Brooklyn Secret : à la croisée des chemins

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Avec son 3ème film, Brooklyn Secret, Isabel Sandoval s’intéresse au parcours d’une Philippine qui tente de trouver sa place aux Etats-Unis et plus globalement dans le monde. À la quête de papier s’en suit une quête identitaire jamais revancharde et d’une très belle subtilité.

Une femme fantastique

Comme Chris refusait de donner son dead name dans Work in progress, Olivia reste discrète sur sa transition. Femme trans et sans papiers dans un pays dirigé par Trump, elle ne fait pas trop de bruit. C’est pourquoi elle accomplit ses tâches d’aide à domicile auprès d’Olga, une femme âgée qui perd un peu la tête. On en saura très peu sur la vie intérieure de cette vieille dame qui embauche d’autres femmes sans papiers à son chevet. En parallèle, Olivia cherche à se marier, non pas pour trouver l’amour mais pour obtenir ces fameux papiers car les « rafles » sont nombreuses dans le pays et Olivia vit plus ou moins dans la peur. Une peur qui va devenir de plus en plus prégnante. Elle n’est pas sereine mais sa droiture n’en laisse rien paraître. Elle n’est pas mièvre non plus. C’est un personnage qui avance droit devant sans se retourner. Quand elle croise la route du petit fils d’Olga, elle bascule dans la rêverie. Celle d’un amour sincère enfin possible. Elle va s’y jeter à corps perdu.

Peinture et cinéma

Par petites touches subtiles, presque impressionnistes, Isabel Sandoval décrit le quotidien de cette femme et en dégage une étrange poésie. En s’attachant aux détails ou aux corps, elle donne vie à ce petit monde invisible sans pourtant militer en matraquant ses idées. En effet le discours qui est tenu dans le film, les dialogues, rien n’est martelé, tout est presque susurré à l’oreille du spectateur. À plusieurs moments du film, on pense à Une Femme fantastique et son portait jamais cliché d’une femme trans.
Comme Sebastian Leilo parlait d’amour sans jamais montrer le sexe de son héroïne, ici Isabel Sandoval entoure son héroïne et propose une étude de ce corps en quête d’une place dans le monde dans ses désirs mais sans jamais le figer. On a droit à de très belles scènes entre les deux amoureux qui sont d’une grande douceur comme pour mieux révéler la violence qui s’écrit en creux. Isabel Sandoval filme également la ville qui entoure son histoire, les paysages et fait de l’environnement la capacité à rendre le quotidien poétique moins prosaïque.

Tension intérieure

Douceur et force se dégagent de ce portait magnifique et par petites touches impressionnistes, légères. Isabel Sandoval construit à travers ses films des portraits de femmes multiples qu’elle entoure à la fois de la violence du monde et de la douceur de son geste créatif : « Je reviens toujours aux mêmes thèmes et parmi ceux-là, le féminin. Je m’intéresse aux femmes qui sont marginalisées et qui doivent prendre des décisions personnelles difficiles dans un contexte social et politique tendu (…) Je voulais que mon film soit atmosphérique et sombre parce que dans les silences se loge l’émotion du film. Particulièrement à la fin. Je voulais créer une tension à l’intérieur de scènes où en apparence, il ne se passe pas grand-chose. Je laisse l’espace à mes personnages pour que leurs émotions éclosent en temps réel » (extrait du dossier de presse du film). La réalisatrice impressionne par la maîtrise de son travail à la fois réalisatrice, actrice et monteuse, elle est de tous les postes telle un Xavier Dolan au féminin. Espérons que son cinéma soit plus largement diffusé en France… Pour l’instant, nous ne sommes pas en mesure de savoir si son dernier film sortira sur nos écrans, ni quand. Risque d’embouteillages oblige à la réouverture des cinémas dans l’Hexagone.

Bande annonce : Brooklyn Secret

Fiche technique : Brooklyn Secret

Réalisation et scénario : Isabel Sandoval
Interprètes : Isabel Sandoval, Eamon Farren, Ivory Aquino,  P.J Boudousqué, Lynn Cohen
Photographie: Isaac Banks
Montage: Isabel Sandoval
Sociétés de production: Lingua Franca
Distributeur: JHR Films
Date de sortie : 1er juillet 2020
Genre: Drame
Durée : 89 minutes

France, Philippine – 2020

Festival

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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