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Cannes 2018 : Masterclass prestigieuses avec Christopher Nolan, Ryan Coogler, John Travolta et Gary Oldman

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A l’occasion de l’édition 2018 du Festival de Cannes, des légendes vivantes du septième art vont s’exprimer sur leur métier, leur passion et leur carrière. La sélection de ces grands oraux (Rendez-vous avec…) s’annonce une nouvelle fois prometteuse et va combler les cinéphiles.

Les festivaliers qui rêvent d’approcher leurs idoles vont être comblés. A l’occasion du 71e Festival de Cannes, quatre rencontres exceptionnelles seront organisées salle Buñuel. Ces rendez-vous vont se substituer à la Leçon de cinéma, organisée les années précédentes.

Quatre masterclass avec des réalisateurs et des acteurs sont en effet prévues cette année. Ces personnalités du monde du cinéma seront invitées à partager leur travail et évoquer leur passion lors de ces conférences destinées à tous les festivaliers.

Le programme de cette année offre un regard sur le cinéma anglais et américain. Les cinéphiles féministes risquent néanmoins de râler et de déplorer l’absence de femmes (réalisatrices ou actrices) dans le cadre de ces Rendez-Vous avec…, de ces masterclass exceptionnelles dans le cadre de l’édition 2018 du Festival de Cannes.

Jeudi 10 mai à 16h : MASTERCLASS DE RYAN COOGLER

RÉALISATEUR & SCÉNARISTE, AMÉRICAIN

Agé de 31 ans, natif d’Oakland (Californie), Ryan Coogler revient à Cannes et il n’est plus tout à fait le même cinéaste qui y présenta son premier long métrage, il y a cinq ans. Fruitvale Station (2013), qui raconte les dernières heures d’Oscar Grant, abattu par un policier à la station Fruitvale du BART, fut développé et produit par Forest Whitaker. Il reçut le Prix du public et le Grand prix du jury à Sundance ainsi que le Prix de l’avenir à Un Certain Regard de Cannes remis par Thomas Vinterberg, Président du Jury.

Depuis, Ryan Coogler a fait sensation en coécrivant et réalisant le 7e Rocky : Creed, L’Héritage de Rocky Balboa (2015) ainsi que Black Panther (2018), produit par le studio Marvel, dont il est le plus jeune réalisateur. Le film, révolutionnaire sur bien des points, s’est hissé à la 5e place de l’histoire du box-office US dès le premier week-end de sa sortie. Michael B. Jordan, à l’affiche des trois films réalisés par Ryan Coogler, sera également présent en Sélection officielle avec Fahrenheit 451, réalisé par Ramin Bahrani.

Le Rendez-vous avec Ryan Coogler aura lieu le jeudi 10 mai à 16h, salle Buñuel. La masterclass sera animée par Elvis Mitchell, critique et journaliste américain.

Samedi 12 mai à 16h : MASTERCLASS DE CHRISTOPHER NOLAN

RÉALISATEUR, SCÉNARISTE & PRODUCTEUR, BRITANNIQUE

Réalisateur, scénariste et producteur primé à de nombreuses reprises, Christopher Nolan est un des cinéastes parmi les plus novateurs de ce début de 21e siècle. Après Memento qui l’a révélé en 2000 et lui a valu une nomination à l’Oscar pour le meilleur scénario original, ses films ont tous fasciné la critique et le public. Inception (2010), Interstellar (2014) et la trilogie The Dark Knight, dont le deuxième volet, The Dark Knight : Le Chevalier noir, a obtenu huit nominations aux Oscar, sont autant d’œuvres qui ont marqué la création cinématographique contemporaine. L’année dernière, Christopher Nolan a créé l’événement en réalisant Dunkerque qui fut également nommé aux Oscars. Grand cinéphile, connaisseur amoureux de l’œuvre de Stanley Kubrick et de 2001 : L’Odyssée de l’espace, dont il célébrera le lendemain (13 mai) les 50 ans de la première présentation, Christopher Nolan est également un défenseur et un continuateur de la tradition du film, du « celluloïd » et de la projection sur grand écran : ainsi, Dunkerque a bénéficié de la plus importante sortie en 70mm des vingt-cinq dernières années.

Le Rendez-vous avec Christopher Nolan aura lieu le samedi 12 mai à 16h, salle Buñuel. Il sera animé par Philippe Rouyer, historien et critique français. La traduction sera assurée par Massoumeh Lahidgi.

Mercredi 16 mai à 16h45 : MASTERCLASS DE JOHN TRAVOLTA

ACTEUR & PRODUCTEUR, AMÉRICAIN

Le surgissement, en 1977 de John Travolta dans La Fièvre du samedi soir de John Badham n’a eu d’égal, en émotion, en surprise et en plaisir que son retour, en 1994, dans Pulp Fiction de Quentin Tarantino, qui remporta la Palme d’or à Cannes cette année-là. Depuis ses débuts, John Travolta a promené son élégance et son sourire dans des films qui sont autant de monuments de cinéma : les thrillers de Brian de Palma, Carrie et Blow Out, Get Shorty de Barry Sonnenfeld, Broken Arrow et Volte/Face de John Woo, La Ligne rouge de Terrence Malick, L’Attaque du métro 123 de Tony Scott, la série TV American Crime Story : L’Affaire O. J. Simpson dont il est également producteur. Ajoutons aussi la trilogie Allô maman, ici bébé lancée par Amy Heckerling et rappelons que John Travolta fit, aux côtés de Emma Thompson, l’ouverture du 51e Festival de Cannes, en mai 1998. Récemment il a tourné Moose et on le verra bientôt dans Gotti de Kevin Connolly que le Palais des Festivals accueillera pour sa première mondiale pendant le Festival de Cannes.

John Travolta sera également présent au Cinéma de la Plage le mercredi 16 mai à 21h30 pour la présentation de la copie restaurée de Grease, la comédie musicale de Randal Kleiser, à l’occasion du 40e anniversaire du film.

Le Rendez-vous avec John Travolta aura lieu le mercredi 16 mai à 16h45, salle Buñuel. Il sera animé par Didier Allouch, journaliste et critique français.

Vendredi 18 mai à 16h : MASTERCLASS DE GARY OLDMAN

ACTEUR & RÉALISATEUR, BRITANNIQUE

Né en 1958 à Londres, Gary Oldman est l’un des acteurs les plus reconnus de sa génération, au théâtre comme au cinéma. C’est en 1983 qu’il décroche son premier grand rôle, dans Meantime de Mike Leigh. Dans les années 1990, on le voit dans JFK (1991), Dracula (1992), True Romance (1993), Léon (1994), Le Cinquième Élément (1997) et Air Force One (1997) dans lequel il joue les méchants. Auteur lui-même, il écrit et réalise Ne pas avaler, produit par Luc Besson, sélectionné en Compétition à Cannes en 1997 et qui vaut à son actrice principale, Kathy Burke, le prix de meilleure interprète féminine. Gary Oldman est également connu pour ses rôles de Sirius Black dans la saga Harry Potter, de James Gordon dans la trilogie The Dark Knight, et pour avoir incarné George Smiley dans La Taupe (2011) de Thomas Alfredson. Il y a un an, sa magistrale interprétation de Winston Churchill dans Les Heures sombres (2017) lui a valu une ovation internationale couronnée par l’obtention de l’Oscar du meilleur acteur en mars 2018.

Le Rendez-vous avec Gary Oldman aura lieu le vendredi 18 mai à 16h, salle Buñuel. Il sera animé par Douglas Urbanski, producteur américain, qui est aussi le partenaire artistique de Gary Oldman depuis trente ans.

Les Gladiateurs s’affrontent en DVD et Blu-Ray

Les éditions Rimini nous proposent de revoir un des classiques du péplum chrétien, Les Gladiateurs, de Delmer Daves, avec Victor Mature.

Les Gladiateurs commence là où se termine La Tunique. D’ailleurs, pour être sûr de son enchaînement, Delmer Daves commence son film en remontrant la scène finale du film d’Henry Koster. En fait, techniquement, les deux films ont été tournés en même temps, dans les mêmes décors, et une partie de l’équipe a travaillé sur les deux projets, à commencer par les acteurs Jay Robinson (Caligula) et Michael Rennie (Pierre) : La Tunique, de Henry Koster, avec Richard Burton et Jean Simmons, et Les Gladiateurs, de Delmer Daves, avec Victor Mature et Susan Hayward sont conçus pour former un diptyque. De plus, les deux films ont laissé leurs noms dans l’histoire cinématographique : La Tunique fut le premier film tourné en CinemaScope.

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Les Gladiateurs appartient au genre des péplums chrétiens, genre très en vogue surtout depuis le grand succès rencontré deux ans plus tôt par le célèbre Quo Vadis ?, de Mervyn LeRoy, avec Robert Taylor et Peter Ustinov. Le procédé est simple mais efficace : créer toute une opposition entre Rome et les communautés chrétiennes.

Cette opposition apparaît dès le début, et elle tient d’abord aux décors : le lieu simple et modeste où se réunissent les chrétiens est l’exact contraire du palais monumental et somptueux de Caligula. L’ambiance qui y règne est également différente : d’un côté la folie d’un dirigeant qui règne par la peur, les menaces et les cris, de l’autre une certaine sérénité et une dignité malgré les épreuves et la mort. Le film continuera à dérouler ce programme qui culminera par l’opposition entre les deux personnages féminins, la chrétienne Lucia et Messaline, prêtresse d’Isis, qui s’amuse du spectacle de la débauche et de la bestialité qu’elle offre aux gladiateurs.

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Toute la débauche de Rome est concentrée dans le personnage de Caligula : empereur cruel, violent, fou, il bénéficie de l’interprétation de Jay Robinson, qui donne au personnage un caractère instable. Avec lui, on sent qu’à chaque moment, tout peut basculer dans un sens ou un autre, toujours vers le pire. Après la composition mémorable de Peter Ustinov en Néron dans Quo Vadis ?, Jay Robinson prend une grande part de responsabilité dans la réussite du film.

Une responsabilité qu’il partage avec le réalisateur, Delmer Daves. Le cinéaste, qui avait déjà signé Les Passagers de la nuit (avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall, film connu pour sa première partie tournée en caméra subjective) ou La Flèche Brisée (western pro-Indiens avec James Stewart), montre ici la solidité de sa technique et son efficacité. Il parvient très bien à instaurer des pics de tension dramatique, en particulier lors des combats de gladiateurs.

Visuellement, le film est très beau, une qualité encore rehaussée par la remasterisation. Daves accomplit un travail remarquable sur les décors. Les capacités du Technicolor sont très bien exploitées.

Et puis, il ne faut pas oublier que ce film nous offre la possibilité de revoir un acteur qui fut très sous-estimé, Victor Mature, capable d’un jeu beaucoup d’une grande finesse dramatique, ce qu’il avait prouvé dans La Poursuite Infernale de John Ford ou Le Carrefour de la mort d’Henry Hathaway.

Il faut bien avouer que le film possède aussi quelques défauts, entre autre quelques baisses de rythme. Mais il reste bien supérieur à La Tunique et il contient tout ce qui peut satisfaire un amateur de péplums : décors exotiques, danses lascives, combats de gladiateurs, empereur cruel, prêtresse païenne, complots de palais, école de gladiateurs (dirigée par Ernest Borgnine, toujours impeccable quand il s’agit de jouer les gros bras), etc.

Bien entendu, c’est Rome revue par le Hollywood des années 50 : en cela, les compléments de programme sont très bienvenus, puisqu’ils permettent de rétablir des vérités historiques, en particulier sur les techniques de combat des gladiateurs.

Synopsis : l’empereur Caligula, ayant envoyé des chrétiens au supplice, ne peut pas comprendre pourquoi ils n’ont pas peur de mourir. Il pense que la tunique du Christ, que l’apôtre Pierre avait avec lui, confère l’immortalité. Il la fait donc rechercher activement. Demetrius, un esclave affranchi d’origine grecque, se bat contre des légionnaires pour protéger Lucia, dont il est amoureux, et qui possède la tunique. Pour le punir, il est condamné à devenir gladiateur.

Les Gladiateurs : Bande-annonce

Caractéristiques des DVD et Blu-Ray :

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Durée du film : 97 minutes
Compléments de programme :
Gladiateurs : mythes et réalités (52 minutes)

Uniquement sur le Blu-Ray :
Caligula et les Chrétiens (10 minutes)
Les Gladiateurs (15 minutes)

Séries Mania 2018 : The Looming Tower, FBI versus CIA dans l’avant 11-09-01

Découverte à Séries Mania (édition 2018) de The Looming Tower, qui suit la mésentente entre le FBI et le CIA incapables de collaborer sur le cas Ben Laden à la fin des années 90 alors qu’Al-Qaïda a gagné en force et est déterminé à mettre à mal chaque américain croisé. Les menaces terroristes et assauts se succèdent, les personnages pressentent le pire, et le show nous invite à réfléchir sur une question : les attaques du 11 septembre 2001 n’auraient-elles pas pu être anticipées, et même contrecarrées ?

Synopsis : Retour en 1998, dans un contexte géo-politique tendu, avec la menace grandissante représentée par Oussama Ben Laden et Al-Qaïda. La rivalité entre la CIA et le FBI aurait-elle pu involontairement ouvrir la voie à la tragédie du 11 septembre et à la guerre en Irak ?

FBI vs CIA 

The Looming Tower suit la traque de Ben Laden par les agents d’une escouade du FBI et d’un groupe spécial de la CIA respectivement attachés à la division anti-térroriste de leur organisme. La série s’intéresse notamment à trois personnages du premier groupe, deux autres du second, et les individus qu’ils vont devoir convaincre à la maison blanche, dénicher et combattre, soit les membres d’Al-Qaïda, particulièrement Ben Laden, les civils victimes, indifférents ou de connivence, et les personnes constituant leur cercle intime. A ce propos, le show a des difficultés lorsqu’il s’intéresse à la vie intime de son duo principal, John O’Neill et Ali Soufan (formidablement interprétés par Jeff Daniels et Tahar Rahim). Particulièrement celle du deuxième qui semble être complètement déconnectée du récit. Si la colère de l’agent Soufan contre les extrémistes pervertissant sa religion est bien palpable dans l’action et face aux images de chaos notamment grâce à la performance de Tahar Rahim, sa sous-intrigue amoureuse tient de l’anecdote de trop quand bien même on perçoit la volonté d’utiliser cet axe narratif pour renforcer la solitude des agents face à leur mission, et aussi celle de Soufan dans ce cosmos d’hommes blancs qui ne peuvent s’empêcher de mal prononcer son prénom ou de questionner ses origines (et quelque part sa fidélité géopolitico-religieuse). Du côté de John O’Neill, les phases intimes, quand elles ne contribuent pas à construire le sex-appeal du classieux Jeff Daniels, réussissent relativement bien à s’intégrer dans le récit d’espionnage. O’Neill change de femme en fonction de la ville comme un espion changeant de peau et de couleur de fleur à chaque darlin’ qu’il emballe. C’est aussi l’histoire d’un homme dont la famille n’existe qu’à cause de vieilles traditions religieuses et sociales. O’Neill doit ainsi faire face au religieux dans l’intime et le professionnel, le catholicisme d’un coté, l’islamisme extrémiste de l’autre. Ainsi, la série réussit avec le personnage de Jeff Daniels ce qu’elle échoue à faire avec celui de Tahar Rahim, capter l’intime pour mettre en perspective, questionner le quotidien professionnel.

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Jeff Daniels / John O’Neill à gauche ; Tahar Rahim / Ali Soufan à droite

Justement, l’intérêt de la série se trouve dans le cosmos professionnel. La série est adaptée du livre éponyme de Lawrence Wright sous-titré Al-Qaeda and the road to 9/11. Wright, journaliste, en a même gagné un Pulitzer. L’auteur est aussi l’un des co-créateurs de la série. Alors, si la partie intime n’est pas la partie la plus importante du show (du moins dans les deux premiers épisodes présentés), c’est aussi dû au fait que son écrit est un livre-document, une investigation minutieuse dénuée de cette partie très personnelle des individus mêlés à cette histoire. Cette minutie dans la restitution de l’information, précisément de l’Histoire, se retrouve à l’écran. Les choix, les petits gestes, les secrets, les rencontres, les fouilles, et autres petits et importants événements font de The Looming Tower un show formidablement documenté et intriguant quand bien même on connaît la « fin de l’histoire » et certains de ses grands événements : les attentats aux ambassades, l’interview télévisée, etcetera. Enfin, la rivalité entre les deux équipes du FBI et de la CIA passionne de par la retranscription sans ironie ou quelque distance que ce soit de ces querelles surprenamment et scandaleusement absurdes qui ont coûté un nombre de vie incalculable. Justement, la série, comme le livre, bouscule le trauma américain et même international du 11 septembre 2001 en émettant, au fur et à mesure de leurs démonstrations respectives, la question-hypothèse : si le FBI et la CIA avaient collaboré comme ils auraient dû le faire, les attentats du 11/09 n’auraient-il pas pu être anticipés et alors mis en échec ?

Bande-Annonce – The Looming Tower

https://www.youtube.com/watch?v=bgsdAUKIICo

É.-U. 2018 épisodes 1 et 2 vostf coul. 2×50min (série 10×50min)

Créateurs : Dan Futterman, Alex Gibney d’après l’oeuvre de Lawrence Wright / scénariste : Dan Futterman / réalisateur : Alex Gibney / compositeur : Will Bates / avec : Jeff Daniels, Tahar Rahim, Wrenn Schmidt, Bill Camp, Louis Cancelmi, Virginia Kull, Ella Rae Peck / producteur : Legendary Television / diffuseur E.-U. : Hulu / diffuseur France : Amazon Prime Video

Rampage : Hors de contrôle de Brad Peyton, gare au gorille

Inspiré d’un jeu sur borne d’arcade sorti dans les années 80, Rampage : Hors de contrôle s’impose comme le blockbuster nobrain de ce printemps. Au menu, Dwayne Johnson en primatologue, un gros gorille albinos et de la destruction en veux-tu en voilà.

rampage-brad-peyton-dwayne-johnsonDepuis plusieurs années, Dwayne « The Rock » Johnson est devenu l’un des acteurs les plus bankables d’Hollywood. Empilant les blockbusters bas du front comme la saga Fast and Furious ou le reboot de la série Alerte à Malibu, Dwayne Johnson cultive l’image du tas de muscles super cool, un mec bien friendly mais qui n’hésitera pas à casser la gueule des méchants et à sauver le monde en mode héroïque, tout en balançant des petites punchlines. Il est donc normal de le revoir exhiber ses pectoraux tous les 3 mois sur nos grands écrans à l’affiche de productions de plus en plus over the top. Avant de jouer le sauveur dans un gratte-ciel en feu dans Skyscraper, le voilà donc en compagnie d’un gorille géant dans Rampage : Hors de contrôle. Derrière ce titre pas très subtil se cache l’adaptation d’un jeu d’arcade au principe on ne peut plus basique. Le joueur qui contrôle au choix George un gorille géant, Lizzie un reptile sauce Godzilla ou Ralph un loup-garou géant doit, pour compléter un niveau, détruire tous les buildings en évitant de se faire neutraliser par les militaires. Il ne fallait pas plus que ces 3 lignes pour donner naissance à un véritable destruction porn.

Forcément tout commence par une expérience qui a mal tourné. Une entreprise spécialisée en génétique a mis au point un pathogène formé à partir de l’ADN de nombreux animaux, décuplant la croissance et surtout l’agressivité de l’être vivant mis en contact avec, tout en lui conférant d’autres propriétés spécifiques. Le but étant d’en faire une arme de destruction massive, Energyne a été contraint de procéder à leur expérience dans l’espace, mais voilà que la station explose et trois échantillons se crashent sur Terre. Ces trois échantillons vont entrer en contact avec un loup, un crocodile et George, un gorille albinos, meilleur ami du primatologue Davis Okoye plus à l’aise avec les singes que les hommes. Dwayne Johnson dans le rôle d’un scientifique spécialiste des primates voilà déjà de quoi faire hausser le sourcil dubitatif et on n’a certainement rien vu d’aussi crédible depuis Denise Richards en physicienne nucléaire dans Le Monde ne suffit pas. Quoiqu’il en soit, voilà que le pauvre George se met à grandir de façon exponentielle, avant de se faire la malle et d’aller tout détruire à Chicago avec l’aide de ses deux compères, le loup-porc-épic et le crocodile phacochère. Seul Dwayne Johnson, aidé d’une ancienne employée de Energyne,  peuvent empêcher les bestiaux de mettre la ville à feu et à sang.

rampage-brad-peytonÉvidemment, il ne faut pas aller chercher une métaphore de la bête qui sommeille à l’intérieur des humains ( en l’occurrence les machiavéliques Claire et Brett Wyden, patrons de Energyne) ou que même un gorille de 6 mètres dispose d’une certaine humanité ( même si il faut avouer qu’il sait faire poindre l’émotion ce George). Ici, on est plus dans du gros spectacle, où le but de Brad Peyton est de montrer le plus de buildings en train de s’écrouler à la minute tout en empilant des money shots de bestiaux arrachant en deux les membres d’un commando de la mort ou s’amusant à balancer des hélicos à travers Chicago. Rampage lorgne alors du côté du kaiju movie, le design du crocodile pouvant rappeler des ennemis de Godzilla ( au contraire de Ralph le loup particulièrement laid) tandis que George est un King Kong ayant délaissé les belles blondes pour des chauves bodybuildés. Pas vraiment de message politique derrière, si ce n’est de rappeler les dérives que peuvent engendrer les manipulations génétiques, Rampage préfère se concentrer sur la partie castagne entre monstres gigantesques dans le cahier des charges du kaiju. Les vraies stars sont du film sont donc bien les grosses bébêtes et Dwayne Johnson n’en fait malheureusement pas partie.

Il faut dire que sur ce point, Brad Peyton s’en sort plutôt bien. Loin des standards actuels du film d’action, où les montages hachés et les séquences illisibles sont la norme, Rampage délivre quelque chose de fluide alors qu’on suit des animaux de 10 mètres sautant d’immeubles en immeubles ravageant tout sur leur passage. Mais là où ça devient plus fun, c’est quand George repasse du côté des gentils et se lance dans une partie de MMA avec les deux vilains pas beaux. Rampage a facilement de quoi titiller le petit gamin qui sommeille au fond de nous, et même s’il n’a pas le côté epic d’un Pacific Rim, il fait le café. On regrette peut-être une photographie un peu trop terne où le gris est particulièrement foisonnant et une musique un peu lourdingue, mais Rampage s’avère être au final un produit emballé à peu près correctement. Le film n’hésite pas à se montrer bien violent dans certaines séquences, tout en offrant une certaine empathie, notamment pour George. C’est souvent grâce à lui d’ailleurs que Peyton arrive à faire poindre l’émotion chez le spectateur,  et pas uniquement pour une visée humoristique ( oui un gorille qui trolle et fait un doigt d’honneur fait honteusement rigoler). Rampage : Hors de contrôle ne révolutionnera pas le monde, mais entre dans le club des blockbusters d’été en défonçant la grande porte. Du cinéma régressif et jouissif, c’est tout ce qu’on lui demande de toute façon.

Rampage – Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=gZw0hQpkIBw

Rampage – Fiche Technique

Réalisation : Brad Peyton
Scénario : Ryan Condal, Carlton Cuse, Ryan Engle et Adam Sztykiel
Casting : Dwayne Johnson, Naomie Harris, Malin Akerman, Jeffrey Dean Morgan, Jake Lacy, Joe Manganiello
Décors : Barry Chusid
Costumes : Melissa Bruning
Photographie : Jaron Presant
Montage :  Jim May
Musique : Andrew Lockington
Producteurs : Beau Flynn, Hiram Garcia, Dwayne Johnson, Brad Peyton et John Rickard
Production : New Line Cinema et Wrigley Pictures
Distribution : Warner Bros Pictures
Durée : 108 minutes
Genre : action
Dates de sortie : 2 mai 2018

États-Unis – 2018

Le Grand Jeu ou la main gagnante d’Aaron Sorkin disponible en DVD/Blu-Ray le 3 Mai !

Considéré comme l’un des scénaristes les plus doués de son temps (The Social Network, Steve Jobs), Aaron Sorkin a enfin eu le courage de transposer en personne l’un de ses travaux sur grand écran. En résulte Le Grand Jeu, virée dans le milieu underground des tournois de poker illégaux, de la mafia et des gros billets dans lequel irradie de charisme une Jessica Chastain impériale. 

États-Unis. 2004. La jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Dirty Sexy Money

Les Etats-Unis ont toujours aimé les anti-héros, cette race de personnages délibérément en marge de la société, accomplissant quantité de méfaits leur permettant de monter l’échelle sociale avant de finalement retomber dans la disgrâce tout aussi rapidement. Ce n’est donc pas un hasard si le très recommandable Aaron Sorkin a décidé pour son nouveau projet d’envergure, de s’emparer de l’histoire de Molly Bloom. Car cette ex-figure montante du ski alpin qui au détour d’un accident et d’une opportunité, va se muer en organisatrice d’un tournoi de poker 5 étoiles, est typiquement une anti-héroïne, et c’est là toute la richesse et l’intérêt du sujet, une femme. Dans une industrie gangrenée par le sexisme, qu’il est en effet plaisant de voir un personnage de femme, clairement lassée par le diktat masculin qui l’entoure et qui va réussir, audace et malice aidant, à imposer ses règles dans un milieu où elle est assurément bien la seule. Cela donne au projet un relent éminemment féministe, ce qui est d’ailleurs prouvé par le fait que ça soit Jessica Chastain, féministe convaincue et engagée qui donne de sa personne pour camper cette reine de la magouille. Mais le principal atout du film réside bien dans la gestion de son scénario par Aaron Sorkin. Chaque mot, chaque inflexion, chaque rythmique sont ainsi soulignés (parfois trop) par le néo-réalisateur qui à défaut de vraiment imposer un style (puisque proche de Danny Boyle et David Fincher) sait en tout cas méchamment intéresser sur un sujet plus que verbeux. 

Mauvaise main

Vu le portrait résolument cinématographique de Molly Bloom dépeint dans Le Grand Jeu, on aurait aimé en savoir plus sur elle. Sur qui elle a été. Sur son point de vue sur l’histoire. Patatras, on sera un peu pris de court car les bonus s’avèrent hélas peu fournis. En atteste la simple présence d’interviews, de quelques featurettes et d’extraits de tournage. On pourra toujours se reporter sur le livre écrit par Molly Bloom, d’ailleurs à l’origine du film, ou à diverses vidéos Youtube. 

DVD : 

Langues : Français, Anglais

Sous-Titres : Francais, Sourds & Malentendants

Son : D.D5.1 et audio description

Images : 16/9- 2.39 – Couleur

Durée : 134 minutes + compléments

Bonus : Interviews, Featurettes, Extraits de Tournage, Bande-Annonce

Blu-Ray :

Langues : Français, Anglais

Sous-Titres : Français, Sourds & Malentendants 

Son : DTSHD 5.1 et audio description 

Images : 16/9 – 2.39 – Couleur

Durée : 140 minutes + suppléments 

Bonus : Interviews, Featurettes, Extraits de Tournage, Bande-Annonce

 

Bande-annonce : Le Grand Jeu 

Un Homme Intègre, le pamphlet enragé de Mohammad Rasoulof en DVD/Blu-Ray le 2 Mai

Passé par la prestigieuse section « Un Certain Regard » du Festival de Cannes 2017, Un Homme Intègre, peut s’appréhender, à l’instar de beaucoup de productions contemporaines iraniennes, comme une réponse par son réalisateur au climat morose régnant sur le pays. Dès lors, difficile de rester insensible à cette proposition de cinéma sincère et questionnant avec acuité la corruption du régime iranien et le destin des petites gens y faisant face. 

Iran. De nos jours. Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils, mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce. Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre. Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?

Une relecture contemporaine de David et Goliath  

Il est toujours délicat de voir des cinéastes bridés dans leur métier et notamment quand leur travail entend détailler les travers de leurs propre pays. C’est malheureusement le cas de Mohammad Rasoulof, ici, qui avec Un Homme Intègre s’est vu retirer son passeport et a longtemps risqué l’emprisonnement pour « activités contre la sécurité nationale » et « propagande contre le régime iranien ». Il faut dire que son film, passé à Cannes, n’est pas anodin dans sa manière de traiter du régime iranien, qu’il n’hésite pas à qualifier de mafieux, en proie à la corruption, lié à des compagnies privées, banques ou fonctionnaires. Mais là ou demeure la surprise du film, c’est bien  dans sa manière d’éviter tout didactisme ou démonstration excessive de son sujet. En attestent les nombreuses ellipses, très travaillées qui donnent au film un cachet artistique qui permet de d’inscrire dans une veine divertissante assez inespérée vu la gravité du sujet. Par ailleurs, on pourra noter le soin apporté aux personnages, eux-mêmes pétris d’idéaux et d’une valeur morale ferme qui les empêchent à tout instant de sombrer eux-mêmes dans la corruption qu’ils combattent. Ça n’a l’air de rien mais ça a le mérite de donner au film une atmosphère inédite, poétique et presque universelle, de voir un combat de David et Goliath contemporain dans lequel le David est un quidam devant littéralement affronter une montagne sans s’adonner aux manœuvres illégales de son ennemi. 

Des bonus pas si intègres 

Vu la proposition relativement engagée que représente Un Homme Intègre, on ne peut que ronger son frein face à l’absence totale de bonus du film. En effet, on aurait aimé savoir d’où est venue l’origine d’un tel projet, les déboires juridiques que son réalisateur a vécus, l’impact que le film a pu avoir sur le public iranien. Malheureusement, on devra se contenter d’une galette DVD et Blu-Ray certes résolument moderne mais qui ne peut occulter l’absence de background de cet élégant projet qui mérite largement le coup d’œil. 

Caractéristiques techniques DVD/Blu-Ray :

DVD : 

Format 2.39 – 16/9 – Couleur – Durée : 113 min

Audio : Persan 5.1 DD – Sous-Titres : Français 

Blu-Ray :

1080P / Format 2.39 / Couleur / Durée : 113 min

Audio : Persan 5.1 DTSHD / Master Audio / Sous-Titres : Français

 

Un Homme Intègre : Bande-annonce

Psychokinesis : le film de super-héros coréen débarque sur Netflix

Après avoir signé le formidable Dernier train pour Busan, le réalisateur Yeon Sang-ho est de retour avec Psychokinesis, un film de super-héros fait à la sauce coréenne, sorti en France directement sur Netflix.

Synopsis : Seok-hyeon, un gardien de sécurité, se découvre soudainement des pouvoirs pscyhokinésiques qui vont lui permettre d’aider sa fille Ru-mi dont il n’avait plus de nouvelles. Ru-mi rencontre effectivement de grandes difficultés face à la mafia qui veut s’emparer du quartier où se situe son restaurant de poulet frit…

psychokinesis-yeon-sang-ho-netflix-film-critique.jpgAprès le sensationnel film de zombies Dernier train pour Busan (présenté à Cannes en 2016 en hors compétition), on attendait de pied ferme le prochain projet de son réalisateur Yeon Sang-ho (son deuxième long-métrage en prises de vue réelles si on veut être plus précis). Hélas, ses fans  français n’auront pas la chance de découvrir cette nouveauté dans les salles de cinéma. En effet, Psychokinesis rejoint cette longue file de films (récemment Annihilation, Le Roi de la Polka…), directement disponibles sur Netflix. Sans forcément approuver ces méthodes, après l’avoir découvert via la plateforme, on comprend certainement mieux pourquoi le film a trouvé des difficultés à être distribué en France.

Psychokinesis est, sur le papier, un film un peu trop barré pour le public français. On pourrait presque parler de film de super-héros coréen version « cheap » et comique cohabitant par moments avec le drame social et politique. Bref, ça change des gros blockbusters à succès comme le dernier Avengers par exemple, même si le film n’hésite pas à faire quelques clins d’oeil à quelques grandes figures issues des comics américains. Le mélange des tons, pourtant habituel dans le cinéma coréen actuel, pourra en surprendre plus d’un. Un film barré et non conventionnel n’est déjà pas si évident à vendre pour un public peu habitué à certains codes. La tâche se complique encore plus quand le film en question qui se veut original est en réalité décevant. Rien que les effets spéciaux sont ratés. On a bien conscience que ce film n’a pas bénéficié du même budget qu’une grosse production Marvel mais on ne peut pas s’empêcher de trouver les CGI terriblement laids. Et sans dire qu’elle est mauvaise (n’exagérons rien), la mise en scène n’est pas non plus très inspirée. On se demande où est passée l’inventivité du réalisateur, si présente dans Dernier train pour Busan.

psychokinesis-yeon-Sang-ho-critique-netflix-film.jpgLe traitement des différents thèmes (critique contre la corruption qui sévit sévèrement en Corée, police incapable d’être au service des honnêtes citoyens, combat des commerçants et plus globalement des classes sociales « inférieures » pour se faire respecter etc.) n’a également rien de bien fou même s’il n’y a rien de honteux également de ce côté-là. Lorsqu’on connaît un peu le cinéma coréen de ces quinze bonnes dernières années, qui recycle ces fameux thèmes (et nous sommes en droit de nous demander si on n’en a pas fait le tour), le film ne se détache pas particulièrement de ses prédécesseurs. Concernant la relation père-fille, Yeon Sang-ho avait clairement fait mieux dans Dernier train pour Busan où il avait même su nous tirer quelques larmes. Or, dans Psychokinesis, cette relation a du mal à nous intéresser, Ru-mi n’étant pas non plus très attachante (contrairement à son père, incarné par un Ryoo Seung-ryong très convaincant).

Heureusement, Psychokinesis se défend bien sur d’autres points. Tout d’abord, même si l’humour n’est pas très fin, il reste tout de même suffisamment efficace, surtout lorsqu’il s’approche de la parodie. Puis, les combats, assez kitsch par moments, sont plutôt plaisants même s’ils sont parfois gâchés par la laideur des effets spéciaux (non, on ne s’en remet pas). Enfin, la fin est plutôt étonnante et permet au réalisateur de renforcer son discours pourtant vu et déjà vu et à l’origine un poil manichéen.

Psychokinesis veut être une belle proposition de cinéma jouant sur les formes pour mieux appuyer son propos à la fois social, politique et intime. Hélas, si on peut louer la démarche, ce long-métrage pourtant indéniablement sympathique, souffre de plusieurs gros défauts, et surtout reste un peu trop anecdotique pour susciter l’intérêt.

Psychokinesis : Bande-annonce

Psychokinesis : Fiche Technique

Réalisation et scénario : Yeon Sang-ho
Casting : Ryu Seung-Ryong, Shim Eun-Kyung, Jeong Yu-mi…
Sociétés de production : Redpeter Film
Société de distribution : Next Entertainment World
Durée : 1h40
Genre : comédie fantastique
Date de sortie (Netflix) : 25 avril 2018

Corée du Sud – 2018

Séries Mania 2018 – Formats Courts : DOXA et Fucking Adelaide

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Retour à la sélection Formats Courts de Séries Mania 2018, avec la présentation de la nouvelle production de Studio 4, DOXA, qui plonge dans le monde des statistiques, et Fucking Adelaide, chronique familiale délirante venue d’Australie.

DOXA : Amour, gloire et statistique

Une série française d’Alexandre Pierrin avec Sébastien Chassagne, Aude Gogny-Goubert, Romain Vissol et Jina Djemba   

Synopsis: Chargé d’étude en institut de sondage, Arthur est un génie des statistiques qui vaporise la grisaille de son quotidien dans les paradis artificiels. Un jour, il inverse par erreur les résultats d’un sondage et personne ne s’en aperçoit. Pire, ses conclusions se vérifient. Prenant conscience du pouvoir qu’il a entre les mains, Arthur va commencer à en jouer.

Donne-t-on trop de crédit aux statistiques et aux instituts de sondage ? C’est la question que voudrait nous poser DOXA en suivant les aventures d’Arthur, expert chez Iflop, qui stagne dans sa vie et se réfugie dans les chiffres de la vie quotidienne. Blasé par les techniques de manipulation d’opinion qu’il met régulièrement en place, Arthur doit également jongler avec un ami d’enfance anarchiste qui squatte son canapé, une patronne castratrice, une famille qui ne comprend pas ce qu’il fait et une vie amoureuse inexistante.

Certaines idées fonctionnent bien, comme ces moments où le personnage cite des statistiques précises sur des événements anodins, ou lorsqu’il fait un power point pour résumer sa vie de couple passée. L’ensemble se regarde sans déplaisir (même si voir une web série projetée sur un écran de cinéma a quelque chose d’étrange).

Toutefois nous sommes obligés  de noter que rien ne ressemble plus à une production web française qu’une autre production web française. La bande à Descraques est passée par là et il semble difficile pour n’importe quel autre créateur de faire des propositions nouvelles. On a la même ambiance d’intérieur (avec les lieux centraux du canapé et du bureau), le même humour « corporate » développé dans Les Opérateurs ou La théorie des Balls, et bien sûr le montage ultra-cut sur des plans fixes. D’autant que ce sont une fois de plus les mêmes visages qui tournent, soit la bande du Golden Moustache (Justine LePotier, Nicholas Berno, Aude Gogny-Goubert), renforçant l’impression d’un petit monde fonctionnant en circuit fermé. Ce n’est pas contre DOXA, ni contre les comédiens, mais au bout d’un moment on aimerait bien voir de nouveaux visages.

Fucking Adelaide : un degré de séparation

Une série australienne de Sophie Hyde avec Kate Box, Tilda Cobham-Hervey, Brendan MacLean, Geoff Morrell, Audrey Mason-Hyde, Beau Travis Williams et Pamela Rabe

Synopsis: Une famille se retrouve à l’occasion de la mise en vente de leur maison d’enfance. Leur harmonie précaire vole en éclats lorsqu’ils sont tous contraints d’affronter un passé qu’ils auraient préféré cacher sous le tapis. Alternant les points de vue, cette comédie dramatique raconte à quel point il est à la fois beau et terrible de rentrer au bercail.

A cause d’un planning chargé, nous n’avons pu voir qu’un épisode sur les trois projetés. Mais quel épisode ! D’entrée de jeu, avec ce gamin qui tente un karaoké, encouragé par sa sœur, pour oublier les cris de son père dans la pièce adjacente, nous sommes mis dans l’ambiance. « Je suis sûr que tu as beaucoup de talent » dit la grande sœur. Un cut, et nous retrouvons ce petit garçon devenu grand, faisant un concert minable dans un bar. Jeté à la rue par son ex petit ami, n’ayant plus rien, il est obligé de repartir dans la petite ville d’Adélaïde, où tout le monde se connaît.

Sophie Hyde maîtrise clairement les rupture de tons, passant du drame à la comédie pure de façon imperceptible. Dès ces premières minutes, tous les personnages de cette famille déglinguée sont facilement identifiables et attachants. L’ironie est toujours présente, mais l’émotion aussi.

L’Australie serait-elle le nouveau bastion de la création web ? On aurait envie d’y croire. En tout cas, on veut absolument voir la suite de Fucking Adelaide.

Séries Mania 2018 : The Chi et Fenix

Terre d’accueil des propositions sérielles en tout genre, la 71e édition de Seriesmania affirme chaque jour sa volonté de faire rimer singularité avec diversité. La preuve avec The Chi et Fenix, deux séries que tout oppose sinon une envie commune de défendre leur identité dès leurs premières minutes.

The Chi, Chicago Hope

Créée par Lena Waithe, scénariste-productrice-actrice que l’on a pu voir notamment dans Master of none ou plus récemment dans Ready Player one de Steven Spielberg, The Chi renvoie à ces films « de quartiers » tels que Martin Scorsese ou Spike Lee ont pu en réaliser. Chronique chorale qui se propose de lier plusieurs destins à la(dé)faveur d’une série d’événements malheureux dans la banlieue réputée terrible de Chicago, The Chi s’affilie aux réalisateurs pré-cités par la justesse du regard porté par ses instigateurs. Désireux de tourner le dos aux images d’Epinal sensationnalistes sans se montrer complaisant avec la réalité dépeinte, la série découle d’une volonté manifeste de restituer un quotidien au point de vue de ses habitants. The Chi parvient à concrétiser partiellement sa note d’intention, notamment au travers d’une galerie de personnages attachants qui essaient chacun de tenir la violence ambiante à l’écart de leur vie. Pourtant, ce sont des meurtres qui vont faire entrer en contact des trajectoires altérées par la tragédie, cristallisant ainsi le sort d’une communauté de destins soumises à l’arbitraire le plus morbide.

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You’are talking to me ?!

Il y a du David Simon dans cette tentative de matérialiser les liens holistiques qui unissent les individus ainsi que les codes et mœurs tacites qui régissent les modes de vie. Cependant, plus proche du naturalisme dramatisé à la Paul Haggis que de l’anthropologisme existentiel du créateur de The Wire, The Chi souffre d’une tendance à enchaîner ses gammes dans la précipitation, au point de forcer la main aux événements, un peu à l’instar du second. Une sensation sans doute relayée par la boulette des projectionnistes, qui ont inversé l’ordre des épisodes projetés. Pas idéal pour l’immersion, même si certaines approximations de caractérisation et d’écriture semble confirmer néanmoins que la série cherche encore sa musicalité dans la polyphonie ambiante. Le tout emporte néanmoins l’adhésion grâce à ses personnages incarnés par une troupe d’acteurs formidables (dont Jason Mitchell, Easy-E dans Straight Outta Compton). A suivre donc, la série de Showtime étant d’ores et déjà renouvelée pour une deuxième saison.

Fenix, mobil-home et ecstasy

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Une réunion de chantier pas comme les autres

Nettement plus maniérée, la série hollandaise Fenix s’intéresse également au parcours d’une communauté particulière. En l’occurrence une communauté de vendeurs d’ecstasy dans la campagne battave près de la frontière belge, dont le quotidien bascule dès les premières images de l’épisode pilote projeté pendant le festival. Avec son ambiance tirant volontiers vers l’abstraction nocturne, la place accordée aux non-dits ou ses scénettes énigmatiques, la série de Shariff Korver et Marco Van Geffen affirme sa volonté d’appartenir à une nouvelle génération de shows. Celle qui refuse l’ancienne ligne de démarcation cinéma/télévision et refuse d’entretenir des complexes esthétiques vis-à-vis de son aîné du grand-écran. Mais si on ne peut que saluer le soin accordé à la mise en scène, on est beaucoup plus circonspect sur l’efficacité dramatique de l’ensemble. On éprouve ainsi quelques difficultés à percevoir un vrai point de vue au-delà de sa coquetterie formelle, ou un personnage suffisamment fort pour accrocher le point de vue. A plus forte raison que le dénouement de l’épisode rebat les cartes de façon pour le moins radicale. A voir si et comment cette série qui semble, à l’instar de True Detective , pensée comme un film de plusieurs épisodes ajuste sa note d’intention par rapport aux propriétés du médium. En ayant à l’esprit que même dans le chef-d’œuvre réalisé par Cary Fukuyama, c’était bien les personnages solides qui drivaient le récit.

Séries Mania 2018 : 9-1-1, Brad Falchuk et Ryan Murphy appellent au secours

Découverte au festival Séries Mania (Nord / Hauts de France) de 9-1-1, la nouvelle série du duo derrière Nip/Tuck et American Horror Story, Brad Falchuk et Ryan Murphy, accompagnés par Tim Minear, qui suit les premiers secours de Los Angeles dans leurs urgences professionnelles et quotidiennes. Attention, mélodrame et sensationnalisme à gogo…

Synopsis : Le quotidien sous haute tension des policiers, ambulanciers, pompiers et standardistes du numéro d’appel d’urgence américain, qui se retrouvent dans les situations les plus choquantes, terrifiantes et haletantes. Ces intervenants de toutes les urgences tentent de trouver l’équilibre entre les vies à sauver et les tourments de leur propre existence.

« 911, quelle est votre urgence ? » – « Aidez-moi ! Il y a du mélo partout ! »

Dans la salle où étaient projetés les deux premiers épisodes du show, il y avait de tous les publics. Notamment des spectateurs lambda, ne cherchant pas la petite bête, et surtout, des regards prêts à tout apprécier (particulièrement quand l’événement est gratuit, « malin le lynx »). Et ils ont ri, été émus, touchés d’effroi par les situations, toujours au moment attendu. Cela, parce-que 9-1-1 est une machine bien huilée, une production qui sait très bien quel public elle va toucher. A partir d’un simple sujet – un objet du quotidien même -, Ryan Murphy, Brad Falchuk et Tim Minear créent un feuilleton noyé dans le mélodrame et le sensationnalisme. Angela Bassett interprète un personnage tout aussi subtil que son jeu, Athena Grant, une policière qui intervient sur les accidents et autres lieux où l’urgence convoque pompiers, flics, etcetera. Athena a un problème, son couple bat de l’aile, on apprend dans l’épisode un que son mari est gay ; dans l’épisode deux qu’elle le savait déjà mais qu’elle voulait une famille. Le pompier Bobby Nash vient de perdre dans le premier épisode une personne à sauver. La malheureuse s’est jetée du haut d’un bâtiment. Torturé par la « jumper », il va à l’église, comme chaque semaine, où il demande pardon pour ses pêchés. Nash est un ex-junkie, alcoolique, qui usait de bien des substances pour oublier les tracas collatéraux de son travail. On a aussi Abby Clark, l’une des permanentes au standard du 911. A elle aussi sa vie est un feuilleton. Interprétée par Connie Britton, la femme célibataire partage son temps entre son travail et sa mère souffrante d’Alzheimer qu’elle a installée chez elle. Mais qui sait, peut-être qu’elle pourra, grâce à la nouvelle aide au foyer, avoir une vie sentimentale un peu plus remplie. Et peut-être que cela aura lieu avec le jeune et impétueux Evan Buckley. Mais Evan a aussi ses problèmes. Éternel séducteur, il prend conscience d’être possiblement un sex-addict, et surtout, il va devoir faire face au trauma d’un sauvetage difficile qui l’emmènera chez une psy avec laquelle il couchera au final. Et ça n’est pas fini, la bande de « joyeux lurons » est complétée par deux autres personnages dont l’éternel personnage humoristique apportant un comic relief permettant de ne pas se noyer complètement dans ce nœud de mélodrames…

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Des héros torturés au cœur de l’urgence : ainsi les sirènes font souvent « pimpon » et les véhicules foncent sur les routes presque désertes de la Los Angeles de 9-1-1

Du côté du sensationnalisme, les créateurs ont fait fort. Les pompiers ne vont pas sauver des personnes touchées par des crises cardiaques ou d’autres soucis du quotidien. Non, « on veut du spectacle ! » ont dû se dire les créatifs du show, eh bien vous en avez. Et notez que les spectateurs lambda étaient au rendez-vous. « Oh », « non ! », « AH ! »…Dans les interventions des deux épisodes, on a des cas de suicides avec sauts d’une importante hauteur ; un rollercoaster qui fonctionne mal et envoie voler l’un de ses passagers puis laisse les autres la tête en bas, sauf un, qui était très effrayé à l’idée de monter dans l’attraction, et qui se retrouve à tenir à bout de bras le rabattement protecteur des deux sièges ; un bébé prématuré abandonné dans les tuyaux de sanitaires mais qui est bien vivant, ainsi la question est : résistera-t-il aux multiples chasses d’eau usée qui risquent de le noyer d’une seconde à l’autre ? On aura aussi un cambriolage d’une maison dans laquelle se trouve seule une petite fille toute mignonne qui venait à peine d’y emménager avec sa famille. Mais le sensationnalisme atteint un niveau véritablement pervers à la fin du second épisode. Le personnage d’Angela Bassett rentre chez elle et hèle sa fille, la même qui ne parlait plus beaucoup à ses parents depuis le coming out du père et qui, à un certain moment, n’avait plus trop envie d’aller en cours. Elle avance vers la porte de la chambre de l’adolescente, l’ouvre et découvre paniquée qu’elle a consommé une quantité dangereuse de médicaments. Elle prend la gamine dans ses bras et tout à coup… Le générique de fin de l’épisode défile. Bref, on devra attendre l’épisode trois pour savoir si la gamine va survivre ou non. Quand le suspense est perverti au point d’en faire ressortir un sensationnalisme malhonnête (pour ne pas dire « dégueulasse ») et pourtant, ô combien efficace sur bon nombre de spectateurs présents dans la salle… Hélas.

Bande-Annonce – 9-1-1, une série de Brad Falchuk, Ryan Murphy et Tim Minear

E.-U. 2018 – épisodes 1 et 2 vostf coul. 2×42min (série 13×42min)

Créateurs et scénaristes : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Tim Minear / réalisateurs : Bradley Buecker (ép.1), Gwyneth Horder-Payton (ép.2) / avec : Angela Bassett, Peter Krause, Oliver Stark, Aisha Hinds, Kenneth Choi, Rockmond Dunbar, Connie Britton / producteurs : 20th Century Fox en association avec Ryan Murphy Television et Brad Falchuk Teley- Vision / vendeur international : 20th Century Fox Television / diffuseur E.-U. : Fox / diffuseur France : Groupe M6

Séries Mania 2018 : Rencontre avec Carlton Cuse (Lost, Bates Motel)

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Malgré un planning chargé, nous ne pouvions refuser l’occasion de rencontrer le scénariste Carlton Cuse, architecte du phénomène Lost, créateur de la série Bates Motel, et des nouvelles aventures de Jack Ryan, qui sortiront; prochainement. Retour sur une carrière foisonnante, en toute sincérité.

La rencontre eut lieu ce lundi à l’UGC ciné-cité de Lille, animée par Olivier Joyard (Les Inrockuptibles). Ouvert, détendu et sympathique, le réalisateur s’est livré à nous deux heures durant, évoquant sa carrière, les œuvres marquantes de sa vie et son avenir dans le monde de la télévision. Entrecoupée d’extraits, la discussion fut intéressante, même si l’on est pas particulièrement fan des œuvres du monsieur.

« Les scénaristes de Lost faisaient sonner une cloche dès que je faisais une référence à Narnia. »

D’entrée de jeu, Carlton Cuse évoque son enfance et sa première rencontre avec le storytelling. Avec beaucoup de plaisir, il admet que la saga du Monde de Narnia, écrite par C.S Lewis, fut probablement sa première rencontre avec l’art de raconter des histoires. Selon ses dires, c’est véritablement cette œuvre matricielle de la fantasy qui a « activé son imagination ». Et cette obsession le suit toujours, à tel point que les scénaristes de Lost, un peu agacés, faisaient sonner la « Narnia’s bell » (cloche Narnia) à chaque fois que Cuse évoquait son livre favori. Un référence étonnante pour quelqu’un qui ne s’est pas particulièrement exercé à l’heroic fantasy au court de sa longue carrière.

Mais la littérature ne fut pas sa seule influence, et c’est véritablement la télévision qui stimulera son imagination. Enfant d’un couple divorcé à neuf ans, avec deux parents qui travaillent, sa seule activité sera de regarder le petit écran. Il dévore tout ce qui passe sur les ondes : La quatrième dimension, Bonanza, The riffle men, Star Trek… Une expérience solitaire, mais comme il le dit lui même : « I just love watching T.V ».

Pourtant le jeune Carlton ne se destinait pas à l’écriture, bien qu’il en ait pris le goût à l’école. Il choisit d’abord de s’orienter dans le domaine médical, mais menace de s’évanouir après un premier passage au bloc. Étudiant à Harvard, il décide de se réorienter et obtient un diplôme en Histoire. C’est néanmoins dans cette prestigieuse université qu’a lieu sa première rencontre avec le monde du cinéma, quand les studios proposent sur le campus une projection test du film Airplaine ! (Y’a t’il un pilote dans l’avion des frères ZAZ sorti en 1980). La vision du film provoque un déclic chez le jeune Carlton, et il réfléchit sérieusement à se lancer.

« I felt like I can do this ! »

Il décide de partir pour Los Angeles et se donne deux ans pour percer. Il commence comme « reader » chez un producteur. Il passe ses journées à lire des scénarios, afin de les résumer sur des mémos, à l’attention des décideurs qui n’ont pas le temps de les lire. Il lit donc tout ce qui passe entre les mains des studios, apprend à résumer, à aller au plus court. Cette expérience lui évoque la règle des dix milles heures énoncée par l’auteur Malcolm Gladwell, selon laquelle à force de travailler une compétence régulièrement, on ne peut que finir par y exceller. Dix milles heures étant le palier du succès. Carlton Cuse a donc passé ses dix milles heures à lire les scénarios des autres, à les analyser, voir même à les critiquer. « C’était une expérience très utile » et à force de lire et relire « j’ai fini par sentir que je pouvais le faire ».

Il commence par assister Laurence « Larry » Kasdan, un collègue qui voit également ses scénarios être refusés, jusqu’à ce que ce dernier co-écrive L’Empire contre-attaque. De son côté, Cuse travaille sur quelques épisodes de la série Crime Story produite par Michael Mann pour NBC, mais aussi sur « un christmas special pour NBC autour d’un rockeur chrétien… » dont il se souvient amusé, mais refuse de parler plus longuement. Il prête également (mais modestement) mains forte à Jeffrey Boam sur Indiana Jones et la dernière croisade et L’arme fatale 2.

En 1993 sort The Adventure of Brisco County Jr. , avec Bruce Campell (Evil Dead) dans le rôle principal. Une parodie de western (avec une influence assumée d’Indiana Jones). Avec une certaine nostalgie, un extrait nous est montré, où nous (re) découvrons l’appétit du scénariste pour la comédie.

L’idée était de faire une série d’aventure pleine de rebondissements, mais portée par un humour enfantin (« goofy humour »). « We wanted to have fun with the ideal of western » ajoute le créateur. Rappelons que la série sort deux décennies déjà après la vague des westerns spaghetti qui ont redéfini totalement le genre. Brisco County en revanche proposait « des personnages merveilleux, de l’aventure, une vengeance… mais aussi de la naïveté […] c’était une série très amusante ». Celle-ci fut également tournée dans l’un des derniers décors de western des studios Warner, qui fut détruit peut de temps après. Pour Carlton Cuse, « c’était presque comme la fin d’une ère ».

Le scénariste tient à rappeler que la série fut diffusée juste avant l’arrivée de X-Files sur les ondes (qui redéfinira le paysage télévisuel U.S) et qu’il avait très peu d’expérience comme showrunner. Il l’admet lui même : « Je ne savais pas vraiment ce que je faisais ». Cet premier entraînement à la tête d’une série fut tout de même couronné d’un succès critique encourageant, malheureusement le public ne suivit pas, et Brisco County fut annulée au bout de vingt sept épisodes.

« Television was the right place for my talent »

Lorsqu’on lui demande la différence entre un showrunner et un réalisateur de cinéma, Cuse explique que le showrunner est surement ce qui s’en rapproche le plus pour la télévision. Néanmoins, il faut ajouter à cela la partie « business ». « Un jour vous travaillez sur le montage, le lendemain sur le marketing, puis sur l’écriture… vous devez penser à beaucoup de choses en même temps ». D’autant plus qu’à l’époque, les principales chaînes (le câble n’avait pas encore la place qu’il a aujourd’hui) ne pensaient qu’en terme de quantité. Il n’y avait que quatre networks qui ne cherchaient qu’à remplir les grilles de programmes.

Le plus gros changement de ces dernières années, selon lui, est l’attention portée à la qualité. Certaine chaînes n’hésitent plus à produire des séries plus courtes, mais plus ambitieuses en termes de narration ou de réalisation. Cuse profite de cet aparté pour rendre hommage à l’un de ses mentors, John Sacret, showrunner de China Beach (ABC, 1988-1991) ainsi qu’a Steven Brocho (N.Y.P.D Blue, diffusée sur ABC de 1993 à 2005), qui serait l’inventeur des « multiples storylines ».

Si au départ Carlton Cuse pensait devenir cinéaste, il s’est finalement rendu compte que la télévision était « l’endroit parfait pour développer son talent ».

« Dead after twelve episodes… »

Son premier succès public arrive en 1996 avec Nash Bridges, qu’il conçoit comme une combinaison d’éléments de cop show et d’histoires intimistes. Il voyait la série comme une œuvre très nihiliste, mais l’implication de l’acteur principal Don Johnson en décida autrement. « Don Johnson à rendu la série plus fun. C’est un type très drôle en vérité ». La série dura six saisons, et c’est au cours de la dernière que Cuse rencontra un jeune scénariste appelé Damon Lindelof. « Quand je lisais ses scripts je me disais que ce gars était vraiment doué ».

Plus tard, alors que Cuse est sous contrat avec un autre studio, le jeune gars doué lui envoie le scénario de Lost. Lindelof est très inexpérimenté et lui demande de l’aide pour produire cette nouvelle série. Cuse tombe amoureux du script et demande à son agent de rompre son contrat avec l’autre studio pour rejoindre le navire. Personne ne croyait au projet, et tout le monde disait que Lost ne tiendrait pas douze épisodes. Mais grâce à un coup de pouce inespéré d’un producteur qui savait qu’il se ferait licencier, le duo obtient la modique somme de douze millions de dollars pour produire le pilote.

« On voulait faire la série que l’on aurait voulu voir, et douze épisodes auraient été bien, car nous nous sentions tellement libres ». A la différence de Nash Bridges qui était très traditionnelle, Cuse et Lindelof veulent exploiter à fond leur liberté artistique. A une époque où il n’y avait pas de science-fiction sur les grands networks et où le feuilleton était encore un concept (une histoire qui suit tout les épisodes au lieu d’une histoire par épisode), tout le monde voit déjà les deux scénaristes se crasher aussi bien que leur avion.

« Les producteurs de télévision veulent toujours que tout soit explicable, qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Hors j’aime beaucoup les films d’Antonioni, de Fellini et le cinéma européen. Ces cinéastes qui font sciemment des films confus. Je voulais me rebeller contre ce besoin d’explication et de clarté. Et en vérité, tout ces éléments qui auraient dû nous faire échouer furent finalement ceux qui firent de Lost un succès. » Effectivement, la série devient rapidement un phénomène, et les multiples questions s’enchaînent, tandis que les réponses se font attendre : « On ne s’attendait pas à un tel succès, et au bout d’un moment, écrire de nouveaux épisodes, c’était comme pousser le bouton dans le bunker. On ne savait pas nous même ce qui allait arriver. »

« The ending that we wanted »

Le scénariste affirme que lui et Lindelof ont écrit la fin qu’ils voulaient. Si les producteurs les poussaient à répondre à toutes les questions laissées en suspens, ils ont finalement fait le choix de l’ambiguïté. Jusqu’au bout, Carlton Cuse aura tenu tête à la dictature de l’explication. « Ces gens ne sont pas perdus sur une île, mais dans leur vie. La vie ne vous donne jamais d’explication, donc nous avons préféré une fin émotionnelle plutôt qu’une explication. On avait un peu peur de la réception par les fans, mais il y avait tellement de questions, et aucune manière de donner toutes les réponses. En vérité, le sujet de la série était la liberté de création ». Une fois le final diffusé, Carlton Cuse fut incapable de produire quoi que ce soit pendant six mois.

« I love storytelling ».

Il revient en 2013 avec un projet très risqué, Bates Motel, prequel du culte Psychose d’Alfred Hitchcock. Tout à fait conscient des risques, il admet que ce qui l’intéressait dans cette histoire était l’idée d’un prequel contemporain. Donc de reprendre les éléments du personnage de Norman Bates, mais en l’inscrivant dans notre époque. Au début, l’idée était de raconter comment Norma (la mère) étouffe son fils et le pousse à la folie. Puis finalement, Cuse a trouvé plus intéressant d’inverser ce rapport. Norma aime désespérément son fils, mais lui a une part d’ombre. Leur maison hors du temps s’oppose au monde moderne, tout comme leur relation fusionnelle apparaît comme inacceptable aujourd’hui.

Le showrunner semble prendre un certain plaisir à jouer avec les personnages d’Hichcock, et raconte même une anecdote que n’aurait pas renié le maître du suspens : « Pour cette scène où Norma et Norman jettent un corps, on a dû faire des tests avec le faux cadavre pour savoir comment le lester afin qu’il coule à pic. Le réalisateur voulait absolument un plan où l’on voit ce corps couler sous l’eau. Nous avons donc testé le mannequin entre nous… au moment où une équipe de kayak passait à côté. Nous étions sans l’équipe technique, sans caméra… ils nous ont regardé bizarrement ».

En simultané, Carlton Cuse à également travaillé sur d’autres séries comme le remake américain des Revenants ou l’adaptation de The Strain. « Je ne prévois pas, les propositions arrivent comme ça… et j’aime tellement raconter des histoires ». Mais pour l’instant, il se concentre sur la nouvelle adaptation de Jack Ryan, d’après les romans de Tom Clancy prévue pour le 31 août sur Amazon. Ce ne sera pas une adaptation d’un des livres, mais une histoire originale développée sur huit épisodes d’une heure. L’équipe a tourné à Montréal, Paris et au Maroc, tout en faisant appel à un casting international.

Après la présentation de deux extraits exclusifs (que nous ne pouvons vous diffuser), le créateur commente : « Ce que j’aime chez Jack Ryan, c’est que c’est un vrai héros, comme les personnages d’Harrison Ford. Ce n’est pas un anti-héros cynique comme Jack Bauer ou Carrie Mathison (Homeland). Il respecte la loi comme une religion […] Nous avons également écrit un certain nombre de personnages musulmans positifs. Nous tenions à cette idée que le terrorisme est l’affaire d’un individu, pas d’une culture. Nous essayons de faire en sorte que la série soit la moins exclusive possible ». A nous de juger le 31 août.

*Les vidéos présentes dans cet article sont en V.O non sous titrées.

Séries Mania 2018 – Compétition Officielle : Mystery Road

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Présentée en compétition officielle, la série Mystery Road, produite par David Jowsey et Greer Simpkin, est un spin-off du film du même nom (et sa suite Goldstone) réalisé par Ivan Sen. Une sorte de True Detective dans l’outback australien, qui marque surtout par sa photographie sublime.

Mystery Road : Welcome to the Outback

Une série australienne de David Jowsey et Greer Simpkin, avec Aaron Pedersen et Judy Davis

Synopsis: Avec l’aide de l’inspectrice Emma James, l’inspecteur Jay Swan est chargé d’enquêter sur la mystérieuse disparition de deux jeunes hommes dans une ferme du désert australien. Mais à mesure que l’enquête avance, des mystères irrésolus du passé refont surface, bouleversant le calme de la communauté locale.

Sorte de Clint Eastwood de l’outback, Jay Swan (Aaron Pedersen) est un détective mutique et solitaire, envoyé en renfort dans une petite ville reculée du désert australien. Malgré son instinct qui ne le trompe jamais, la collaboration avec la cheffe de la police locale (Judy Davis), ne se fait pas sans accroc. Alors que lui préfère foncer dans le tas et n’hésite pas à poser les questions qui fâchent, sa coéquipière de fortune préfère une démarche plus empathique et subtile, car elle est une figure locale importante dans cette petite ville où tout le monde se connaît. Rapidement, l’enquête les amène à révéler les secrets les plus dérangeants de cette communauté apparemment sans histoire.

Voulu par ses créateurs comme un « outback noir » (sorte de film noir typiquement australien se déroulant dans l’outback), Mystery Road propose tout ce que l’on peut attendre de ce genre de série : des flics avec un lourd passé, des secrets cachés derrière les portes, des sous-intrigues glauques, et une enquête qui piétine. L’enquête suit son cours comme dans tout néo-noir qui se respecte, et l’on comprend très vite que la disparition de deux jeunes gens risque bien de se rattacher à une réalité beaucoup plus large. Quelques éléments comiques tentent de détendre l’atmosphère, mais nous ne somme clairement pas venus en Australie pour rigoler. La seule différence viendra du paysage, qui donne à l’ensemble une texture aride.

Ce dernier point a son importance, car Mystery Road est peut être la première série vue durant ce festival qui témoigne d’un vrai travail de photographie. Impossible de le nier, certains plans sont d’un beauté renversante et montrent un vrai savoir-faire technique, tout en ajoutant une touche d’étrangeté dans cet univers. Là où, pour d’autres séries, nous ressentions l’aspect « étiré » de l’image, afin de remplir la totalité de l’écran, ici nous avons vraiment l’impression d’être devant un film pensé pour le cinéma. Les paysages sont sublimes et ressortent dans toute leur grandeur. Pour une fois, on ne se sent pas floué quand les créateurs nous promettent un voyage en Australie. Le dépaysement est total, et l’on ressent le gigantisme de cette partie du pays qui fait « la moitié de la taille de l’Europe » (selon le producteur).

Mystery Road est donc surtout un voyage dans les terres désolées de ce « mini-continent ». Car au delà des ces (très) belles images, l’intrigue passionne peu et l’interprétation n’est pas toujours parfaite, particulièrement le héros qui force un peu trop le côté bourru (ce qui semble étonnant pour un acteur qui reprend le rôle pour la troisième fois). Selon les créateurs, l’objectif était de jouer avec les éléments du western et du film noir. Pour l’instant nous restons dans les sentiers du genre et sur notre faim. Mais comme d’habitude, il reste encore des épisodes à découvrir, et donc encore plus de paysages. Peut être que le voyage en vaudra la peine.

La réalisatrice Rachel Perkins et le scénariste Michaeley O’Brian (à droite) présentant la série.