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Rainer Werner Fassbinder consacré au cinéma et en Blu-ray par Carlotta Films

Avril et mai 2018 voient l’actualité cinématographique française à nouveau marquée par Rainer Werner Fassbinder. En effet, l’auteur, acteur, metteur en scène et cinéaste est revenu sur nos grands et petits écrans grâce à l’éditeur-distributeur Carlotta Films. Retour sur cette importante ressortie cinéma et vidéo.

Rainer Werner Fassbinder est décédé en 1982 à l’âge de 37 ans. Malgré ce jeune âge, on lui doit pas moins d’une cinquantaine de films (métrages télévisuels y compris), sans compter le nombre de pièces qu’il a écrites et mises en scènes, et la quantité de rôles qu’il a pu interpréter dans ses films et d’autres. « Je dormirai quand je serai mort » déclarait l’infatigable bonhomme. Trente-six après son décès, ce génie créatif n’a pas perdu de sa vitalité et de son énergie grâce à la conservation et surtout à la (re)transmission de son œuvre – notamment cinématographique – par des rétrospectives en salles et à la télévision ; des expositions ; ou encore des cours de cinéma.

En parallèle à la rétrospective à la Cinémathèque française ayant lieu du 11 avril au 16 mai 2018, Carlotta Films, soutenu par la Rainer Werner Fassbinder Foundation et Studio Canal, a lancé une autre rétrospective de l’œuvre de l’auteur. En deux parties, la rétro est à la fois cinématographique et vidéo. Rendez-vous en salles à partir du 18 avril puis du 2 mai pour retrouver sur grand écran les sept premiers films puis les sept autres de l’événement Fassbinder conçu par Carlotta. Quant à la sortie vidéo, le 18 avril est aussi sorti dans les bacs deux coffrets contenant 7 et 8 films de Fassbinder et quantité de bonus. Du tout en couleur Lola, une femme allemande, deuxième volet de sa trilogie allemande présente dans le deuxième coffret, à ses essais plus intimistes tels que les brillant Les larmes amères de Petra von Kant et Prenez garde à la sainte putain, la (re)découverte proposée ici est riche, et l’est davantage grâce à la pléthore de bonus qui complètent chacun des coffrets (voir descriptif au-dessous).

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« Je ne pense pas qu’il existe un autre réalisateur au monde qui fasse comme cela : je ne regarde jamais mes motifs avant le tournage. Pour moi, c’est très stimulant d’avoir quelque chose qui ne soit pas planifié à l’avance… À l’instant où j’entre dans une pièce et où je vois la scène que je me suis imaginée, les plans m’apparaissent eux aussi, et justement, dans un espace nouveau, il y a de nouvelles choses pour moi, plus stimulantes que dans les espaces que je connaissais déjà auparavant. »

– Rainer Werner Fassbinder, in, H.G. Pflaum et R. W. Fassbinder, Das bisschen Realität, das ich brauche, Hanser Verlag, Munich, 1976, p. 45 –

Créateur marqué par le théâtre, l’improvisation, et une incorruptible volonté de liberté, Fassbinder tord et fait rencontrer les genres. Drames, comédie, polar… En ressort une œuvre sur l’humain, être sentimental appartenant à une société que n’hésite pas à dénoncer le cinéaste et ses personnages quand ils ne la subissent pas jusqu’à en perdre toute force d’espérance. À ce propos, on peut citer Olivier Père qui a écrit sur son blog d’Arte : « toujours il parle de l’humain, des relations humaines, des conflits entre les groupes et les individus, du rejet, des catastrophes. » L’œuvre de Fassbinder est aussi celle d’un allemand de la RFA (République Fédérale Allemande fondée en 1949), qui n’hésite pas à balancer sur la corruption de son état, à ironiser sur son protocole pour faire face au passé nazi de l’Allemagne ; et à remuer les consciences conservatrices en donnant de l’image à des personnages homosexuels, prostitués, drogués, ou juste des types jurant à tout va, homme comme femme.

Politique, psychologique, dramatique, expérimental, polymorphe, l’œuvre de Fassbinder n’appartient toutefois qu’à lui : « Fassbinder montre dans ses travaux aussi disparates qu’en soient les thèmes, le style et la qualité, une « patte » très personnelle, inimitable, à l’écart de toutes les modes » (Le Cinéma en République Fédérale d’Allemagne, Hans Günther Pflaum et Hans Helmut Prinzler, éditions INTER NATIONES,  Bonn, 1994, p. 28).

Le Blow Up d’Arte dédié à R. W. Fassbinder, une autre façon de redécouvrir le maître

La richesse de la rétrospective R. W. Fassbinder de Carlotta ne s’arrête pas là. L’éditeur présente aussi en salles et en Blu-ray/DVD Huit heures ne font pas un jour, série télévisée de Fassbinder inédite en France. La mini-série de cinq épisodes est disponible au cinéma et sur le petit écran depuis le 25 avril. À noter que vous pourrez aussi la découvrir gratuitement à Lille ce mardi 1ermai à l’occasion du festival Séries Mania.

Concernant la restauration des films, opérée en grande partie par la Rainer Werner Fassbinder Foundation, puis par Studio Canal, il y a peu à redire du côté de l’image et du son. Les films et la série ont bénéficié d’une restauration méticuleuse, notamment du côté de la R. W. F. Foundation qui a opéré une remasterisation 4K des films entre 2013 et 2015. Comme le note Stéphane Beauchet sur DVDClassik.comseuls Martha (dans le premier coffret) et Le Secret de Veronika Voss (dans le second ; restauration signée Studio Canal) dénotent avec l’ensemble des films restaurés sur les deux coffrets. Malgré tout, les films sont toutefois présentés dans de très belles copies même si on se permettra d’attendre leur ultime restauration. Concernant L’Allemagne en automne, vous noterez sur le descriptif du coffret « extrait ». Carlotta a hélas décidé de ne présenter que la partie dirigée par Fassbinder. Dommage, on aurait apprécier découvrir ce morceau Fassbinderien placé aux côtés des autres réalisés par les autres jeunes cinéastes du nouveau cinéma allemand, plutôt que de découvrir un morceau extirpé d’un ensemble quand bien même celui-ci pourrait se voir de façon indépendante.

Bande-Annonce – R. W. Fassbinder L’événement

 

COFFRET R. W. FASSBINDER VOL. 1

– Les films en Blu-ray : rainer-werner-fassbinder-volume-1-visuel-du-coffret-collector-carlotta-films

* Br 1 : L’amour est plus froid que la mort(1969 – N&B – 89mn) + Le Bouc(1969 – N&B – 89 mn)

* Br 2 : Prenez garde à la sainte putain(1970 – Couleurs – 104mn) + Le marchand des quatre saisons(1971 – Couleurs – 88mn)

* Br 3 : Les larmes amères de Petra von Kant(1972 – Couleurs – 124mn) + Martha (1973 – Couleurs – 117 mn)

* Br 4 : Tous les autres s’appellent Ali(1973 – Couleurs – 93 mn)

– Les suppléments en DVD :

* Michael Ballhaus à propos de Martha(20mn)

* R. W. Fassbinder, 1977 deux entretiens avec le cinéaste (29mn)

* Life, love & Celluloïdun documentaire de Juliane Lorenz (1998 – Couleurs – 90mn)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

4 BD + 1 DVD – Masters Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-titres Français – Formats 1.33, 1.37 et 1.66 respectés – Couleurs et Noir & Blanc – Durée Totale des Films : 704 mn

Prix de vente public conseillé : 50.16€

COFFRET R. W. FASSBINDER VOL. 2

–  Les films en Blu-ray :rainer-werner-fassbinder-volume-2-visuel-du-coffret-collector-carlotta-films

* Br 1 : Effi Briest (1974 – N&B – 141 mn) + Le Droit du plus fort (1974 – Couleurs – 124 mn)

* Br 2 : Roulette chinoise (1976 – Couleurs – 86 mn) + L’Année des treize lunes (1978 – Couleurs – 125 mn)

* Br 3 : Le Mariage de Maria Braun (1978 – Couleurs – 121mn + L’Allemagne en automne (EXTRAIT) (1977 – Couleurs – 33mn)

* Br 4 : Lola, une femme allemande (1981 – Couleurs – 115mn) + Le Secret de Veronika Voss (1981 – N&B – 104mn)

– Les suppléments en DVD :

* La « trilogie allemande », une analyse de Marielle Silhouette, Nicole Brenez et Cédric Anger (42mn)

* Hanna, une femme allemande : souvenirs de Hanna Schygulla (19mn)

* La maison Fassbinder, une analyse de Patrick Straumann (21 mn)

* Lola, les feux d’artifice : une analyse de Caroline Champetier (15 mn)

* La montée du mensonge : une analyse de Jean Douchet (23 mn)

* Fassbinder Frauen : un essai de Nicolas Ripoche (25 mn)

* Fassbinder Politik : un entretien avec Heike Hurst (27 mn)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

4 BD + 1 DVD – Masters Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-titres Français – Formats 1.37, 1.66 et 1.78 respectés – Couleurs et Noir & Blanc – Durée Totale des Films : 849 mn

Prix de vente public conseillé : 50.16€

INCLUS AUX COFFRETS VOL. 1 ET 2

Un livret de 12 pages issu du catalogue de la rétrospective Rainer Werner Fassbinder à la Cinémathèque française

HUIT HEURES NE FONT PAS UN JOUR – DISPONIBLE EN COFFRETS COLLECTORS 3 BLU-RAY ET 3 DVD huit-heures-ne-font-pas-un-jour-affiche-de-la-serie-signee-rainer-werner-fassbinder-carlotta-films

– Br 1 / DVD 1 – épisode 1 : Jochen et Marion (102mn) – épisode 2 : Grand-Mère et Gregor (100mn)

– Br 2 / DVD 2 – épisode 3 : Franz et Ernst (93 mn) – épisode 4 : Harald et Monika (90mn)

– Br 3 / DVD 3 – épisode 5 : Irmgard et Rolf (90mn) – Supplément : Huit heures ne font pas un jour, une série qui fit parler dans les chaumières (40mn)

Inclus un livret exclusif de 36 pages

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

3 BD – Master Haute Définition – 1080/50i – Encodage AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-Titres Français – Format 1.37 respecté – Couleurs – Durée Totale des Épisodes : 475mn

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

3 DVD – Nouveau Master Restauré – PAL – Encodage Mpeg-2 – Version Originale Dolby Digital 1.0 – Sous-Titres Français – Format 1.37 respecté – 4/3 – Couleurs – Durée Totale des Épisodes : 475 mn

Prix de vente public conseillé : 35.10€

Séries Mania 2018 – Compétition Officielle : Les femmes à l’honneur

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Découvertes en compétition officielle, trois séries se proposent de mettre en avant des personnages féminins forts qui luttent au quotidien contre les galères de la vie. Entre la rétro American Woman, la cynique An ordinary woman (venue de Russie) et la nouvelle création de Abi Morgan, The split, il va pourtant bien falloir choisir.

American Woman : Retro Desperate Housewives

Une série américaine de John Riggi diffusée sur Paramount Network avec Alicia Silverstone, Mena Suvari, Jennifer Bartels, Makenna James, Lia McHugh

Synopsis : American Woman raconte l’histoire de Bonnie Nolan, une mère de famille peu conventionnelle qui se bat pour élever ses deux filles après avoir quitté son mari, pendant la deuxième vague féministe des années 70 à Los Angeles. Bonnie doit compter sur l’aide de ses deux meilleures amies, Kathleen et Diana, avec qui elle découvre sa propre indépendance.

Cette nouvelle comédie portée par Alicia Silverstone (que l’on avait un peu perdue de vue) n’échappe pas à la comparaison avec la série culte Desperates Housewives. Même mélange curieux entre comédie et mélo, mêmes relations tendues entre hommes et femmes et retour en force d’un langage cru que l’on considère trop souvent comme la chasse gardée des personnages masculins. Ajoutons à cela que American Woman prend également place dans l’univers de la haute bourgeoisie américaine, et vous faites rapidement les connexions s’imposent.

Toutefois, John Riggi arrive à s’écarter du modèle involontaire par deux angles d’attaque : le contexte rétro des années soixante-dix, avec en arrière-plan la seconde vague féministe américaine, et l’absence d’intrigues rocambolesques empruntées au polar (dont la série de Marc Cherry abusait un peu). Les épisodes courts de 30 minutes ne racontent que la prise d’indépendance de ces trois femmes, dont une « trophy wife » qui n’a jamais travaillé de sa vie mais a quand même choisi de mettre son mari dominateur à la porte.

Rien de bien nouveau donc dans cette nouvelle production. Néanmoins, les répliques cinglantes, les touches d’humour et quelques personnages séduisent. On se laisse porter par les aventures de cette mère au foyer perdue, découvrant la joie des factures à payer, des comptes à gérer, et le sexisme du monde du travail. Même le jeu un peu exagéré d’Alicia Silverstone finit par porter ses fruits, lorsque l’on comprend sa situation schizophrénique : obligée de faire bonne figure, sourire figé sur le visage quand tout le monde semble vouloir sa mort sociale. Le décalage temporel ajoute même un léger vertige quand on se rend compte que la situations n’a pas tant évolué aujourd’hui.

American Woman n’évite pas quelques écueils et tombe parfois dans la caricature (le patron ouvertement sexiste, l’acteur gay qui cache son homosexualité…) mais reste porté par une énergie communicative et une bande sonore d’époque qui fait toujours son petit effet.

 

 

An ordinary woman : Maman, fleuriste et maquerelle

Une série russe de Valery Fedorovich et Evgeny Nikishov diffusée sur TV3 Channel, avec Anna Mikhalkova, Evgeny Grishkovetz, Alexandra Bortich, Maria Andreeva et Aglaya Tarasova

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Synopsis : Marina a 39 ans. Fleuriste en façade, maquerelle en secret, elle jongle habilement entre ses filles et ses deux activités mais le fragile équilibre semble menacé lorsqu’elle reçoit un appel téléphonique à propos de l’une de ses escorts.

Nous vous avions fait part de notre déception à la vision de The counted, tant les occasions de poser nos yeux sur les productions télé russes sont rares. On retente le coup avec An ordinary woman, qui éveillait notre curiosité par son sujet hors norme. Une mère de famille qui attend son troisième enfant partage sa vie entre sa boutique de fleur… et son réseau de prostitution.

Derrière la bonne mère de famille un peu replète, vivant dans un HLM, se cache une véritable femme d’affaire qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. A la fois chronique familiale, critique sociale et comédie noire, An ordinary woman a tous les éléments en main pour devenir un classique.

Et pourtant difficile de cacher notre légère déception devant le premier épisode. Si quelques scènes fonctionnent bien et que tous les acteurs sonnent justes, l’ensemble souffre d’un rythme bancal. La série devient prenante quand on découvre l’architecture de ce réseau particulier, mais un peu ennuyeuse quand on s’intéresse à la famille. Certains clichés semblent également difficiles à éviter, comme le mari qui trompe sa femme, ou la petite fille en quête constante d’attention. Peut-être aurait-il fallu voir d’autres épisodes pour se faire une idée plus précise du ton de la série. Mais avec juste le pilote, difficile d’être complètement séduit, même si l’on reste intrigué.

The Split : Avocates sur mesure

Une série anglaise d’Abi Morgan diffusée sur BBC One, avec Nicola Walker, Deborah Findlay, Annabel Scholey, Fiona Button, Meera Syal, Stephen Mangan, Barry Atsma, Anthony Head et Rudi Dharmalingham

Synopsis: The Split explore le mariage moderne à travers le prisme des Defoes, une famille de femmes avocates londoniennes spécialisées dans les cas de divorce, qui doivent faire face au retour de leur père après trente ans d’absence. 

Comme pour nous rassurer sur le féminisme de The Split, il nous est souvent rappelé que Abi Morgan est celle qui se cache derrière le scénario de La Dame de fer. Ce film un peu oublié qui racontait l’ascension et la chute de Margaret Thatcher. C’était effectivement l’histoire d’une femme forte qui s’élève dans un monde masculin. Mais c’était aussi un film politiquement douteux (ne traitant l’histoire que par ses belles images), qui flirtait parfois avec le nanar hagiographique. Mais après tout, pourquoi pas…

Néanmoins, vendre un talent sur un film qui en manquait cruellement est un peu dangereux, et à la vision de ce premier épisode, l’on en vient à se demander par quel miracle Abi Morgan a t-elle réussi à se faufiler en compétition officielle. Le premier épisode d’une heure parait en durer le triple, et l’intrigue familiale (encore) surpasse tout le reste par le désintérêt total qu’elle suscite.

Une famille d’avocates qui, évidemment, seront amenées à s’affronter au cours de différentes affaires de divorces mettant en jeu des couples de banquiers, de célébrités… ou n’importe qui avec un compte en banque à plus de dix chiffres. Elles sont belles, riches, élégantes, paradant dans de beaux tailleurs que sûrement très peu de téléspectateurs pourront s’acheter. Mais elles ont des problèmes elles aussi. Leur mère les a élevées toute seule car leur père est parti, et les cas de divorces qu’elles enchaînent les rendent soupçonneuses quant à la solidité de leur propre couple.

Passons donc sur le « féminisme » vu uniquement par le prisme de la vie de couple hétérosexuel et attardons nous sur l’autre problème : The Split est la définition de la série clinquante. Dans la plus pure tradition des soap familiaux, les personnages étalent un certaine richesse à l’écran qui frôle parfois l’indécence. Et cachez ce pauvre que je ne saurais voir.

Mais peut-on avoir de l’empathie pour ces couples qui se déchirent quand, l’intérêt financier dépasse de cinq chiffres le salaire moyen du téléspectateur ? A une époque où le capitalisme et l’accumulation des richesses sont de plus en plus critiqués, une telle production laisse pantois devant son défilé de talons et de cravates qui prend son sujet à bras le corps, sans ironie ni distance aucune.

Oui, ce sont des femmes indépendantes ; oui, elles gèrent leur carrière et leur famille plutôt bien… Mais à part ça, Abi Morgan n’a pas grand chose à raconter, et semble toujours penser que mettre un personnage féminin au premier plan fait automatiquement une œuvre féministe.

Séries Mania 2018 – Formats Courts : Oslo Zoo et Rabih TV

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La section « Format Court » de Séries Mania 2018 propose une sélection d’œuvres courtes (surtout pour le web) qui compensent leurs moyens réduits par une certaine liberté artistique. Cette séance nous aura permis de découvrir Oslo Zoo (Norvège) sur un universitaire uberisé et Rabih TV (Liban), sorte de C’est arrivé près de chez vous venu du Moyen-Orient.

Oslo Zoo : Anthropologue à moteur

Une série norvégienne d’Oyvind Holtmon diffusée sur NRK, avec Amir Asgharnejad, Eline Grødal et Henrik Fladseth

Synopsis : Amir, 30 ans, vit avec Charlotte qui commence à se lasser d’avoir à lui prêter de l’argent tandis qu’il lutte pour trouver un travail épanouissant malgré tous ses diplômes. Pour sauver leur couple, il prétend avoir trouvé un poste prestigieux à l’université, alors qu’il essaye désespérément de gagner de l’argent en tant que chauffeur Uber. 

Venue tout droit de Norvège, Oslo Zoo est, selon son créateur, très inspirée par les séries Master of None et Atlanta. Il est vrai que le héros, Amir, partage la même pilosité faciale que ces nouveaux personnages vaguement paumés des sitcoms d’auteur récentes. On y retrouve également ce regard décalé avec le réel qui rend les situations les plus inconfortables comiques.

Durant six épisodes de quinze minutes, Amir tente de joindre les deux bouts en conduisant diverses personnes au travers de la capitale norvégienne, tout en mentant à sa copine qui croit qu’il a enfin obtenu le travail de ses rêves à l’université. Les rencontres les plus farfelues s’enchaînent (une clientèle différente par épisode). Un enterrement de jeune fille foireux et un père et sa fille en conflits sont ceux que nous avons pu découvrir.

Dans la veine typique de l’humour scandinave froid (dont la récente palme d’Or The Square est l’un des représentants), les situations s’enchaînent avec un sens du timing comique assez efficace et une finesse d’écriture qui fait plaisir à voir (certains moments répondent directement à une réplique lancée plus tôt dans un contexte différent). Par exemple une ancienne connaissance passera le premier épisode à s’excuser d’avoir loupé l’enterrement du personnage, alors que celui-ci est bien vivant en face de lui. Les coutures craquent mais n’explosent jamais vraiment, laissant toujours le malaise en suspens.

On reprochera juste à la série de ne pas vraiment prendre acte de la fonction d’anthropologue du personnage principal (celui-ci ne cesse de répéter qu’il a un diplôme de sociologie). Amir subit les frasques de ses clients plus qu’il ne les analyse. Il en résulte des épisodes qui peinent parfois à se focaliser sur un sujet (la vie du héros ou l’absurdité du client). Comme son personnage, Oslo Zoo tente de joindre les deux bouts, avec quelques difficultés. Reste tout de même une écriture comique fine, donc au final une bonne surprise.

Rabih TV : C’est arrivé près de chez eux

Une série libnaise de Mohammed A. Berro diffusée sur LBC, avec Said Serhan, Mohamad Safa, Nour Maghoot, Nicolas Cardahi

Synopsis : À bord d’une BMW noire, Rabih et son équipe de tournage documentent la violence dans les rues de Beyrouth. Filmer pour dénoncer ou pour assouvir ses propres pulsions malsaines ? Celui qui tient la caméra a le pouvoir et, plus vite qu’ils ne le croient, les prétendus justiciers vont dépasser les limites de leur propre moralité.

Osons le dire, Rabih TV est probablement la première « claque » de ce festival. En tout cas la première série (toutes catégories confondues) qui semble vouloir véritablement sortir des sentiers battus. Le postulat, exposé dès le premier épisode, n’est pas sans rappeler le film culte C’est arrivé près de chez vous : pour le tournage d’un documentaire voulant dénoncer la violence des quartiers chauds de Beyrouth, un réalisateur et son équipe n’hésitent pas a créer de toute pièce un véritable tueur en série.

Mais la comparaison s’arrête finalement là. Dans C’est arrivé… le personnage de Benoît Poelvoorde dominait la caméra et entraînait une équipe de tournage un peu naïve dans son univers. Ici, on ne sait pas trop qui pousse l’autre. Le fameux Rabih a déjà des pulsions violentes, mais son ami réalisateur semble vouloir l’emmener plus loin. Les autres membres n’hésitent pas non plus à faire des suggestions sur la meilleure façon de tuer. Là réside l’ambiguïté : dans l’origine de la violence. Les autres personnages que croisera l’équipe ne seront pas des anges non plus, et l’on en vient à espérer qu’ils se fassent trucider à leur tour. L’effet de réel produit par les caméra épaule, les perches dans le champs, et les apartés de l’équipe auto-satisfaite en rajoute une couche dans le malaise.

Violente, cynique et profondément ironique, Rabih TV est la représentation de l’œuvre coup de poing qui ne peut laisser indifférent. Une série qui porte un regard cru sur la violence de son pays… mais aussi celle du monde entier, avec une imagerie punk et une philosophie nihiliste. Notre seul regret étant la provenance lointaine qui rend incertaine la diffusion de la suite chez nous.

Séries Mania 2018 – Compétition française : Maman a tort

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Présentée par l’équipe dans le cadre de la compétition française, la nouvelle production policière de France 2, Maman a tort, ne sort pas trop des sentiers battus dans le développement de son intrigue mais fonctionne grâce à son casting parfait et son ambiance qui oscille entre thriller, comédie et fantastique.

Synopsis: Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi affirme que sa maman n’est pas sa maman, Vasile, psychologue scolaire le croit ; mais il doit agir vite et trouver de l’aide ; celle de Marianne, commandant de police au SRPJ du Havre, par exemple. Mais doit-on croire la parole d’un enfant, lorsqu’on est flic, la tête occupée par l’enquête d’un casse sanglant, avec un butin de plusieurs millions d’euros dans la nature ?

Derrière ce titre qui pourrait être celui d’une comédie vaudevillesque ou d’une sitcom se cache en réalité une enquête aux multiples ramifications. Maman a tort prend pour décor la ville du Havre (Normandie) et, à partir d’un postulat simple (un enfant de quatre ans affirme que ses parents ne sont pas les vrais), développe une galerie de personnages finement écrits. Policiers, psychologue, parents en détresse et même gangster tournent autour de ce bambin un peu étrange, et comme on s’y attend dans ce genre de production, la vérité n’est évidement pas ce qu’elle semble être au premier abord.

Le pilote réussit même le tour de force d’intriguer sans trop en révéler. Au cours de cette première heure, on se demande vraiment si l’on regarde une enquête policière, un récit familial à résonance sociale… ou même une histoire de fantômes. De ce foisonnement de possibilités, Maman a tort en tire sa principale force. On s’étonne même de ne pas se sentir perdu au milieu de ces personnages qui ont tendance à se multiplier, amenant chacun une part d’ombre ou de lumière qui donne à l’ensemble une richesse étonnante, pour une production française.

Dommage que le deuxième épisode commence à éventer toutes les pistes un peu trop rapidement. On comprend très vite le lien entre les deux enquêtes supposément sans rapport, et le twist final nous donne l’impression d’avoir déjà découvert le pot au roses. Pour une enquête censée tenir en haleine le public sur plusieurs semaines, c’est un peu risqué. Mais peut-être qu’il s’agit encore d’une fausse piste, comme il est d’usage dans ce type de polar.

Néanmoins, Maman a tort témoigne tout de même d’une évolution dans ce genre de productions. Non pas qu’elle révolutionne quelque chose, mais elle cumule autant de défauts des anciennes productions estivales (comme Dolmen) que d’améliorations bienvenues de ces dernières années. En première place, l’interprétation est un quasi sans faute. En tête, ce personnage de commandant de police brillante mais un peu excentrique incarnée par Anne Charrier. Qu’elle s’énerve contre ses hommes, prenne un verre avec sa copine ou cherche un coup d’un soir, le personnage sonne toujours juste et penche plus du côté de Nicholson dans Chinatown (partageant avec lui un pansement ridicule sur le nez) que Lily Rush dans Cold Case. Une enquêtrice qui dégage finalement une chaleur et une humanité plutôt rares dans le registre du thriller.

Cette dernière doit tenir un département où chacun y va de sa petite excentricité. Un collègue blasé malheureux en amour (Pascal Elbé très bien), un beau gosse un peu idiot mais papa poule et un jeune stagiaire brillant mais trop sûr de lui. Principal prétexte aux moments comiques, on s’attache assez rapidement à cette fine équipe qui fait ce qu’elle peut pour boucler les affaires les plus complexes avec les moyens du bord. Et celle qui les occupe en ce moment est particulièrement retorse. De l’autre côté, l’amour que les parents portent au jeune Malone (qui n’est peut-être pas leur enfant) parait sincère, mais il se dégage d’eux quelque chose de troublant. Les accusations de l’enfant ne paraissent pas si fantaisistes, tout cela grâce au jeu des acteurs. Restent les deux gangsters, pour l’instant pas trop développés, et le psychologue qui, malheureusement, cumule un peu trop de qualités (intelligent, jeune, beau gosse, altruiste, motard, doué au pieu…) pour être totalement crédible.

Chacun joue un double jeu, ou révèle des facettes inattendues, et la série passe avec une aisance formidable entre suspens, action (une poursuite plutôt bien exécutée), comédie et onirisme. Et le plaisir avec lequel François Velle filme la ville du Havre (et son architecture particulière) compensent finalement les quelques défauts propres à ce genre de production comme un générique un peu kitsch, des choix musicaux parfois douteux et des effets numériques pas toujours réussis. Mais une qualité d’écriture pareille est suffisamment rare pour être notée, et quand elle échappe au cahier des charges des productions télévisées (comme l’obligatoire scène de sexe du premier épisode), Maman a tort peut parfois faire preuve d’une vraie originalité.

L’équipe du film présente lors de cette première mondiale.

France 2018
Episodes 1 et 2 vf coul. 2×52min (série 6×52min)

Scénario : Véronique Lecharpy D’après l’œuvre de Michel Bussi
Réalisateur : François Velle
Compositeur : Armand Amar
Avec : Anne Charrier, Pascal Elbé, Sophie Quinton, Camille Lou, Gil Alma, Samuel Theis
Producteurs : MFP, France Télévisions, Pictanovo
Distribution : France Télévisions Distribution
Diffusion : France 2

Larguées, une comédie d’Eloïse Lang remarquée à l’Alpe d’Huez, mais embourbée et mal fagotée

La créatrice de Connasse, Eloïse Lang, réunit son héroïne préférée, Camille Cottin avec une autre humoriste, Camille Chamoux et l’indétrônable Miou-Miou dans Larguées, une comédie féminine et familiale grotesque et brouillonne.

Après une version danoise en 2014, All Inclusive de Hella Joof, puis suédoise en 2017 de Karin Fahlen, Larguées reprend donc quasi traits pour traits (ça évite de trop réfléchir par soi-même) les situations absurdes de la même comédie. Malgré des intentions louables de vouloir « sauver » une mère dépressive lors d’un séjour en famille sur l’île de la Réunion, la comédie « portée » par un trio féminin se voulant détonant enchaîne drôleries et vulgarité pour terminer sa course hors du circuit. L’accident était loin d’être prévisible. Des réparties cocasses et bien ponctuées, un terrain certes plus cliché tu meurs, mais le gage de réussite était pourtant annoncé avec trois bonnes actrices, un décor somptueux et la tendresse des meilleurs feel good movies.

larguees-panorama-altitude-film-castingEntre Les Bronzés et Little Miss Sunshine sur le papier, Larguées s’avère être, comme son nom l’indique, un naufrage par ses mauvais choix de réalisation et surtout scénaristiques. Le premier mauvais choix fut d’enfermer Miou-Miou, la mère soixantenaire dans un mutisme grossier et incompréhensible. La relayant lors de la première moitié du film vers les bancs des seconds rôles, aux côtés de son nouvel « amour » au charisme d’un téléfilm made in TF1, l’accent en moins, la réalisatrice/scénariste fait l’erreur d’enfermer ses personnages principaux dans des bulles stéréotypées à des fins comiques. On frôlait déjà un certain ridicule dans le film de Noémie Saglio, Telle Mère, telle fille, avec Cottin, pondérée, et Binoche, post-adolescente. Ici, les écueils sont répétés jusqu’au soulignement. Chamoux joue le versant sage et rangé, mère de famille ordonnée. Cottin, irresponsable, aux allures rockeuses de lendemain de soirée. On le montre dès les premières minutes comme par facilité, quand la minette libérée et décomplexée sort de boîte à midi pour retrouver sa soeur et sa mère à l’aéroport. Tandis que de l’autre, par antinomie et manichéisme vain, est une mère qui étiquette tous les plats du frigo en minaudant comme la parfaite mère poule face à un mari lourdé en slip au petit déjeuner. Entre les deux, Miou-Miou assise avec sa valise. On apprend très vite que le père garde contact avec la plus « dévergondée », peu étonnant puisqu’ils se ressemblent, et lui annonce dans l’avion (à quelques jours de l’anniversaire de leur mère) qu’il attend un enfant. L’approche quasi-bouffonne s’apparente à une mauvaise parodie de Molière. Faire rire par excès semble donc être le leitmotiv qui va suivre. Le personnel du camping tout droit sorti d’un spin off des Bronzés toujours composé du coatch sportif aux allures de Michel Blanc moustachu, du barman, entre le charme (somme toute plat) d’un Thierry Lhermite (il porte le même prénom cependant !), la coupe de Clavier, l’accent flamand en plus, de l’hôtesse qui n’a que la couleur de cheveux de Marie Anne Chazel tandis que le danseur arabo-africain veut faire du Murphy, mais est moins empoté que Jack Black. Il ne manque plus que Josiane Balasko et, heureusement, car déjà qu’on s’y perd dans le club Camping Paradis où les seuls autres touristes sont joués par un garçon ouvert d’esprit et plus mature que son âge et son père dépressif en professeur de philo. Les personnages semblent donc se soutenir comme des cartes ou des quilles, les unes autres, à des fins narratifs et comiques, comme pour rebondir face à un reproche ou une insulte, plus qu’ils ne dialogues réellement entre eux. Le passage en ellipses sur la plage durant lequel Camille cherche le parfait homme à présenter à sa mère frôle le ridicule toujours par excès : le tatoué, le couple homosexuel, efféminé et misogyne…

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Elle ne trouve même pas d’autres clichés. Mais la sauce prend par moment, lorsque les deux sœurs s’unissent pour courir sauver leur mère. Cela ne rime un peu à rien et l’errance en pleine mer, après avoir débattu de la mort face à un petit garçon qui à perdu sa mère (de très mauvais goût), a le même effet qu’un coup d’épée dans l’eau. Pourquoi les personnages braillent-ils autant ? Eloise Lang les transforment de ce fait en pantins d’un vaudeville ensoleillé. Lorsque la mère refuse de sortir et que les deux sont obligées de trépigner comme des enfants de 4 ans pour la faire changer d’avis… Il y avait d’autres moyens de parvenir à ses fins, non ?

Les mauvais choix foisonnent et s’enchaînent dans des bulles sensibles qui ne trouvent aucun écho et finissent par retomber comme des blancs en neige. Le concept du deuil, la confrontation à la perte de l’être cher au sein du duo père/fils est joliment bien trouvé, mais ne dessert ni les motivations de Cottin, ni ceux de la mère pourtant esseulée (elle ne parlera à aucun des deux). Et allons savoir pourquoi : Chamoux reste fixée sur la fin de vie du nouvel Apollon de sa mère ! La balance est en constante oscillation, comme frénétiquement, entre nécessité de parler de la mort et même besoin pressant de s’en relever. Le concept du couple n’est malheureusement jamais creusé, tout juste suggéré à trois différentes reprises. Le flamant et la mère dans leur coin, papillonnant. Chamoux et son mariage heureux, en apparence… Car sans crier gare, elle s’essaie à draguer pour se décoincer, mais mettre le pied à l’entrejambe d’un parfait inconnu (en deuil qui plus est) ou s’essuyer la langue sur les lèvres de manière vulgaire et surtout maladroite est une fois de plus une b(m)ondieuserie bannissable. Puis Cottin et ce père en deuil qui ne se courtisent jamais, mais dont le rapprochement est étrangement attendu sans jamais arriver… D’autres moments de vide viennent ponctuer cette impression de non sens. L’épisode « Pretty Woman » où les filles tentent de trouver une robe à leur mère. Les spectacles de danse du personnel. Le pique-nique lors d’une excursion où l’on apprend que l’hôtesse Lily et Thierry sont frère et soeur.chamoux-drague-scimeca-largues-film

Mais le film n’est pas sans intérêt pour autant, ce qui en est extrêmement étonnant. L’écart et les conflits en exercice nous sont familiers. Camille Cottin qui tire son épingle du jeu est pétillante. Elle mérite son prix d’interprétation féminine au dernier festival d’Alpe d’Huez. Tout ne retombe pas à plat et les paysages cartes postales ainsi que certains dialogues relativement piquants nous font tenir sur la courte durée.

Avec Larguées, on ne perd que très peu de son temps, finalement. Si le rire est parfois poussif par certains spectateurs badauds en mal de comédie, le soupir est souvent de mise. Miou Miou est relayée au second plan alors qu’elle incarne pourtant l’enjeu principal : la « déridation » d’une femme elle aussi endeuillée. Comment trouver une seconde jeunesse ? Profiter de la vie ? Délester certains poids du passé ? Le film n’apporte pas vraiment de réponses. Il n’en a pas la prétention. Il est une tentative, grossièrement maladroite de ce que le bonheur pourrait être : des vacances en famille dignement vécues comme un road trip sous ecsta. That’s not life !

Larguées : Bande-annonce

Larguées : Fiche Technique

Scénario et réalisation : Éloïse Lang
D’après le film All Inclusive d’ Hella Joof
Musique : Fred Avril
Producteurs : Stéphanie Carreras et Philippe Pujo
Directeur de la photographie : Antoine Monod
1er assistant réalisateur : Bastien Blum
Scripte : Bérangère Saint-Bezar
Montage : Valérie Deseine
Son : Stéphane Bucher, Serge Rouquairol, Marc Doisne
Décors : Philippe Chiffre
Sociétés de production : Pathé, Estrella Productions, France 3 cinéma, Les Films Chaocorp, CN7 Productions
Société de distribution : Pathé
Durée : 92 min.
Genre : comédie
Dates de sortie : 20 janvier 2018 (Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez) ; 18 avril 2018 (sortie nationale)

Avengers: Infinity War, une réunion qui s’en sort avec les honneurs

Le Marvel Cinematic Universe amorce la conclusion du premier chapitre de son histoire avec cette troisième aventure des Avengers. Une réunion plus pessimiste et apocalyptique qu’à l’accoutumée qui véhicule un sentiment bienvenue d’achèvement où, au-delà de l’efficacité de son divertissement, elle donne enfin corps à ses enjeux et présente son grand méchant.

Synopsis : Alors que les Avengers et leurs alliés ont continué de protéger le monde face à des menaces bien trop grandes pour être combattues par un héros seul, un nouveau danger est venu de l’espace : Thanos. Despote craint dans tout l’univers, Thanos a pour objectif de recueillir les six Pierres d’Infinité, des artefacts parmi les plus puissants de l’univers, et de les utiliser afin d’imposer sa volonté sur toute la réalité. Tous les combats que les Avengers ont menés culminent dans cette bataille, qui décidera du destin de la Terre et du reste de l’univers, et qui impliquera tous les héros déjà connus, dont les Gardiens de la Galaxie.

Voilà maintenant 10 ans que le MCU fait son chemin sur grand écran, étant même la principale attraction du divertissement actuel. Où son principe d’univers partagé à souvent été copié mais n’a jamais su être égalé. Pour ça, il faut reconnaître l’efficacité de Kevin Feige en tant que producteur, lui qui a su donner une consistance et une direction claire. Ce que le MCU a perdu en indépendance cinématographique, il l’a gagné en cohérence. Alors qu’il ne fait aucun doute que cet univers continuera son chemin après la fin de la phase 3, il est aussi évident que l’histoire des Avengers telle qu’on la connait aujourd’hui arrive à sa conclusion. L’ensemble a besoin d’un coup de frais et Avengers: Infinity War vient amorcer ce final en dévoilant le grand méchant Thanos, teasé dès le premier Avengers, et qui se présente à nous avec une radicalité bienvenue.

Avengers-Infinity-War-Chris-HemsworthIci le scénario ne sera pas le maître mot du film. Devant à la fois présenter le principal antagoniste tout en amenant les enjeux et offrant une action soutenue, Infinity War va faire le choix de mettre de côté beaucoup de ses héros. Même si beaucoup sont bien présents à l’écran, ils ne sont là que pour servir de chair à canon et ne connaissent aucune évolution en dehors de l’action. Ce qui donne l’étrange sensation d’avoir un film désincarné de ses héros et qui, malgré quelques passages d’iconisations bien sentis, peine à les mettre en valeur. Seul Gamora, Thor et dans une moindre mesure Doctor Strange ont un vrai arc émotionnel. Mais Infinity War à la bonne idée d’éclater les Avengers en plusieurs petits groupes à travers différents lieux, ce qui permet une narration claire et donne un peu de quoi respirer aux personnages. On reste loin de l’aspect brouillon d’Age of Ultron. Le rythme se montre plus soutenu, l’humour présent n’est pourtant jamais envahissant face à l’ampleur des enjeux et le film mise souvent sur une gravité pesante qui fait plaisir à voir. Surtout que le véritable personnage principal est ici l’antagoniste Thanos.

Avengers-Infinity-War-Josh-BrolinSi il y a une chose que Avengers: Infinity War ne pouvait pas rater, c’est bien son méchant. Après nous l’avoir teasé de façon plus ou moins réussie pendant près de 10 ans, il se devait d’être à la hauteur de nos attentes. Il les dépasse allègrement. Bien plus nuancé et imposant qu’on pouvait l’espérer, il offre ses lettres de noblesses au film en lui apportant de vraies fulgurances. Ses motivations ne sont pas dénuées de fondements, il s’avère mue par un nihilisme complexe et se montre plus humain que prévu. C’est à travers lui qu’Infinity War brille le plus, même si la radicalité de ses actions est probablement davantage de la poudre aux yeux qu’autre chose, car oui il y a des morts mais peu apparaissent vraiment comme définitives. Il faudra donc voir le quatrième Avengers pour juger de l’impact du personnage. Néanmoins il nous conduit ici à une conclusion audacieuse, qui booste l’impatience de voir la suite, et montre une vraie maîtrise du style d’écriture des comics de la part des scénaristes. Un style qui risque de perturber un peu les non-initiés, cet Avengers étant probablement le plus « comics » de tous les films du MCU, et la transposition de ces codes sur grand écran se trouve être plus réussie qu’on aurait pu se l’imaginer.

Avengers-Infinity-War-Benedict-Cumberbatch-Mark-Ruffalo-Robert-Downey-JrMais cette transposition a pour contrecoup de faire perdre toute indépendance cinématographique à Infinity War. Ce dernier apparaît plus dense et ambitieux que jamais sauf qu’il a pour défaut de ne pas pouvoir tenir debout sans ce qui l’a précédé et ce qui viendra après. Par cela, Infinity War répondra à des questions que le spectateur ne se posait sans doute même plus et fait mine d’une cohérence impressionnante. Dommage que cela desserve les personnages plus effacés que jamais, quand certains ne passent tout simplement pas pour des bouffons comme ce pauvre Hulk dont on ne sait plus quoi faire. D’autant que le casting s’avère en demi-teinte, entre les anciens clairement fatigués avec en tête un Robert Downey Jr. qui est en pilotage automatique, et les nouveaux plus inspirés qui assurent le spectacle comme Benedict Cumberbatch clairement à l’aise avec son personnage. Mais celui qui vole la vedette ici, c’est Josh Brolin qui donne une intensité et une profondeur insoupçonnée à Thanos dans une très belle performance. Surtout que les frères Russo semblent vraiment inspirés quand il s’agit de mettre le personnage en action et dévoilent une connaissance maîtrisée des comics. Dans l’action, il use toujours au mieux des personnages et de leurs capacités dans des séquences au déroulé souvent inventif. Toutefois, cela est un peu retenu par une réalisation à la photographie terne et des effets spéciaux qui connaissent des ratés et surtout un sens de la mise en scène quasiment absent. Beaucoup de choses se passent à l’écran mais les frères Russo peinent à accompagner cette frénésie par le mouvement de la mise en scène, restent donc des séquences spectaculaires mais vite statiques, répétitives et juste fonctionnelles.

Sans être le gros morceau épique qui mettra tout le monde d’accord, Avengers: Infinity War reste un divertissement efficace qui s’en sort avec les honneurs. On sent que les frères Russo perdent l’inspiration de film en film et qu’ils ne sont pas des metteurs en scène assez forts pour créer le frisson qu’un tel film devrait procurer mais ils connaissent suffisamment l’univers pour en tirer de bonnes choses. Même si les héros paraissent ici effacés ou fatigués, on peut compter sur Thanos pour vraiment élever le film et lui donner un supplément d’âme bienvenue. Imparfait sur bien des points, où une qualité apporte souvent un défaut, Avengers: Infinity War reste un joli tour de force car la réussite d’un tel rassemblement n’était pas chose aisée. Surtout qu’il réussit ses objectifs à savoir : ne pas rater son méchant, nous divertir, nous surprendre et éviter la lassitude tout en parvenant à nous rendre impatients de voir ce qu’offrira la prochaine aventure des Avengers. Sur ces points, Infinity War fait carton plein.

Avengers: Infinity War : Bande-annonce

Avengers: Infinity War : Fiche technique

Réalisation : Anthony et Joe Russo
Scénario : Christopher Markus et Stephen McFeely, d’après les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby
Casting : Robert Downey Jr., Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Chris Evans, Scarlett Johansson, Benedict Cumberbatch, Josh Brolin, Tom Holland, Zoe Saldana, Chadwick Boseman, Chris Pratt, Paul Bettany, Elizabeth Olsen,…
Décors : Charles Wood
Costumes : Judianna Makovsky
Photographie : Trent Opaloch
Montage :  Jeffrey Ford et Matthew Schmidt
Musique : Alan Silvestri
Producteurs : Kevin Feige
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Studios Distribution
Durée : 149 minutes
Genre : super-héros
Dates de sortie : 25 avril 2018

Etats-Unis – 2018

Rétro : Dawson’s Creek déjà 20 ans ! Culte ou has-been ?

Après Buffy contre les vampires qui fêtait aussi ses 20 ans l’année dernière, 2018 marque l’événement sériel et le magazine Entertainment Weekly n’avait pas manqué de souligner l’anniversaire en réunissant tout le casting de Dawson’s Creek. La création de Kevin Williamson (Vampire Diaries, Following, Scream) a su marquer toute une génération, si ce n’est deux. Retour sur une série culte qui passe aux yeux de beaucoup comme ringarde.

Diffusé du 10 janvier 1999 (un an auparavant sur The WB) au 8 novembre 2003 sur TF1, puis rediffusé les dimanches après-midi – c’est comme ça que les moins de 30 ans l’ont connu -, ce teen drama décrit en 6 saisons, l’évolution de 4 adolescents et leurs péripéties amoureuses ou existentielles du lycée jusqu’à la vie active. Au travers des portraits méticuleux d’une jeunesse américaine, mais universelle, Dawson’s Creek a su brasser une multitude de thématiques telles que l’adultère, la mort d’un proche, l’ambition et surtout le sentiment amoureux. Car il s’agit d’amour essentiellement, tout en réconfortant le spectateur dans un idéal inatteignable. Il s’agit de la vente d’un rêve américain pour des adolescents – la génération X, née entre 1980 et 1990 – en quête d’identité, et en cela la série n’est guère un précurseur. Elle a même plutôt assez mal vieilli face à la multitude des séries disponibles depuis sur le marché.

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Une fable initiatique…

Cela commence somme toute de la façon la plus banale. Un trio adolescent, où le jeune héros ambitieux et sans doute talentueux, tombe amoureux de la nouvelle voisine, une New Yorkaise pulpeuse que ses parents ont mise à la porte. La meilleure amie de ce jeune héros aux principes naïfs mais intègres est secrètement attirée par lui, et le meilleur ami un peu loufoque apparaît comme la cinquième roue du carrosse. Le protagoniste couche avec sa prof de vingt ans son aînée et a des mauvaises notes, mais son grand frère (premier d’une plus grande fratrie) policier ne manque jamais de lui faire la morale et de le remettre dans le droit chemin. Le cadre est idyllique, un étang qui sépare Dawson de Joey, une immense maison entourée de bois et de verdure, une campagne luxuriante dans une petite ville portuaire du Massachusetts, un lycée américain comme tant d’autres, mais des rues magnifiques à deux pas de l’océan. L’intrigue n’a rien de grandiloquent et pousse à la simplicité. On pourrait même s’étonner de jurer que ça pourrait arriver à n’importe qui. Un jeune homme créatif (on le soupçonne, car sa vision de la réalisation est éclipsée par son obsession pour Spielberg) et résolu, entouré de parents bienveillants et toujours de bons conseils au moindre doute existentiel. Une vieille voisine chrétienne et pratiquante, « plus agréable tu meurs ». Des voisins sympathiques, un ponton vers un étang gigantesque, plein de couchers de soleil et surtout des histoires d’amours comme on aimerait qu’il nous en arrive à 15 ans. On se prend au jeu, surtout lorsqu’on est un garçon sentimental, cinéphile vivant entre quatre champs et un étang, et abreuvé aux séries. Ce dernier point est élémentaire, car il faut comprendre en quoi Dawson’s creek entre dans le top 5 des meilleurs teen dramas de ces 2 dernières décennies, malgré l’écart criant entre le monde décrit et la réalité bien morne que nous vivons.

 "dawson pleure"
Joey le quitte pour Pacey

Qu’est-ce qu’un bon produit ? Un bon film ? Une bonne série ? Un bon teen drama ? Lorsque ledit produit atteint son coeur de cible c’est une chose, mais ça ne fait pas des Marseillais à Caracas, une tv réalité à défendre, juste beaucoup d’attardés devant leurs postes qui pensent se réconforter en s’abrutissant. Comment expliquer, sans des audiences exceptionnelles, que la série ait perduré autant et marqué à ce point les esprits et surtout ironiquement aujourd’hui. Plus rares sont les fervents défenseurs de Dawson, face aux nombreux détracteurs qui ont fait du simple nom de la série un synonyme de « mièvre et trompeur ». Et pourtant, elle gardera son statut de série culte, au même titre que Friends en sitcom ou X-Files en science-fiction, Alias en espionnage, Buffy contre les vampires en fantasy horreur, etc.

Toute bonne série qui marque les esprits pourra se résumer facilement en saisons pour les fans par les conflits en jeu, les résolutions en cours ou les événements caractéristiques. La saison 1 de Dawson’s creek, en guise de prélude, introduit toutes les cartes des intrigues à venir : le mariage des parents de Dawson par la question de l’adultère, la réconciliation entre Jen et sa grand-mère par la mort de son grand-père, Pacey et sa difficulté à être pris au sérieux, Joey sans figure parentale autre que sa soeur et le mari de celle-ci, les premières réussites sans jamais vraiment montrer les premiers échecs ou en les lissant au maximum. La deuxième saison introduit Andie et son frère Jack qui vont finir par devenir des personnages principaux par la suite au cours de la 2ème année du lycée (Sophomore Year). Ne commencez pas à comparer avec nous les Français, les pièces géométriques ne s’encastreront pas dans les trous. Il y a oui, en effet, une part de récit initiatique à décrypter, à prendre avec du recul, comme dans tout bon teen drama (Voici un lien pour mieux comprendre les deux parcours scolaires qui en réalité ont juste en décalage d’un an, car ils ne considèrent pas l’année de naissance, mais l’âge au 1er septembre dans leur système de classification). L’introduction du personnage d’Abby Morgan confrontera Jen à ses démons antérieurs et poussera tout le monde à bout. Au terme de cette deuxième saison, les tenants et les aboutissants des arcs relationnels sont d’une étonnante richesse. Il faudra beaucoup d’épreuves pour Abigail et Mitch afin de sauver leur mariage, après la prise de conscience de l’attraction entre Joey et Dawson, l’introduction d’Andie et Jack va modifier le nouveau groupe définitivement. Et déjà les personnages secondaires sont tout autant denses et d’une justesse infinie. On a presque jamais autant aimé les personnages secondaires jusqu’à présent (1999). Et c’est d’ailleurs le point fort de Dawson’s Creek, il n’y a qu’à voir la longue liste des guest qui sont apparus dans d’autres séries par la suite (Modern Family, Glee, Supernatural, This is us, NCIS, Once Upon a Time, Buffy, Roswell, The CameleonOne Tree Hills*, Veep…). Toutes ces imbrications, apparitions, ont consolidé autant d’arcs narratifs qui ont permis à la série d’évoluer en s’améliorant, malgré une perte significative d’intérêt de la part des fans en début de saison 3. Peut-on l’expliquer par le départ du showrunner Kevin Williamson qui quitte le navire et son bébé ? Le scénariste et producteur Greg Berlanti a repris les commandes et a eu la brillante idée d’introduire à ce moment précis Pacey dans l’équation amoureuse, et qui a fini par devenir le dilemme et l’arc majeur. Rapide digression, mais la sensibilité des deux showrunners alors homosexuels peut-elle être également une explication sur la foisonnante diversité des intrigues et des conflits, névroses psychologiques en exergue ? Être vu comme le vilain petit canard (Pacey et sa famille), la reconstruction dans une famille recomposée sans parents (Joey et sa soeur, son père en prison, sa mère décédée trop tôt), la construction identitaire et les addictions (Jack et Andie), le racisme (la fille du proviseur Green), le fantasme (la liaison avec Tamara la professeure plus âgée ; Eve, la blonde bombe qui débarque ; Ethan, le beau gosse populaire peut-être gay…), la transmission (le petit Buzz que Pacey prend sous son aile, la fille Harley du professeur Hetson dans la dernière saison), les rancoeurs, l’ambition…

Le danger scénaristique est d’aller trop loin, répéter des arcs aux allures un peu soap, comme des liaisons dangereuses ou nocives, interdites (prof/élève) ou alambiquées. On en vient à ce que tout le monde couche avec tout le monde. Les scénaristes (presque une quarantaine) en ont même eu conscience et font jouer Pacey et Jen dans ce sens, voir où l’absurdité peut aller dans le 03×07 « Escape from Witch Island« . Cet épisode est d’ailleurs une sorte un clin d’oeil à Blair Witch et se joue des codes de l’horreur. A l’image du 01×11 « The Scare » avec les codes du slasher qui a dû être un régal pour le créateur de Scream d’appeler Vendredi 13 de Craven et la date de superstition. Autre genre savamment reconstruit, le detective movie du 02×11 « Sex, she wrote » durant lequel Abby et Chris tentent de démasquer en huis clos l’auteur d’une lettre qui décrit des ébats eus la veille : les duo suspects sont Dawson et Jen, Joey et Jack, Pacey et Andie.

dawson-s-creek-cast-saison-3Kevin Williamson a, par ailleurs, eu le génie d’écrire avec toute l’autodérision nécessaire les opus d’épouvante avant de glisser dans sa série des clins d’oeil cinématographiques nombreux ainsi que des sous-textes et commentaires dits par le personnage principal sur l’écriture ou la réalisation, qui sont en fait des commentaires sur la série elle-même. L’idée originale est basée sur sa propre enfance, ce qui en fait une œuvre d’autant plus sincère et vraie, malgré le caractère éloigné de la réalité. En effet, les ajustements (hétérosexualiser le personnage principal par exemple, ou l’invention de la ville Capeside – le tournage ayant lieu à Wilmington en Caroline du Nord pour sa verdure foisonnante et Cape Cod dans le Massachusetts pour l’aspect portuaire) sont devenus des superficialités regrettables et pourtant nécessaires d’un point de vue de la production (toucher le plus grand nombre, parler du sexe, de la mort, de sujets potentiellement polémiques ou choquants). La série Dawson’s creek finit donc par être en constante oscillation entre excès mélodramatique ou idéal vain et profonde réflexion. Ne faut-il pas éteindre son cerveau cartésien, arrêter de tout rationaliser pour apprécier une oeuvre qui sort un tant soit peu de l’ordinaire ? Charmed par exemple qui avec le temps a fini par devenir totalement kitsch et pourtant sera dépoussiérée avec un prequel, ou bien n’importe quel film d’horreur dont on a tous fini par se moquer ? La saison 4 est transitoire, elle permet à Dawson d’entrer dans la vie de jeune adulte – il sort avec la plus grande soeur de Pacey – et d’introduire une autre transmission de génération avec le vieux voisin aigri et malade Arthur Brooks. C’est au terme de cette saison que le personnage d’Andie disparaîtra en désintox pour revenir en guest à la dernière saison, 2 années suivantes. Jen et Jack se rapprochent jusqu’à aider Dawson et Joey à revenir dans les bras l’un de l’autre et ce pour la dernière fois (attention spoiler !) Bon, sur le moment, on y croit c’est magique, mais avec du recul, est-ce bien crédible qu’un triangle amoureux tourne autant ? Oui, non, oui, non, oui, non ? Laissons le débat qui n’a absolument plus aucune actualité là où il est (des années en arrière) malgré le caractère éternel de cette série qui a bercé plusieurs adolescences. Et pour répondre à la question par expérience : oui, ce va-et-vient incessant et malsain est possible, mais peut-être pas avec autant d’histoires amoureuses en jeu.

Les deux dernières saisons semblent être les plus abouties. Le nouveau personnage d’Audrey, colocataire de Joey, jouée tout en charme et nature par Busy Philipps y est pour beaucoup. Grams et sa petite fille Jen déménagent à Boston, ainsi que Jack dans une fraternité étudiante. Pacey, revenant d’un tour du monde en bateau, est plus mature, prêt à conquérir le monde de la cuisine avant celui de la finance, et Joey flirte avec son professeur de lettres et son collègue barman dans le bar où elle travaille. Elle en a fait du chemin pourtant : serveuse à temps partiel dans le petit restaurant en bord de mer où travaillait sa soeur Bessie, puis dans le Yacht Club beaucoup plus huppé aux côtés de l’exécrable Drue Valentine et finalement dans ce bar rock avec Eddie. Heureusement qu’elle se passionne pour les lettres et finira écrivain. Dis comme ça, on est pas bien loin de Plus Belle La Vie. Mais tous ont fait du chemin, beaucoup de chemin, en particulier Jen qui restera dans le coeur de tous les fans, le personnage le plus apprécié, car celui qui a le plus évolué avec Pacey. D’une certaine renaissance dans les bras de Dawson après la débauche new yorkaise, elle reste populaire au grand coeur, tombant amoureuse d’un footballeur un peu paumé, la « fille à pédé » toujours portée vers autrui quitte à animer une émission de radio et se faire prendre dans les filets d’un nymphomane, la petite fille exemplaire, qui enfin aurait un parfait jules à présenter, mais rattrapée par la maladie. Son personnage est quasi irréprochable, aux traits de poupée, Michelle William a su apporter beaucoup de candeur essentiel à un personnage pourtant en rupture dans ce monde lustré par des couchers de soleil et une morale bon enfant, aux valeurs traditionnelles américaines post-Bush. Elle fera vaciller l’équilibre nauséeux tout en le redressant dans le droit chemin de la remise en question. On finira plus à en vouloir à Joey, la parfaite intello, de ne pas savoir ce qu’elle veut plutôt que Jen qui trace sa route rédemptrice et transforme tout ce qu’elle touche en quelque chose de bon et profondément aimant et aimable. Pacey est la tête de Turc jamais pris au sérieux, le dernier d’une grande famille un peu bourrue et peu cultivée dont il devra se démarquer en commençant par l’humour. Il cache une énorme fragilité émotionnelle qui fera chavirer le coeur de Joey par la suite. Habile de ses mains, pédagogue, un père idéal même à l’âge du bac. Son exil maritime est l’occasion de remettre les pendules à l’heure et d’essuyer tous ses échecs passés pour se tourner vers la cuisine et gravir les échelons jusqu’à la bourse, accompagné toujours des plus belles femmes. Dawson est l’éternel adolescent romantique, perdu entre ses rêves, ses aspirations et le cadre idyllique dans lequel il a été bercé, confronté à l’univers rude d’Hollywood pour passer de stagiaire à premier assistant en se liant d’amitié avec un cinéaste un peu comme lui, underground.dawsons-creek-jack-jen-grams-dawson

Personnage tête à claque à faire des phrases à rallonges, confronté à la perte de son père un peu trop tôt, il profite de plaisirs affectifs qui lui font acquérir une certaine maturité sur le plan émotionnel sans vraiment sembler le mériter (Jen/ Joey/ Eve/ Nikkie Green / encore Joey / Gretchen / Natacha / encore Joey…). 5 années pour tomber amoureux. Il y a une certaine extravagance notoire qui ne dérange personne ici ? En jouant avec beaucoup trop de sévérité, le personnage de Dawson pourtant exalté, est devenu le moins apprécié et pourtant un direct alter ego. Le mien directement. Le schéma de la voisine/meilleure amie (qui aurait pu traverser en barque, j’en avais une !), une campagne isolante beaucoup moins luxuriante, en rien portuaire, mais plus champêtre, le meilleur ami azimuté, beaucoup moins pris au sérieux et qui pourtant a de plus folles histoires amoureuses que les miennes, la passion du cinéma obsédante, la vénération pour un seul cinéaste (pas Spielberg, mais Hitchcock), des personnages secondaires devenus principaux avec des croisements affectifs sur le quator principal qui en fait était un quintet jusqu’à la fin du collège. Un nouveau groupe d’amis composés d’anciens, le retour du meilleur ami qui a bien évolué, à présent père de famille, des sentiments trop souvent univoques, jusqu’à l’épanouissement dans une nouvelle ville pour des études de cinéma, l’homosexualité, la perte du père, l’adoration pour un nouveau membre dans la famille (une nièce et non une petite sœur)… Bref, à quoi bon se raccrocher à ce cadre qui ne mérite pas la comparaison, mais qui par les espoirs, les intrigues mises en place, pimentait ma vie un peu trop morne à mes yeux. En étant ressorti d’autant plus frustré, névrosé, déstabilisé, Dawson’s Creek s’avère dans ce sens, un exemple à absolument éviter pour ne pas finir déprimé et, pourtant, incontournable pour prendre conscience du cheminement, des obstacles. Nul besoin de vanter les mérites du roman d’apprentissage, qui pourtant peut paraître fastidieux et ennuyeux. Résultat, on finit par se comparer et souvent négativement. Entre ce qui se passe sur le petit écran et dans notre propre famille, entourage, puis entre le nous-même d’avant et du temps présent, nous-même et les autres. Comment expliquer que l’on finit toujours déçu ? La psychanalyse dans tout œuvre impliquant un récit structuré est de notoriété publique. Les petites filles apprécient autant les films Disney pour se prendre en princesse et rêver. Veuillez excuser la digression genrée un peu poussive mais directement compréhensible. Le problème est qu’ici Disney a pris de sévères rides et n’est plus d’actualité, la dimension du conte n’est pourtant pas si éloignée, si ce n’est en costumes et décors. Alors c’est plaisant, amusant de voir tout le casting avec 15 ans de plus en 2018. La nostalgie parle d’elle-même et s’impose à nous, mais une part de définitif, « page tournée » conclut l’impression et presque avec soulagement. Comment élucider l’agréable et l’amertume pour faire de ce culte teen drama une rémission discursive, aujourd’hui source de railleries par les plus pragmatiques ?

La série a des sérieux atouts, notamment la multitude de personnages secondaires venant consolider les failles liées à l’excès soap des croisements amoureux des trois premières saisons. Elle s’est malgré tout détachée de ce qu’on pouvait lui reprocher, trop mélo, pour en faire les portraits de complexes, plus affectifs que réellement existentiels. Et, pour la première fois de toute l’histoire du petit écran, l’héroïne était l’intello de service, nerd, la brune – qui aurait pu être myope et boutonneuse si le cliché aurait été poussé jusqu’à l’excès – que les scénaristes ont pris le temps d’érotiser. La série pose de très justes questions lors d’intrigues plus ou moins correctement amenées « où vais-je? » et surtout « où accepte-je d’aller et à quelle condition ? » Il faut savoir qu’initialement Kevin Williamson était parti pour composer sur ce qu’est initialement une âme sœur…

*Et apparue juste après, avec New Port Beach, ces deux séries apparaissent relativement comme des déclinaisons soap avant de réellement s’identifier comme des family/teen drama plus de « luxe ».

Analyse du thème concluant

On doit la tonalité si particulière qui distinguera à jamais Dawson’s Creek de tous les autres teen drama, à Adam Fields, qui a su recréer l’exotisme sauvage de la ville fictive en ajoutant aux notes de piano, une flûte traversière et une guitare sèche. Transformant le lieu en un havre de paix, entre le lointain des îles paradisiaques et la proximité d’un feu de cheminée, Adam Fields a su modeler le souvenir comme un rassurant voyage au coeur de nous-même, à la fois cliché apaisant et lancinante berceuse pernicieuse. La résonance de cet instrument à vent a par ailleurs des vertus relaxantes non négligeables. Entre le caractère primaire de nos origines (Native American Flute), à la croisée des mondes amérindiens et l’acoustique de la guitare grattée, les quelques notes entremêlées font de la boucle mélodique, une feuille tombant au vent par un chaud début d’automne.

Dawson’s Creek : Tous les génériques

Le thème du générique joué par Paula Cole (initialement ce devait être « Hands in my Pocket«  d’Alanis Morissette) entrelace sentiments chaleureux de fin de vacances estivales à l’intimité d’une couette tout en passant par l’entrain d’une jeunesse tout sourire et plein d’espoir. Les premières notes au piano symbolisent l’aube, le levée du soleil. La batterie ensuite poursuit la balade pop rock sur ce rayon de soleil jusqu’à l’apogée du refrain qui vogue sur les remous d’une eau s’étendant à perte de vue. Si l’on fait attention aux paroles, on se perd dans les méandres de mélo mièvres d’une mère qui attend son mari perdu en guerre, puis l’affirmation ou l’excuse pour ne pas sombrer dans la négativité.

Le deuxième thème du générique de Dawson’s creek pour diffusion DVD (à des fins purement économiques) embrasse des spirales plus entraînantes. La rythmique est différente, mais épouse les mêmes valeurs et véhiculent les même messages adolescents. « Je suis romantique, la tête dans les nuages, je deviens fous par amour, enivré par les couchers de soleil… »

BONUS

Pour approfondir la curiosité, voici l’intégral d’une émission (entièrement en VO) dédiée à la jeunesse sur E4 consacrée aux coulisses du tournage (à l’époque c’était entre la saison 3 et 4 pas encore diffusée) de la série.

Mais surtout l’interview exclusif de Kevin Williamson (bon c’est le père de la série, mais il l’a quand même abandonnée dans ses 4 dernières années donc il n’est pas le plus légitime pour avoir la parole, mais tout de même), 20 ans après pour The Hollywood Reporter. Il imagine toujours Dawson, Joey et Pacey, meilleurs amis à s’envoyer des messages plus qu’à se voir. Impossible, nous n’imaginons pas Dawson reprendre contact comme si de rien n’était avec Pacey ! Joey et Pacey ont construit une famille qu’ils tentent maladroitement de porter vers le haut, malgré tous les obstacles de couple. Dawson a finalement atteint son rêve. Ce n’est pas un Spielberg, mais il est monté très très haut sans pour autant être heureux. Il se bat toujours autant pour trouver l’amour…

Dawson’s Creek : Fiche Technique

Créateur : Kevin Williamson
Scénario : Joss Whedon
Interprétation : James Van Der Beek (Dawson Leery), Michelle Williams (Jennifer Lindley), Joshua Jackson (Pacey Witter), Katie Holmes (Joséphine « Joey » Potter), Mary-Margaret Humes (Gail Leery), John Wesley Shipp (Mitch Leery), Mary Beth Peil (Evelyn « Grams » Ryan), Nina Repeta (Bessie Potter), Kerr Smith (Jack Macphee), Meredith Monroe (Andie Macphee), Busy Philipps (Audrey Liddell)…
Musique : « I Don’t Want to Wait » de Paula Cole (U.S.) / « Run Like Mad » by Jann Arden (DVD and Puerto Rico Releases) …
Producteurs : Tom Kapinos, Greg Prange, Paul Stupin, Greg Berlanti (showrunner depuis 2000), Kevin Williamson (1998-99)
Société de production : Columbia TriStar Television, Outerbanks Entertainment, Sony Pictures Television
Diffusion : The WB
Genre : Teen drama
Format : 22 épisodes de 45 minutes. 128 épisodes

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La dernière est un fan-made, bien que la curiosité nous ait tous poussée à regarder sur internet si c’était bel et bien vrai

Séries Mania 2018 – Panorama International : Kiss Me First & The Counted

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La section Panorama International de Séries Mania Lille met l’accent sur des séries du monde entier. A la différence de la compétition officielle, celles-ci ont déjà commencé leur diffusion dans leur pays d’origine. Ce deuxième jour nous a permis de découvrir Kiss Me First et The counted, deux séries de S.F., en provenance de Grande Bretagne et de Russie.

Kiss me first  : Ready Player One à la sauce Skins

Une série anglaise de Bryan Elsley diffusée sur Channel 4 et Netlix, avec Tallulah Haddon, Simona Brown et Matthew Beard

 

Synopsis : Leila trouve refuge dans un jeu de réalité virtuelle. Elle y rencontre une communauté secrète de joueurs dont fait partie Tess, qui la séduit par son assurance. Très vite, Leila doute de la bienveillance de ses nouveaux amis.

Attendu comme le retour du créateur de Skins aux affaires adolescentes, Kiss me First voudrait proposer un regard neuf sur la réalité virtuelle et la quête de l’identité. Ajoutons à cela qu’une bonne moitié de la série est produite en animation 3D (pour représenter le monde virtuel). Forcément avec tous ces éléments, difficile d’éviter la comparaison avec le méta-blockbuster de Steven Spielberg sorti il y a à peine un mois.

Bryan Elsley pense alors avoir trouvé la parade : il refais Skins. L’intrigue ne tourne pas autour de références geek empilées les unes sur les autres, mais se concentre sur de jeunes adultes qui cherchent un but à leur existence morose, en se réfugiant dans un jeu vidéo High-Tech. Si le début présente ce que l’on peut attendre d’un tel divertissement (du combat), nous faisons rapidement connaissance avec un groupe secret qui cherche de nouvelles sensations. Les personnages « piratent » le jeu pour ressentir la douleur (mais sans conséquences) et récréer une sorte de communauté aux émotions réelles. La réalité virtuelle est donc une nouvelle drogue pour cette génération déphasée.

Peu inspiré par son propre thème, le scénariste n’hésite pas à piocher dans un vaste répertoire de tropes propre au séries britanniques : La drogue, la musique pop, la collocation bancale, le colloc un peu moche mais rigolo, la misère sociale, la nudité crue… Bref, d’un côté comme de l’autre, le créateur semble assez peu emballé et ne propose rien de plus qu’un patchwork mal cousu.

Pendant les deux premiers épisodes de Kiss Me First, il est donc dommage de constater que Bryan Elsley ne semble pas voir dans le jeu vidéo autre chose qu’un simple prétexte. Sa méconnaissance du média apparaît même comme une évidence. Les joueurs et leurs avatars ont le même visage et la charte graphique de l’univers virtuel manque terriblement de fantaisie. Ce qui l’intéresse, ce sont les relations entre les personnages, particulièrement entre l’héroïne et celui que l’on devine être le leader de ce culte sado-maso 3.0. Un postulat qui n’est pas sans rappeler le film Chatroom de Hideo Nakata (2010). Comme si la série essayait de surfer sur la vague Black Mirror sans vraiment savoir dans quoi elle s’engageait.

The counted  : Entre Stalker et Le prisonnier

Une série russe d’Inna Orkina diffusée sur Start.Ru, avec Maria Mashkova, Diana Pozharshkaya, Daniil Vorobyev

Synopsis : Deux épidémiologistes sont envoyés dans une région reculée de la Russie, où une étrange infection a subitement provoqué la mort de plusieurs personnes. À leur arrivée, ils découvrent une réalité encore plus invraisemblable que celle qu’ils imaginaient.

Il est plutôt rare de pouvoir poser ses yeux sur une production étrangère autre que britannique ou américaine. Aussi, rien que la provenance de The counted attise la curiosité. Ajoutons à cela un postulat assez mystérieux, et l’on peut espérer tomber sur une série de S.F. d’un genre nouveau.

Malheureusement, le premier épisode est assez poussif, dévoilant les personnages principaux, mais bien peu quant à leur mission ou leur motivation. Trois scientifiques partent enquêter sur un virus, dont une femme qui ne se laisse pas faire, son ex petit ami brillant mais cynique et un jeune stagiaire. Les acteurs sont plutôt bons et l’aura poisseuse de cette région reculée qu’est la Carélie fait sont petit effet. Mais la série ne semble pas trop savoir où se diriger dans cette premières heure, abusant même parfois d’ellipses grossières et de quelques facilités d’écritures.

Il faut donc attendre le deuxième épisode pour comprendre vraiment les enjeux et la menace qui pèsent sur les personnages. Et curieusement, l’intrigue semble opérer un virage à 180° en passant d’une histoire de virus à la description d’une communauté surnaturelle, vivant dans une zone hors du temps dont il semble impossible de s’échapper.

On pense à Stalker (avec les zones interdites), mais aussi au Prisonnier (série anglaise des années 60 qui présente un village dont on ne peut s’échapper). Et aussi à nombre de séries américaine de S.F. moderne, car au-delà de la langue, tout (du générique esthétique aux mouvements de caméra) rappelle la forme HBO. Pour une première rencontre avec la télévision russe, nous aurions pu espérer un peu plus de particularité culturelle, qui arriverons peut-être dans les quatorze épisodes restants.

Marlowe enquête sur La Pièce maudite en DVD chez les éditions Rimini

Depuis le 3 avril 2018 est disponible en DVD La Pièce maudite (The Brasher Doubloon), deuxième adaptation du roman La grande fenêtre de Raymond Chandler. Réalisé en 1947 par le méconnu et talentueux John Brahm, le long métrage nous plonge avec le détective Philip Marlowe au coeur d’une affaire tordue.

Synopsis : Le détective privé Philip Marlowe est contacté par la richissime Mme Murdock : elle lui demande de retrouver une pièce d’or ancienne, qui pourrait valoir plus de 10 000 dollars. A peine a-t-il accepté l’affaire qu’il reçoit la visite d’un gangster lui ordonnant de renoncer à son enquête. Pour Marlowe, les problèmes ne font que commencer.

« Règle numéro un du détective privé :

toujours encaisser le chèque avant que le client ne change d’avis. »

– George Montgomery / Philip Marlowe –

On doit à John Brahm de brillants films noirs teintés de gothique et d’expressionnismes : Jack L’Éventreur, Hangover Square, entre autres. La découverte de La Pièce maudite était alors par quelques attentes et notamment un questionnement : qu’allait donc faire Brahm du matériau de Chandler ? Dès le début, un élément semble manquer : le temps. L’intrigue s’installe très vite, trop vite même, à tel point que l’humanité des films de Brahm disparaît derrière une mécanique narrative sur-efficace. Peut-être est-ce lié au scénario ? Après tout, on doit les scripts des deux films cités ci-dessus à un seul et même scénariste, Barré Lyndon. On sait aussi que Brahm a réalisé de nombreux films « adaptés de ». Romans, pièce de théâtre, le réalisateur a retravaillé cinématographiquement un certain nombre d’œuvres, en compagnie de scénaristes qu’il retrouvait parfois sur plusieurs de ses films : Barré Lyndon, Crane Wilbur ; ou d’auteurs importants : James Agee. Arrêtons de supposer et revenons sur le premier constat : l’intrigue va trop vite.

Le fonctionnement mécanique de la narration du film tend à en abstraire tout le charme du mystère. Qui a commis ces meurtres ? Oh, encore un mort ! Mais qui sont ces gens qui semblent aussi mêlés à cette affaire de plus en plus complexe ? Quel est l’objet du crime ? Autant de questions qui laissent place à une certaine passivité du spectateur face au déroulement de l’action. On note pourtant de nombreux efforts du côté de la réalisation pour mettre en place un soupçon d’étrange et une ambiance de polar noir. Jeux d’ombres et de lumières ; demeure si étrangement angoissante qu’on semble transporté ailleurs qu’à Pasadena ; hôtel miteux dans lequel le soleil ne semble pouvoir dépasser le seuil des fenêtres… Brahm a clairement apporté son savoir faire sur ce film. Mais cet apport semble limité dès lors qu’on fait face à des dialogues débités de façon si rapide qu’on a l’impression que la bobine a tourné à quatrième vitesse lors de la numérisation du film. Mention spéciale au premier dialogue entre Marlowe et Mme Murdock. Les mots sont débités par des acteurs convaincants mais ne dépassant jamais la fonction et la psychologie restrainte caractérisant chacun d’entre eux dès leurs premières apparitions. Ainsi on peut dire du film qu’il ne dépasse jamais le stade de l’illustration, malgré les efforts du réalisateur.

Idem du côté de cette édition DVD qui ne se contente que de la présence du film en langue originale avec des sous-titres français. L’absence de bonus audiovisuels n’est pas compensée par quelque livret que ce soit. Notons enfin que la version du film présentée est correcte sans être transcendante, du fait que le long métrage n’est pas édité dans une version remasterisée HD.

Bande-annonce – La Pièce maudite

https://www.youtube.com/watch?v=3nRa5xzOeYM

La Pièce maudite / The Brasher Doubloon

Un film réalisé par John Brahm en 1947

Édité en DVD chez les éditions Rimini

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Prix indicatif public : 14,99 €

Séries Mania 2018 : Cérémonie d’Ouverture, Village du festival & Brian Cox

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Coup d’envoi du festival Séries Mania Lille avec en avant-première Succession, résumé d’une déambulation un peu aléatoire entre le Tripostal (ou se tiennent quelque animations) et la cérémonie d’ouverture.

Ce qu’il faut voir au Village du festival

Installé au Tripostal, juste à côté de la gare, le Village festival se veut le centre névralgique des animations de ce « Festival International Séries Mania Lille Haut de France » (que l’on appellera FISMILHF pour faire plus court….ou juste Séries Mania). Dans l’ordre d’apparition sur deux étages nous avons donc : des agents de sécurités à l’entrée (parfois accompagnés de chasseurs d’autographes), une billetterie, un bar/restaurant, une boutique vendant des livres sur les séries et des coffrets DVD exceptionnellement au même prix que d’habitude (ainsi qu’un « tote bag » pas très beau à sept euros cinquante). Quelques rencontres et concerts sont attendus dans cet espace, ainsi que plusieurs soirées (parce que apparemment, le Nord, c’est surtout les soirées). Ensuite, nous avons quelques reproductions de pièces emblématiques de vos séries préférées. L’endroit idéal pour se faire prendre en photo avec des amis dans des décors de Stranger Things, Le bureau des légendes ou Orange is the new black avec ses amis (tout seul vous risquez d’avoir l’air un peu bête).

S’ensuit l’espace radio, où vous pouvez vous installer sur des bancs pour écouter des gens parler de séries. Vous pouvez aussi passer votre chemin pour continuer vers l’exposition d’affiche des séries FX (American Horror Story, Legion etc.) avec sa petite partie « interdite au moins de 12 ans » (mais que l’on peut trouver sur google sans problème) qui précède en toute logique l’espace enfant où des animations sont proposées pour donner aux plus jeunes le goût de l’écriture de scénario ou les bases du montage (on a l’air un peu cynique comme ça, mais franchement c’est une bonne idée et les enfants ont l’air content). Puis à l’étage, quelques projections de format court, un escape game sur le thème de Walking Dead (que l’on a pas encore pu tester), deux expo photos (sur Twin Peaks – encore – et sur les lieux de tournages qui existent dans la vraie vie). Et enfin, des bornes de réalités virtuelles, qui vous permettront enfin de mettre la main sur cette technologie miracle qui a récemment fait de Steven Spielberg un cinéaste moyen. Ce n’est que notre avis personnel, mais la qualité de l’image ne nous a pas paru optimale, ce qui casse un peu l’immersion.

On y retournera sûrement à ce « village », en espérant que les animations varient un peu. Sinon, pour les fans hardcore, il est possible d’aller dans le centre commercial en face pour se faire prendre en photo sur une réplique officielle du Trône de fer.

Cérémonie d’ouverture

C’est donc sur les coups de 19h16 pétantes que les hostilités commencent. Un peu plus loin, à l’auditorium du Nouveau Siècle, un tapis rouge, presque comme celui de Cannes, est installé où Martine Aubry, Miss France 2018, Isabelle Adjani (entre autres) et une petite averse qui fait plaisir, ont fait leur apparition. Tandis que repassait la sous-préfète, nous entrons dans le lieu des festivités et prenons place dans un auditorium moins confortable qu’il n’en a l’air. Ce qui est dommage pour une soirée censée durer trois heures (à la louche). On attend que le tapis rouge se termine en regardant l’arrivée du Jury sur grand écran et c’est à 20h30 que commence enfin la cérémonie d’ouverture.
Petit spectacle de danse contemporaine pas désagréable (mais dont on cherche encore le rapport avec le reste) et entrée en scène d’Alexandra Sublet, maîtresse de cérémonie. La présentation ayant duré a peu près 30 minutes, difficile de faire un best of des meilleures blagues. Mais au moins, l’ambiance n’était pas trop morose. Ensuite vient la présentation du Jury, présidé par Chris Brancato (Narcos) et composé de Maria Feldman (False Flag), Clovis Cornilliac (Chefs) et Pierre Lemaitre (Au revoir là haut).


Tenant bien son rôle, Chris Brancato réjouit la salle avec un discours sincère louant la qualité des séries internationales et l’influence qu’elles commencent à avoir sur la production U.S et la culture américaine, tout en notant avec beaucoup d’auto-dérision que « les mots « culture » et « américaine » doivent sonner comme un oxymore à nos oreilles ». Il conclut son discours par cette idée que les séries sont comme « les histoires que l’on se racontait au coin du feu ». Un moment de partage.
Le festival Séries Mania peut donc débuter.

Avant première de Succession (HBO)

Présentée par le showrunner Jesse Armstrong (collaborateur de Armando Ianucci sur The thick of it et In the Loop) et les comédien.e.s Brian Cox et Hiam Abbass, nous découvrons donc en avant première mondiale cette nouveauté HBO.
Imaginez l’oncle Picsou à la tête d’un empire du divertissement (type Disney), sentant sa fin arriver mais refusant de céder son entreprise à ses enfants gâtés, interprété par Brian Cox, dans une histoire écrite par un adepte du langage fleuri. Vous aurez alors une vague idée de l’ambiance de Succession, soit un soap opéra classique, finement interprété par des acteurs impliqués (nous retrouvons également Kieran Culkin dans le même type de rôle ironique qu’il tenait dans Scott Pilgrim et Matthew Macfayden). Quelques répliques font mouches (« j’espère avoir trouvé un homme qui ne laisse pas des traces de coke sur l’Ipad des enfants ») et certaines situations grotesques sortent du lot (une mascotte de parc d’attraction qui vomit par les yeux). Mais à moins d’être un fan inconditionnel de Brian Cox (qui livre une interprétation parfaite) ou d’être accroc à ces univers de nantis qui se tirent la bourre en famille, ces premiers épisodes peinent à éveiller autre chose qu’un intérêt distant. En particulier à cause d’un rythme un peu bancal (le lot de tous les pilotes), une réalisation qui abuse un peu des zooms (pour donner un effet de réel) et ces sièges inconfortables qui commencent à nous scier les lombaires. Et il faut dire que les histoires de rachats d’entreprises présentées comme un sport de combats, depuis Dallas, on connait un peu.

 

Pierre Lapin : le héros culte de Beatrix Potter enfin au cinéma

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Pierre Lapin, le personnage culte de la littérature enfantine, créé par Beatrix Potter, est la star de ce long-métrage mêlant scènes de prises de vue réelles et animation.

Synopsis : Pierre Lapin croyait s’être débarrassé de son pire ennemi, M. McGregor. Mais un de ses descendants, Thomas McGregor, un Londonien qui se réfugie à la campagne, va alors bouleverser ses plans… Comment voler les légumes du potager ? Comment détruire l’homme qui s’intéresse à la charmante voisine Bea, la grande protectrice des animaux ?

La star de la littérature enfantine, Beatrix Potter, avait publié le conte The Tale of Peter Rabbit en 1902, qui rencontra à sa sortie un immense succès dans les librairies. Il avait déjà été au cœur de plusieurs adaptations destinées pour la télévision. Pierre Lapin représente alors officiellement sa première adaptation cinématographique. Alors qu’on pouvait craindre le pire, l’ensemble est plutôt sympathique malgré quelques évidents défauts.

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L’esprit de Beatrix Potter, précurseur de la « fantasy animalière » n’est jamais bien loin dans cette adaptation pourtant plus moderne. L’équipe du film a travaillé avec une filiale de Penguin Random House, à l’origine des premières publications de Pierre Lapin. Certaines scènes ont aussi été tournées dans le Lake District, une région aux paysages sublimes où l’écrivaine a vécu et qui a considérablement influencé ses œuvres. La mise en abyme même avec l’auteure elle-même, interprétée par une pétillante Rose Byrne (Sunshine), est plutôt intéressante. On retrouve ce qui aurait poussé Potter à créer ses œuvres littéraires tout comme on s’amuse à détourner par moments son talent pour le dessin. En parlant de dessin, la scène de flashbacks inspirée des dessins en aquarelle de Potter est une des bonnes surprises de ce long-métrage. Surtout, le rapport entre les humains et les animaux n’est jamais édulcoré. Pour toutes ces raisons évoquées, le film mérite d’être vu en partie pour les efforts à retrouver l’âme des textes de Potter.

Pierre Lapin gagne aussi quelques points concernant l’exposition des personnages. Ainsi, le personnage principal est de plus en plus antipathique au fur et à mesure qu’on avance dans le récit alors que le « méchant » de l’histoire, interprété par un charismatique Domnhall Gleeson (Brooklyn) devient attachant. C’est une bonne chose de présenter un schéma narratif peu habituel dans le cadre d’un film adressé à un très jeune public. Concernant cette relation entre l’animal et Thomas McGregor, qui a le mérite de faire naître quelques gags plutôt sympathiques, le film évite donc un certain manichéisme. Cela dit, il ne faut pas se leurrer : si le film a le mérite de ne pas prendre les enfants pour des débiles comme le font trop de longs-métrages grand public, il reste avant tout destiné pour eux, surtout en ce qui concerne l’humour. Les adultes pourront surtout se raccrocher à la lecture éventuellement plus adulte, présente avant tout originellement dans les œuvres de Beatrix Potter, et non au film en lui-même.

pierre-lapin-peter-rabbit-will-gluck-rose-byrne-james-corden-film-critiqueSi les paysages naturels sont magnifiés, les scènes d’animation sont en revanche rarement convaincantes. Les animateurs ont beau avoir tout fait pour humaniser les animaux en leur attribuant des mouvements expressifs, le rendu reste assez laid, ne se fondant pas toujours bien avec l’arrière-fond réel. Cela est particulièrement dommage pour le travail de doublage, le casting vocal original (James Corden, Daisy Ridley…) correspondant plutôt bien aux expressions des animaux. Pour ne rien arranger, les acteurs (et en particulier leurs regards) ne sont pas toujours en cohésion avec ces animations de synthèse. De plus, les chansons sont tout simplement insupportables. Entre le délire de fan de pop et le panneau publicitaire, on a l’impression qu’elles déboulent dans nos oreilles au moindre prétexte, en ayant aucun rapport direct avec les scènes.

Pierre Lapin est certainement un film oubliable mais qui n’a rien de honteux et fera certainement plaisir aux enfants. Peut-être un peu moins aux grands.

Pierre Lapin : Bande Annonce

Pierre Lapin : Fiche Technique

Réalisation : Will Gluck
Scénario : Will Gluck et Rob Lieber
Interprètes : Domhnall Gleeson, Rose Byrne, Sam Neill, Marianne Jean-Baptiste…
Voix originales : James Corden, Daisy Ridley, Margot Robbie, Elizabeth Debicki, Sia…
Voix françaises : Philippe Lacheau, Julien Arruti, Elodie Fontan…
Producteur : Will Gluck et Zareh Nalbandian
Société de production : Olive Bridge Entertainment, Animal Logic Entertainment
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 90 mn
Genre : Comédie familiale
Date de sortie : 4 avril 2018

Royaume-Uni, Australie, Etats-Unis  – 2018

Séries Mania (off) : La série au rang des Beaux-Arts ?

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En parallèle du festival Séries Mania 2018, le Palais des Beaux-Arts de Lille (ville où déménage le festival cette année) propose un parcours thématique qui voudrait nous faire réfléchir aux liens entre Histoire de l’Art et petit écran. Idée surprenante car difficile d’imaginer deux univers plus éloignés que ces deux là. Opération de communication un peu gonflée ou véritable réconciliation entre amateurs de toiles et fanatiques des soirées canapés ? Nous sommes quand même allés y jeter un œil, avant le véritable début des festivités le 27 avril.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers de cette institution qu’est le Palais des Beaux-Arts de Lille, précisons deux ou trois choses. Depuis quelques années déjà, le musée, qui dispose d’une formidable collection allant de l’Antiquité aux périodes contemporaines, propose entre deux expositions thématiques classiques, un « open museum ». Le concept est assez simple : faire entrer dans ce lieu imposant une personnalité un peu éloignée de ce monde, afin de dynamiter l’image élitiste qui colle un peu trop aux musées nationaux. Partant du constat malheureux que les nouveaux publics se raréfient pour ce genre de sorties culturelles, les commissaires d’expositions tentent donc de ramener un public neuf, en laissant carte blanche à l’invité du moment. Il ne s’agit pas d’une salle d’exposition dédiée, mais bien de petites incongruités glissées ça et là au milieux des œuvres, invitant le visiteur à déambuler, suivre des pistes nouvelles, et découvrir (et parfois redécouvrir) toutes sortes de choses. La troisième édition (2016) laissait Zep, le papa de Titeuf, glisser des parodies d’œuvres célèbres (dont une superbe reprise du Concert dans l’œuf de Jérôme Bosch) avec son style particulier et la quatrième invitait le cuisinier Alain Passard (2017) à nous éveiller les papilles. Nous pourrions craindre à chaque fois une tentative forcée du musée de faire « jeune », mais force est d’admettre que les invités se prêtent au jeu avec gourmandise, et l’on prend plaisir à chaque fois à suivre un nouveau jeu de piste.

Pour cette cinquième édition, changement de modalités. Le festival Séries Mania oblige, ce n’est pas une personnalité qui est conviée, mais un imaginaire. Celui de la génération « binge watching ». Disposés entre les toiles de maîtres, des écrans diffusent des extraits de séries plus ou moins récentes, que des cartels tentent de mettre en lien avec les œuvres alentours. L’argument est assez simple (mais efficace) : les deux univers ne seraient pas aussi opaques, et les scénaristes piochent souvent leurs influences dans cette histoire culturelle commune. Sont ainsi convoqués, au milieux de Donatello, Bosch, Goya et Véronèse, les univers de Lost, The Handmaid’s Tale, Twin Peaks et quelques autres. Même le carton d’audience français de l’année 65, Belphegor, trouve une petite place à l’entrée de la galerie des arts antiques, afin de nous rappeler l’aura de mystère qui englobe ces lieux d’expositions. Là encore, nous aurions pu craindre un effet gadget et une tentative désespérée de séduire un « autre public », mais par sa disposition inclusive et pédagogique, le charme opère.

Au rang des idées les plus clinquantes, cette tentative de reproduction de la Red Room de Twin Peaks arrive en tête, et fera peut-être sourire les amateurs de Lynch. Quelques rideaux rouges pour masquer les portes, des tapis zébrés noir et blanc, des reproductions en plâtre des Vénus de Milo et Médicis, et un écran diffusant l’extrait en question, histoire de savoir de quoi on parle. Amusant, mais tout ceci à un peu des airs de décoration pour une soirée d’anniversaire un peu cheap. Non loin de là, le Retable de Saint-Georges (1480-1490 env.) est accompagné d’un extrait de Game of Thrones, où ce vil gredin de Jaimie Lannister tente d’embrocher le dragon de Daenerys. Au delà du motif récurent, rien de bien palpitant ne ressort de ce lien. Mais on peut comprendre que proposer une exposition sur les séries en faisant l’impasse sur ce phénomène mondial semblait impossible. Toujours au rang des choix un peu malheureux, l’extrait de la série Médicis : Les maîtres de Florence fait un peu tâche à côté du marbre en relief de Donatello représentant le Festin d’Hérode (1435). Le seul lien étant l’artiste comme personnage dans une série clinquante qui enchaîne les poncifs et les approximations historiques.

L’étage, qui expose les collections modernes et contemporaines, est de ce fait mieux servi. Et l’on commence à se réjouir de voir les connections faites entre la lumière sombre de The Handmaid’s Tales et quelques peintures flamandes. Amusante également cette référence au triptyque du Jugement Dernier de Jérome Bosch, caché dans un épisode des Simpsons ou encore cette Maja desnuda de Francisco de Goya (1800) qui apparaît en arrière plan d’une scène de Deadwood. Des connexions intéressantes commencent à se faire, et certaines analyses de la place de l’art dans la série Empire (et donc le rapport au luxe) ou la découverte d’un Rothko dans les bureaux de Mad Men, et les réactions divergentes des personnages, ouvrent de nouvelles perspectives. Nous découvrons alors des scénaristes plus subtils et consciencieux que ce que l’on imaginait. Très belle surprise par exemple cet extrait de la série pour ado The 100, qui nous montre un homme peindre une terre fantasmée, mis en lien avec les paysages idéalisés de la peintures française du XVIIe. Vertige, quand tu nous tiens…

Parmi ces extraits, il est toujours bon de séparer le grain de l’ivraie. Toujours au rang des « phénomènes » impossibles a éviter, l’extrait de Sex and the City montrant une caricature de Marina Abramović (artiste adepte de la performance physique) semble un peu hors de propos, et le joli passage de Docteur Who qui propulse Vincent Van Gogh au quai d’Orsay n’est pas analysé en dehors de l’hagiographie de rigueur. Idem pour les passages de P’tit Quiquin (mis en relation avec les paysages du nord de Comte-Lepic) et d’Hannibal, seulement rapproché de la nature morte, bien que les citations picturales ne manquent pas dans la série. Mais dans tous les cas, cet « Open Museum » rempli pleinement sa mission, qui est d’ouvrir nos perspectives. Repenser nos images à l’aune de celles de nos ancêtres, n’est-elle pas finalement la mission première d’un musée ? Ici les admirateurs du petit écran redécouvrent leurs séries préférées sous un nouveau jour, et les amateurs d’arts trouvent parmi ces scénaristes divers des atomes crochus. Les raccourcis sont parfois un peu faciles, à cause de l’absence des œuvres citées directement (évidement que Le Parlement de Londres de Monet n’allait pas se déplacer à Lille pour une simple référence dans Empire), mais au moins l’idée d’un pont se fait dans notre esprit. Un pont que l’on se ferait un plaisir de traverser dans les deux sens.

Bonus :

Au détour de notre déambulation, nous sommes tombés sur l’installation de quelques costumes de la série Versailles (Canal +), exposés pour la durée du festival. Nous en avons profité pour poser quelques questions à Véronique Biron, assistante costumière de Madeline Fontaine sur la série, venue aider à disposer les habits portés à l’écran par Louis XVI et sa cour.

Véronique Biron nous indique que le choix artistique de la créatrice des costumes, Madeline Fontaine ( récompensé BAFTA pour le film « Jackie » entre autre) a été de traiter les personnages par code couleur: Or pour le roi, rouge et or pour la reine Marie-Thérese, argent pour Monsieur, bleu pour la Palatine et dans les bruns pour Maintenon à qui nous devions ramener un côté austère au personnage (exemple des costumes exposés au Palais des beaux arts). Le choix des producteurs était d’orienter l’artistique vers une ambiance contemporaine dans un environnement historique.
Les costumes ont donc étés travaillés dans les ateliers Parr les modélistes et couturières, avec des formes et volumes respectant l’époque Louis XIV, mais les matières étaient plus modernes. Il a donc fallu trouver le juste milieu entre réalité historique et choix artistique sans oublier l’esthétique souhaité par la production.

L’idée est donc de trouver un juste milieu entre respect de la réalité historique et les attentes esthétiques du public. Au vu des modèles exposés, c’est plutôt réussi.