90’s : les années skate

Dans un quartier de Los Angelès, Stevie (Sunny Suljic), 13 ans, vit dans un appartement avec sa mère (Katherine Waterston) et son frère Ian (Lucas Hedges), 17 ans. Stevie regarde avec envie tout ce qui appartient à son grand frère et tout ce qu’il pourrait envisager s’il était plus vieux.

Sa position de cadet à la maison met Stevie en position de côtoyer bien des éléments qui le font rêver, à savoir tout ce que possède Ian, même si on ne sait pas comment celui-ci se débrouille. En effet, dans une chambre assez vaste alors que la famille vit plutôt modestement, Ian possède déjà une impressionnante collection de CD et de cassettes audio minutieusement répertoriés, mais aussi des casquettes, etc. Sachant son frère envieux de tout cela, Ian lui interdit d’entrer dans la chambre en question. Bien entendu, cette interdiction n’est qu’une tentative pour l’impressionner, car il n’est pas tout le temps à la maison. Cela permet à Stevie de faire ses observations, jusqu’à noter ce qui manque à son frère. De son côté, Ian sait que son frère viole son territoire. Il y a donc de la friction dans l’air et quelques scènes montrent qu’ils ne font pas que se chamailler. Quand Ian n’est pas content, il n’y va pas de main morte. Cela nous vaut dès le début, des cavalcades dans un appartement à grands couloirs qui permettent de faire le tour en courant. Fondamental, le territoire lorsqu’on cherche à s’affirmer ! Ian a l’âge et le physique pour le marquer et le défendre. Quant à Stevie, il côtoie son frère de suffisamment près pour vouloir lui aussi chercher sa voie. Alors, même s’il lui manque quelques centimètres (disons une bonne tête), de l’argent et les hormones qui lui permettraient d’assurer vis-à-vis des filles, Stevie admire et respecte ce que son frère conserve jalousement. Pour lui qui se cherche, cela l’incite à considérer que tout ce dont il rêve est en fait à sa portée. Mais, affirmer sa personnalité ne peut pas se limiter à faire bêtement comme son grand frère.

Découverte du skate

La conquête d’un territoire (son chez soi qu’on défend jalousement où l’on recherche la quiétude amniotique perdue) se joue également en dehors du domicile familial. Ainsi, Stevie passe du temps dans une boutique spécialisée dans la vente de skateboards, où trainent quatre garçons qui se veulent dans le vent. Le plus vieux, Ray (Na-kel Smith) est black, les autres sont Fuckshit (parce que c’est ce qu’il dit à chaque fois qu’il réussit une figure avec son skate) et son look impayable (interprétation inimitableble d’Olan Prenatt), Fourth Grade (Ryder McLaughlin) qui parle peu mais qui filme tout ce qu’il peut avec sa petite caméra et Ruben (Gio Galicia), le plus jeune et probablement d’origine mexicaine. La proximité d’âge fait que Stevie finit par approcher Ruben qui l’initie à tout ce qu’il peut en faisant celui qui connait tout. Très important dans un groupe donné d’afficher la connaissance des clés de comportement, même si ce n’est pas tout à fait vrai. Nous sommes dans les 90’s comme l’indique le titre du film, c’est donc en faisant du skate que Stevie cherche à s’affirmer, ce qui lui permettrait d’intégrer un groupe – notion fondamentale – signe de socialisation et qui permet de se sentir plus fort. Pourquoi ces quatre-là le fascinent-ils ? Parce qu’ils ont réponse à tout et se comportent en mecs cools et qu’ils n’ont jamais peur de transgresser les règles établies. En fait, ils ont leurs propres codes, autre notion fondamentale pour des jeunes qui cherchent à s’affirmer. Ainsi, ils emmènent Stevie faire du skate dans des endroits interdits, ce qui nous vaut quelques scènes marquantes. On remarque par exemple qu’ils vont en faire devant un tribunal où ils suivent l’exemple : en fait l’esplanade grouille littéralement de skaters qui y déambulent comme une nuée de sauterelles, prêts à déguerpir en vitesse au premier signal d’alerte.

Les défis

Outre le skate, l’activité principale de ces jeunes consiste à parler et à se fixer des objectifs. Ainsi, à une soirée, Stevie est abordé par Estee (Alexa Demie), une fille plus vieille que lui qui cherche déjà à le tester. Et puis, le groupe se retrouve sur un toit-terrasse avec un défi : passer au-dessus d’une ouverture avec leur skate. Le danger est réel, car celui qui se louperait peut faire le saut dans le vide, un étage plus bas ! Les plus grands affichent leur maîtrise du skate. Admiratif, Stevie montre à cette occasion son côté casse-cou, car il ne se dégonfle pas malgré son petit gabarit qui l’empêche de prendre suffisamment de vitesse…

Le prix de l’Intégration

À force de montrer sa volonté, Stevie gagne la réputation de celui qui n’a peur de rien. Cela lui vaut le surnom de SunBurn, littéralement « Grillé par le soleil » qui symbolise définitivement son intégration au groupe. Le film nous montre à cette occasion les dangers courus par un jeune confronté à des plus vieux que lui qui ne savent pas toujours le préserver de l’inconscience caractéristique de son âge. Cela a évidemment le don de rendre furieuse sa mère lorsqu’elle réalise que son Stevie commence à lui échapper.

Un film mémorable

Tout cela fonctionne parfaitement, parce que le réalisateur, Jonah Hill, s’efface volontairement derrière son film, avec un scénario (dont il est l’auteur) qui enchaine des situations particulièrement révélatrices, mises en valeur par un casting remarquable de justesse. Une justesse qui colle parfaitement avec le naturel des jeunes acteurs, comme si le réalisateur se contentait d’enregistrer discrètement leur quotidien. On entre totalement dans ce film parce qu’il dégage une sincérité de chaque instant, ce en quoi le format 4/3 et des décors sans aucun tape-à-l’œil contribuent largement. La BO y contribue également beaucoup, avec une incroyable collection de titres qui rendent parfaitement crédible cette ambiance des 90’s. Le réalisateur a la bonne idée de s’en contenter, limitant rigoureusement le minutage de son film, allant même jusqu’à proposer pour le conclure, une sorte de clip vidéo qui se présente comme le premier essai de Fourth Grade dans le domaine de la réalisation et qui sonne comme le making off du film. Une belle réussite, émouvante et convaincante, même pour celles et ceux qui ignorent tout du skate !

90’s – Réalisé par Jonah Hill
Sorti en 2018 (Etats-Unis). Sortie France le 24 avril 2019

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