La Bataille de Midway de Jack Smight éclate en Blu-ray chez Elephant Films

Bien avant d’être mise en scène sans passion ni talent par Roland Emmerich dans son récent long métrage Midway, la fameuse bataille aéronavale qui a vu s’affronter les armées japonaises et américaines a eu le droit à un film digne des grandes productions guerrières hollywoodiennes, soutenu par une formidable édition Blu-ray signée par Elephant Films il y a déjà un an.

Synopsis : Juin 1942, les forces japonaises s’apprêtent à lancer une offensive surprise sur la base américaine de Midway, en plein du Pacifique. L’armée US, qui vient d’apprendre l’existence de ce plan, se prépare à contre-attaquer. Alors que le conflit approche, l’amour d’un jeune couple formé par un américain et une japonaise est menacé par idéologie dominante et les récents règlements militaires.

La guerre en images

Iwo Jima, Le Jour le plus long, Un pont trop loin… On ne compte plus les productions spectaculaires qu’Hollywood a consacrées au film de guerre. Un genre qui a d’un côté servi à maintenir le fantasme de la puissance militaire américaine en remettant en scène ses faits d’armes – les faits les moins glorieux étant bien sûr réécrits -, de l’autre, à plonger le spectateur dans une expérience cinématographique qui tente de reproduire au mieux la complexité du fait historique guerrier. Entre ces deux pôles bascule l’hommage aux hommes et femmes ayant bravé la mort, donné leur vie, avec une sincérité aux antipodes des personnages politiques de l’époque déjà prêts à exploiter l’après-guerre, pour un monde meilleur.

Justement, on retrouve dans le film de Jack Smight l’ingéniosité visuelle de ses précédents congénères avec l’alliance de plans tournés en studio et d’images d’archives. Plus judicieux encore, la production avait acheté des plans d’autres films tels que Tora Tora Tora ! de Richard Fleischer afin de construire des combats aériens animés. Mais peut-être est-ce aussi dû aux limites techniques des plans tournés en studio. Réalisé en 1976, La Bataille de Midway est donc l’une des dernières grosses productions hollywoodiennes pré-Star Wars (1977), pré-ILM, soit un film qui n’a pas encore goûté aux modernismes visuels qui viendront soutenir de nombreux blockbusters. Ainsi l’achat de plans et de rushes appartenant à d’autres productions pourrait être vu comme un contre-pied aux plans de vol tournés en studio aux techniques d’effets spéciaux usées et pas toujours heureuses en termes de rendu. On peut par exemple penser à cette séquence pendant laquelle Charlton Heston fait voler un chasseur touché avec le cockpit ouvert, trop petit pour lui, avec un détachement terriblement flagrant de l’avion depuis l’arrière plan.

midway-bataille-de-midway-charlton-heston-universal-pictures-elephant-films
Charlton, tiraillé entre conflit personnel et devoir militaire.
Copyright : Universal Pictures – Elephant Films

Guerre et passion

Comme grand nombre de films du genre, La Bataille de Midway réunit un beau casting de stars : Charlton Heston, Henry Fonda, Toshiro Mifune, James Coburn, Robert Mitchum, Robert Wagner et Cliff Robertson, entre autres. Le caractère Hollywoodien du film est aussi notable de par la mise en scène d’enjeux passionnels. Exit Le Jour le plus long ou La Bataille des Ardennes, La Bataille de Midway se place dans une certaine voie du film de guerre dans laquelle les personnages doivent faire face à un ou plusieurs conflits intimes en pleine guerre mondiale (cc Iwo Jima). Ici un officier veut aider son fils pilote du mieux possible tout en devant faire face aux normes militaires ainsi qu’à l’idéologie raciste exacerbée par les affrontements américano-nippons. En effet, son fils a la ferme volonté d’épouser une jeune américaine d’origine japonaise hélas enfermée dans un camp de concentration avec ses parents considérés comme ennemis de l’ordre public. Sa jeune fiancée a un autre problème : ses parents refusent qu’elle se marie avec un homme ne faisant pas partie de son ethnie. Heureusement, le père du fils, interprété par Charlton Heston (mal connu concernant son soutien et ses actions pour l’égalité ethnique et donc contre le racisme), ne cessera d’aider son fils. Toutes ces séquences intimistes sont relativement réussies mais peinent hélas à trouver une place correcte dans le récit général de la bataille de Midway. Leur efficacité est alors mise à mal.

Malgré ses défauts, La Bataille de Midway charme par sa conception de grand spectacle classique Hollywoodien et, plus important, réussit à investir le spectateur dans sa riche saga en le tenant en haleine avec sa reconstitution efficace et – relativement – complète de la fameuse bataille, mais aussi et surtout grâce à la construction de récit suivant majoritairement le point de vue de Charlton Heston, formidable en officier travaillant et luttant pour sa famille et pour la patrie tout en faisant face à des difficultés plus souvent liées à son propre camp qu’à l’ennemi : le racisme, le manque d’efficacité et de rigueur des renseignements…

midway-bataille-de-midway-amour-love-americain-japonaise-universal-pictures-elephant-films
L’amour face à la guerre.
Copyright : Universal Pictures – Elephant Films

Un Blu-ray explosif

L’édition Blu-ray de La Bataille de Midway, signée Elephant Films (Miami Vice, le Quatuor Dietrich / von Sternberg), est formidable. Malgré un rendu visuel de moindre facture concernant les archives et les plans zoomés par la production, le master s’avère remarquable. Le rendu sonore se distingue aussi avec la présence de la piste Sensurround : procédé visant à créer de puissantes vibrations à basse fréquence afin d’accompagner de façon sonore les accidents, catastrophes, destructions présentées à l’écran. Il fut notamment utilisé pour Tremblement de terre (1974) Bien sûr, vous ne sentirez pas les vibrations avec comme les spectateurs en 1976. Votre caisson de basse tremblera, mais vous aurez certainement besoin d’un certain matériel afin de faire trembler votre sofa. A noter que la piste française possède aussi le procédé qui, faute de basses éveillées, aura tendance à effacer le très bon score musical de John Williams.

Du côté des bonus, Elephant a repris tous les bonus de l’édition DVD américaine de 2001 : le Making-of du film, les scènes coupées (en format 4/3), Ils y étaient (témoignages de militaires ayant participé à la bataille), l’enregistrement sonore de Midway (capsule sur le procédé Sensurround), la musique de Midway (module consacré à la composition de John Williams) et les bandes-annonces originales. Bien sûr, tout n’est pas bon à prendre, certains compléments participent davantage à l’hommage glorifiant (voir celui sur le Sensurround). Aussi, on peut regretter que ces bonus repris ne soient proposés qu’en SD. Toutefois, cette  soixantaine de minutes de compléments est aussi complétée par deux bonus signés Elephant Films : la galerie de photographies en HD, et surtout un entretien avec Mathieu Macheret, critique de cinéma, journaliste au Monde et habitué des éditions sur support disque (Rimini, entre autres), qui revient notamment sur l’imagerie guerrière du film. À noter qu’Elephant a premièrement sorti une édition combo Blu-ray + DVD en juin 2018. Le boitier Blu-ray est disponible depuis mars 2019.

Certes, quelques imperfections subsistent, mais attendions-nous vraiment une aussi belle édition pour La Bataille de Midway ? L’éditeur Elephant Films continue ainsi de nous surprendre formidablement avec ses sorties Blu-ray/DVD.

Bande-annonce – La Bataille de Midway


CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES – Blu-ray

midway-bataille-de-midway-blu-ray-visuel-edition-elephant-films-universal-pictures
Copyright : Universal Pictures – Elephant Films

BD-50 – 16/9 – 1.85;1 (format respecté) – 1080p – Couleur – Langues : Français 2.0 & Anglais 2.0 DTS-HD – Sous-titres : Français – Guerre – Durée : 121 mn

COMPLÉMENTS

– Making-of du film (38 mn – SD)

– Scènes coupées (10 min – SD)

– Ils y étaient (6 min – SD)

– L’enregistrement sonore de Midway (4 min – SD)

– La musique de Midway (6 min – SD)

– Bandes-annonces (3 min – SD)

– Galerie photos (HD)

– Le film par Mathieu Macheret, critique de cinéma (13 min – HD)

Sortie Blu-ray le 9 mars 2019 – Prix : 15,99 euros.

Édition combo sortie le 5 juin 2018 – Prix : 17,09 euros.

Note des lecteurs0 Note
4.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.

Fureur apache (1972), de Robert Aldrich : le cimetière des mythes

Des personnages nuancés, un Burt Lancaster extraordinaire et des paysages majestueux sont mis au service d’un récit évoquant la lutte à mort que se livrent deux cultures qui jamais ne pourront se comprendre. Le manichéisme n’a pas sa place ici : les adversaires sont renvoyés dos à dos alors qu’en arrière-plan le rêve américain se fracasse dans le sang et les cendres…

La trilogie du « Docteur Mabuse » de Fritz Lang : quarante ans d’une saga criminelle allemande

Réunis dans un magnifique coffret, les trois films que l’immense Fritz Lang a consacrés au génie du crime permettent de réaliser à quel point ils furent le reflet de leurs époques troublées respectives. Car ces œuvres ne sont pas seulement des films noirs paranoïaques qui inspireront une multitude de cinéastes – jusqu’à aujourd’hui. Ils traduisent l’idée que le chaos génère le mal et que, s’il adopte bien des visages, le mal n’en demeure pas moins intemporel.