Oblivion ou l’échec d’une SF renouvelée

Joseph Kosinski, n’ayant pas connu le succès escompté avec Tron : L’Héritage (2010), adapte ici son propre roman graphique Oblivion, un projet nettement plus personnel, un récit de science-fiction écrit de sa main.

Synopsis: En 2077, Jack Harper en station sur la Terre devenue hautement radioactive suite à une guerre avec une race extra-terrestre, est en charge de la réparation de drones et de la surveillance des plateformes d’extraction des dernières ressources disponibles. Sa mission touche à sa fin. Bientôt il rejoindra la colonie de survivants sur Titan, via une station orbitale, le « Tet », gigantesque tétraèdre flottant dans l’espace. Mais un jour, il est témoin du crash d’un vaisseau spatial et sauve l’un des membres de l’équipage, Julia, ce qui le bouleverse et le confronte à certains éléments de son passé pourtant effacés de sa mémoire.

Le point fort d’Oblivion est sans nul doute, son esthétisme, la création d’un univers de sensations. Graphiquement, le film est une merveille, due en grande partie aux décors épurés (notamment à celui de la station perchée et dotée d’une piscine céleste) ou aux paysages splendides d’Islande qui après le mauvais Prometheus (2012) de Ridley Scott, demeure malgré tout un paradis pour les films de SF. Les paysages désertiques et post-apocalyptiques sont très réussis, les effets spéciaux subtils, difficiles à distinguer des prises de vues réelles. La beauté plastique réside également en une mise en scène élégante et aérienne; le design de la technologie, à la fois sobre et travaillé, évoque l’univers d’Apple ou du jeu Portal. La photographie est somptueuse et certainement renforcée par l’absence de 3D, qui s’avère un choix courageux et efficace du réalisateur. Kosinski en grand maître plasticien, a ainsi su créer un univers, une ambiance, un visuel fort et d’une grande beauté qui rappelle une science-fiction à l’ancienne avec un habillage sonore remarquable et une bande-son épique du groupe M83. Pour une fois, l’action n’est pas le maître-mot du film ; La technique sert uniquement le récit et non le contraire ; la mise en scène joue davantage avec les errances géographiques, amoureuses et psychiques du héros. Les amateurs de SF noteront également, sans être exhaustif, les clins d’œil du film à Total Recall (1990), La Guerre des Mondes (2005), ou encore au vaisseau mère d’Independance Day (1996). Le spectateur appréciera aussi les drones rigolos de Portal ou leur efficacité de combat, les terres désolées de Fallout, la petite plante de Wall-E (2008), la course-poursuite dans le canyon rappelant celle de l’Étoile de la Mort dans Star Wars et certaines idées sympathiques, comme le mystère entourant l’identité des chacals.

Toutefois, Oblivion pêche par son casting. Certes, le jeu d’acteur de Tom Cruise, malgré ses 50 ans, est indiscutable et apporte une grande profondeur au personnage. C’est d’ailleurs lui qui porte le film sur ses épaules. Omniprésent, il occulte complètement le rôle des acteurs secondaires dans le film, qui malgré leurs efforts restent totalement effacés : Andrea Riseborough, apporte une tendresse cruelle à son personnage blafard mais sur-joue parfois, et reste discrète par rapport à son compagnon de cabine. Olga Kurylenko, ne transmet aucune émotion, et plombe la dimension sentimentale du film, qui passe totalement aux oubliettes. Quant à Morgan Freeman, acteur dont le talent n’est plus à démontrer, la quinzaine de minutes qui lui est accordée dans le film ne permet pas d’octroyer une véritable ampleur à son personnage.

En outre, le scénario reste en grande partie prévisible. On peut regretter l’absence de forts enjeux dramatiques et le manque de rythme de l’intrigue. Le film reprend quelques motifs connus pour tout connaisseur de SF : l’homme face à la machine, le clonage déjà abordé par Le Meilleur des Mondes (1998) ou Matrix (1999), l’idée récurrente de l’implantation des souvenirs et l’effacement de la mémoire de Blade Runner (1982) ou Total Recall, l’intelligence artificielle néfaste qui se fait passer pour ce qu’elle n’est pas (HAL dans 2001 l’Odyssée de l’Espace)…. Mais le réalisateur se perd dans un scénario retors sans réellement apporter un renouveau, une véritable piste de réflexion pour le spectateur. Plus regrettable encore est qu’Oblivion s’inspire grandement du film Moon (2010) de Duncan Jones avec Sam Rockwell, mais n’en est qu’une pâle copie plus politiquement correcte et se conclue par un dénouement ridicule : le retour improbable d’un clone aux émotions renouvelées à la terre paradisiaque.

Fort d’un budget de 120 millions de dollars, le film malgré un renouveau esthétique certain, se noie dans un scénario complexe, un casting en demi-teinte, une absence de construction. Ceci est regrettable car Oblivion aurait pu tenir ses promesses…

 

 

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