Mektoub : sous le masque d’un film de gangsters…

Jusqu’à présent réalisateur de clips et de courts-métrages remarqués, Michael Marciano passe au moyen-métrage avec Mektoub, une histoire de gangsters qui recèle, plus qu’une intrigue policière, un plaidoyer féministe. Un positionnement sensible et élégant, qui permet de pardonner au film ses quelques maladresses.

On pourrait se croire face à un film de gangsters… Aux abords d’une station service faiblement éclairée, stationne une longue voiture américaine, dans laquelle trois petites frappes attendent le moment opportun pour commettre leur larcin. Mais quelque chose met en alerte : la conversation qui se tient dans la voiture, avant l’attaque, roule sur les femmes… Et le point de vue de l’un des agresseurs, Joseph (Idrissa Diabaté), est si sommairement machiste et misogyne qu’il provoque la riposte des deux autres, nettement plus… philogyne ? gynophile ? Un mot à créer ! Les lacunes d’une langue en disent décidément long ! L’inverse (androphile ? philandre ?) n’existant pas davantage… Aimer l’autre sexe est-il si peu prévu ?!

Toujours est-il que Michael Marciano, né le 28 mars 1980 à Toulouse et jusqu’alors plutôt réalisateur de clips et de courts-métrages d’ailleurs remarqués, épouse clairement, quant à lui, la cause des femmes, en offrant, dans son premier moyen-métrage, une galerie de femmes hétérosexuelles et subissant le mépris ou les mauvais traitements des hommes : Mathilde (Laurie Caruso), victime d’une agression sexuelle, Esma (Mama Bouras), prostituée au grand cœur et aux beaux talents de danseuse, qui peinera à faire reconnaître et admettre l’amour qu’elle éveille chez l’un de ses fidèles clients, une petite copine « banalement » maltraitée, une mère à qui l’on ment et qu’on ne voit qu’à la sauvette, une petite sœur qu’on néglige, bien qu’on l’adore…

Presque exclusivement nocturne, la réalisation tient en haleine, car les personnages sont attachants, éminemment humains, bien que par moments interprétés avec une certaine maladresse. Le montage, aussi, souffre sans doute d’un léger problème de rythme, ou de souplesse dans les enchaînements. Mais l’image d’Hervé Cohen et Maurizio Tiella sait nous installer dans ce climat nocturne et nous happer dans le sillage du principal personnage masculin, Ismail, campé par Sabry Jarod, un acteur auquel Michael Marciano revient régulièrement, comme à plusieurs autres de ses interprètes, en une fidélité qui l’honore. Cette figure de héros du quotidien, évoluant dans le milieu de la petite délinquance marseillaise, et qui paiera cher son adhésion à la cause des femmes, n’est pas sans évoquer, la flamboyance en moins, le héros de Shéhérazade (2018), de Jean-Bernard Marlin, qui se retrouvait pareillement confronté à cette question d’un amour, vécu comme inavouable, pour une prostituée. Mais la cause des femmes est-elle audible, dans un monde d’hommes ?

De la part de Michael Marciano, l’approche est sympathique, courageuse – en ces temps où la question des femmes et des traitements que les hommes leur réservent est loin d’être réglée – et donne envie de le suivre avec la même bienveillance que celle avec laquelle il accompagne sa petite troupe d’acteurs.

Bande-annonce : Mektoub

Synopsis du film Mektoub : Ismail, Mathilde, Asma et Joseph se retrouvent liés par le destin suite à un braquage dans une vieille station-service. Ce soir-là, Joseph va commettre l’irréparable, qui se répercutera sur la vie de chacun.

Mektoub un moyen métrage de Michael Marciano
Avec Idrissa Diabaté, Sabry Jarod, Mama Bouras…

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Festival

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