Aux masques citoyennes : une aventure humaine humble

Si certains auraient une appréhension quant à se plonger dans un titre évoquant la crise sanitaire, Aux masques citoyennes désarme ô combien ces craintes ! Plutôt que d’être une piqûre de rappel de la période Covid, le documentaire de Florent Lacaze se montre humble, bon enfant et projette de mettre sous le feu des projecteurs une aventure humaine bonifiante.

Synopsis : Printemps 2020. La population est confinée. Libéro, un patron de PME, recrute à tour de bras 250 couturières pour fabriquer les masques qui libèreront sa région. Mais, il ne connait rien à la couture, le tissu n’arrive pas et la plupart de ces femmes n’ont jamais vu de machines

Il serait ô combien dommage de rater un documentaire tel qu’Aux masques citoyennes à cause du sujet de la crise sanitaire. Il est vrai que beaucoup d’entre nous ont souffert de la Covid, et ce de bien des manières. Que ce soit pour des raisons personnelles ou bien professionnelles, les débuts des années 2020 nous ont profondément marqué. Et il est bien difficile de les oublier, même si notre quotidien semble, aujourd’hui, avoir repris son cours. Nous replonger aussi tôt dans cette période n’est donc pas chose aisée pour la plupart d’entre nous, qui pourrons voir dans le titre de Florent Lacaze un produit se mettant au goût du jour, comme l’avaient fait plusieurs séries médicales – tel que Grey’s Anatomy, qui proposait deux épisodes spéciaux sur le sujet. Voire une œuvre opportuniste, voulant à tout prix surfer sur la thématique, au point d’en être malaisante, aussi bien dans son propos que sur sa raison d’être. N’est-ce pas, Michael Bay et votre infâme Songbird ? Mais rassurez-vous, Aux masques citoyennes n’est en aucun cas ce rendez-vous douteux que certains d’entre vous pourraient appréhender.

Bien évidemment, le titre ravivera des souvenirs, la Covid faisant tout de même partie intégrante du titre, à commencer par le contexte, à savoir le premier confinement que la France a connu entre mars et mai 2020. Une période durant laquelle il était strictement limité de sortir de chez soi, au risque de se faire réprimander par les forces de l’Ordre. Que ce soit pour faire les courses ou même aller travailler. Une période qui a vu bon nombre d’entreprises ralentir, voire arrêter, leurs activités, dû aux nombreux salariés coincés chez eux. Et il s’agit surtout d’une période qui a vu l’émergence du port du masque, sans que celui-ci soit accessible auprès de la population suite à une importante pénurie. Cela, Aux masques citoyennes le rappelle bien évidemment par son introduction mais surtout par ses nombreux témoignages, faisant état de leurs vécus respectifs en ces temps tragiques. Cependant, il faut bien comprendre que la Covid n’est clairement pas le sujet principal du documentaire, bien au contraire ! Ici, le but de Florent Lacaze n’est pas de nous raviver ce souvenir, mais plutôt de nous raconter une toute autre histoire !

Plus précisément celle de Libero Mazzone, un entrepreneur du Bassin d’Arcachon ayant pris le pari de faire fabriquer des milliers de masques. Et ce en engageant diverses personnes, notamment pas loin de 473 couturières, dans le but de faire marcher une « petite affaire ». De permettre à des personnes d’avoir un travail en ces temps difficiles. Et surtout, de réunir toute une équipe qui, à son niveau, aura contribué à ce que le déconfinement soit possible. Bien plus que de suivre une usine éphémère, Aux masques citoyennes s’engage à nous dresser le portrait de ce patron d’entreprise, manager et showman à part entière, véritable personnage cinématographique que le film décide de montrer dans ses bons jours et sans jamais l’idéaliser. En effet, évitant le côté propagande dans lequel il aurait pu s’engouffrer, le documentaire ne cache nullement le comportement parfois douteux du bonhomme – ses moments exécrables voire tyranniques avec ses employés, sa façon de leur parler, et même son attitude envers les femmes. Et par ce portrait, le documentaire s’attarde également sur les nombreuses couturières qui ont participé à cette grande action. De par leurs témoignages, elles offrent aux spectateurs des anecdotes et des moments cocasses. Tout en faisant part de leur implication et de leur vécu au sein de cette aventure, sans tabou ni langue de bois. D’ailleurs, le rédacteur de cet article adresse une pensée toute particulière à cette couturière, vivant autrefois dans sa voiture et qui retrouve, grâce à Libero et son projet, une seconde vie. C’est donc ainsi qu’Aux masques citoyennes : une épopée humaine avant toute chose !

Et même si nous pourrions accuser un ventre mou, durant laquelle le documentaire peine à renouveler son propos – la narration semble faire du surplace en seconde partie –, nous ne pouvons que remercier Florent Lacaze et son équipe. Et ce en jouant la carte du naturel et de la simplicité. En effet, à aucun moment Aux masques citoyennes ne se veut pompeux et prétentieux dans sa manière de filmer et recueillir les différents témoignages. Tout ici est réalisé humblement, sans que nous ressentions la moindre mise en scène qui aurait nui à la crédibilité des intervenants. Comme filmer les couturières directement sur leur lieu de travail – allant jusqu’à prendre à partie un magasinier à l’arrière de l’entrepôt, plutôt que de l’interroger dans une pièce aménagée, avec jeux de lumière et photographie millimétrés. Et par cette simplicité, Florent Lacaze apporte à son documentaire une légèreté bienvenue, se traduisant par un montage aussi bien ludique que bon enfant. Avec pour exemple la scène dite « des pieds ». Ou encore cette séquence qui reprend le rythme guerrier des machines à coudre, en ajoutant des effets sonores issus d’un champ de bataille – il ne manquait plus que le fameux thème de la chevauchée des Walkyries et la référence à Apocalypse Now aurait été inévitable !

En conclusion, il est compréhensible que beaucoup d’entre vous aient des a priori sur Aux masques citoyennes. Mais par cette appréhension, vous passerez à côté d’un long-métrage ô combien modeste et qui ne prétend rien d’autre que d’offrir un peu d’humanité. Vous sortirez de la séance le cœur léger, toujours accompagnés par ses nombreuses femmes qui, par leurs actions et témoignages, incitent à faire de même. À savoir apporter une contribution même anodine, afin de participer à une aventure qui va bien au-delà de son quotidien. Et rien que pour cela, nous ne pouvons que les remercier grandement ! Sans oublier que, même si l’aventure semble aujourd’hui terminée, elles poursuivent encore aujourd’hui le combat afin de transmettre ce message. Tout comme Bernadette, qui accompagnait le réalisateur lors des avant-premières, pour présenter sa propre expérience auprès du public. Une rencontre que le rédacteur de ces lignes a pu vivre, soulignant une fois de plus les maîtres mots de l’œuvre et donc de cette équipe : humble et humaine.

Aux masques citoyennes – Fiche technique

Aux masques citoyennes – Fiche technique

Réalisation : Florent Lacaze
Photographie : Pierre Berthier
Montage : Guillaume Niquet
Musique : Sophie Hunger
Producteurs : Céline Farmachi et Florent Lacaze
Maison de Production : Daisy Day Films
Distribution (France) : Daisy Day Films
Durée : 95 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie :  31 mai 2023
France – 2022

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Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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