Séries Mania 2018 : The Looming Tower, FBI versus CIA dans l’avant 11-09-01

Découverte à Séries Mania (édition 2018) de The Looming Tower, qui suit la mésentente entre le FBI et le CIA incapables de collaborer sur le cas Ben Laden à la fin des années 90 alors qu’Al-Qaïda a gagné en force et est déterminé à mettre à mal chaque américain croisé. Les menaces terroristes et assauts se succèdent, les personnages pressentent le pire, et le show nous invite à réfléchir sur une question : les attaques du 11 septembre 2001 n’auraient-elles pas pu être anticipées, et même contrecarrées ?

Synopsis : Retour en 1998, dans un contexte géo-politique tendu, avec la menace grandissante représentée par Oussama Ben Laden et Al-Qaïda. La rivalité entre la CIA et le FBI aurait-elle pu involontairement ouvrir la voie à la tragédie du 11 septembre et à la guerre en Irak ?

FBI vs CIA 

The Looming Tower suit la traque de Ben Laden par les agents d’une escouade du FBI et d’un groupe spécial de la CIA respectivement attachés à la division anti-térroriste de leur organisme. La série s’intéresse notamment à trois personnages du premier groupe, deux autres du second, et les individus qu’ils vont devoir convaincre à la maison blanche, dénicher et combattre, soit les membres d’Al-Qaïda, particulièrement Ben Laden, les civils victimes, indifférents ou de connivence, et les personnes constituant leur cercle intime. A ce propos, le show a des difficultés lorsqu’il s’intéresse à la vie intime de son duo principal, John O’Neill et Ali Soufan (formidablement interprétés par Jeff Daniels et Tahar Rahim). Particulièrement celle du deuxième qui semble être complètement déconnectée du récit. Si la colère de l’agent Soufan contre les extrémistes pervertissant sa religion est bien palpable dans l’action et face aux images de chaos notamment grâce à la performance de Tahar Rahim, sa sous-intrigue amoureuse tient de l’anecdote de trop quand bien même on perçoit la volonté d’utiliser cet axe narratif pour renforcer la solitude des agents face à leur mission, et aussi celle de Soufan dans ce cosmos d’hommes blancs qui ne peuvent s’empêcher de mal prononcer son prénom ou de questionner ses origines (et quelque part sa fidélité géopolitico-religieuse). Du côté de John O’Neill, les phases intimes, quand elles ne contribuent pas à construire le sex-appeal du classieux Jeff Daniels, réussissent relativement bien à s’intégrer dans le récit d’espionnage. O’Neill change de femme en fonction de la ville comme un espion changeant de peau et de couleur de fleur à chaque darlin’ qu’il emballe. C’est aussi l’histoire d’un homme dont la famille n’existe qu’à cause de vieilles traditions religieuses et sociales. O’Neill doit ainsi faire face au religieux dans l’intime et le professionnel, le catholicisme d’un coté, l’islamisme extrémiste de l’autre. Ainsi, la série réussit avec le personnage de Jeff Daniels ce qu’elle échoue à faire avec celui de Tahar Rahim, capter l’intime pour mettre en perspective, questionner le quotidien professionnel.

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Jeff Daniels / John O’Neill à gauche ; Tahar Rahim / Ali Soufan à droite

Justement, l’intérêt de la série se trouve dans le cosmos professionnel. La série est adaptée du livre éponyme de Lawrence Wright sous-titré Al-Qaeda and the road to 9/11. Wright, journaliste, en a même gagné un Pulitzer. L’auteur est aussi l’un des co-créateurs de la série. Alors, si la partie intime n’est pas la partie la plus importante du show (du moins dans les deux premiers épisodes présentés), c’est aussi dû au fait que son écrit est un livre-document, une investigation minutieuse dénuée de cette partie très personnelle des individus mêlés à cette histoire. Cette minutie dans la restitution de l’information, précisément de l’Histoire, se retrouve à l’écran. Les choix, les petits gestes, les secrets, les rencontres, les fouilles, et autres petits et importants événements font de The Looming Tower un show formidablement documenté et intriguant quand bien même on connaît la « fin de l’histoire » et certains de ses grands événements : les attentats aux ambassades, l’interview télévisée, etcetera. Enfin, la rivalité entre les deux équipes du FBI et de la CIA passionne de par la retranscription sans ironie ou quelque distance que ce soit de ces querelles surprenamment et scandaleusement absurdes qui ont coûté un nombre de vie incalculable. Justement, la série, comme le livre, bouscule le trauma américain et même international du 11 septembre 2001 en émettant, au fur et à mesure de leurs démonstrations respectives, la question-hypothèse : si le FBI et la CIA avaient collaboré comme ils auraient dû le faire, les attentats du 11/09 n’auraient-il pas pu être anticipés et alors mis en échec ?

Bande-Annonce – The Looming Tower

https://www.youtube.com/watch?v=bgsdAUKIICo

É.-U. 2018 épisodes 1 et 2 vostf coul. 2×50min (série 10×50min)

Créateurs : Dan Futterman, Alex Gibney d’après l’oeuvre de Lawrence Wright / scénariste : Dan Futterman / réalisateur : Alex Gibney / compositeur : Will Bates / avec : Jeff Daniels, Tahar Rahim, Wrenn Schmidt, Bill Camp, Louis Cancelmi, Virginia Kull, Ella Rae Peck / producteur : Legendary Television / diffuseur E.-U. : Hulu / diffuseur France : Amazon Prime Video

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