The disaster artist : ma vie avec Tommy Wiseau

C’est auréolé du buzz engendré par le film de James Franco que débarque dans nos librairies sous l’égide des éditions Carlotta la traduction française de The Disaster Artist. Soit le livre qui retrace le tournage du fameux The Room (aka « le film le plus nul de tout les temps »). De quoi offrir un regain d’intérêt au culte entourant la chose et au mystère entourant Tommy Wiseau, son sulfureux auteur dont le présent ouvrage brosse un portrait bien peu flatteur. Et ce, bien qu’il ait été coécrit avec Greg Sestero, son meilleur ami et accessoirement homme de l’ombre de l’objet du long-métrage.

Sans pitié et sans complexes

Relatant les souvenirs de sa relation chaotique avec Wiseau au sein d’une structure en flash-back passant du tournage ubuesque de The Room et les débuts d’une amitié dysfonctionnelle, The Disaster Artist n’est pas vraiment conçu comme une stèle à l’effigie du réalisateur controversé. Personnage résolument bigger than life dont la mystique autoentretenue se prêtait à une caractérisation romanesque, Tommy Wiseau est ici promptement dégagé du piédestal fictionnel sur lequel il aime se jucher.   Asocial caractériel, menteur invétéré, acteur raté, manipulateur compulsif, réalisateur inepte et abusif, névrosé erratique, lunatique dangereux… Le gaillard ne sort pas vraiment grandi du livre de Greg Sestero et Tom Bissell, qui ramènent Wiseau à sa médiocrité toute pathétique, à laquelle il essaie vainement d’échapper.

A tel point que les quelques qualités qui lui sont concédées ici et là résonnent comme des compromis passés avec la rancœur de Sestero. Ce qui n’est d’ailleurs pas sans poser problème de lecture, tant il est impossible dans un premier temps de comprendre ce qui motive Sestero à s’accrocher avec le personnage qu’il étrille à longueur de pages. L’entreprise manque même de devenir franchement antipathique, tant le livre fait passer l’objet du scandale (Wiseau donc) pour un sombre loser et Sestero pour un opportuniste qui prend la nullité du premier comme un marchepied pour s’élever de sa propre ineptie. Certes, on trouve bien de quoi se délecter ici et là avec les anecdotes hallucinantes délivrées par Sestero sur le tournage de The Room et le comportement de Wiseau. Reste que la péripétie sensationnaliste, aussi croustillante soit-elle ne saurait constituer une technique d’écriture en soi (à moins que Morandini n’ait repris le flambeau de Bernard Pivot sans le dire à personne).

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Tommy Wiseau et Greg Sestero, des amis effectivement très proches

Je t’aime, moi non plus

 De fait, il faut s’accrocher quelques dizaines de pages pour dépasser l’impression désagréable d’être pris à parti dans un règlement de comptes entre never-been du showbiz, et détecter l’ambivalence diffuse derrière le pamphlet vindicatif. A mesure que l’on avance dans la lecture, le curseur du lecteur se détache progressivement des frasques du premier pour se tourner vers le regard du second, victime/complice qui reste à ses côtés quand tous (y compris ses proches) lui conseille de partir. La trame de The disaster artist tient alors sur ce que l’auteur confesse du bout de la plume et narre entre les lignes, cette certitude refoulée à laquelle il essaie de faire face dans l’écriture. A savoir la conscience d’être pris dans une relation profondément sadomasochiste et abusive, ou la fascination et la répulsion sont à ce point entrelacées qu’on ne peut jamais les séparer.

C’est dans cet écart entre notre pulsion de rejet de Wiseau, et la persistance avec laquelle Sesteros s’accroche à lui qu’émerge le point d’ancrage du lecteur. Il faut reconnaitre à Sesteros l’honnêteté de vider son sac sans essayer de garder quelque chose. Un peu comme celui qui accable son ex de tous les maux avant de remettre le couvert le lendemain. The disaster Artist n’est pas un pamphlet virulent, mais un acte d’amour-vache. Ce n’est pas un livre sur Tommy Wiseau, dont l’aura survit paradoxalement au livre dans la mesure où elle se nourrit sur les ruines de ses accomplissements, ni même la chronique d’un tournage catastrophe. C’est une introspection déguisée, où l’auteur essaie de mettre son propre masochisme en abyme. Nul doute qu’il n’en a pas finit avec les questions posées ici…

EDITIONS CARLOTTA FILMS AVEC LA COLLABORATION DE PANIC CINEMA ET DE CHROMA

PARUTION LE 23 JANVIER 2018 THE DISASTER ARTIST « Ma vie avec The Room, le film le plus génialement nul de l’histoire du cinéma »

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THE DISASTER ARTIST Un livre de Greg Sestero & Tom Bissell Une aventure incroyable racontée par l’acteur Greg Sestero ou comment un personnage hors du commun, Tommy Wiseau, va réaliser le film le plus mauvais de l’histoire du cinéma… et le plus culte !

 

 

 

 

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Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

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