Quatre superbes mélos réunissent Marlene Dietrich et Josef von Sternberg en Blu-ray

Elephant Films sort en Blu-ray ou combo quatre des sept films tournés par Josef von Sternberg avec Marlene Dietrich.

Ce sont quatre superbes mélodrames que nous proposent les éditions Elephant Films. Quatre des sept films dans lesquels Josef von Sternberg dirigea Marlene Dietrich, formant un des couples réalisateur-actrice les plus glamours de l’histoire cinématographique. Dans l’ordre chronologique, nous avons Agent X-27 (Dishonored), sorti en 1931, et qui reprend l’histoire de Mata Hari de façon à peine romancée : une jeune veuve obligée de se prostituer, dans la Vienne de 1915, est engagée par les services secrets autrichiens pour user de ses charmes afin de soutirer des informations aux ennemis, en particulier russes.
Comme son titre l’indique, Shanghaï Express se déroule en Chine, dans un train qui relie Pékin à Shanghaï, pendant la guerre civile chinoise. Marlene Dietrich y interprète Shanghai Lily, une « entraîneuse » tiraillée entre un ancien amour méfiant et un rebelle influent qui cherche à la séduire.
L’Impératrice Rouge (The Scarlet Empress) nous plonge dans la Russie tsariste : une jeune noble allemande est choisie pour épouser le tsarévitch et futur empereur Pierre III. Le film raconte la transformation de la jeune femme naïve et ingénue en une des plus grandes souveraines européennes, Catherine II.
Enfin, La femme et le pantin (The Devil Is A Woman) est l’adaptation, signée par le grand romancier américain John Dos Passos, du roman de Pierre Louys. Marlene Dietrich y incarne une femme qui sait jouer avec les sentiments des hommes autour d’elle pour obtenir ce qu’elle veut. Il s’agit du dernier des sept films que tourneront ensemble le réalisateur et son actrice.

Petite et grande histoires

Nous avons donc quatre mélodrames qui montrent le destin d’une femme forte qui assume ses actes au risque de choquer la « bonne société ». Les personnages que Marlene Dietrich incarna pour Sternberg sont tous du même acabit : meneuses de revue dans des cabarets, prostituées, elles sont toutes en marge de la société et flirtent avec les limites de la morale. D’ailleurs, dès les premières scènes le décor est planté : des rumeurs se propagent dans le Shanghai Express au sujet de cette Shanghai Lily de mauvaise vie ; l’héroïne d’Agent X-27 (dont on ne connaîtra jamais le nom) fait le tapin dans la rue ; et au sujet de la protagoniste de La Femme et le pantin, Pascual passe la moitié du film à nous mettre en garde contre elle…
Et pourtant, ces femmes fortes sont loin d’être de simples dévergondées comme on pourrait le croire de prime abord. Le cinéaste a toujours soigné la profondeur psychologique de ses personnages. Et surtout, il nous propose, dans chacun de ces films, des portraits de femmes rachetées, sublimées par l’amour. Car ces quatre films sont quatre superbes histoires dans lesquelles l’amour pousse à faire les plus grands sacrifices (voire le sacrifice ultime, celui de sa vie).
Car l’histoire personnelle est gravée dans « l’Histoire avec sa grande hache » (comme l’écrivait Georges Pérec). Les histoires présentées ici se déroulent dans des contextes politiques compliqués. Même le carnaval, pourtant a priori inoffensif, de La Femme et le pantin se transforme en un lieu dangereux : un des dirigeants de la ville donne explicitement à ses policiers l’ordre de tirer en cas de débordements, sans chercher à faire de prisonniers, et le fait qu’un des personnages principaux soit un proscrit rentré clandestinement d’exil renforce le côté dangereux de l’événement.
Agent X 27 se déroule lors de la Première Guerre Mondiale, mais surtout dans le contexte d’effondrement social et moral de l’Autriche-Hongrie (officiers qui trahissent, alcool qui coule à flot, obsédés sexuels) ; la Russie de L’Impératrice rouge est aux mains d’autocrates cruels et tortionnaires et la future Catherine est prise dans des enjeux de pouvoir qui la dépassent ; enfin le Shanghai Express fonce (plus ou moins) dans un pays déchiré par la guerre civile.
A chaque fois, c’est ce contexte politique qui va imposer à l’héroïne une situation tragique où l’amour va l’exposer à de graves dangers. L’amour est constamment interdit car il se fait hors des cadres de ce que la société de l’époque considérait comme normal. C’est l’amour qui aboutit soit à la rédemption, soit à la mort.

Travail esthétique

L’esthétique des films est très travaillée. Josef von Sternberg avait un sens artistique rare. Ainsi, chaque film, se déroulant dans un milieu différent, a donc une ambiance différente. L’esthétique la plus marquante est sans conteste celle de L’Impératrice Rouge : les images baroques sont remplies de sculptures et d’icônes morbides, dans une surcharge de détails signifiants qui a sans doute influencé Sergueï Eisenstein lorsqu’il a réalisé son fameux Ivan le Terrible, quelques années plus tard.
Une autre caractéristique des films de von Sternberg est son emploi de la musique. Parfois elle s’inspire de compositeurs classiques (Tchaïkovski pour L’Impératrice rouge, avec entre autres la splendide « Ouverture 1812 » pour la scène du couronnement de Catherine II, ou Rimsky-Korsaov pour La femme et le pantin). Son rôle est particulièrement important dans Agent X 27 : la seule musique présente dans l’histoire est celle jouée par la protagoniste ; or, si l’espionne a appris à maîtriser ses émotions et paraît froide, c’est par la musique qu’elle exprime les sentiments qui la dominent.

En bref, par l’intelligence de ses scénarios, par les choix artistiques judicieux et souvent éblouissants, par la qualité de l’interprétation (bien entendu, Marlene Dietrich est exceptionnelle dans chacun de ces films, mais les autres acteurs sont tout aussi bons ; mention spéciale à Victor McLaglen, acteur habituel de John Ford, qui est formidable de finesse dans Agent X 27), Josef von Sternberg crée ici quatre œuvres magnifiques.

Caractéristiques des Blu-ray :
Langue 1 anglais
2.0 DTS-HD Master Audio
Sous-titrage 1 français
Format image 4/3 format respecté 1.33
Qualité Pal
Noir et Blanc
Son mono

Compléments de programme :
Le film par Jean-Pierre Dionnet (13’)
Josef von Sternberg par Jean-Pierre Dionnet (12’)
Marlene Dietrich par Xavier Leherpeur (13’)
Entretien croisé avec Mathieu Macheret & Théo Esparon (38’)
Bande-annonce
Dans la même collection
Galerie photos
Crédits

Durée des films :
Agent X 27 : 91 minutes
Shanghai Express : 87 minutes
L’impératrice Rouge : 104 minutes
La femme et le pantin : 80 minutes

Festival

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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