Gran Torino de Clint Eastwood : Un grand d’Hollywood au sommet de son art

Alors qu’il était dans sa soixante-dix-huitième année, Clint Eastwood embrasse avec maestria un rôle qui devait être le dernier, dans son Gran Torino, un film époustouflant de vérité, grave et drôle à la fois, tendre et dur en même temps. Une totale réussite.

Synopsis : Walt Kowalski est un ancien de la guerre de Corée, un homme inflexible, amer et pétri de préjugés surannés. Après des années de travail à la chaîne, il vit replié sur lui-même, occupant ses journées à bricoler, traînasser et siroter des bières. Avant de mourir, sa femme exprima le voeu qu’il aille à confesse, mais Walt n’a rien à avouer, ni personne à qui parler.

Pale rider

Encensé lors de sa sortie comme étant le meilleur de sa carrière – et de fait, il tient encore parfaitement haut la barre au regard des Sully et autres  Le 15h17 de Paris, deux des films que Clint Eastwood a réalisés depuis, Gran Torino est sans doute l’un de ses métrages le plus proche de l’autodérision, de la vérité profonde du cinéaste. Toutes ses mimiques du passé, aussi bien du temps du western que celui de l’inspecteur Harry sont reprises ici avec une charge quasi-caricaturale.

Adoptant le personnage de Walt Kowalski, un vétéran de la guerre de Corée, bougon, misanthrope, raciste, Clint Eastwood réalise un grand film à la fois malade et apaisé. L’histoire est simple et prévisible, celle d’un homme qui habite un quartier populaire ayant des chinois comme voisins. Walt perd une épouse visiblement très aimée au début du film, et l’homme se serait renfermé sur une vie devenue vide de sens et emplie de bières, si ce n’était la haine qu’il semble d’abord vouer à ses « bridés » de voisins, commuée en une relation de moins en moins de politesse et de plus en plus d’amitié vraie et d’humanité sincère. Il se rapproche notamment de  Thao, le (très jeune) « homme de la maison » de la famille Vang Lor, d’origine Hmong, un garçon extrêmement timide et peu sûr de lui qu’il va emmener à une vraie affirmation de soi et au sens du courage et de l’action, des valeurs portées au pinacle par Walt. Il faut bien dire que le cinéaste porte ce film à lui tout seul, les autres acteurs étant assez quelconques et au-delà. Certains sont même des non-professionnels, et leurs personnages sont très peu caractérisés. En revanche, ce que Clint Eastwood a à faire, il le fait merveilleusement bien. Walt est un vieil homme du plus pur jus badass, mitraillant ses voisins de « niakoués » de « têtes de nems » et de « faces de citron » au kilomètre. Il jure et grogne à longueur de journée, déteste ses enfants et petits-enfants jusqu’à confesser cela comme étant sa plus grande faute auprès du prêtre de sa paroisse, ou plutôt de celle de son épouse défunte, la religion et lui faisant deux. A l’enterrement de sa femme, la séquence qui ouvre le film, il les fusillera tous d’un regard mêlant mépris et exaspération.

Écrit par Nick Schenk, qui lui a également offert le tout nouveau film La Mule en cet hiver de 2019, Gran Torino est presque un recueil de punchlines assez drôles finalement, qui font mouche, tant on croit reconnaître l’acteur derrière le personnage. Et pourtant, ces saillies sont assez loin du citoyen qu’il est : il est contre les guerres et la guerre de Corée en son temps (il a déclaré son film American Sniper comme étant le film le plus anti-militariste qui soit), il est contre les saillies racistes de Donald Trump qu’il traite de stupide. Et il est pour la régulation du port d’armes et contre les armes d’assaut. Et ces contrepieds rendent le film d’autant plus savoureux.

Filmant de manière assez classique son Gran Torino, le cinéaste montre cependant une grande maîtrise derrière la caméra. Ses scènes sont assez sèches et d’une efficacité redoutable, les messages véhiculés livrés sans détour. La culpabilité, la rédemption, le sacrifice, ce sont là des thèmes robustes qui ne sont pas faciles à mettre en œuvre sans en rajouter des tonnes, mais Clint Eastwood y arrive très bien en choisissant toujours le bon angle.

Pour ce qui devait alors être sa dernière apparition en tant qu’acteur, Clint Eastwood, un chantre du western et des films policiers à grand renfort d’armes à feu, se choisit comme personnage un homme qui fera un pied de nez à son image. « I am at peace » dira-t-il au prêtre qu’il est allé voir pour une confession. On entendait presque la voix de l’acteur et plus du tout celle de Walt. Gran Torino, comme la voiture éponyme que Walt a contribué à construire chez Ford, dans ce Midwest américain, est un film qui tire sa force de sa beauté tranquille (la voiture restera dans l’allée de Walt pendant presque tout le film). Une réussite que Clint Eastwood n’a peut-être jamais égalée avec aucun autre de ses films.

Gran Torino – Bande annonce

Gran Torino – Fiche technique

Titre original : Gran Torino
Réalisateur : Clint Eastwood
Scénario : Nick Schenk, d’après une histoire de Dave Johannson et de Nick Schenk
Interprétation : Clint Eastwood (Walt Kowalski), Christopher Carley (père Janovich), Bee Vang (Thao), Ahney Her (Sue), Brian Haley (Mitch Kowalski), Geraldine Hughes (Karen Kowalski), Dreama Walker (Ashley Kowalski), Brian Howe (Steve Kowalski), John Carroll Lynch (le barbier Martin), Brooke Chia Thao (Vu), Chee Thao (Grand-mère), Choua Kue (Youa)
Photographie : Tom Stern
Montage : Joel Cox, Gary Roach
Musique : Kyle Eastwood, Michael Stevens
Producteurs : Rob Lorenz, Billy Gerber, Clint Eastwood
Maisons de production : Warner Bros. , Double Nickel Entertainment, Gerber Pictures, Malpaso Productions, Media Magik Entertainment, Village Roadshow Studios
Distribution (France) : Warner Bros.  France
Budget :33 000 000 USD
Durée : 116 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 25 Février 2009

USA – 2008

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4.5

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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