Scooby!, un lifting numérique raté pour le célèbre chien détective

L’adorable grand danois de « Mystère et Cie » fait son retour au cinéma dans Scooby!, crossover à la sauce smartphone et pop culture réalisé par Tony Cervone. Une version 2020 du mythique cartoon signé Hanna-Barbera qui s’adresse avant tout au jeune public mais dénature au passage cette curieuse bande d’adolescents pas comme les autres, toujours prête à résoudre d’étranges énigmes en démasquant d’inquiétants fantômes. Ici, les méthodes d’investigation peu ordinaires de Fred, Daphné, Véra, Sammy et Scooby-Doo, inspirent un scénario bancal, tâtonnant entre nostalgie et modernité.

On nous promet un super Scooby-Snack. Est-ce une arnaque ? Après la récente adaptation animée de La Famille Addams sortie en décembre dernier, c’est au tour de Scooby-Doo, le chien gourmand, peureux et gaffeur, issu de la série culte produite par William Hanna et Joseph Barbera, de faire son retour sur grand écran.

Sobrement intitulé Scooby!, le film d’animation réalisé par Tony Cervone, connu notamment pour son travail sur Tom & Jerry et le Magicien d’Oz, veut remettre au goût du jour les célèbres personnages du Gang « Mystère et Cie » créés en 1969. Comme toujours, rien ne vaut l’original.

À l’instar des indétrônables Princesses de l’univers Disney, ridiculisées lors de leur improbable rencontre avec Vanellope dans Ralph 2.0, le club des cinq californiens, qui, à bord de son van aux couleurs psychédéliques, traque les spectres, momies, vampires, pirates, zombies et autres sorciers vaudou, a subi un lifting 3D raté.

En effet, après une première métamorphose « live-action » peu convaincante sous la direction de Raja Gosnell (Les Schtroumpfs) en 2002, le chien détective obsédé par la nourriture, ainsi que ses fidèles acolytes, Fred Jones (conducteur de la Mystery Machine et concepteur des célèbres pièges à fantômes de l’équipe), Daphné Blake (fashion victim dont la curiosité naturelle aide toujours à résoudre les énigmes), Véra Dinkley (cerveau de la bande qui utilise la science pour examiner les indices et confondre le suspect), et Sammy Rogers (grand amateur de sandwiches), deviennent des héros de jeux-vidéo virevoltant dans tous les sens.

Humour, action, aventure et frissons : tels sont les ingrédients indémodables qui composent la recette d’un cartoon de la licence Scooby-Doo. Ici, la traditionnelle enquête menée par la fine équipe a été abandonnée au profit d’une intrigue prévisible et standardisée desservie par un graphisme flashy mais tout à fait impersonnel. Alors que la première rencontre entre Sammy et Scooby sur la plage de Venice Beach semblait être une piste intéressante offrant de réelles opportunités narratives, les stéréotypes viennent, au bout d’un quart d’heure, supplanter la relation d’amitié de notre attachant tandem.

Le réalisateur malmène la mascotte de Mystère et Cie qui sert de prétexte à l’élaboration de son patchwork. Tony Cervone dissémine en vain des clins d’œil maladroits à d’autres personnages phares des studios d’animation Hanna-Barbera tels que les deux gredins Satanas et Diabolo — voyageant à bord d’un engin à l’allure disgracieuse faisant écho à leur fameuse « Démone 00 Grand Sport » —, le Capitaine Caverne et Brenda, l’une des trois Teen Angels — laquelle a vraisemblablement perdu en cours de route ses amies Lili et Babette —, puis le super-héros Blue Falcon et son chien-robot Dynomutt, sans pour autant convoquer la patte visuelle caractéristique des créateurs de Hong Kong Fou FouLes Jetson, Les Pierrafeu et Les Fous du volant (on se demande d’ailleurs pourquoi le Professeur Maboulette, inventeur plus loufoque encore, manque à l’appel).

Car, si l’hommage à l’animateur Iwao Takamoto et la reconstitution fidèle du générique originel demeurent appréciables, le long-métrage n’a pas le charme du Rallye des Monstres (1988), de L’École des Sorcières (1988), de L’Île aux Zombies (1998) ou de Scooby-Doo et les Extraterrestres (2000) dont il s’inspire en partie. Il semblait plus judicieux de se défaire de cette ribambelle d’adjuvants anecdotiques pour pouvoir exploiter les iconiques malfrats masqués de la série, parmi lesquels : le Fantôme du clown, Barbe Rousse le Pirate, la Sorcière du Marais, l’insaisissable passe-muraille ou encore Mano Tiki Tia…

En dehors de quelques gags plutôt réussis et de rares moments touchants, aucune réplique ne swingue. Le scénario aussi farfelu que bancal — vous l’aurez compris, l’origin story est rapidement balayée puisqu’il s’agit ici de faire cohabiter tous ces protagonistes partis à Athènes combattre Cerbère, le chien des Enfers —, reste fragilisé par des références indigestes à la pop culture (pour Halloween, Daphné et Véra sont déguisées en Wonder Woman et Ruth Bader Ginsburg) et aux réseaux sociaux. Avez-vous déjà entendu Sammy fredonner le refrain de Shallow interprétée par Lady Gaga dans le remake d’A Star Is Born signé Bradley Cooper ? Maintenant, oui. Le caméo inattendu de Simon Cowell, juré de X Factor et America’s Got Talent, s’avère lui aussi navrant. Publicité oblige, la maison Warner Bros. profite également de l’occasion pour intercaler des allusions abracadabrantes à sa franchise Harry Potter entre deux boutades « swag » qui feront sourire la génération Netflix et Tinder.

En somme, ce « Scooby contre Satanas«  coche toutes les cases du film d’animation mainstream, étouffé par le monde artificiel du web et des nouvelles technologies qu’il dépeint. Quant au jeune public qui risque de confondre le gang avec des Sims (notons qu’en 2015, les Sentinelles de l’air créés et animés en Supermarionation par Sylvia et Gerry Anderson au milieu des années 1960, ont subi le même traitement dans le spin-off de la série culte Thunderbirds), il n’est pas certain que ce reboot insipide lui donne l’envie de découvrir les épisodes de la série originale. Les fans de l’iconographie beatnik de Scooby-Doo, où es-tu ?, réalisée par Joe Ruby et Ken Spears, passeront leur chemin. Et ils auront raison.

Sévan Lesaffre

Scooby! — Bande-annonce

Synopsis : Découvrez comment Sammy et Scooby, amis pour la vie, se sont rencontrés et associés aux détectives en herbe Fred, Daphné et Véra pour créer la célèbre équipe Mystère et Cie. Après avoir résolu des centaines d’affaires et vécu d’innombrables aventures, Scooby-Doo et sa bande doivent désormais s’attaquer à leur énigme la plus redoutable : un complot fomenté par le diabolique Satanas, destiné à déchaîner les forces du chien-fantôme Cerbère.

Scooby! – Fiche technique

Avec les voix originales de : Zac Efron, Will Forte, Gina Rodriguez, Amanda Seyfried, Kiersey Clemons, Jason Isaacs, Tracy Morgan, Ken Jeong, Mark Wahlberg, Simon Cowell…
Scénario : Adam Sztykiel, Jack Donaldson, Derek Elliott, Matt Lieberman d’après les personnages créés par William Hanna et Joseph Barbera
Production : Pam Coats, Allison Abbate
Montage : Vanara Taing, Ryan Flosey
Musique : Junkie XL
Distributeur : Warner Bros. France
Durée : 1h35
Genre : Animation / Comédie
Date de sortie : 8 juillet 2020

Note des lecteurs0 Note
1

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.