice), Marie Rivière (La mère), Nathalie Richard (La gynécologue), Guang Huo  (Tony), Laurence Côte (Catherine, l’infirmière scolaire),Bertrand Belin (David)
Photographie : Laurent Tangy
Montage : Pauline Gaillard
Musique : Gabriel Yared
Producteurs : Alice Girard, Edouard Weil
Maisons de Production : Rectangle Productions, France 2 Cinéma, co-production : Les Films de Françoise
Distribution (France) : Diaphana Films
Durée : 105 min.
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 24 Mai 2023
France – 2022

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3.5

Top 4 des meilleurs films ayant inspiré des jeux

Le monde du cinéma a certainement influencé plusieurs autres domaines, dont celui des jeux. En tant que tel, il n’est pas rare de voir des jeux avec des protagonistes portant le même nom ou inspirés par des films. Au cas où vous ne vous en seriez pas encore rendu compte, voici quatre films à la base de la création de certains jeux. Et ils sont parmi les plus plébiscités!

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 Ocean’s Eleven

Si vous aimez les jeux de casino, sachez que le film Ocean’s Eleven a inspiré de nombreux jeux, dont le Penny slots. Ce film se concentre sur des braquages et vols sophistiqués. On peut y découvrir des jeux de casino tels que les machines à sous électroniques et les tables de poker. Brad Pitt se fera un plaisir de vous apprendre quelques petites astuces. Retrouvez ici différents jeux thématiques  que vous pourriez apprécier. Et si vous restez sur votre faim, n’hésitez pas à regarder Ocean’s twelve et Ocean’s thirteen qui forment la trilogie.

Lara croft tomb raider : le berceau de la vie

Le film Lara croft tomb raider : le berceau de la vie, sorti en août 2003 est un film d’action et d’aventure qui a inspiré de nombreux jeux, dont les machines à sous. Vous avez certainement eu la chance de le voir. On y retrouve Angelina Jolie dans la peau d’une archéologue chevronnée prête à tout pour aller au bout de ses fouilles. Mais, c’est sans compter sur la mauvaise foi du commando chinois qui lui mènera la vie dure. Vous pouvez voir l’adaptation ludique de ce film en jeu sur internet. Le jeu vidéo très célèbre porte le nom : Tomb raider.

Pixels

Sorti en 2015, le film qui a donné son nom au jeu Pixels plonge les téléspectateurs dans l’univers du jeu virtuel. En effet,  fiction met en scène un groupe d’amis passionnés par les jeux d’arcade qui ont réussi à sauver le monde plus d’une fois virtuellement. La découverte de ces archives par des aliens plusieurs années plus tard est interprétée comme une déclaration de guerre. La riposte s’annonce très intéressante avec aux manettes des acteurs comme Adam Sandler et Peter Dinklage. La qualité du film vous donne l’impression d’être déjà dans le jeu vidéo. Tout ce que vous avez à faire est de vous laisser porter.

Les mondes de Ralph

Êtes-vous un fan de films d’animation ? Les mondes de Ralph, sorti en 2012 répond a inspiré la création d’un jeu d’arcade appelé Félix Fix Jr. On y retrouve le personnage principal de Les mondes de Ralph, le méchant sieur Ralph la casse. Sa tendance à casser les bâtisses avec son point en laissant la lourde tâche aux gentils de les reconstruire deviendra vite de l’histoire ancienne. Il formera un groupe de personnages à la moralité douteuse pour découvrir de nouveaux horizons. Amateurs des jeux d’arcade, découvrez Ralph la casse dans toute sa splendeur dans le jeu Félix Fix Jr et en même temps dans le film Les mondes de Ralph.

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A la découverte des jeux Provably Fair

De nombreuses personnes qui s’intéressent au phénomène des jeux en ligne se posent la question suivante : qu’est-ce qu’un jeu dont l’équité peut être prouvée ?

La définition la plus simple : Il s’agit de produits dotés d’un système intégré qui permet aux joueurs de vérifier l’équité du processus. En d’autres termes, ils se définissent par leur capacité à fournir des preuves vérifiables que le résultat n’a pas été manipulé ou prédéterminé par l’opérateur. Cette vérification est généralement mise à la disposition des parieurs par l’utilisation d’algorithmes cryptographiques et de données publiques, comme c’est le cas pour les sites légaux et dotés d’une licence agréée tel que https://spin.city/fr. La transparence et l’ouverture du processus de vérification sont ce qui distingue les jeux à équité prouvée des divertissements en ligne traditionnels, garantissant que les joueurs peuvent avoir confiance dans l’équité du titre.

Les jeux Provably Fair et les paris en crypto-monnaies

Le concept de jeux d’équité prouvée s’est transformé avec la prolifération des paris avec les crypto-monnaies. Ces jeux comprennent les machines à sous, les loteries et d’autres jeux en ligne où l’on peut placer des paris et recevoir des récompenses en crypto-monnaies telles que les bitcoins.

Compte tenu de leurs caractéristiques uniques, la compréhension des jeux Provably Fair a gagné une popularité considérable parmi les joueurs en ligne. Pour déterminer si un passe-temps est provably fair, il est généralement possible de trouver des informations sur le système de vérification de l’équité sur le portail lui-même.

Peu après l’apparition des bitcoins, un certain nombre de jeux sont apparus, mettant en avant leur équité comme principal point de distribution. Dans les jeux en ligne traditionnels, le processus se déroule à huis clos et peut potentiellement être manipulé à la discrétion d’opérateurs moins vertueux, bien que ce risque n’existe pas dans les casinos légaux. En revanche, la manipulation d’une blockchain est impossible, car toutes les transactions sont enregistrées sur un grand livre public. Cela signifie que chaque transaction et paiement de prix est transparent et ne peut être contrefait.

Le rôle de la technologie Blockchain

Cependant, tous les événements dans les casinos ou les loteries en ligne ne sont pas transparents par le biais des seules transactions. Par exemple, le processus de tirage des numéros gagnants d’une loterie peut être caché à l’utilisateur. Mais certaines plateformes choisissent de divulguer ces détails et de fournir aux utilisateurs les outils nécessaires pour vérifier l’équité de tous les événements. La vérification de l’équité des jeux en ligne peut être réalisée en combinant la technologie blockchain et l’honnêteté des opérateurs.

Pour établir l’équité, un produit doit avoir une base inhérente d’impartialité. Un exemple représentatif est la technologie blockchain, qui garantit cette impartialité grâce à ses caractéristiques de transparence et d’immutabilité. Ainsi, un casino Bitcoin bien conçu et basé sur la blockchain élimine toute possibilité de tricherie, rendant impossible pour les opérateurs de tromper les joueurs.

Une fois la base de l’équité établie, les propriétaires de jeux doivent prouver à leur public que le titre fonctionne comme promis, ne laissant aucune place à un comportement frauduleux. Cela peut se faire par différents moyens, comme le partage public du code source et la fourniture d’outils de validation pour les casinos et les loteries.

Les jeux provocablement équitables sont-ils populaires ?

La popularité croissante et l’augmentation du nombre de casinos en ligne proposant des jeux dont l’équité est prouvée indiquent une forte demande pour ces produits. Les jeux en ligne comportent intrinsèquement des risques, les probabilités étant généralement défavorables au joueur.

Néanmoins, le désir de déjouer les pronostics pousse les gens à s’adonner à ces divertissements. Mais s’il y a peu de transparence ou des pratiques douteuses, les parieurs se désintéressent. C’est un peu comme si vous gagniez un concours mais que vous ne receviez pas le prix, sans pouvoir prouver la fraude à qui que ce soit : cela génère beaucoup de frustration. Ou imaginez un portail qui escroque ses clients sans jamais payer, en gardant toutes ses actions secrètes : ce sont des scénarios désagréables pour les utilisateurs.

Par conséquent, si les parieurs peuvent éliminer le risque de fraude en passant à une plateforme éprouvée, ils sont susceptibles de le faire.

Comment vérifier si un jeu est équitable ?

Si une plateforme prétend être équitable, elle propose généralement plusieurs méthodes de vérification. Le processus de vérification de l’équité d’un passe-temps peut varier en fonction du titre et de la plateforme. Toutefois, il existe quelques étapes générales à suivre :

  • Recherchez le système d’équité prouvée de la plateforme : un site réputé offrant des titres d’équité prouvée devrait avoir une section dédiée expliquant le fonctionnement du processus de vérification.
  • Comprendre la méthode de vérification : chaque portail peut utiliser une méthode différente pour vérifier l’équité des titres, telle qu’une fonction de hachage cryptographique ou un générateur de nombres aléatoires. Assurez-vous de bien comprendre le processus de vérification avant de jouer.
  • Vérifiez la transparence : les titres dont l’équité est avérée doivent être transparents et permettre aux parieurs de voir la couleur, le hachage et le résultat du jeu. Vérifiez que le casino Bitcoin permet de vérifier l’équité en donnant accès à ces informations.
  • Vérifier les résultats du jeu : une fois que vous avez accès aux informations nécessaires, utilisez un outil indépendant pour vérifier les résultats. Plusieurs outils en ligne peuvent être utilisés pour vérifier si le résultat correspond à la graine et au hachage fournis par la plateforme.

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Les Filles d’Olfa, échange curatif entre réalité et fiction

L’Œil d’Or 2023, ex-aequo avec le documentaire remarqué d’Asmae El Moudir (Kadib Abyad), Les Filles d’Olfa captive en réunissant une famille entière par la puissance du documentaire et de la fiction. Armé d’un dispositif audacieux et jusqu’au-boutiste, la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania nous plonge dans une introspection à vif entre mémoire collective et mémoire familiale. Très juste, Les Filles d’Olfa vibre des voix complices de ses sujets et de ses interprètes, oscillant entre des instants de bravoure et les limites de son mécanisme.

Reprise de la sélection officielle cannoise.

Synopsis : La vie d’Olfa, Tunisienne et mère de 4 filles, oscille entre ombre et lumière. Un jour, ses deux filles aînées disparaissent. Pour combler leur absence, la réalisatrice Kaouther Ben Hania convoque des actrices professionnelles et met en place un dispositif de cinéma hors du commun afin de lever le voile sur l’histoire d’Olfa et ses filles. Un voyage intime fait d’espoir, de rébellion, de violence, de transmission et de sororité qui va questionner le fondement même de nos sociétés.

À travers l’objectif de la guérison

À la clôture de la conférence de presse cannoise, Olfa Hamrouni a exprimé son engagement : « Ce que je demande aujourd’hui, c’est que mes filles soient rapatriées et qu’elles soient jugées équitablement. ».

Auparavant, ce fait divers avait suscité une résonance internationale lors de la révélation publique de l’endoctrinement djihadiste des deux filles aînées d’une mère isolée de quatre enfants. Olfa a ainsi pointé l’inertie manifeste du gouvernement tunisien. À l’heure actuelle, Les Filles d’Olfa demeurent détenues sur le territoire libyen. En investissant pleinement le particularisme du docu-fiction, Kaouther Ben Hania questionne le regard regardant/regardé que manipule le cinéma. Du reste, c’est toute sa filmographie qui interroge cette mécanique dramaturgique en particulier dans La Belle et La Meute en 2017. Les Filles d’Olfa en est la catharsis et convoque un dispositif radical permettant un échange curatif entre les sœurs fictionnelles et véritables, et la mère et son double, interprété par l’icône du cinéma arabe Hend Sabri. De fait, les voix des protagonistes résonnent avec connivence et nous invitent à partager leurs révoltes et leurs espérances.

Mécanisme implacable mais limité

Une longue recherche et une rencontre permanente forment des moments d’introspections thérapeutiques d’une puissance salvatrice. Ces instants se matérialisent souvent par une reconstitution ordinaire ou au détour d’une conversation a priori hors-cadre ou hors contexte. C’est dans ce sentiment spontané que résident la délicatesse et la pertinence du film de Kaouther Ben Hania. Un a priori qui forge une ambiguïté et une humanité sans cesse questionnées et confrontées au réel et à l’extérieur du foyer. Dans une époque faite de fenêtres omniprésentes sur autrui, Les Filles d’Olfa agit comme un reflet à la fois gracieux, récréatif et irrévérencieux. Dans le même instant, de chœur avec la dimension sociopolitique tunisienne, le long métrage frappe modestement par un dispositif qui s’essouffle dans un climax attendu.

Enfin, Les Filles d’Olfa explore la Tunisie et prend son pouls parallèlement au Printemps arabe sur un plan intimiste et confidentiel, une étude assez juste mais évanescente dans la progression du drame familial. Pourtant, la cinéaste a le mérite de questionner la responsabilité qui lui est propre, assumant un geste intransigeant et noble. Un film à ne pas manquer.

Fiche Technique — Les Filles d’Olfa

Réalisation : Kaouther Ben Hania
Scénario : Kaouther Ben Hania
Tunisie – France – Allemagne – 2023 – 1h50
Avec Hend Sabri, Olfa Hamrouni, Eya Chikhaoui, Tayssir Chikhaoui

Distributeur : jour2fête
Sortie le 5 juillet 2023

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3.5

Cannes 2023 : Elemental (Élémentaire) de Peter Sohn

De plus en plus investi dans des œuvres aux messages universels, célébrants à la fois la tolérance et l’inclusion, Pixar a frappé en plein cœur cette année en présentant comme film de clôture Elémentaire.

D’un visuel toujours plus poussé, les films des studios s’engagent à redoubler d’innovation à chacune de leurs œuvres. De cette initiative, le vrai plaisir d’Elementaire réside dans ces coups de crayon à l’ancienne qui apporte une réelle identité à l’animation et à ses personnages.

Un tantinet répétitif dans leurs propositions scénaristiques, il est toutefois difficile d’en vouloir aux créateurs quand des films d’une telle beauté autant sur le fond que sur la forme nous sont offerts. Véritable hymne aux différences, le long-métrage d’animation rappelle fortement une histoire shakespearienne tant de fois représentée au cinéma, à savoir Roméo & Juliette.

Ne dit-on pas que les opposés s’attirent ?

Au-delà des lois de la chimie ou des restrictions parentales, une flamboyante et un aquatique tombent progressivement amoureux au travers d’une histoire touchante sur la parité et l’immigration territoriale et sociale. Un message fort signé Peter Sohn à qui l’on doit également les propos engagés du Voyage d’Arlo ou du Monde de Nemo.

C’est donc un retour en fanfare pour les studios d’animation Pixar, qui a pour mérite d’offrir aux plus petits comme aux grands des œuvres toujours plus belles et toujours plus fortes, avec lesquelles on peut aisément s’identifier, se questionner ou plus important encore : s’évader.

S’il y a bien une chose que l’on peut également soulever, c’est cette volonté d’avoir donné au personnage féminin l’élément du feu et celui de l’eau au personnage masculin. Ainsi, l’homme peut être sensible, doué d’une grande compassion en prônant communication et sentiments et la femme être le protagoniste caractériel mais plein de force, au point d’être trop enfermé dans ses non-dits pour avouer ses propres failles.

Avec ses multiples messages tantôt subliminaux tantôt affirmés, Pixar reste le plus généreux en matière de cinéma d’animation, autant au niveau de l’esthétique que des valeurs à transmettre.

Bravo et merci à Peter Sohn et Pete Docter de donner autant de pouvoirs à des œuvres multi générationnelles qui perdurent dans le temps et les mémoires.

Elemental (Élémentaire) de Peter Sohn est présenté en clôture du Festival de Cannes 2023.

Par Brenda Hsueh, John Hoberg
Avec Adèle Exarchopoulos, Leah Lewis, Vincent Lacoste
21 juin 2023 en salle / 1h 42min / Animation, Comédie, Famille
Distributeur : The Walt Disney Company France

Synopsis : Dans la ville d’Element City, le feu, l’eau, la terre et l’air vivent dans la plus parfaite harmonie. C’est ici que résident Flam, une jeune femme intrépide et vive d’esprit, au caractère bien trempé, et Flack, un garçon sentimental et amusant, plutôt suiveur dans l’âme. L’amitié qu’ils se portent remet en question les croyances de Flam sur le monde dans lequel ils vivent…

« Mental Incal » : incalifiable ?

Les éditions Les Humanoïdes associés publient Mental Incal, de Mark Russell et Yanick Paquette. Préquelle caractérisée par son humour décapant et son exploration d’un Psycho-monde parallèle, l’album parvient à prendre langue, sans heurts, avec l’œuvre vertigineuse de Mœbius et Alejandro Jodorowsky.

C’est avec passion et curiosité que Mark Russell et Yanick Paquette se sont lancés dans une entreprise, délicate, de réappropriation. En reprenant à leur compte l’univers de Jean Giraud et Alejandro Jodorowsky, en inscrivant Mental Incal juste avant les événements de L’Incal noir, ils s’exposent à des comparaisons inévitables et se voient contraints d’approfondir des figures et thématiques préexistantes.

Dans ses propositions graphiques, Yanick Paquette fait ainsi face à des personnages et lieux parfois déjà définis, qu’il ne peut remodeler qu’à la marge, hybridant de ce fait sa propre sensibilité avec celle de Mœbius. Chacun aura son propre avis sur la question, mais les deux bédéistes s’en sortent à notre sens avec les honneurs, sans falsifier le matériau originel et en mettant en scène, sous un jour nouveau, John Difool, les Bergs ou le Méta-Baron.

Mark Russell portraiture le premier comme un détective privé incompétent et pathétique, prenant volontiers ses informations auprès d’un médium et réagissant davantage à l’instinct qu’à la réflexion. Le personnage apparaît (une nouvelle fois) intellectuellement inférieur à Deepo, la mouette à béton qui l’accompagne partout – et se désole couramment de sa nonchalance et de sa stupidité. Le scénariste narre l’histoire des seconds, dont l’extrême bureaucratie et la foi sans borne supposent qu’ils ignorent l’existence d’une planète sous prétexte… qu’elle ne figure pas sur leurs cartes. Leur proto-reine, de son côté, est capable d’enfanter une civilisation entière et de l’annihiler quelques cycles d’accouplement plus tard. Russell fait enfin du dernier cité un père aimant, pétri de regrets et nanti d’une résilience à toute épreuve, lancé dans une double quête parsemée d’obstacles.

Mental Incal aborde un monde parallèle spirituel, le Psycho-monde, régi par un ordre de psycho-nonnes, qu’il oppose à un Vivo-monde bouillonnant et parfois rebutant. C’est par ce truchement que Mark Russell radiographie la spiritualité et ses fondamentalismes, les psycho-nonnes se rendant coupables d’actes violents, sans aucune forme de procès, au nom d’une cause supérieure perçue comme indiscutable. Le Psycho-monde et l’Incal s’influencent tous deux de multiples façons.

C’est sur cette base que Mental Incal organise une traque obstinée et collective, chaque personnage, ou presque, étant impliqué d’une manière ou d’une autre dans la quête de l’Incal, entité-artefact très puissante. Le multivers imaginé par Mark Russell et Yanick Paquette ajoute une couche de lecture supplémentaire à un univers fictif déjà riche et complexe. Mais il ne s’agit pas tant de céder à la mode que d’introduire de nouveaux personnages et enjeux, tout en soignant une mise en planche élaborée en orfèvre, avec notamment des contours de cases différenciés et des couleurs vives flattant l’œil.

Mental Incal offre une préquelle à l’histoire originale de L’Incal. Porteuse d’idées neuves développant l’univers de Jean Giraud et Alejandro Jodorowsky, la bande dessinée se distingue aussi par la qualité remarquable de ses dessins, conçus parfois sous forme d’hommage (comment appréhender autrement les représentations de la Cité-Puits ou cette chute-suicide passée à la postérité, observée à travers un point de vue inédit ?). Visuellement, Yanick Paquette pourrait d’ailleurs se réclamer d’un Kevin O’Neill, pour ses lignes inventives et dynamiques. Il s’éloigne en revanche davantage du style d’un Juan Gimenez, illustrateur à qui l’on doit La Caste des Méta-Barons.

L’humour, pas toujours des plus raffinés, tapisse l’album de part en part. On pourrait citer les exemples à l’envi, de cette bureaucratie berg absolument kafkaïenne à ce John Difool insouciant, perçant sa combinaison spatiale en cherchant à s’extirper d’un passage étroit les poches débordant de trésors. Parfois même satirique, notamment dans son approche des croyances religieuses et philosophiques, toujours inventif, Mental Incal s’abouche en tout cas parfaitement avec l’œuvre de Jean Giraud et Alejandro Jodorowsky, qu’il complète, précède et prolonge dans un même élan inspiré.

Mental Incal, Mark Russell et Yanick Paquette
Les Humanoïdes associés, mai 2023, 110 pages

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4