Le Mystère Andromède, de Robert Wise, thriller scientifique et minimaliste

Partisan d’un cinéma fantastique dépouillé des trucages qui alourdissent trop souvent son récit, Robert Wise invente, avec Le Mystère Andromède, le film apocalyptique minimaliste.

5 février 1971. Un satellite s’est écrasé à Piedmont, petit village isolé de l’Etat du Nouveau Mexique. L’équipe qui va chercher l’appareil découvre que toute la population du village est morte.
D’emblée, Wise se place sur le terrain de la suggestion et tourne le dos au spectaculaire. Le cinéaste ne montre pas l’expédition de récupération du satellite, nous n’avons que les retransmissions radio. La réalisation est dépouillée à l’extrême : pas de musique, des effets visuels réduits au strict minimum. Tout cela renforce le réalisme par un aspect quasi-documentaire de la mise en scène.
Cependant, cette grande sobriété n’empêche pas le suspense de s’installer durablement tout au long du film. Au contraire, Le Mystère Andromède prend très vite les allures d’un thriller remarquablement construit.
Ainsi, après la découverte du village et les incidents qui y sont survenus, le film prend le chemin d’un de ces thrillers paranos qui fleurissent dans les années 70. L’armée va chercher quatre scientifiques dans le plus grand secret, leurs communications avec l’extérieur sont coupées, les épouses n’ont pas le droit de savoir ce qui se passe…
L’aspect parano est encore renforcé par le laboratoire secret dans lequel se déroule l’essentiel du film, un laboratoire souterrain rempli de mesures de sécurité draconiennes. Les protagonistes du film seront constamment placés sous une double menace, celle du danger spatial (quel qu’il soit) et celle de l’explosion qui risque de ravager le laboratoire en cas de fuite (explosion dont la menace renvoie directement à la peur du nucléaire qui avait alimenté bon nombre de films apocalyptiques des décennies précédentes).
Tout cela, à nouveau, est présenté aux spectateurs avec un rare souci du détail et du réalisme. Dans un film dont l’action se déroule en quatre jours, une bonne partie de la deuxième journée est consacrée au strict protocole sanitaire, qui construit comme une barrière entre le monde du laboratoire où se déroulera le reste du film et le monde extérieur.

A cela s’ajoute, bien entendu, le mystère qui donne son titre français au film. Après un second voyage dans le village fantôme, qui renforcera l’aspect apocalyptique du film (découverte des cadavres, dont le sang a été réduit en poudre, et de deux improbables survivants), Le Mystère Andromède suivra le sentier d’un thriller scientifique. Comme les quatre protagonistes, nous nous retrouvons face à une foule de questions (l’organisme a-t-il été disséminé volontairement ou non ? Dans quel but ? Pour détruire l’humanité ? Ou pour simplement envoyer un message ? Pour entrer en contact ?).
Et Wise de transformer l’apocalypse en un thriller minimaliste. Dans un délai d’autant plus court que le mal est en train de se répandre, de traverser le désert, les scientifiques vont devoir partir de zéro pour trouver non seulement ce qui a tué les villageois, mais comment le contrecarrer. C’est un suspense de microscope qui se joue devant nous : Wise nous rappelle que l’apocalypse n’est pas forcément spectaculaire, qu’il peut par exemple avoir la taille de deux microns.
Histoire de rajouter un peu de suspense dans l’ensemble, Wise insiste sur le fait que les quatre protagonistes de son film ne sont pas des héros extraordinaires, ce sont des êtres humains parfaitement normaux, commettant des erreurs, s’endormant sur leur poste de travail, soumis à la pression, etc. Il met l’accent sur les relations entre les personnages, relations qui vont forcément influer sur leurs recherches. L’apocalypse est non seulement minimaliste, mais il se joue aussi dans l’intimité.
Le résultat est aussi remarquable que passionnant. Le Mystère Andromède est un film rare, qui suit sa propre voie et échappe aux pièges qui lui sont tendus. Un film fascinant.

Le Mystère Andromède : bande annonce

Le Mystère Andromède : fiche technique

Titre original : The Andromeda Strain
Réalisateur et producteur : Robert Wise
Scénario : Nelson Gidding, d’après un roman de Michael Crichton
Interprètes : Arthur Hill (Jeremy Stone), David Wayne (Charles Dutton), James Olson (Mark Hall), Kate Reid (Ruth Leavitt).
Photographie : Richard H. Kline
Montage : Stuart Gilmore, John W. Holmes
Musique : Gil Mellé
Société de production : Universal Pictures, Robert Wise productions
Société de distribution : Universal Pictures
Date de sortie en France : 19 avril 1972
Genre : thriller, Science-fiction
Durée : 131 minutes
Etats-Unis – 1971

Festival

Festival Lumière 2026 : Wildwood, ou le vertige de la démesure

Depuis "Coraline" en 2009, LAIKA n’a cessé de repousser les limites de l’animation en volume. Présenté au Festival Lumière 2026, "Wildwood : La Prophétie de la forêt" pousse cette ambition à son paroxysme. Si son scénario peine parfois à convaincre, sa prouesse plastique témoigne d’un savoir-faire assez exceptionnel, porté par le travail du chef opérateur Caleb Deschanel qui était présent à Lyon.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Newsletter

À ne pas manquer

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

Reefer Madness : C’est de la bonne !

Du jazz, des joints, des meurtres et des bigots en roue libre : Reefer Madness transforme la propagande antidrogue en comédie musicale complètement perchée. La prohibition n’a jamais été aussi funky !

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.