« Dictionnaire du cinéma britannique » : voyage en terres cinéphiliques

Les éditions Vendémiaire publient un très complet Dictionnaire du cinéma britannique, signé par le professeur en études cinématographiques Jean-François Baillon et le critique à la revue Positif N.T. Binh, ancien maître de conférences en cinéma.

À travers une histoire riche et complexe, le cinéma britannique a marqué de son empreinte l’industrie cinématographique mondiale, avec des personnalités devenues incontournables et des films inoubliables. L’essor de ce cinéma s’est notamment construit autour de réalisateurs tels que Ken Loach, Alfred Hitchcock et Ridley Scott, d’acteurs comme Anthony Hopkins, Daniel Craig, Sean Connery et Carey Mulligan, et de films marquants comme Trainspotting, Le Pont de la Rivière Kwaï et Harry Potter. Les BAFTA Awards, l’équivalent britannique des Oscars, ont également joué un rôle important dans la reconnaissance et la promotion de ces talents.

Le présent Dictionnaire du cinéma britannique se propose d’explorer, par le biais de notices plus ou moins étayées, ce qui a fait l’essence et la renommée de la Grande-Bretagne sur grand écran. Figure emblématique s’il en est, Ken Loach, fort d’une carrière longue de six décennies, y est dépeint comme un cinéaste engagé, célèbre pour ses films sociopolitiques, ancrés dans un « réalisme social » confondant, qui abordent des problématiques universelles telles que la pauvreté, le chômage et les droits de l’homme. Ses œuvres, parmi lesquelles Moi, Daniel Blake, témoignent selon les auteurs d’une sensibilité et d’une empathie exacerbées envers les nombreux laissés-pour-compte de la société. De l’influence du jeune cinéma tchèque sur ses films à son penchant pour le documentaire, l’ensemble de sa filmographie est minutieusement scrutée.

De son côté, Alfred Hitchcock, anobli par la reine quelques mois avant sa mort, acclamé à Hollywood et surnommé « maître du suspense », a révolutionné le genre du thriller avec des films cultes comme Psychose ou La Mort aux trousses. Bien que son apport semble indéniable dans la construction d’une identité propre au cinéma britannique, son départ pour les États-Unis, où il a enchaîné les chefs-d’œuvre, a quelque peu contrarié ses rapports avec la mère patrie. Les auteurs notent toutefois que son style visuel sophistiqué, son sens aigu de la mise en scène, ses transitions inventives ou encore sa construction dramatique et narrative étaient déjà contenus en germe dans ses premières réalisations britanniques.

Ridley Scott est un autre cas passionnant. Grand nom du cinéma britannique, il a marqué l’imaginaire collectif avec des films de science-fiction séminaux tels qu’Alien ou Blade Runner, mais a rapidement intégré, dès 1982 et ce dernier film, la cohorte des cinéastes britanniques ayant émigré aux États-Unis pour y faire carrière. Legend ou Gladiator témoigneront ensuite d’une filmographie hybride empruntant çà et là ses inspirations, financements, petites mains ou grandes stars. De leurs côtés, Ben Wheatley et Antonia Bird ont, chacun à leur manière, su apporter un certain renouveau au cinéma britannique, grâce à des œuvres audacieuses et innovantes.

Mais ce cinéma a (évidemment) également été caractérisé par l’humour décalé et absurde (« non-sensique ») de certains de ses ambassadeurs, dont les incontournables Monty Python, qui ont révolutionné la comédie avec des films, à sketchs ou à récit, comme Sacré Graal !, La Vie de Brian ou Le Sens de la vie. Leur humour particulier, souvent situé aux abords de l’absurde et du satirique, a permis aux productions britanniques de se démarquer des autres cinématographies, une identité notamment perpétuée par la suite par l’ineffable trilogie Cornetto d’Edgar Wright et Simon Pegg.

On le comprend aisément à la lecture de ce Dictionnaire du cinéma britannique, la Grande-Bretagne a enfanté une industrie appréhendée comme une véritable mosaïque de genres, de styles et d’influences, qui se caractérise par son éclectisme et sa capacité à capturer l’essence de la culture britannique tout en proposant des récits universels. Parmi les acteurs britanniques les plus emblématiques, souvent mis au service de cette mosaïque, on compte Anthony Hopkins, qui a su captiver les spectateurs avec son interprétation glaçante du psychopathe Hannibal Lecter, ou Daniel Craig, connu pour son incarnation moderne et charismatique de l’agent secret James Bond. Carey Mulligan, quant à elle, a brillé dans des rôles divers et exigeants, allant de Drive à Une éducation. Tous ont en commun une riche carrière américaine, confirmant les nombreux ponts filmiques entre les deux pays anglophones.

Des films tels que Le Pont de la Rivière Kwaï, réalisé par David Lean, et Le Troisième Homme, de Carol Reed, constituent des exemples évidents de la richesse et de la diversité du cinéma britannique. En outre, Roman Polanski, bien que Franco-Polonais, a également marqué ce cinéma avec des œuvres telles que Répulsion ou des adaptations ayant la Grande-Bretagne pour théâtre, à l’instar de Macbeth ou Tess. Spectacle, histoire, relativisme moral, violence, reliefs psychologiques, nombreux sont les ressorts d’un cinéma aux humeurs versatiles. La Hammer Films, société de production spécialisée dans les films d’horreur et les thrillers gothiques, occupera un autre registre avec ses fondateurs Dracula et La Malédiction de Frankenstein, qui ont non seulement démontré une capacité certaine à créer des histoires captivantes et effrayantes, mais également lancé la carrière d’acteurs emblématiques comme Christopher Lee et Peter Cushing.

Les BAFTA Awards ont joué un rôle crucial dans la reconnaissance et la promotion des talents britanniques, qui concourent depuis longtemps dans des catégories spécifiques. Ils permettant à des réalisateurs, acteurs et films d’être récompensés et honorés pour leur travail. Créés en 1947, les BAFTA contribuent à la fois à la célébration du cinéma britannique et à l’établissement de passerelles entre les talents nationaux et internationaux. Cependant, comme l’indiquent les auteurs, ils n’ont pas échappé, ces dernières années, aux critiques émanant du mouvement #MeToo ou se plaignant du manque de diversité.

Quoi qu’il en soit, cet exhaustif et didactique ouvrage (plus de 700 pages) permet de prendre le pouls d’une cinématographie dont les richesses ne cessent de sculpter nos imaginaires filmiques.

Dictionnaire du cinéma britannique, Jean-François Baillon et N.T. Binh
Vendémiaire, avril 2023, 720 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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