Accueil Blog Page 534

La saison 4 de Bosch : L’Envol de l’Ange

En adaptant L’Envol de l’Ange, cette saison 4 de Bosch s’inscrit dans la droite lignée des précédentes tout en permettant de mieux approfondir le personnage principal.

Synopsis : Trois mois après la fin de la saison précédente. Howard Elias, un riche avocat très médiatique, spécialisé dans les affaires de défense des droits civils, est sur le point de commencer un procès intenté contre la ville de Los Angeles : des policiers du LAPD sont accusés d’avoir torturé un suspect noir dans une affaire de kidnapping. Mais l’avocat est abattu à bout portant dans un funiculaire, l’Angels Flight.

Cette quatrième saison de la série Bosch possède les mêmes qualités que les précédentes. D’abord, une enquête qui mise sur le réalisme. C’est une des qualités principales des romans de Connelly (en l’occurrence, pour cette saison, L’Envol de l’Ange, Angels Flight en anglais, le surnom du funiculaire où a eu lieu le crime), qui sont ici, une fois de plus, très bien adaptés : déroulement de l’enquête, lien entre le chef de la police, le maire et le procureur, rôle des médias et des associations, la saison évite tout sensationnalisme excessif pour privilégier une plongée dans le quotidien du travail de la police.

Bosch-saison-4-critique-serie-michael-connelly-titus-welliver

C’est justement ce réalisme qui donne plus de poids aux critiques qui sont émises, en particulier concernant le système judiciaire américain. La justice est décrite comme un spectacle pouvant générer des accords parfois juteux. Une fois de plus, ce n’est pas la vérité qui est recherchée, mais son apparence. Voilà bien pourquoi Bosch détonne dans ce monde, lui qui s’accroche à découvrir la vérité à tout prix et qui ne lâche rien ni personne tant qu’il n’a pas atteint son but. La veuve de la victime, Millie Elias, ne s’y trompe pas lorsqu’elle dit qu’elle ne peut avoir confiance qu’en lui.

C’est d’ailleurs la première fois depuis le début de la série que Bosch apparaît en position de supériorité. Lui qui, dès la première saison, était décrit comme un flic violent, colérique, attaqué de nombreuses fois en justice pour voies de faits, le voilà placé en situation de confiance. C’est à lui que cette enquête plus que délicate a été confiée par le chef Irving. Avec lui, c’est la certitude que le coupable sera traqué, même s’il est flic.

Bosch-saison-4-titus-welliver-michael-connelly-eric-overmyer-critique-série

Car c’est bien là le point important de la saison. La victime, Howard Elias, est un avocat très populaire, réputé pour défendre les droits civils, et en particulier ceux des minorités. Il est détesté par de nombreux policiers, qui ne cachent pas leur joie de le voir mort. La situation sociale va vite être tendue, des associations communautaires noires manifestant en permanence devant le commissariat. Elles ne croient pas à une enquête impartiale et restent convaincues que la police va étouffer l’affaire, surtout s’il s’avère que le coupable est bel et bien un flic.

Dans ce contexte, le découpage des épisodes a son importance. En effet, cette saison 4 de Bosch reprend le principe développé dans la série danoise The Killing : un épisode = un jour d’enquête. Loin d’être un simple artifice narratif, ce découpage fait que la saison défile comme un compte à rebours vers le moment qui s’annonce comme étant un pic de tension : une manifestation qui pourrait dégénérer en émeutes, comme celles qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King en 1992.

La volonté de réalisme entraîne une nécessaire lenteur du rythme. L’avantage, c’est que cette lenteur n’est jamais synonyme d’ennui. On assiste, petit à petit, à toute la réflexion de Bosch, on voit presque les idées se mettre en place, on le suit pendant qu’il remonte les pistes. Ainsi, lorsque des retournements de situation se profilent, ils n’apparaissent pas comme de vulgaires twists cousus de fil blanc mais ils montrent, au contraire, la grande finesse d’écriture du scénario.

Bosch-saison-4-critique-serie-sarah-clarke-michael-connelly-titus-welliver

Cette saison 4 s’inscrit d’emblée dans la droite lignée de la précédente. Ainsi, la scène d’ouverture reprend le fil rouge de la série, à savoir l’enquête officieuse de Bosch pour découvrir le meurtrier de sa mère. L’inspecteur va aussi passer pas mal de temps avec sa fille Maddie, et une intrigue secondaire traitera de l’ex-femme de Bosch, Eleanore Wish (interprétée par Sarah Clarke, que l’on avait vue dans les trois premières saisons de 24 heures Chrono), recrutée par le FBI.

De fait, la saison approfondira l’aspect familial de la vie de Bosch. On le verra, de nombreuses fois, se confier sur son enfance, son passé, ses liens avec sa mère, mais aussi avec son ex-femme. Ici, Bosch n’est plus uniquement un policier, mais aussi un père : de nombreuses scènes le montrent en train de discuter avec sa fille.

D’ailleurs, l’enquête principale de la saison va beaucoup empiéter sur la vie privée du policier. Il va même aller jusqu’à recevoir chez lui le suspect numéro 1, pour une discussion nocturne riche d’enseignements.

Il y a un autre policier dont nous suivrons la vie privée, c’est le co-équipier de Bosch, J. Edgar, que nous avions laissé mal en point à la fin de la saison précédente. Nous allons donc voir les incidences de la dangereuse carrière de flic sur la vie familiale chaotique du personnage.

En bref, Eric Overmyer et Michael Connelly nous offrent, une nouvelle fois, une saison riche et dense. Petit à petit, dans la discrétion, Bosch se fait une place dans le paysage des séries policières.

Bosch, Saison 4 : bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=GMcaRTwsx8M

Bosch, Saison 4 : fiche technique

Créateur : Eric Overmyer
Réalisation : Aaron Lipstadt, Ernest R. Dickerson, Tim Hunter…
Scénario : Michael Connelly, Eric Overmyer, John Mankiewicz…
Interprétation : Titus Welliver (Harry Bosch), Jamie Hector (Jerry Edgar), Sarah Clarke (Eleanor Wish), Madison Lintz (Maddie), Amy Aquino (Grace Billets), Lance Reddick (Irvin Irving)
Photographie : Patrick Cady, Michael McDonough
Montage : Steven Cohen, Kevin Casey
Musique : Jesse Voccia
Production : Mark Douglas, Michael Connelly, Titus Welliver
Sociétés de production : Hieronymus Pictures, Fabrik Entertainment, Amazon Studios
Société de distribution : Amazon Instant Video
Genre : policier
Durée : 10X50 minutes

Etats-Unis- 2018

Mai 68, La Belle Ouvrage, de Jean-Luc Magneron

Le 25 avril sur grand écran et le 2 mai en DVD chez Rimini Editions : voilà deux moyens de voir le documentaire de Jean-Luc Magneron Mai 68, la Belle Ouvrage, en version longue et copie restaurée.

Il convient de commencer en précisant ce que Mai 68, la Belle Ouvrage n’est pas : le film de Jean-Luc Magneron n’est pas un documentaire qui raconterait la chronologie des événements parisiens de ce fameux mois de mai. Le film étant tourné dans la foulée des manifestations et de leur répression, le cinéaste n’a sans doute pas estimé utile de rappeler les faits : lorsque la première version a été diffusée, à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 1969, les événements racontés avaient moins d’un an. Mai 68, La Belle Ouvrage se veut avant tout un recueil de témoignages sur les faits.

mai-68-la-belle-ouvrage-jean-luc-magneron-critique-film

Un recueil parfaitement orienté politiquement d’ailleurs, ne nous leurrons pas. Le premier titre, Répression, en dit long sur le projet de Jean-Luc Magneron : dénoncer les violences policières lors de la répression des manifestations étudiantes de Mai 68. Le film se présente comme une succession de témoignages, tournés en plans fixes, entrecoupés, de temps à autres, d’images d’archives sur les événements. Des images qui présentent les répressions comme des actes de guerre : voitures brûlées, charges des CRS, grenades lancées contre les étudiants, barricades, etc.

Plus que les images, c’est donc visiblement les paroles qui sont importantes dans ce documentaire. Le film commence par le fameux entretien avec le Général de Gaulle qui vante l’attitude de la police et qualifie les événements « d’anarchie universitaire ». L’action du gouvernement aurait, selon lui, « limité les blessures ». Les témoignages choisis par Magneron auront pour but de démontrer les mensonges de cette intervention présidentielle.

mai-68-la-belle-ouvrage-documentaire-critique-film-jean-luc-magneron

Parmi les témoins, nous trouverons des étudiants, bien entendu, mais aussi des journalistes, des médecins et même un simple passant. Le cinéaste insiste pour obtenir des témoignages précis de faits que les personnes interrogées ont vus de leurs propres yeux ou dont elles ont été victimes : ici, pas de « on-dit », pas de rumeurs, pas de « il paraît que », mais des faits vérifiés et qui, bien souvent, se recoupent.

D’abord, le premier témoin, un journaliste, plante le décor : les étudiants sont pacifiques, ils s’installent sans violence. Il y a, selon lui, une joyeuse « atmosphère de kermesse » : « ça commençait très très bien », affirme-t-il un peu plus tard. Un autre témoin précise même qu’au début, les CRS sont « abasourdis » par la volonté des jeunes. Puis, ce sont finalement les forces de l’ordre qui lancent l’assaut.

Un assaut toujours qualifié de dissymétrique : on nous parle souvent de groupes de 4 ou 5 policiers qui matraquent un étudiant à terre. Et pas que des étudiants d’ailleurs : nous assistons au témoignage d’un simple passant qui a été agressé également, sans la moindre raison, par les CRS (ce qui est confirmé par d’autres témoins).

Autre aspect qui fait l’objet de témoignages concordants : les comités d’accueil dans les commissariats. Les étudiants arrêtés sont obligés de passer devant un groupe de forces de l’ordre (CRS, policiers, gardes mobiles) qui, à tour de rôle, les tabassent à coups de matraque ou de pied dans les parties génitales. Plusieurs témoins parlent aussi de femmes violées.

Les témoignages les plus intéressants sont ceux d’étudiants en médecine. L’un d’eux, Bernard Pons (sans lien avec le ministre de Jacques Chirac), détaille les blessures subies par les victimes qui arrivent aux urgences : des coups entraînant des fractures du crâne, des yeux crevés (ce qui est le cas du dernier témoin interrogé dans le documentaire), mais aussi des problèmes respiratoires liés aux gaz employés par les CRS.

Encore plus intéressant est le témoignage de cet interne en psychiatrie, qui analyse le comportement des policiers : « il y avait tout un jeu qui se faisait autour de la violence. Défoulement, désinhibition de l’agressivité des CRS. »

Globalement, les témoignages sont tous édifiants et passionnants, sauf celui de Julien Besançon, journaliste qui essaie de rester impartial et de renvoyer dos à dos policiers et étudiants. Il est aussi le seul à ne pas témoigner directement de ce qu’il a vu, et le seul à ne pas être dans l’indignation.

Car c’est bel et bien le sentiment qui se dégage de l’ensemble : une indignation, et une urgence à recueillir ces témoignages. Magneron est visiblement animé par la volonté de démonter les propos du général de Gaulle un à un : non, il n’y a pas de « pègre étudiante » ni de « commandos organisés ». On sent qu’un soin tout particulier est pris dans le choix des mots, du vocabulaire employé.

Finalement, le seul vrai reproche que l’on pourrait faire à Mai 68, la Belle Ouvrage (et encore, ce n’est pas vraiment un reproche, puisque la chose était sans doute impossible) : ne pas avoir interrogé quelques policiers, qui auraient pu éventuellement nous dire si l’usage de la force était une obéissance aux ordres hiérarchiques ou si, comme l’indique l’interne en psychiatrie, il s’agit d’un défoulement de violence incontrôlable.

S’il ne fallait retenir qu’une image de ce riche et passionnant documentaire, ce serait celle de cet étudiant insultant un CRS qui n’est autre que son père. Finalement, tout Mai 68 est présent dans cette image, dans cet affrontement inter-générationnel. Commencer par un Général de Gaulle vieillissant, à quelques mois seulement de sa démission, est un symbole très fort. Face à lui, le documentaire ne cesse de nous montrer une jeunesse vivante, inventive, motivée, engagée.

Inédit en salles et en DVD, présenté dans une très belle copie restaurée et en durée longue (2 heures), ce film paraît vite indispensable non pas pour raconter les événements, mais pour nous les faire vivre, nous immerger auprès des étudiants, et pour dénoncer des méthodes policières indignes.

Mai 68, La Belle Ouvrage : bande-annonce

Mai 68, La Belle Ouvrage : fiche technique

Réalisateur : Jean-Luc Magneron
Date de sortie : mai 1969
Genre : documentaire politique
Durée : 117 minutes
Date de reprise, copie longue restaurée : 25 avril 2018
Date de sortie du DVD : 2 mai 2018

France – 1969

Irma la Douce arrête le tapin en DVD et Blu-ray chez les éditions Rimini

Ce mardi 24 avril sort en DVD et Blu-ray dans une nouvelle version remastérisée Irma la Douce. Mis en boîte aux éditions Rimini, le film réalisé en 1963 par le grand Billy Wilder suit Irma « la douce », jeune prostituée française qui, grâce au complot de son amoureux ex-policier, va pouvoir arrêter le tapin.

Synopsis : À Paris, pour sortir de la rue celle qu’il aime, Irma, Nestor, ancien gardien de la paix, n’hésite pas à se déguiser en un certain lord X, gentleman anglais. Ce bon gentleman donne mille francs par semaine à la belle pour jouer au double solitaire avec elle. De quiproquo en quiproquo, lord X et Nestor ne feront plus qu’un pour la plus grande joie d’Irma la très douce…

Au-delà de la carte postale colorée

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Irma la Douce surprend. Déjà visuellement, puisque Wilder filme en couleur (ce qui est plutôt rare car le cinéaste n’aimait pas ça), et quelles couleurs : les tomates n’ont jamais été aussi rouges, les choux aussi verts… Le quartier des Halles relié à la rue où se situe la majorité de l’action est vivace dans ses couleurs et dans leurs mouvements : les viandes sont portées ; les prostituées se vendent à travers de petites actions ou infimes déplacements ; un jet d’eau nettoie la rue chaque matin noyant deux cœurs dessinés au rouge à lèvres sans jamais réussir à noyer la couleur… La reconstitution de Paris de Wilder est digne d’une carte postale picturale. Mais, comme introduit plus haut, la carte postale est en mouvement. Et elle expose des scènes parisiennes que la capitale n’a pas dû apprécier voir à l’écran à l’époque : un réseau de prostitution dans lequel tout le monde semble s’être creusé une place, des flics aux macs, en passant par l’hôtel Casanova et les clients. Wilder présente ainsi une machine économique portée par « l’autre beauté parisienne » cachée derrière la capitale-carte postale que l’on connaît.

irma-la-douce-de-billy-wilder-jack-lemmon-gardien-de-la-paix-naif
Nestor Patou (Jack Lemmon) débarque aux Halles et dans cette rue d’à côté où les trottoirs sont occupées par des prostituées. Naïf, il commence toutefois à douter…

Le cinéaste oppose à ce cynique tableau le consciencieux Nestor Patou, interprété par le brillant Jack Lemmon. Le bonhomme, avant d’être affecté aux Halles, gardait la paix dans un parc dominé par les enfants. Au début de sa nouvelle affectation, Nestor va voir son monde de bien, de mal et de « petit agneau tout blanc » perturbé par ce qu’il va découvrir : le réseau de prostitution bien connu par la police qui y a même une bonne place ; lors de la rafle des prostituées, il se retrouve coincé avec elles, découvrant l’humanité de ses filles loin d’être mauvaises, et aussi son propre désir pour ces corps qui se vendent au gré du client ; il perd son travail le même jour à cause d’un malentendu et devenir le mec/mac d’Irma (formidable Shirley MacLaine) après une folle bagarre. Problème : Irma veut travailler davantage pour rendre son homme heureux, riche, et bien habillé, mais Nestor, amoureux, la veut pour lui tout seul.

Ainsi, d’une carte postale aux couleurs explicites, Wilder nous plonge tel Nestor dans une réalité parisienne toute en nuances dans laquelle le dilemme amoureux devra résister et faire face avec inventivité et bravoure. La dernière partie du film semble embrasser la fiction délurée et irréaliste – pour ne pas dire cartoonesque –, ne pourrait-on interpréter ce changement comme une réponse du cinéma à cette bien plus obscure réalité ? Que ce soit avec passion et une certaine drôlerie ironique dans Certains l’aiment chaud ; lors d’une prise de conscience digne d’un acte de foi dans La Garçonnière ; ou encore avec un soupçon de nostalgie romanesque et amoureuse dans La Vie privée de Sherlock Holmes ; Wilder répond au cynisme et à la noirceur du réel en utilisant finalement la machine cinématographique pour mettre en image une utopie humaniste capable de faire face à tous les maux du monde.

Enfin le long métrage fait son retour vidéo dans une version soignée. Si le début du film est perturbé par une instabilité importante de l’image, la remasterisation est, sur l’ensemble, réussie : les couleurs sont vives avec un contraste nuancé ; et les images sont détaillées avec un léger grain préservé et malgré la présence d’un peu de poussière. Le film est accompagné d’intéressants bonus dont un livret exclusif écrit par Marc Toullec.

Bande-annonce – Irma la Douce

COMPLÉMENTS DES ÉDITIONS DVD & Blu-ray

– Conversation entre les journalistes Mathieu Macheret (Le Monde) et Frédéric Mercier (Transfuge)
– Interview de Laurent Valière (France Culture) à propos de la comédie musicale originale
– Les décors d’Irma la Douce revisités par Didier Naert, peintre architecte.

+ Un livret écrit par Marc Toullec

irma-la-douce-visuel-du-dvd-blu-ray-editions-rimini

Prix de l’édition DVD : 14,99 €

Prix de l’édition Blu-ray : 19,99 €

Le Don Quichotte de Terry Gilliam sera-t-il maudit au Festival de Cannes ?

0

La projection en clôture du Festival de Cannes de L’homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam pourrait être menacée. Le producteur de cette œuvre cinémato-graphique, Paulo Branco, est en conflit depuis des mois avec l’ancien membre des Monty Python.

La malédiction semble toujours planer sur le projet cinématographique qui tient tant au cinéaste Terry Gilliam depuis de nombreuses années, L’homme qui tua Don Quichotte. Le film doit sortir dans les salles obscures dans l’Hexagone le samedi 19 mai. Cette date correspond à la projection du long-métrage dans le cadre de la dernière journée du 71e Festival de Cannes, selon son distributeur Océans Films Distribution.

Un nouveau rebondissement judiciaire pourrait contraindre les plans pour la projection du film. Terry Gilliam serait en conflit avec le producteur Paulo Branco. L’avocat de ce dernier  (son propre fils), Maître Juan Branco, n’exclut pas d’entamer de nouvelles démarches « dans les jours qui viennent ». Paulo Branco est opposé à la projection du film à Cannes , selon son avocat.

C’est une tentative de passage en force dont Thierry Frémaux (le délégué général du festival) se rend complice. On va se retrouver avec une séance de clôture qui risque d’être annulée.

Le film n’avait pas encore de visa d’exploitation, selon les données du Centre national du cinéma (CNC). Ce défaut ne serait pas un frein pour la projection dans le cadre d’un festival.

Le long-métrage réunit les acteurs Adam Driver, Jonathan Pryce, Stellan Skarsgard, Olga Kurylenko, Joana Ribeiro, Rossy de Palma ou bien encore Sergi Lopez.

Le principal problème concerne les droits de L’homme qui tua Don Quichotte. Ils sont au cœur d’un contentieux juridique entre Terry Gilliam et Paulo Branco. Le producteur portugais aux 300 films lui a acheté en avril 2016 ses droits d’auteur-réalisateur, via sa société Alfama Films basée en France. La cour d’appel de Paris rendra sa décision le 15 juin, après avoir examiné l’affaire début avril.

« Les producteurs et les distributeurs rappellent que le contrat qui a lié M. Gilliam et M. Branco a été résilié », selon le président d’Océans Films Distribution, Philippe Aigle, distributeur du film en France, qui se félicitait que le film soit projeté à Cannes.

La suite du contentieux entre Terry Gilliam et Paulo Branco pourrait donc perturber le bon déroulé de l’édition 2018 du Festival de Cannes. La cour d’appel de Paris va sceller le destin du film et l’avenir cannois de Don Quichotte dans les prochains jours.

Cet épisode judiciaire vient prolonger la « malédiction » et la « poisse » qui frappent depuis 18 ans L’homme qui tua Don Quichotte. En 2000, Terry Gilliam avait dû abandonner le tournage de sa libre adaptation de l’ouvrage de Cervantès, en raison notamment des problèmes de dos de l’acteur Jean Rochefort et de pluies torrentielles. Ce fiasco a fait l’objet d’un documentaire Lost in La Mancha (2002).

Vidéo de l’AFP sur le conflit judiciaire entre Paulo Branco et Terry Gilliam :

Bande-annonce de L’homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam :

Cannes 2018 : Le Jury des courts métrages et de la Cinéfondation dévoilé

0

La totalité du Jury des courts métrages et de la Cinéfondation vient d’être officialisée en ce mardi 24 avril 2018.

Le Jury des courts métrages et de la Cinéfondation pour l’édition 2018 du Festival de Cannes est désormais connu dans son intégralité. Ce Jury est composé de trois femmes et de deux hommes.

Présidé par Bertrand Bonello, ce Jury va désigner la Palme d’or du court métrage parmi les huit films sélectionnés en Compétition. Cette récompense sera remise lors de la cérémonie de Clôture du Festival de Cannes, le samedi 19 mai, sur la scène du Grand Théâtre Lumière.

Les cinq membres du Jury vont également décerner trois prix parmi les dix-sept films d’étudiants d’écoles de cinéma présentés dans la Sélection Cinéfondation. Les Prix de la Cinéfondation seront annoncés, le jeudi 17 mai, lors d’une cérémonie Salle Buñuel qui sera suivie de la projection des films primés.

Le Jury 2018 des courts métrages et de la Cinéfondation :

BERTRAND BONELLO – Réalisateur, scénariste et compositeur, français

VALESKA GRISEBACH – Réalisatrice, scénariste et productrice, allemande

KHALIL JOREIGE – Cinéaste et artiste, libanais

ALANTÉ KAVAÏTÉ – Réalisatrice et scénariste, franco-lituanienne

ARIANE LABED – Actrice, française

VALESKA GRISEBACH

Après des études germaniques et de philosophie à Berlin, Munich et Vienne, Valeska Grisebach intègre la Film Academy Vienna au département Réalisation, sous la direction de Peter Patzak, Wolfgang Glück et Michael Haneke. En 2001, son film de fin d’études, Mein Stern, remporte le prix FIPRESCI (Mention spéciale) à Toronto et le Grand Prix du Jury au Festival du film de Turin. Son deuxième long métrage, Sehnsucht, est invité en compétition à la Berlinale (2006) et se fait remarquer dans des festivals internationaux : Prix Spécial du Jury à Buenos Aires (BAFICI), Grand Prix Asturias au Festival de Gijón, Prix Spécial du Jury au Festival de Varsovie… En 2017, son troisième long métrage, Western, est sélectionné au 70e Festival de Cannes à Un Certain Regard et reçoit de nombreuses distinctions à travers le monde.

KHALIL JOREIGE

Khalil Joreige vit et travaille avec Joana Hadjithomas. Autodidactes, ils sont devenus cinéastes et artistes, par nécessité aux lendemains des guerres libanaises, inventant des modes de production singuliers qui alternent en toute liberté les formats, les genres et les mediums. Leurs films sont montrés et primés dans les plus grands festivals internationaux et leurs œuvres artistiques sont exposées dans des musées, biennales ou centres d’art à travers le monde. Ils viennent de remporter le prestigieux prix d’art contemporain Marcel-Duchamp 2017 et sont actuellement en préproduction de leur prochain long métrage. Cofondateur de la société Abbout Productions avec Georges Schoucair, Khalil Joreige est aussi membre du comité du Metropolis Art Cinema qui conçoit actuellement une nouvelle cinémathèque à Beyrouth.

ALANTÉ KAVAÏTÉ

Née en Lituanie, Alanté Kavaïté vit et travaille en France depuis 1992. Diplômée de l’École d’Art d’Avignon, Alanté Kavaïté approfondit son travail autour de l’image et surtout de la vidéo à l’École des Beaux-Arts de Paris (ENSBA). Elle réalise en 2006 son premier long métrage Écoute le temps (Fissures) avec Émilie Dequenne, Ludmila Mikaël et Mathieu Demy. Son second, Summer (The Summer of Sangaile), sorti en salles en 2015 et sélectionné dans une centaine de festivals internationaux (Berlinale, Stockholm, Busan…), reçoit de multiples récompenses dont le prix de la mise en scène à Sundance. Alanté Kavaïté est également co-auteur d’Évolution de Lucile Hadzihalilovic.

ARIANE LABED

Née à Athènes de parents français, Ariane Labed grandit entre la Grèce et l’Allemagne. Elle étudie le théâtre à l’Université de Provence où elle cofonde la compagnie Vasistas et y occupe une place de comédienne, co-metteuse en scène et chorégraphe. Après un projet au Théâtre National d’Athènes, elle fait ses débuts au cinéma en Grèce : Attenberg d’Athina Rachel Tsangari (Prix d’interprétation à la Mostra de Venise 2010), Alps de Yorgos Lanthimos en 2011. Elle mène une carrière internationale : Before Midnight de Richard Linklater, Love Island de Jasmila Žbanić, Fidelio, l’Odyssée d’Alice de Lucie Borleteau (Prix d’interprétation à Locarno), The Lobster de Yorgos Lanthimos. Elle a travaillé avec Guy Maddin, Delphine et Muriel Coulin, Philippe Grandrieux, Justin Kurzel ou bien encore Garth Davis.

Jersey Affair : Crimes et châtiments dans un jardin anglais

Inspiré d’une histoire vraie ayant eu lieu sur l’île de Jersey, Jersey Affair (Beast), le premier long métrage du Britannique Michael Pearce, est un thriller machiavélique dans lequel tout est source d’angoisses et de frissons…

Synopsis : Sur l’île de Jersey, une jeune femme tombe amoureuse d’un homme mystérieux. Cette rencontre la pousse à fuir sa famille tyrannique. Alors que l’homme est soupçonné de plusieurs meurtres, elle le défend aveuglément.

Animal Kingdom

Il y a des films comme ça, qui vous tombent dessus sans crier gare. Malgré un passage au désormais incontournable TIFF (Festival international de Toronto), devenu une véritable antichambre des Oscars, Jersey Affair, le premier long métrage du Britannique Michael Pearce a débarqué dans nos salles sans tambour ni trompette, et là où il s’attendait à une gentille histoire policière comme les Britanniques savent en produire, le spectateur se retrouve face à un film plus complexe qu’il n’y paraît, un film qui va le hanter encore quelque temps après son visionnage.

jersey-affair-michael-pearce-film-critique-jessie-buckley-johnny-flynn-plageAprès un petit prologue qui donne le ton, Moll (incroyable Jessie Buckley), membre de la chorale de ce petit village de Jersey, se faisant humilier en public par sa glaciale mère Hilary (Geraldine James), chef de ladite chorale, le film commence par une scène d’anniversaire un peu laconique. Moll semble aller à reculons à sa propre fête, ne s’y amuse pas du tout, et chacun (sa mère, sa sœur) s’emploie à détourner d’elle l’attention du public. Une première scène qui se termine dans un mini-drame, qui donne déjà à voir l’étendue du malaise (lié à un sombre secret du passé) et du dysfonctionnement dans cette famille. Michael Pearce est énormément aidé par son actrice Jessie Buckley qui épouse toutes les expressions avec des moyens d’autant plus précieux qu’ils sont discrets. La suite du métrage va nous donner entièrement raison au sujet de l’actrice. La violence de ses sentiments lors de sa première rencontre avec Pascal Renouf (Johnny Flynn) est parfaitement et paradoxalement traduite dans la sorte de sidération qu’elle affiche, dans ce petit sourire qui illumine à peine le coin de ses yeux en présence du jeune homme. Un jeu d’actrice maîtrisé avec beaucoup d’intelligence. Pascal est un homme quasi irréel dans son étrangeté et sa marginalité, une bête (comme dans Beast, le titre original du film) dont l’odeur repousse la mère lorsqu’elle n’a plus pu faire autrement que de le rencontrer, la même odeur qui attire sauvagement Moll vers lui. Lorsqu’il s’avère que le jeune homme est en tête de la liste des suspects suite à des meurtres en série de jeunes filles dans l’île, Moll qui a imposé son nouvel amant à la face de sa communauté va le défendre becs et ongles et aveuglément.

jersey-affair-michael-pearce-film-critique-jessie-buckley-johnny-flynn-amourLe cinéaste déroule une mise en scène digne des grands thrillers, anxiogène sans être ostentatoire, puisant la tension dans la vie de tous les jours, alors même que le genre n’est pas tout à fait exactement celui-là. Tout comme dans le récent Third Murder de Hirokazu Kore-Eda, la vérité du film est ailleurs que dans les enquêtes policières. Elle est dans les personnages, dans l’étude de leur réaction face à d’intenses situations de stress, dans le récit de leur affolement progressif, dans la possibilité que la Bête citée dans le titre original du film puisse être n’importe lequel des habitants de l’île impliqués dans l’histoire. Car le sel de cette histoire est la dualité inquiétante qu’ils montrent tous tour à tour. Si Jessie Buckley est admirable de bout en bout, tout le temps sur la crête sans jamais flancher, Flynn, quant à lui,  joue un peu en demi-ton, s’appuyant peut-être un peu trop sur son physique, des yeux maladivement clairs et transparents qui invitent fatalement à penser au trouble du genre de celui du Village des damnés de John Carpenter, des cheveux blonds synonyme d’une innocence que vient contrecarrer une attitude rien moins qu’animale, des cendres plein le cottage, de la boue plein le tapis, des ongles salis d’on ne sait quoi, de terre ou de sang possiblement…

Le spectateur chemine de bout en bout avec des protagonistes qui eux aussi font du chemin, un chemin tortueux très bien dessiné par l’écriture de Michael Pearce, mais également un chemin semé de belles fulgurances visuelles obtenues grâce à la belle palette du chef opérateur Benjamin Kračun ; de vrais beaux plans de cinéma, parfois à la limite d’un kitsch exacerbé par la beauté de l’île de Jersey, si la sincérité du cinéaste n’était pas flagrante. La progression vers la fin du film, intense et plutôt inattendue, s’accomplit dans une fluidité respectable compte tenu de la mince expérience du cinéaste en terme de long métrage. Le parti pris de proposer la totalité du film depuis le point de vue de Moll, la protagoniste, permet réellement de se rendre compte de cette progression et de la manière dont les choses évoluent dans et en dehors de la jeune femme.

jersey-affair-michael-pearce-film-critique-jessie-buckley-johnny-flynn-falaiseJersey Affair pourrait être le début d’une carrière très prometteuse pour le cinéaste Michael Pierce. Un destin qui fut celui de grands cinéastes comme Lanthimos, Zviagentsiev et dans un genre moins récent Spielberg, des cinéastes qui ont posé dès leur premier métrage très réussi comme une signature, comme une évidence. Un nom à suivre de très près donc, et deux acteurs, surtout une magnifique actrice, à ne pas perdre de vue…

Jersey Affair– Bande annonce

Jersey Affair – Fiche technique

Titre original : Beast
Réalisateur : Michael Pearce
Scénario : Michael Pearce
Interprétation : Jessie Buckley (Moll), Johnny Flynn (Pascal), Geraldine James (Hilary), Trystan Gravelle (Clifford), Emily Taaffe (Tamara), Charley Palmer Rothwell (Leigh), Hattie Gotobed (Jade), Shannon Tarbet (Polly)
Musique : Jim Williams
Photographie : Benjamin Kračun
Montage : Maya Maffioli
Producteurs : Kristian Brodie, Lauren Dark, Ivana Mackinnon
Maisons de production : BFI (British Film Institute), Film4
Distribution (France) : Bac Films
Durée : 107 min.
Genre : Drame, Policier
Date de sortie : 18 Avril 2018
Royaume-Uni – 2017
 

My Wonder Women : origine intime de l’héroïne mythique

Un an après la sortie de Wonder Woman, véritable succès au box office, une nouvelle réalisatrice, Angela Robinson, s’attaque à la femme emblématique de l’univers DC. Bien loin du blockbuster, My Wonder Women, production indépendante, s’intéresse non aux origines de la princesse amazone mais à la genèse de sa propre création. En retraçant la vie de l’auteur William Marston, le film apporte un éclairage certain sur la construction de l’héroïne, tout en composant une ode à l’amour et à la liberté.

Inspiré de faits réels, My Wonder Women présente le psychologue et inventeur William Moulton Marston, ayant vécu lors de la première moitié du vingtième siècle. En 1941, en pleine seconde guerre mondiale, il écrit les premières aventures de Wonder Woman, qui connaissent une rapide popularité. Comment l’idée de ce personnage si novateur, souvent même provocateur, est-elle venue dans l’esprit de ce professeur d’université en psychologie ?

Les Marston mènent une existence assez stable. William enseigne les résultats de ses propres travaux alors qu’Elizabeth l’assiste dans ses recherches. Tous deux partagent les mêmes valeurs, en particulier l’émancipation des femmes, surtout depuis qu’Elizabeth n’a pas pu obtenir un diplôme de Harvard faute d’être un homme. Ce quotidien est cependant bouleversé par l’arrivée d’une étudiante, Olive, choisie pour les aider dans leurs expériences scientifiques.

Progressivement, la jeune Olive, sensible et « pure », s’intègre comme un troisième élément fondamental, voire manquant du couple. C’est en effet en partie grâce à ses remarques que le détecteur de mensonges sur  lequel les Marston travaillaient depuis longtemps commence à faire ses preuves. Alors qu’elle apparaît au départ comme un élément de désordre, elle renforce finalement la stabilité de l’union entre William et Elizabeth, en devenant un objet commun d’amour et de désir.

my-wonder-women-luke-evans-rebecca-hall-bella-heathcote-marchent-rue

Par le biais de cette relation hors norme, My Wonder Women défend l’amour libre. Peu importe qui l’on aime, ou comment l’on vit, seuls comptent les sentiments réciproques, personne n’ayant le pouvoir de juger. Cette philosophie de vie des personnages sera pourtant mise à mal car, malgré cet idéal, il est impossible de devenir totalement indifférent aux regards des autres.

Au-delà de cette morale, My Wonder Women permet aux fans comme aux néophytes de mieux appréhender, voire même, d’aimer encore davantage la farouche amazone, demeurant aujourd’hui la plus grande héroïne féminine de comics américains. L’artiste se place toujours dans son œuvre, comme nous l’a brillamment rappelé le récent Blade Runner 2049. Cette vérité s’applique à Wonder Woman avec une force sûrement sous estimée, particulièrement démontrée dans l’approche adoptée par Angela Robinson. Le film donne ainsi de nombreuses clés sur l’élaboration de l’amazone, de son costume grec, son célèbre lasso révélateur de mensonges, sa personnalité et ses méthodes de combat sexuellement suggestives, jusqu’au symbole de féminisme qu’elle est chargée de véhiculer.

Dès sa recherche d’un potentiel éditeur, le professeur Marston ne cache pas ses intentions. Il souhaite promouvoir le mouvement féministe à travers une super héroïne d’un nouveau genre, en apprenant aux hommes à respecter, parfois à se soumettre, à des femmes déterminées et affirmées. Ses propres convictions, partagées par sa femme Elizabeth, mais à l’époque encore marginales, sont alors transmises aux lecteurs comme un message subliminal. Malgré son succès populaire, les aventures de la princesse Diana ne sont pas au goût de tout le monde, en particulier des associations catholiques, qui cherchent à en faire interdire la publication en raison de ses images jugées provocatrices, parfois proches du sadomasochisme.

my-wonder-women-rebecca-hall-bella-heathcote-costume-lasso

L’habitude d’attacher ses rivaux ou de les attirer avec son lasso, pratiquée assez couramment par Wonder Woman, loin d’être une invention, reflète en réalité parfaitement les pratiques sexuelles auxquels s’adonnent en secret William, Elizabeth et Olive. Ces jeux de rôles s’inspirent eux-mêmes de la théorie comportementale de Marston, régissant selon lui les rapports humains et présentée dans le film. Intitulée DISC, elle se résume en quatre mots : dominance, influence, stabilité, conformité. Ce trio amoureux, inimaginable dans la morale de l’époque, aboutit à une double vie et à une mise à l’écart de la société.

My Wonder Women démontre que c’est pourtant cette union fusionnelle qui a donné naissance à l’héroïne. Wonder Woman est en effet dotée des personnalités mélangées des deux femmes du professeur. D’Elizabeth, elle tire la force, la détermination et le courage. D’Olive, elle hérite d’une certaine forme d’innocence et de naïveté. Quant à son apparence, elle correspond à une exposition de toutes les expérimentations de William Marston, qu’elles soient sexuelles ou scientifiques. Le lasso révélateur de vérité, dont dispose la princesse, renvoie directement au détecteur de mensonges inventé par le psychologue, fonctionnant sur la mesure de la tension artérielle. L’idée du costume d’amazone provient d’une boutique d’avant garde, spécialisée dans les accessoires érotiques. Même le choix du métier de secrétaire qu’exerce Diana comme couverture trouve son explication logique !

Comme le résume parfaitement Marston, le public ne voit en Wonder Woman qu’une héroïne de bande dessinée alors que, pour lui, elle représente sa propre vie. Une vie dans laquelle My Wonder Women nous plonge avec une volonté de réalisme, en changeant le regard que l’on pouvait porter sur le personnage.

my-wonder-women-luke-evans-rebecca-hall-assis-marches

Ce professeur Marston est parfaitement incarné par Luke Evans, qui a joué récemment dans La Belle et la Bête et la série policière L’Aliéniste. Rebecca Hall et Bella Heathcote donnent tout à fait le change, si bien que l’on croit rapidement à ce trio amoureux, source de bonheur mais aussi de relations complexes, un exemple idéal de la théorie du DISC.

La construction du récit, pas totalement linéaire, est plutôt intéressante et vivante. Dans le présent, Marston essaie de justifier son œuvre devant ses détracteurs, en racontant des événements passés qui sont progressivement montrés. L’approche reste classique, mais permet d’éviter une pure succession chronologique de faits qui aurait certainement présenté moins d’attraits.

Le point faible de My Wonder Women réside dans sa mise en scène, extrêmement lisse, qui tend à faire de ce film, au traitement pourtant assez original, une œuvre presque trop académique. On aurait pu aussi espérer un meilleur approfondissement des personnages, quitte à rallonger la durée d’une quinzaine de minutes.

My Wonder Women suscite tout de même une certaine fascination, non seulement pour le travail novateur de Marston, mais aussi et surtout, pour la richesse de la réalité insoupçonnée et dissimulée derrière son processus créatif. En dépit de ses défauts, le film parvient à présenter la vie d’une œuvre tout en la reflétant, à travers le point de vue de son créateur, dans l’œuvre d’une vie.

My Wonder Women – Bande-annonce

My Wonder Women – Fiche technique

Titre original : Professor Marston and the Wonder Women
Réalisateur : Angela Robinson
Scénario : Angela Robinson
Interprétation : Luke Evans (William Marston), Rebecca Hall (Elizabeth Marston), Bella Heathcote (Olive Byrne), Connie Britton (Josette Franck), Oliver Platt (M. C. Gaines)
Musique : Tom Howe
Photographie : Bryce Fortner
Montage : Jeffrey M. Werner
Producteurs : Amy Redford, Terry Leonard
Maisons de production : Topple Productions,
Distribution (France) : LFR Films, Boxspring Entertainment, Stage 6 Films
Durée : 110 min
Genre : Drame, biopic
Date de sortie (France) : 18 avril 2018

États-Unis – 2017

Les Ailes du Désir, la caméra aérienne de Wim Wenders

Prix de la mise en scène à Cannes en 1987, Les Ailes du Désir, qui ressort au cinéma le 25 avril, est un très beau film poétique, offrant des images superbes et des scènes mémorables.

Synopsis : Deux anges observent Berlin et sa population. L’un d’eux s’intéresse plus particulièrement à un vieil homme qui raconte le passé, tandis que l’autre tombe amoureux d’une trapéziste. Pour elle, il décide de devenir humain.

Der Himmel über Berlin. Le Ciel au-dessus de Berlin. Le titre original des Ailes du Désir prend tout son sens dès les premières scènes du film. Nos deux anges observent la ville, et nous avec eux, volant au-dessus des immeubles et des rues, observant les passants, nous introduisant dans les appartements sans être remarqués, et surtout entendant les pensées des différents personnages, de tous ces habitants qui constituent la ville.

les-ailes-du-desir-peter-falk-bruno-ganz-critique-film-wim-wenders

En cela, on peut dire sans se tromper que Les Ailes du Désir est avant tout un film sur Berlin. Chez un cinéaste voyageur comme Wenders, le choix d’un lieu pour un film n’est pas seulement le fait d’une recherche esthétique ou d’un caprice scénaristique. Berlin n’est pas uniquement un cadre pour le film. Il en est le personnage principal. Pendant toute une première partie du film, nous allons voyager d’un appartement à l’autre, passer d’un Berlinois à un autre, grâce à une caméra d’une virtuosité extraordinaire (ce qui valut au film un Prix de la mise en scène au festival de Cannes 1987). C’est tout un kaléidoscope qui va se mettre en place sous nos yeux : Berlin en ce jour précis, vu du ciel par le regard d’anges omniscients pouvant s’infiltrer dans les âmes des Berlinois.

Mais le film ne s’occupe pas que du Berlin actuel. C’est sûrement en cela que le choix de la ville fut essentiel : Berlin est aussi un lieu chargé d’histoire et de références culturelles. Au début du film, dans l’avion qui l’emporte dans la grande ville allemande, Peter Falk pense à « Emil Jannings, Kennedy et von Stauffenberg » (le premier était un acteur ayant tourné dans certains films classiques du cinéma allemand des années 20 ; le président Kennedy avait fait son fameux discours « Ich bin ein Berliner » à Berlin le 26 juin 1963 ; et Carl von Stauffenberg était l’officier allemand qui a cherché à assassiner Hitler lors de l’opération Walkyrie). Berlin est un lieu de mémoire, dont le nom reste associé au Nazisme bien sûr, mais aussi à la Guerre Froide. Plusieurs scènes du films ont tournées juste au bord du Mur qui, à l’époque du tournage (1986), séparait encore les secteurs occidentaux et soviétique, dont une séquence capitale, centrale dans l’histoire des Ailes du Désir : le passage du statut d’ange à celui d’humain.

Le Nazisme et la Seconde Guerre Mondiale viennent, quant à eux, par la mémoire d’un Homère moderne, homme immémorial chantant la destruction de Berlin comme l’aède antique avait chanté celle de Troie.

les-ailes-du-desir-wim-wenders-critique-film-bruno-ganz

Enfin, sur le plan culturel, le cinéaste cinéphile qu’est Wenders ne pouvait pas omettre de rendre hommage à l’expressionnisme des années 20, dont il adopte bien souvent l’esthétique, et ce, dès le générique de début.

Ainsi donc, si Les Ailes du Désir reste constamment dans la même ville (ce qui n’est pas si fréquent pour un cinéaste chez qui le voyage tient une place essentielle), c’est donc dans le temps que le film nous transporte. Au Fil du temps, pour reprendre le titre d’un autre film majeur de Wenders.

Et que font ces anges au-dessus de Berlin ?

Ils observent la vie. Une vie que, finalement, ils ne connaissent quasiment pas. Eux qui voient le monde en noir et blanc ne connaissent pas les sensations qui viennent du corps. Ils peuvent certes entendre les pensées et sonder les âmes, mais ils sont incapables de sentir ou toucher. « J’aimerais ne plus seulement survoler, j’aimerais avoir un poids qui abolisse l’illimité et m’attache à la terre », dit Damiel (Bruno Ganz). C’est, pour reprendre le titre du roman de Milan Kundera, une « insoutenable légèreté » qui anime cet ange qui veut devenir humain. Car il comprend qu’en ne voyant que son aspect spirituel, il manque quelque chose d’essentiel à sa compréhension de la vie : l’aspect charnel, sensible, voire sensuel.

les-ailes-du-desir-critique-film-wim-wenders-bruno-ganz-solveig-dommartin-peter-falk

Car Les Ailes du Désir, c’est également un formidable film sur la sensualité. L’incroyable sensualité de Solveig Dommartin, trapéziste aérienne, femme qui devient temporairement un ange pour aller à la rencontre de l’ange qui veut devenir humain. Le film se déroule alors dans cet entre-deux, le long de cette frontière entre la terre et le ciel. Wenders en profite pour nous livrer des séquences absolument sublimes.

Les Ailes du Désir marque la troisième collaboration entre le cinéaste et l’écrivain Peter Handke, après L’Angoisse du Gardien de But au moment du penalty (que Handke avait écrit d’après son propre roman) et Faux Mouvement. Ne pouvant écrire tout le scénario avec Wenders, le romancier a écrit des dialogues et surtout un magnifique poème qui sert de fil rouge au film, « Als das Kind Kind war » (« Quand l’enfant était enfant… »). Pour le reste, Wenders a beaucoup fait appel à l’improvisation (procédé que Peter Falk avait déjà beaucoup pratiqué sous la direction de son ami Cassavetes).

L’ensemble donne un très beau film, poétique, sensible, contemplatif (comme souvent chez Wenders), qui cherche à concilier le ciel et la terre, le corps et l’âme, la légèreté et la pesanteur dans un équilibre parfait. Avec ce film léger et aérien, Wenders ne se contente pas de filmer des anges, il se fait ange.

Les Ailes du Désir : bande-annonce

Les Ailes du Désir  : fiche technique

Titre original : Der Himmel über Berlin
Réalisation : Wim Wenders
Scénario : Wim Wenders, Peter Handke
Interprétation : Bruno Ganz (l’ange Damiel), Solveig Dommartin (la trapéziste Marion), Otto Sander (l’ange Cassiel), Curt bois (le vieux poète), Peter Falk et Nick Cave
Photographie : Henri Alekan
Montage : Peter Przygodda
Musique : Jurgen Knieper
Assistante réalisatrice : Claire Denis
Production : Wim Wenders, Anatloe Dauman
Sociétés de production : Argos Films, Road Movies, Westdeutscher Rundfunk, Wim Wenders Stiftung
Sociétés de distribution : Argos Films
Date de sortie en France : 17 mai 1987
Récompense : Prix de la mise en scène, festival de Cannes 1987
Date de reprise en France : 25 avril 2018
Genre : drame fantastique

RFA- 1987

Cannes 2018 : Lars Von Trier revient sur la Croisette, Don Quichotte de Terry Gilliam en clôture

0

La 71e édition du Festival de Cannes complète sa Sélection officielle avec 10 films, parmi les ajouts en compétition, on trouvera Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez (avec Vanessa Paradis), et les très attendus longs-métrages, The House That Jack Built du réalisateur danois Lars von Trier, présenté hors compétition, alors que L’Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam sera projeté lors de la cérémonie de clôture le 19 mai.

L’enfant terrible Lars von Trier de nouveau bienvenu sur la croisette

Pierre Lescure, président du Festival, et son conseil d’administration ont décidé le retour de Lars von trier, banni depuis sept ans, Palme d’or 2000, en Sélection officielle pour Dancer in the Dark. En 2011, venu présenté son film Melancholia en compétition pour lequel l’Américaine Kirsten Dunst remporta le prix de la meilleure interprétation féminine, le réalisateur est déclaré persona non grata sur la Croisette, suite à des propos polémiques tenus lors d’une conférences de presse. Son nouveau film The House That Jack Built (avec Uma Thurman, Bruno Ganz, Sofia Grabol, Riley Keough, la petite-fille d’Elvis Presley), suit les traces d’un serial killer interprété par l’acteur américain Matt Dillon, sera projeté Hors Compétition, indique le célèbre Festival international du cinéma dans un communiqué.

Don Quichotte le film maudit de Terry Gilliam en clôture

Le cinéaste a passé près de vingt ans sur ce projet, après un premier tournage avorté en 2000 et divers déboires qui ont fait l’objet d’un documentaire intitulé Lost in La Mancha en 2002, le film a failli ne pas sortir en raison d’un conflit avec le producteur Paulo Branco, finalement résolu début avril. « Il fallait la magie du Festival de Cannes pour rompre le sortilège et présenter enfin au monde entier ce film mythique, attendu avec ferveur depuis plus de 20 ans« , se sont félicités jeudi les producteurs et distributeur du film. Au générique de The Man Who Killed Don Quixote, on retrouve Olga Kurylenko, Adam Driver et Jonathan Pryce, l’œuvre sera projeté en clôture le 19 mai et sortira en même temps en France.

21 films en lice pour la Palme d’or

L’édition 2018 qui débute le 8 mai compte désormais 21 longs-métrage, dont trois films en compétition Ayka de Sergey Dvortsevoy (reparti avec le prix Un Certain Regard en 2008 pour Tulpan), Ahlat Agaci/The Wild Pear Tree/Le Poirier sauvage, l’histoire d’un homme qui rêve d’être écrivain et retourne dans son Anatolie natale du Turc Nuri Bilge Ceylan, Palme d’or 2014 avec Winter Sleep et Un couteau dans le cœur du Français Yann Gonzalez, (un second long métrage 5 ans après Les rencontres d’après minuit), sur une productrice de porno gay.

festival-cannes-2018-selection-hors-competiton-un-certain-regard-competition-films-Don-Quichotte-de-Terry-Gilliam-The-House-That-Jack-Built-Lars-von-Trier-avec-matt-dillon
La sélection officielle en Compétition pour la Palme d’or (présidé par Cate Blanchett)

Côté Un Certain Regard

Dans la section Un Certain Regard 2018, 3 films complètent la sélection :

Muere, Monstruo, Muere (Meurs, monstre, meurs) de l’argentin Alejandro Fadel : Fin de l’hiver, une tempête de neige s’abat sur la Cordillère des Andes.
Les corps de plusieurs femmes décapitées sont retrouvés près d’un poste frontière isolé, au pied de la montagne. Un homme, David, porté disparu depuis des jours, est recherché en vain par la Police Rurale.

Chuva E Cantoria Na Aldeia Dos Mortos (The Dead and the Others / Les Morts et les autres) du portugais João Salaviza et de la brésilienne Renée Nader Messora

Donbass de l’ukrainien Sergey Loznitsa le réalisateur d’Une femme douce, présenté l’an dernier en compétition, fera l’ouverture le mercredi 9 mai : « Quand on appelle “paix“ la guerre, quand la propagande est présentée comme la vérité, quand on appelle “amour“ la haine, c’est là que la vie même commence à ressembler à la mort. Le Donbass survit. Manuel pratique de l’enfer. »

Séance Spéciale

Le film d’animation Another day of life de Damian Nenow et Raul De La Fuente.

Fahrenheit 451 en séance de minuit

festival-cannes2018-Fahrenheit-451-film-Ramin-Bahrani-en-Seance-de-MinuitLes festivaliers pourront voir la nouvelle adaptation du roman culte Ray Bradbury Fahrenheit 451, celle de l’américain Ramin Bahrani avec Sofia Boutella, Michael B. Jordan et Michael Shannon, plus de 50 après celle de François Truffaut.

Un documentaire de l’écossais Kevin Macdonald sur la chanteuse Whitney Houston.

 

La Révolte des Cipayes, de Laslo Benedek, en DVD et Blu-Ray

Amateurs de films d’aventure hollywoodiens à l’ancienne, voici une bonne nouvelle : la sortie, pour la première fois en DVD et Blu-Ray, chez ESC Distribution, de La Révolte des Cipayes, de Laslo Benedek, avec Rock Hudson.

Synopsis : 1856. L’Inde est entre les mains des Britanniques depuis un siècle. Au Nord-Est, les Fusiliers du Bengale, compagnie où des soldats indiens sont commandés par des officiers britanniques, assiègent un fort où se sont retranchés les rebelles de Siri Nath. Parmi ces officiers, le capitaine Jeff Claybourne est particulièrement apprécié de ses hommes, qu’il traite avec respect.

la-révolte-des-cipayes-laslo-benedek-rock-hudson-actu-sortie-dvd

C’est juste après son grand succès, L’équipée sauvage (le film où Marlon Brando tenait le rôle d’un motard, avec blouson noir et grosse cylindrée), que Laslo Benedek se voit confier cette adaptation d’un roman de Hall Hunter inspiré de faits réels. Ces faits, comme on l’apprend dans un très bon entretien en complément de programme avec la romancière et philosophe Catherine Clément, constituent donc le premier acte de la guerre de décolonisation des Indes britanniques : des soldats hindous et musulmans se révoltent contre leurs officiers, et les Occidentaux en général. Le conflit durera un an et demi.

La Révolte des Cipayes, pour commencer, contient tout le charme de ces films d’aventure hollywoodiens se déroulant en Inde. Il s’inscrit dans la droite ligne des Trois lanciers du Bengale (de Henry Hathaway avec Gary Cooper) et Gunga Din (le film qui a inspiré Indiana Jones et le Temple Maudit, d’après un poème de Rudyard Kipling, réalisé par George Stevens, avec Cary Grant).

On y trouve donc, pêle-mêle : des fusillades, des danses colorées, un rajah mystérieux dans son palais somptueux, une jungle où l’on chasse le tigre, des marais brumeux où l’on ne peut pas voir l’ennemi arriver, des mendiants dans la poussière, un fort retranché dans les montagnes, etc. Tout ce qui fait le charme de ce genre de film est réuni ici.

la-révolte-des-cipayes-actu-sortie-dvd-laslo-benedek-rock-hudson

Bien entendu, pour avoir un film d’aventure digne de ce nom, il faut donc un aventurier, un héros. Ici, c’est un capitaine, Jeff Claybourne, interprété par Rock Hudson. C’est là que les comparaisons avec les glorieuses références du film d’aventure à l’indienne arrive à ses limites : l’acteur n’est pas forcément à son mieux ici, moins convaincant en héros invincible et bon qu’il ne le fut, la même année, dans le somptueux mélodrame de Douglas Sirk, Le Secret magnifique. Cependant, dans les moments plus dramatiques, il parvient à apporter une certaine profondeur non négligeable à son personnage.

la-révolte-des-cipayes-rock-hudson-laslo-benedek-actu-sortie-dvd

Il faut dire que ce Jeff Claybourne est le héros rempli de qualités, tel que Hollywood les adorait. Il est courageux, il a le sens du sacrifice, il est séduisant, et surtout (c’est là son aspect le plus intéressant) il est un grand connaisseur de l’Inde, des rites, de la bienséance et de la politesse de la population indienne. Dès le début, il se démarque des autres officiers, qui considèrent les Indiens comme de la piétaille sans intérêt sacrifiable à l’envi. Il respecte les autochtones, ce qui lui attache leur respect en retour. Ainsi, il ira même jusqu’à défendre leur cause au sujet des cartouches.

Très court (un peu plus de 80 minutes seulement), La révolte des Cipayes est un film passionnant, le rythme est soutenu. Le travail de restauration nous offre une image splendide, rendant hommage à un Technicolor idéal pour retranscrire le charme exotique de cette Inde fantasmée.

Le film est proposé avec une brève présentation (un peu moins de deux minutes) et surtout un excellent entretien avec Catherine Clément, qui permet de remettre l’œuvre dans son contexte historique. On y apprend, entre autres, que l’affaire des graisses employées sur les cartouches est authentique, et la philosophe nous parle aussi de Karl Marx, correspondant de guerre en Inde, ou de la passion de la Reine Victoria pour l’Inde.

la-révolte-des-cipayes-rock-hudson-sortie-dvd-laslo-benedek

Caractéristiques :

Format : 1.85
langues : anglais mono/français mono
Sous-titres français
Durée : DVD : 83 minutes / Blu-Ray : 87 minutes
Compléments de programme :
Présentation par Linda Tahir (1mn 49)
« Inde ! La première guerre d’indépendance » par Catherine Clément (22 minutes)

Cannes 2018 : Le jury de la 71ème édition enfin dévoilé

Le Festival de Cannes a dévoilé ce matin qui sera aux côtés de Cate Blanchett pour juger de la Palme d’Or de la 71ème édition : ce jury ne passe pas inaperçu.

Comme à son habitude, le Festival a une fois encore choisi un jury cinq étoiles composé de quatre hommes, quatre femmes et la Présidente Cate Blanchett. Une semaine après avoir dévoilé la liste des films en compétition, c’est l’information que tout le monde attendait. Parmi les jurés donc, il y aura deux français, l’actrice Léa Seydoux habituée de la Croisette et le réalisateur Robert Guédiguian dont le dernier film La Villa avait enchanté la critique. À leurs côtés, on retrouvera la star américaine Kristen Stewart, venue présenter Personal Shopper d’Olivier Assayas en 2016, et le réalisateur canadien Denis Villeneuve, récemment auréolé de succès aux Oscars pour Blade Runner 2049. Andrey Zvyagintsev sera aussi de la partie, après avoir remporté le Prix du Jury l’an passé pour son film Loveless. La réalisatrice et productrice américaine Ava DuVernay, l’acteur chinois Chang Chen (notamment connu pour son rôle dans Happy Together) et la compositrice Khadja Nin s’ajoutent également à cette belle liste de jurés.

Il ne reste plus qu’à attendre le 19 mai pour savoir quel film sera primé par ce jury. Pour rappel, on retrouve notamment en compétition Jean-Luc Godard, Spike Lee, Christophe Honoré, Alice Rohrwacher, Eva Husson, Stéphane Brizé ou encore Asghar Farhadi qui projettera son film en ouverture.

Jury de la Compétition Officielle du Festival de Cannes 2018 : 

Cate Blanchett (Présidente) : Actrice et Productrice Australienne

Chang Chen : Acteur Chinois (Happy Together, Le Tigre accroupi, The Assassin…)

Ava DuVernay : Écrivain américain, Réalisateur, Producteur (Selma, 13th…)

Robert Guédiguian : Réalisateur, Scénariste, Producteur français (La Villa, Marius et Jeannette,  Les neiges du Kilimandjaro) 

Khadja Nin : Auteure, Compositrice, Chanteuse Burundaise

Léa Seydoux : Actrice Française (La belle personne, La vie d’Adèle, Grand Central…)

Kristen Stewart : Actrice Américaine (Sur la route, Personal Shopper, Café Society…)

Denis Villeneuve : Réalisateur Canadien, Écrivain (Blade Runner 2049, Premier ContactSicario, Incendies…)

Andrey Zvyagintsev : Réalisateur Russe, Écrivain (Loveless, Leviathan…)

The disaster artist : ma vie avec Tommy Wiseau

C’est auréolé du buzz engendré par le film de James Franco que débarque dans nos librairies sous l’égide des éditions Carlotta la traduction française de The Disaster Artist. Soit le livre qui retrace le tournage du fameux The Room (aka « le film le plus nul de tout les temps »). De quoi offrir un regain d’intérêt au culte entourant la chose et au mystère entourant Tommy Wiseau, son sulfureux auteur dont le présent ouvrage brosse un portrait bien peu flatteur. Et ce, bien qu’il ait été coécrit avec Greg Sestero, son meilleur ami et accessoirement homme de l’ombre de l’objet du long-métrage.

Sans pitié et sans complexes

Relatant les souvenirs de sa relation chaotique avec Wiseau au sein d’une structure en flash-back passant du tournage ubuesque de The Room et les débuts d’une amitié dysfonctionnelle, The Disaster Artist n’est pas vraiment conçu comme une stèle à l’effigie du réalisateur controversé. Personnage résolument bigger than life dont la mystique autoentretenue se prêtait à une caractérisation romanesque, Tommy Wiseau est ici promptement dégagé du piédestal fictionnel sur lequel il aime se jucher.   Asocial caractériel, menteur invétéré, acteur raté, manipulateur compulsif, réalisateur inepte et abusif, névrosé erratique, lunatique dangereux… Le gaillard ne sort pas vraiment grandi du livre de Greg Sestero et Tom Bissell, qui ramènent Wiseau à sa médiocrité toute pathétique, à laquelle il essaie vainement d’échapper.

A tel point que les quelques qualités qui lui sont concédées ici et là résonnent comme des compromis passés avec la rancœur de Sestero. Ce qui n’est d’ailleurs pas sans poser problème de lecture, tant il est impossible dans un premier temps de comprendre ce qui motive Sestero à s’accrocher avec le personnage qu’il étrille à longueur de pages. L’entreprise manque même de devenir franchement antipathique, tant le livre fait passer l’objet du scandale (Wiseau donc) pour un sombre loser et Sestero pour un opportuniste qui prend la nullité du premier comme un marchepied pour s’élever de sa propre ineptie. Certes, on trouve bien de quoi se délecter ici et là avec les anecdotes hallucinantes délivrées par Sestero sur le tournage de The Room et le comportement de Wiseau. Reste que la péripétie sensationnaliste, aussi croustillante soit-elle ne saurait constituer une technique d’écriture en soi (à moins que Morandini n’ait repris le flambeau de Bernard Pivot sans le dire à personne).

the-disaster-artist-livre-tommy-wiseau-greg-sestero
Tommy Wiseau et Greg Sestero, des amis effectivement très proches

Je t’aime, moi non plus

 De fait, il faut s’accrocher quelques dizaines de pages pour dépasser l’impression désagréable d’être pris à parti dans un règlement de comptes entre never-been du showbiz, et détecter l’ambivalence diffuse derrière le pamphlet vindicatif. A mesure que l’on avance dans la lecture, le curseur du lecteur se détache progressivement des frasques du premier pour se tourner vers le regard du second, victime/complice qui reste à ses côtés quand tous (y compris ses proches) lui conseille de partir. La trame de The disaster artist tient alors sur ce que l’auteur confesse du bout de la plume et narre entre les lignes, cette certitude refoulée à laquelle il essaie de faire face dans l’écriture. A savoir la conscience d’être pris dans une relation profondément sadomasochiste et abusive, ou la fascination et la répulsion sont à ce point entrelacées qu’on ne peut jamais les séparer.

C’est dans cet écart entre notre pulsion de rejet de Wiseau, et la persistance avec laquelle Sesteros s’accroche à lui qu’émerge le point d’ancrage du lecteur. Il faut reconnaitre à Sesteros l’honnêteté de vider son sac sans essayer de garder quelque chose. Un peu comme celui qui accable son ex de tous les maux avant de remettre le couvert le lendemain. The disaster Artist n’est pas un pamphlet virulent, mais un acte d’amour-vache. Ce n’est pas un livre sur Tommy Wiseau, dont l’aura survit paradoxalement au livre dans la mesure où elle se nourrit sur les ruines de ses accomplissements, ni même la chronique d’un tournage catastrophe. C’est une introspection déguisée, où l’auteur essaie de mettre son propre masochisme en abyme. Nul doute qu’il n’en a pas finit avec les questions posées ici…

EDITIONS CARLOTTA FILMS AVEC LA COLLABORATION DE PANIC CINEMA ET DE CHROMA

PARUTION LE 23 JANVIER 2018 THE DISASTER ARTIST « Ma vie avec The Room, le film le plus génialement nul de l’histoire du cinéma »

the-disaster-artist-livre-edition-carlotta
THE DISASTER ARTIST Un livre de Greg Sestero & Tom Bissell Une aventure incroyable racontée par l’acteur Greg Sestero ou comment un personnage hors du commun, Tommy Wiseau, va réaliser le film le plus mauvais de l’histoire du cinéma… et le plus culte !