Accueil Blog Page 535

Cannes 2018 : La Quinzaine des Réalisateurs s’offre Isabelle Adjani, Nicolas Cage et Gaspar Noé

Créé dans la foulée des événements de mai 68 comme alternative au festival de Cannes, jugé trop académique, la Quinzaine des Réalisateurs n’a de cesse, depuis ses débuts, de faire découvrir au grand public les œuvres de cinéastes talentueux et moins connus. Cette année encore, du 9 au 19 mai, elle nous propose une programmation riche, avec des films venus du monde entier.

En tout le festival présentera 21 longs métrages et 10 courts-métrages, la majeure partie en avant première mondiale. Il s’ouvrira sur Pájaros de verano (Les Oiseaux de passage) des colombiens Ciro Guerra et Cristina Gallego sur la naissance des cartels de drogue en Colombie, et sera clôturé par Troppa Grazia, une comédie de l’italien Gianni Zanasi.
Si la sélection est principalement composée de fictions, le public cannois pourra néanmoins y découvrir le documentaire Samouni Road, de l’italien Stefano Savona, sur une communauté de fermiers aux abords de Gaza, en Palestine, ainsi que Our Song to War de Juanita Onzaga et Skip Day de Patrick Bresnan & Ivette Lucas.

La Quinzaine présentera également les premiers longs-métrages de deux réalisatrices : Joueurs de Marie Monge et Carmen y Lola de Arantxa Echevarria qui présente l’histoire d’amour de deux jeunes femmes gitanes en Espagne.

La production française est largement représentée avec le nouveau film de Gaspard Noé (Love, Irréversible), Climax, et Le Monde est à toi avec Isabelle Adjani, le second long-métrage de Romain Gavras, fils du cinéaste Costa Gavras, l’un des fondateurs de la Quinzaine des Réalisateurs. Nous pourrons également y découvrir la comédie de Pierre Salvadori En Liberté ! ainsi que le drame Amin de Philippe Faucon, déjà largement récompensé pour son film précédent Fatima.

Bande-annonce : Isabelle Adjani et Vincent Cassel réunis dans Le Monde est à toi de Romain Gavras

Côté courts-métrages la programmation est tout aussi variée entre les films d’animation La Nuit des Sacs Plastiques de Gabriel Harel et Le Sujet de Patrick Bouchard, les documentaires déjà cités de Juanita Onzaga et de Patrick Bresnan ou encore La Chanson, le court métrage déjanté de Tiphaine Raffier sur fond de reprises d’ABBA.

Sélection longs métrages de la Quinzaine des Réalisateurs 2018 :

« On va beaucoup parler espagnol cette année », souligne Edouard Waintrop, le délégué général lors de la conférence de presse présentant cette 50e sélection.

Pájaros de verano (Les Oiseaux de passage) – Ciro Guerra, Cristina Gallego (Colombie/Danemark/Mexique) (film d’ouverture)

Amin – Philippe Faucon (France)
Climax – Gaspar Noé (France)
Carmen y Lola – Arantxa Echevarria (Espagne)
Buy Me a Gun – Julio Hernández Cordón (USA)
Les Confins du Monde – Guillaume Nicloux (France)
El motoarrebatador – Agustín Toscano
En Liberté ! – Pierre Salvadori (France)

Joueurs (Treat me Like Fire) – Marie Monge (France)
Leave No Trace – Debra Granik (USA)
Los Silencios- Beatriz Seigner (Brésil/France/Colombie)
The Pluto Moment (Ming Wang Xing Shi Ke) – Ming Zhang (Chine)
Mandy – Panos Cosmatos (USA/Belgique)

Mirai – Mamoru Hosoda (Japon)
Le Monde est à toi [+] – Romain Gavras (France/Espagne)
Petra – Jaime Rosales (Espagne/France)
Road – Stefano Savona (Italie/France)
Teret (The Load) – Ognjen Glavonic (Serbie/France/Croatie/Iran/Qatar)
Weldi (Moncher Enfant) – Mohamed Ben Attia (Tunisie/Belgique/France)
Troppa grazia – Gianni Zanasi (Italie) (film de clôture)

Sélection courts-métrages de la la Quinzaine des Réalisateurs 2018 :

Basses – Félix Imbert (France)
La Chanson- Tiphaine Raffier (France)
La lotta – Marco Bellocchio (Italie)
Las cruces – Nicolas Boone (France)
La Nuit des Sacs Plastiques – Gabriel Harel (France)
The Orphan – Carolina Markowicz (Brésil)
Our Song to War – Juanita Onzaga (Belgique)
Ship Day – Patrick Bresnan, Ivette Lucas (France)
Le Sujet – Patrick Bouchard (France)

Ce Magnifique Gâteau ! – Emma De Swaef, Marc Roels (Belgique)

Cette année, la Quinzaine des Réalisateurs, section parallèle du Festival de Cannes, dévoile un programme très alléchant, et s’offre des stars comme Isabelle Adjani, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Devos, Pio Marmaï, Tahar Rahim, Nicolas Cage, Ben Foster, Gérard Depardieu, Adèle Haenel… Martin Scorsese 75 ans, sera également honoré lors d’une journée exceptionnelle le 9 mai par le prix du Carosse d’or,

Auteur : Clara Paumé

Cannes 2018 : La sélection de la Semaine de la critique enfin dévoilée !

0

Après la Sélection officielle du Festival de Cannes, la 57e Semaine de la critique vient de dévoiler, ce lundi, sa programmation pour l’année 2018. Parmi ces œuvres venues du monde entier, les films d’ouverture et de fermeture sont particulièrement attendus.

La 57e Semaine de la critique s’annonce d’ores et déjà comme une ode aux films européens. Cette année sept premiers films seront projetés. Cette section parallèle du Festival de Cannes, consacrée à la découverte de nouveaux talents, se déroule du 9 au 17 mai. La cuvée 2018 met en valeur le cinéma européen avec des films de nationalité belge, polonaise, islandaise, suisse et hongroise.

Le jury est présidé cette année par le réalisateur norvégien Joachim Trier. Il est accompagné par les comédiens Nahuel Perez Biscayart et Chloë Sevigny, le journaliste Augustin Trapenard et par la directrice du Festival du film de Vienne, Eva Sangiorgi. Ce jury remettra trois prix : pour un film ainsi que pour un acteur et une actrice, considérés comme des révélations.

En clôture, l’acteur et humoriste Alex Lutz viendra présenter Guy, un faux documentaire sur un chanteur populaire dont la carrière commence à battre de l’aile.

Longs-métrages en compétition dans le cadre de la 57e Semaine de la critique :

Chris the Swiss d’Anja Kofmel : Croatie, janvier 1992. En plein conflit yougoslave, Chris, jeune journaliste suisse, est retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances. Il était vêtu de l’uniforme d’une milice étrangère. Anja Kofmel était sa cousine. Petite, elle admirait ce jeune homme ténébreux. Devenue adulte, elle décide d’enquêter pour découvrir ce qui s’est passé et comprendre l’implication réelle de Chris dans un conflit manipulé par des intérêts souvent inavoués.

Dimantino de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt : Diamantino, icône absolue du football, est capable à lui seul de déjouer les défenses les plus redoutables. Alors qu’il joue le match le plus important de sa vie, son génie n’opère plus. Sa carrière est stoppée net, et la star déchue cherche un sens à sa vie. Commence alors une folle odyssée, où se confronteront néo-fascisme, crise des migrants, trafics génétiques délirants et quête effrénée de la perfection.

Egy Nap de Zsófia Szilágyi : Anna a la quarantaine, trois enfants, un mari, un emploi et des soucis financiers. Elle passe son temps à courir, entre le travail, la maison et les enfants. Elle essaie de joindre son mari. Il faut absolument qu’elle lui parle. Elle est en train de le perdre, elle le sent. Mais elle est happée par le rythme frénétique de sa journée. Le quotidien, la monotonie se heurte à la fragilité, à ce que l’on ne peut pas recommencer.

Fuga de Agnieszka Smoczyńska : Alicja a perdu la mémoire et elle ignore comment elle en est arrivée là. En deux ans, elle parvient à se reconstruire : changée, indépendante, loin de chez elle. Elle ne souhaite pas se remémorer le passé. Alors, quand sa famille la retrouve, elle est contrainte d’endosser le rôle de mère, de fille et de femme, entourée de personnes qui semblent être de parfaits étrangers. Que reste-t-il lorsqu’on oublie que l’on a aimé quelqu’un ? Est-ce nécessaire de se souvenir du sentiment amoureux pour être heureux ?

Kona fer í stríð (Woman at War) de Benedikt Erlingsson : Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…

Sauvage de Camille Vidal-Naquet : Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort.

Sir de Rohena Gera : Ratna est domestique chez Ashwin, le fils d’une riche famille de Mumbai. En apparence la vie du jeune homme semble parfaite, pourtant il est perdu. Ratna sent qu’il a renoncé à ses rêves. Elle, elle n’a rien, mais ses espoirs et sa détermination la guident obstinément. Deux mondes que tout oppose vont cohabiter, se découvrir, s’effleurer..

Film d’ouverture de la 57e édition de la semaine de la critique :

Wildlife de Paul Dano : Dans les années 60, Joe, un adolescent de 14 ans, assiste impuissant à la lente dégradation des rapports entre son père et sa mère.

Film de clôture :

Guy d’Alex Lutz : Gauthier, un jeune journaliste, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire.

Séances spéciales longs-métrages :

Nos Batailles de Guillaume Senez : Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura, sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin : Zachary, 17 ans, sort de prison. Rejeté par sa mère, il traine dans les quartiers populaires de Marseille. C’est là qu’il rencontre Shéhérazade…

Festival de Cannes 2018 : La programmation de la 26e édition de l’ACID

0

Les cinéastes de l’ACID (l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) vont présenter à Cannes neuf longs métrages sur la Côte d’Azur. En plus de la programmation classique, une séance spéciale « ACID Patrimoine » et un focus sur le cinéma portugais, l’ACID TRIP #2 Portugal, sont prévus.

Neuf films, dont huit premiers longs, seront présentés cette année et accompagnés par les cinéastes de l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) et les équipes des films en parallèle du Festival. Pour cette édition 2018, parmi les onze cinéastes accueillis à l’ACID, sept sont des femmes.

En 1992, 180 cinéastes signent un manifeste intitulé « Résister ». Dans la foulée, ils créent l’ACID ou Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion. Depuis 1993, l’ACID a sa propre programmation au Festival de Cannes. Elle y montre 9 longs métrages, choisis par une quinzaine de cinéastes de l’association, parmi plusieurs centaines de films en provenance du monde entier.

L’ACID est une association née en 1992 de la volonté de cinéastes de s’emparer des enjeux liés à la diffusion des films, à leurs inégalités d’exposition et d’accès aux programmateurs et spectateurs. Ils ont très tôt affirmé leur souhait d’aller échanger avec les publics et revendiqué l’inscription du cinéma indépendant dans l’action culturelle de proximité.

Dans un marché cinématographique où les 10 premiers films occupent chaque semaine 93% des écrans, les cinéastes de l’ACID soutiennent et accompagnent chaque année une vingtaine de nouveaux longs métrages réalisés par d’autres cinéastes, français ou internationaux. Choisir ces films, c’est pour eux se poser la question du renouvellement et de la pluralité des regards en donnant de la visibilité à des œuvres insuffisamment diffusées, et en proposant une alternative à l’hyperconcentration et au regard unique.

L’édition 2018 promet donc une belle dose d’évasion et de découvertes.

Ausculter le monde, trouver au fond de soi le geste le plus juste pour en témoigner, le rejeter, puis l’aimer encore et à nouveau. Le filmer en réinventant sans cesse le regard. Saisir ses névroses carabinées comme sa folie douce, discerner la force vitale, résistante et libre des êtres comme la fragilité imprévisible de leur destin et la vanité de leurs ambitions, mais toujours célébrer quelque part leur délicate et éphémère beauté de vivants. Ainsi font les cinéastes qui ont frappé à notre porte cette année, riches de la variété de chacune de leurs propositions formelles et de chacun de leurs récits.

Les cinéastes programmateurs pour cette édition 2018 : Aurélia Barbet, Laurent Bécue-Renard, Karim Bensalah, Marie Dumora, Alice Fargier, Philippe Fernandez, Jean-Louis Gonnet, Ilan Klipper, Mathieu Lis, Chloé Mahieu, Vladimir Perisic, Lila Pinell, Idir Serghine, Pierre Vinour.

La programmation ACID Cannes 2018 :

L’Amour debout de Michaël Dacheux (France – Fiction)

Bad Bad Winter de Olga Korotko (Kazakhstan – Fiction)

 Cassandro, the Exotico ! de Marie Losier (France – Documentaire)

 Dans la terrible jungle de Caroline Capelle & Ombline Ley (France – Documentaire)

 Il se passe quelque chose de Anne Alix (France – Fiction)

 Seule à mon mariage de Marta Bergman (Belgique – Fiction)

 Thunder Road de Jim Cummings (Etats-Unis – Fiction)

 Un violent désir de bonheur de Clément Schneider (France – Fiction)

 Nous, les coyotes de Hanna Ladoul et Marco La Via (France – Etats-Unis – Fiction)

Une séance spéciale du film Reprise de Hervé Le Roux, en partenariat avec La Cinémathèque du documentaire, est également programmée pour le mardi 15 mai à 14h. La séance sera présentée par Julie Bertucelli et Régis Sauder.

Une sélection spéciale est également planifiée : la sélection de l’ACID Trip #2 Portugal, en partenariat avec l’APR.

En 2017, l’ACID a ouvert une nouvelle fenêtre de programmation à Cannes : l’ACID TRIP, offerte à une association étrangère de cinéastes indépendants, partenaire de l’ACID, impliquée dans les problématiques de diffusion et de formation des publics.

Après l’ACID TRIP #1 Serbie en 2017, des cinéastes membres de l’ACID ont sélectionné trois longs métrages portugais parmi un panel de films proposés par l’APR, Association Portugaise de Réalisateurs, afin de mettre à l’honneur le cinéma portugais contemporain. Les films seront projetés lors du premier week-end du festival, en présence des cinéastes.

Les errances fêtardes d’une jeunesse qui se cherche un futur. La dérive d’une famille que les problèmes économiques fait lentement imploser. La constance inébranlable d’un pêcheur du Tage et des siens. Ce panorama traversé par les conséquences de la crise qui mine le Portugal, raconte pourtant en trois films, deux fictions et un documentaire, l’énergie irréductible d’un peuple. A l’image de son cinéma, opiniâtre et résilient qui, malgré les difficultés de production, invente ses propres conditions pour continuer à exister et créer.

La programmation ACID Trip #2 Portugal :

COLO – un film de Teresa Villaverde

TERRA FRANCA – un film de Leonor Teles

VERÃO DANADO – un film de Pedro Cabeleira

La sélection de l’ACID au Festival de Cannes avait déjà révélé les films suivants par le passé :

Kaouther Ben Hania – Le Challat de Tunis, Olivier Babinet – Swagger, Sébastien Betbeder – 2 automnes, 3 hivers, Serge Bozon – L’Amitié, Djinn Carrénard – Donoma, Benoit Forgeard – Gaz de France, Marielle Gautier, Ludovic & Zoran Boukherma, Hugo P.Thomas – Willy 1er, Alain Gomis – L’Afrance, Emmanuel Gras – Bovines, Sébastien Laudenbach – La jeune fille sans mains, Damien Manivel – Le Parc, Ursula Meier – Des épaules solides, Yolande Moreau et Gilles Porte – Quand la mer monte, Ioanis Nuguet – Spartacus & Cassandra, Justine Triet – La Bataille de Solférino ou bien encore Patrick Wang – Les secrets des autres.

A l’heure de la polémique avec les films Netfix bannis de Cannes, l’ACID va donc permettre de concrétiser les rêves de jeunes cinéastes du monde entier, d’encourager de futurs talents et de proposer des œuvres originales. La 26e édition de l’ACID Cannes se tiendra du mercredi 9 au vendredi 18 mai 2018. Après Cannes, les neuf films sont accompagnés dans divers festivals et soutenus par l’association jusqu’à leurs sorties en salles. Les séances sont prévues à Cannes dans les salles suivantes : Les Arcades, Studio 13, Théâtre Alexandre III, Cinéma Le Raimu – MJC Ranguin.

Kings ou l’anti-Mustang de Deniz Gamze Ergüven

Après le puissant Mustang, Denis Gumze Ergüven persiste et signe dans l’intime en confrontant une mère de famille  à l’enfer des émeutes de 1992 post-Rodney King ayant embrasé la Californie. Manque de pot, à ne soigner ni le contexte, ni la famille qui est plongée dedans, la réalisatrice franco-turque échoue sur (presque) tous les tableaux avec Kings.

Propulsée sur le devant de la scène après le choc Mustang, c’est peu dire qu’on attendait Deniz Gamze Ergüven au tournant. Et encore plus quand on a su qu’elle n’avait pas hésité à traverser l’Atlantique, direction les États-Unis pour y filmer, à l’instar de sa consœur Kathryn Bigelow (Detroit), les conséquences d’une émeute raciale d’envergure sur les populations avoisinantes. Ces émeutes, ce furent celles ayant embrasé la Californie en Avril 1992, après qu’un grand jury avait finalement acquitté les officiers de police ayant agressé Rodney King. Une décision contestée qui avait transformé la Cité des Anges en une zone de guerre, où, au pic des émeutes, on aura enregistré la mort de 55 personnes, la blessure de quelques 2500 autres et des dégâts s’estimant à près de 800 millions de dollars. Un milieu pour le moins chaotique dans lequel la réalisatrice, fidèle au crédo érigé dans Mustang, va plonger une mère de famille (Halle Berry), bien décidée à protéger les siens, aux cotés d’un voisin étrange (Daniel Craig). Une intention louable et pas qu’un peu, mais qui peine à s’imprimer sur l’écran, la faute à une relative paresse de la part de la réalisatrice franco-turque.

Entre contexte et personnage, il faut choisir

Avec un sujet pareil, véritable reflet des dérives ségrégationnistes de l’Amérique, le regard d’une personne étrangère aux évènements était plus que souhaité. D’une telle manière, on pouvait éviter le pensum/biopic fade, et davantage coller aux principales victimes de ces émeutes : les populations civiles. C’est à n’en pas douter ce qu’a dû penser Ergüven lors de la rédaction de son script, à savoir confronter de manière abrupte le chaos et l’intimité, pour en dégager un flot de sentiments difficile à feindre. Un cri en quelque sorte. Mais si Mustang se voulait le cri du cœur de sa réalisatrice, Kings semble n’être qu’une gigantesque cacophonie inaudible, la faute à un manque de précision de sa part. En cause, sa volonté de mettre l’accent d’abord sur le contexte plutôt que sur les personnes qui vont le vivre. Ainsi, le montage – passablement raté- s’évertuant à montrer la tension en train de monter, on assiste pantois à la plongée dans le chaos d’une famille dont on se fiche éperdument. Ce choix artistique, discutable, occulte totalement l’empathie qu’on pourrait développer vis à vis de cette famille qui semble de la même sorte plus être unie comme symbole (tous sont noirs et le personnage de Daniel Craig – un blanc- est là pour montrer qu’il existe des gens biens) que par vraie nécessité. Cela a pour conséquence de déployer sur le film un sentiment d’inachevé, de grossier, lequel est d’autant plus frustrant qu’il est sans cesse contrebalancé par des petites fulgurances.

Un film non dénué de fulgurances. 

Ce qui est d’autant plus dommage, tant le film est traversé par endroits de quelques fulgurances bien senties. A l’instar de Detroit, Ergüven sait filmer des moments de tensions en plein chaos, sait distiller une ambiance oppressante. Malheureusement, ce don qu’on aurait aimé voir exploité davantage se retrouve utilisé parfois n’importe comment, si bien qu’on ne peut que ronger son frein devant le film, tant il semble regorger d’une richesse qu’on entrevoit que de manière fugace. On pourra aussi noter la partition musicale lancinante de Nick Cave et Warren Ellis, ou la performance magnétique de Daniel Craig, qui arrive sans peine à incarner ce voisin alcoolique et exubérant qui va pourtant aider la mère de famille campée par Halle Berry. Autant d’éléments ici qui rappellent constamment ce qu’aurait pu être le film si la réalisatrice avait peaufiné son scénario et su l’élever au-delà d’une romance plan-plan telle que la bande-annonce ou les nombreuses interviews ne le laissait présager. Une belle déception donc…

On sent encore une fois un fort désir de cinéma dans Kings. Dommage que Denis Gamze Ergüven n’ait pas su canaliser l’énergie qui l’habite au profit d’un angle plus précis sur l’affaire Rodney King. Ça lui aurait sans doute éviter de délivrer cet essai vain et clairement inabouti sur l’un des faits divers les plus retentissants des Etats-Unis.  

Kings : Bande-annonce

Synopsis : En 1992, dans le quartier de South Central à Los Angeles, une mère de famille va trouver de l’aide auprès d’un homme vivant reclus, alors qu’éclatent de terribles émeutes suite au verdict de l’affaire Rodney King

Kings : Fiche Technique

Réalisation et scénario : Deniz Gamze Ergüven
Interprètes : Daniel Craig, Halle Berry, Lamar Johnson, Rachel Wilson…
Script : Ludivine Doazan
Direction artistique : Céline Diano
Décors : Nancy Niksic
Costumes : Mairi Chisholm
Casting : Heidi Levitt
Direction d’acteur : Suzanne Marrot
Photographie : David Chizallet
Son : Pierre Mertens
Montage : Mathilde Van de Moortel
Musique : Nick Cave et Warren Ellis
Production : Charles Gillibert
Co-production : Geneviève Lemal
Production exécutive : Wei Han, Yee Yoo Chang, Celine Rattray, Trudie Styler, Charlotte Ubben, Olivier Gauriat
Sociétés de production : CG Cinéma, Ad Vitam, France 2 Cinéma, Scope Pictures, Suffragettes
Sociétés de distribution : Ad Vitam (France), Fabula Films (Turquie), Imagine Film Distribution (Belgique), The Orchard (États-Unis)
Budget : 10 millions d’euros3
Genre : drame, thriller
Durée : 92 minutes
Dates de sortie : 11 Avril 2018

États-Unis – 2017

 

Taxi 5 : le permis de la route définitivement retiré

0

La saga marseillaise Taxi, scénarisée et produite par Luc Besson revient pour un cinquième opus avec cette fois-ci un nouveau duo formé par Franck Gastambide et Malik Benthala.

Synopsis : Sylvain Marot, flic parisien se prenant pour Schumacher au volant, est muté à la Police Municipale de Marseille contre son gré. L’ex-commissaire Gibert, devenu Maire de la ville, lui confie la mission d’arrêter le « Gang des Italiens ». Pour y arriver, Marot collabore avec Eddy Maklouf, minable chauffeur de VTC de Marseille : il est le petit-neveu de Daniel Morales, le grand conducteur du taxi…

taxi-5-luc-besson-franck-gastambide-malik-bentalha-critique-film.jpgSi elle n’a jamais bien roulé, pardon, volé bien haut et avait parfois un humour douteux, la saga marseillaise Taxi était au début plutôt sympathique, utilisant souvent un humour « bon enfant » (surtout les deux premiers volets). De plus, le premier film est sorti en 1998, année de la victoire de la France à la Coupe de monde de football : la réussite des beurs était alors célébrée. Samy Naceri, ou plutôt son personnage Daniel, était un peu le Zizou version chauffeur de taxi. Daniel, justement, était un personnage très attachant et formait un très chouette tandem avec Frédéric Diefenthal, alias Emilien, le brave flic un peu stupide sur les bords.  Plus de dix ans se sont écoulés entre Taxi 4 (descendu par la critique à l’époque – et effectivement pas terrible du tout) et ce nouvel opus. Vouloir dynamiser cette saga en proposant un nouveau duo est autant risqué que compréhensible.

Franck Gastambide et Malik Bentalha se sont investis dans le projet pourtant clairement commercial. Gastambide passe derrière la caméra tout comme il se charge du scénario avec Bentalha mais aussi avec Luc Besson, déjà scénariste et producteur des quatre premiers films de la saga. Luc Besson (Valérian et la Cité des mille planètes) au scénario n’était alors pas le seul moyen pour rassurer éventuellement les fans de la première heure. Par exemple, le commissaire Gibert, désormais devenu Maire de la ville, fait également partie de la distribution. Enfin, pour tenter de réunir les premiers spectateurs de la saga et les jeunes d’aujourd’hui, le scénario noue le lien avec les précédents volets. Ainsi, le personnage de Malik Bentalha est le petit-neveu  de Daniel, loué à plusieurs reprises au cours du film pour ses différents exploits avec son taxi. La question de l’héritage était un point a priori intéressant sur le papier. Hélas, elle ne l’est pas à l’écran. Et ce n’est pas le seul défaut de cette comédie qui accumule les moments de malaise.

Taxi 5 est alors un mélange improbable et indigeste entre Raid Dingue (reprendre François Levantal dans le rôle d’un chef de la police n’aide pas à changer cette impression), Hot Fuzz (le super flic de la capitale débarque dans un commissariat géré par des incapables), Bienvenue chez les Ch’tis (à l’envers), Les Kaïra (un machin vulgaire réalisé par, tiens, Franck Gastambide) et toutes les émissions réunies de Touche pas à mon poste. Ainsi, la moquerie contre les nains, la grossophobie particulièrement permanente et la scatophilie (et encore, on n’a pas eu de blagues autour du pet) seraient les armes humoristiques de cette « comédie » destinée en partie à la nouvelle génération. Les seules scènes à peu près drôles ne sont pas liées à ces ingrédients et c’est bien dommage. On ne dit pas qu’il n’y avait des choses douteuses dans les précédents volets – loin de là – mais à côté, les précédents volets de Taxi avaient l’air bienveillants.

taxi-5-malik-bentalha-luc-besson-franck-gastambide-critique-film.jpg

Au-delà d’un humour crade et stupide, le scénario n’exploite jamais les différences ni le malaise entre Sylvain le parisien et ses collègues marseillais. On n’a jamais l’impression que ce Sylvain ne se sent pas bien à Marseille alors qu’il accepte la mission pour pouvoir mieux rentrer à Paris. A côté, Dany Boon et ses Ch’tis avait déjà mieux compris ce type d’enjeu similaire. Côté action, là encore, quelle déception : non seulement elles sont trop peu nombreuses mais en plus, les trop grandes références aux précédents volets font qu’elles ne parviennent pas à nous en mettre plein les mirettes. Le seul point qui serait à peu près positif concerne la valorisation de la ville même de Marseille, plus frappante que dans tous les autres épisodes de la saga. Cela dit, pour les connaisseurs, certains points du scénario concernant les différents déplacements au cœur de Marseille (notamment quand Eddy évoque les possibles raccourcis pour aller plus vite) ne sont pas toujours crédibles.

Enfin, le nouveau tandem est décevant puisqu’il est complètement déséquilibré : Gastambide (Pattaya) et Benthala ont beau être sympathiques, leur duo n’a pas de sens. Gastambide est le flic qui conduit comme un chef la célèbre bagnole, Benthala n’existe que pour faire des vannes stupides, ne servant pratiquement jamais à la résolution de l’intrigue ou autre. On préfère se concentrer, le temps de quelques petites minutes qui nous semblent trop précieuses, sur quelques seconds rôles. Bernard Farcy est toujours hilarant dans le rôle de Gibert même s’il sert clairement de fan-service. Sabrina Ouazani est également convaincante même si son personnage méritait d’être plus exploité (peut-être que cela sera le cas dans un possible 6e opus).

Dix ans auparavant, Taxi 4 signait déjà la fin de la saga à bout de souffle. Avec ce 5e opus qui avait pour but de lui redonner un coup de boost, Franck Gastambide enterre définitivement le mythe et ne donne en aucun cas envie de nous intéresser à une possible suite. 

Taxi 5 : bande-annonce

Taxi 5 : Fiche Technique

Réalisation : Franck Gastambide
Scénario : Franck Gastambide, Luc Besson, Stéphane Kazandjian, avec la participation de Malik Bentalha
Interprètes : Franck Gastambide, Malik Bentalha, Bernard Farcy, Sabrina Ouazani, Salvatore Espositio, Anouar Toubali, Edouard Montoute, Ramzy Bedia, Monsieur Poulpe, Sissi Duparc, Bengous, Soprano…
Producteur : Luc Besson
Société de production : EuropaCorp, ARP Sélection, TF1 Films Production
Distributeur : EuropaCorp Distribution / ARP Sélection
Durée : 102 minutes
Genre : comédie, action, policier
Date de sortie : 11 avril 2018

France  – 2018

The Third Murder de Kore-Eda Hirokazu : Mensonges et vérités

Sous des habits de film policier, The Third Murder de Kore-Eda Hirokazu est un beau film qui s’intéresse davantage aux hommes qui se cachent derrière un meurtrier ou un avocat qu’aux aboutissants d’une enquête ou d’un procès.

Synopsis : Le grand avocat Shigemori est chargé de défendre Misumi, accusé de vol et d’assassinat. Ce dernier a déjà purgé une peine de prison pour meurtre 30 ans auparavant. Les chances pour Shigemori de gagner ce procès semblent minces, d’autant que Misumi a avoué son crime, malgré la peine de mort qui l’attend s’il est condamné. Pourtant, au fil de l’enquête et des témoignages, Shigemori commence à douter de la culpabilité de son client.

Le Crime express de l’Orient

the-third-murder-koreeda-hirokazu-film-critique-masaharu-fukuyama-koji-yakushoPasser des chroniques du quotidien à dominante d’enfants victimes, ou de sakura en pagaille, à un film policier et de procès pouvait relever de la gageure, voire de la démarche disruptive pour le cinéaste japonais Kore Eda Hirokazu. Il a déjà amorcé un virage avec des films comme son précédent, Après la Tempête, qui faisait le récit des émois d’un jeune homme en mal de trajectoire, inapte à la société et forcé, le temps d’un typhon, à cohabiter et avec une mère juive du soleil levant et avec une épouse qui l’a quitté de guerre lasse. Un film assez peu passionnant, mais qui a pris le parti de recentrer le débat sur les adultes, avec cette fois-ci l’enfant qui reste en filigrane.

The Third Murder suscite plus d’intérêt pour le spectateur, car il embrasse un genre plus dynamique, celui du film policier, tout en restant totalement fidèle à l’exploration de l’intime. Un homme (le très grand Kôji Yakusho, maintes fois vu chez Kurosawa) marche dans la nuit derrière un autre, le fracasse d’un coup violent, et le brûle sans autre forme de procès sur les berges de la rivière. Le lendemain, on retrouve Misumi, l’homme en question, derrière les barreaux. Une équipe d’illustres avocats, emmenée par Shigemori (Masaharu Fukuyama) est chargée de le défendre. Un film qui démarre sur des chapeaux de roue, donc, mais qui très vite trouve un rythme plus ralenti au travers d’un entrelacs de relations bijectives entre différents personnages et, au centre de celles-ci, les face-à-face nombreux entre le présumé coupable et l’avocat. Misumi en effet est emprisonné pour ce troisième meurtre, comme étant le suspect idéal en tant que repris de justice déjà coupable de l’assassinat de deux yakuzas dans le temps, d’autant plus qu’il a reconnu le meurtre. Le travail de son avocat consiste alors à lui éviter la peine de mort, un état de fait montré par le cinéaste dans toute son absurdité et dont il semble ici faire le plaidoyer de son abolition (voler pour tuer vaut par exemple la peine de mort, tandis que voler quelqu’un après l’avoir tué, non !). La peine de mort associée aux codes de l’honneur à la japonaise semble en effet aboutir sur des situations difficilement compréhensibles… Ces échanges nombreux, presque atones, sont l’occasion pour le cinéaste de creuser jusqu’à l’os l’essence et la vérité d’un homme, le mystérieux Misumi bien sûr, mais également Shigemori, acharné à obtenir cette vérité.

the-third-murder-koreeda-hirokazu-film-critique-suzu-hiroseLe film est aussi constitué des échanges plus ou moins furtifs entre un Shigemori culpabilisant face à sa fille qui peine à vivre pleinement son adolescence ; ou un brin agacé face à la figure imposante de son père, un grand juge jadis, celui-là même qui a refusé d’infliger la peine de mort à Misumi pour les crimes commis 30 ans plus tôt. Il fait également état de la relation chargée de non-dits et presque de rancœur entre Sakie (Suzu Hirose, une habituée de Kore-Eda), la jeune fille de la victime, et la mère de celle-ci, une femme présentée comme intrigante. Les fils de ce qui se révèle être une vraie enquête policière menée par Shigemori s’emmêlent, au fur et à mesure des révélations et contre-révélations des uns et des autres, des vérités des uns et des autres. Car la course contre la peine de mort et pour le rétablissement de la vérité sont les vrais enjeux de The Third Murder.

Malgré ce sujet quelque peu austère, la prison, le procès, le tout durant une saison hivernale peu vue chez le cinéaste, les fans de ce dernier retrouvent malgré tout cette ambiance du quotidien qui signe ses métrages. On retrouve la particularité et la subtilité japonaises jusque dans les déroulements de ces procès, de ces enquêtes. On retrouve les personnages d’enfants, les constellations familiales qui sont vraiment le vecteur privilégié de Kore-Eda Hirokazu. Tout se passe dans une ambiance feutrée. La caméra de Mikiya Takimoto, autre habitué du cinéaste, fait profil bas et opère le plus souvent dans la pénombre, comme celle du parloir où la vitre qui sépare Misumi et Shigemori fait figure de symbole d’une envie de transparence et de vérité de la part du grand avocat, mais également de barrière infranchissable en la personne de Misumi – traité par deux fois de « coquille vide » dans le film, cet homme affable en toutes circonstances, y compris lorsqu’il essuie d’un revers de la main le sang de la victime qui a aspergé sa joue.

the-third-murder-koreeda-hirokazu-film-critique-revesLe dernier opus de Kore-Eda fait un pas de côté par rapport à ses réalisations habituelles, en faisant la part belle à l’esthétique : le champ/contre-champ en gros plan, les têtes des deux protagonistes qui se fondent en une dans le parloir, comme si elles traversaient la fameuse vitre, comme s’ils étaient à la recherche de la même vérité ; de très jolies séquences oniriques qui en plus d’être belles, donnent aussi des pistes au spectateur. Tout est réuni pour faire de The Third Murder un très beau film qui rappelle, si besoin est, que le cinéma de Kore-Eda est protéïforme, et qu’il n’est pas uniquement ce cinéaste qui distille de très fortes charges émotionnelles par la mise en scène de souffrances et d’angoisses d’enfants (Nobody knows, I Wish), ou de dysfonctionnements familiaux (Tel père, tel fils, Après la tempête, etc.) ou au contraire des chroniques familiales intensément positives  (Notre petite Soeur) .

The third Murder – Bande-annonce

The third Murder – Fiche technique

Titre original : Sandome no satsujin
Réalisateur : Kore-Eda Hirokazu
Scénario : Kore-Eda Hirokazu
Interprétation : Masaharu Fukuyama (Shigemori), Kôji Yakusho (Misumi), Shinnosuke Mitsushima (Kawashima Akira), Mikako Ichikawa (Sasabara Itsuki), Izumi Matsuoka (Hattori Akiko), Suzu Hirose (Sakie)
Musique : Ludovico Einaudi
Photographie : Mikiya Takimoto
Montage : Kore-Eda Hirokazu
Producteurs : Kaoru Matsuzaki, Hijiri Taguchi
Maisons de production : Fuji Television Network, Toho, GAGA Communications, Amuse, Fuji IG Laboratory for Movies
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Meilleur Film, Japanese Academy – 2018
Durée : 124 min.
Genre : Drame, Policier
Date de sortie : 11 Avril 2018

Japon – 2017

Twin Peaks The Return : Lynch, Frost et la transmission en Blu-ray & DVD

En mai 2017, le retour tant attendu dans l’univers polymorphe de Twin Peaks fut enfin permis avec la diffusion de la troisième saison du show nommée The Return. À l’occasion de sa sortie en DVD et Blu-ray le 27 mars 2018, (éternel) retour dans et sur Twin Peaks, au troisième volume préoccupé par la transmission.

Mot de l’éditeur : Un quart de siècle après révolutionné le monde des séries TV, Twin Peaks est de retour. Un nouveau mystère entoure cette charmante ville du Nord-Ouest des États-Unis où, 26 ans auparavant décédait la jeune Laura Palmer dans des circonstances troublantes.

David Lynch / Mark Frost : mission transmission

Il y a bien des choses qui ont été écrites, déclarées, hurlées et soupirées ici et à propos du retour de Twin Peaks. Et il y en a encore bien d’autres à dire, c’est pourquoi cet article se concentrera sur un questionnement parmi d’autres : Twin Peaks saison 3 ne serait-elle pas une rétrospective lynchienne par David Lynch et Mark Frost, les deux créateurs du show eux aussi de retour vingt-six ans après la fin de la deuxième saison ? Depuis 1991, la carrière de Lynch s’est agrandie : Lost Highway, Une histoire vraie, Mulholland Drive, Inland Empire… Justement, la troisième saison de Twin Peaks semble être une œuvre rétrospective ou presque. En effet, le cinéaste – accompagné par le co-créateur/scénariste Mark Frost – retravaille les formes de toute sa filmologie. Expérimentation numérique/vidéo, narration abstraite, situations du quotidien bousculées par la violence et l’absurde, et autres bizarreries lynchiennes viennent à nouveau se représenter à l’écran. Le cadre de la troisième saison se prête ainsi à tous les travaux du maître. Dans quels buts, entendra-t-on ?

S’il y a une démarche qui semble affirmée tout au long de cette troisième saison, c’est bien celle de la transmission. Une dizaine d’années après Inland Empire, plus de vingt cinq ans après la fin de Twin Peaks, Lynch revient. Les aficionados du maître sont alors heureux d’avoir entendu une réponse à leurs nombreuses prières. Car IL est de retour. Avec Mark Frost, ils proposent un récit où la transmission est importante : Cooper avec son « fils » ; la rose bleue et leur nouvelle jeune recrue prénommée Tammy ; les Horne et leur petit-fils Richard. Et cette transmission prend forme à d’autres niveaux.

twin-peaks-david-lynch-et-les-langues-parlees-dans-le-monde
L’agent Gordon Cole, (formidablement) interprété par David Lynch, fait une réflexion sur les langues au cours d’un échange avec son collègue Albert Rosenfield (Miguel Ferrer) dans lequel la transmission, le dialogue existe davantage par un jeu de regards et de silences.

En effet, il s’agit aussi de transmission en tant que dialogue/discours : il peut être « électrifié », critique et commercial à la fois (voir les diffusions internet des vidéos du Docteur Jacoby) ; difficile à appréhender pour le spectateur car d’une autre dimension (voir la sortie de Cooper de la chambre noire et de l’alter-univers) ; ou au-delà des nombreuses conceptions policières rationalistes connues par le shérif Truman et son adjoint, Hawk. De bien des façons, les personnages animés par Lynch et Frost transmettent des connaissances, des valeurs, des expériences, des émotions à leurs interlocuteurs, et donc aussi aux spectateurs. Justement, Twin Peaks The Return questionne aussi, comme l’expose très simplement le visuel ci-dessus, la transmission elle-même. À coup d’expérimentations visuelles (aux résultats parfois peu concluants), d’images incroyables, de situations jouissives, et d’énièmes basculements du rapport cinéma/séries loin d’avoir été conclu par les séries modernes – comme beaucoup le prétendent –, Lynch et Frost échangent avec le spectateur leur regard sur le monde, leur vision créative et narrative sans barrières d’une énergie sans limite quitte à toucher de loin ou de prêt la maladresse et l’échec. Entre le spectateur et Twin Peaks The Return s’opère un échange sans nul autre pareil. En effet, le questionnement de la transmission par les deux créateurs a une réponse : l’échange a de nombreux visages, et surtout, il défie les lois rationnelles de la physique, du temps, et de l’uniformisation créative. La transmission a lieu d’une matière à une autre, de la vidéo de caméscope aux images pelliculées du passé, d’une bûche à une vieille femme ; par de nombreuses voies matérielles et immatérielles : une prise de courant permet le retour de Cooper ; le rêve d’un patron de casino enragé par sa frustration lui permet de revenir sur ses intentions meurtrières ; ou encore avec le téléphone old school au commissariat et à l’hôtel dirigé par Benjamin Horne.

Le générique vous invite à revenir à Twin Peaks dont l’univers s’étale sur l’ensemble des États-Unis et au-delà de notre dimension. Et si tout nous ramenait finalement à Twin Peaks ?

Les concerts du passé menés par Julee Cruise laissent place ici à ceux de Nine Inch Nails, The Cactus Blossoms, Lark ou encore des Chromatics. Certains parleront d’« art branché », mais il est surtout question de regard vers l’avenir. Un regard parfois nostalgique mais jamais « doudou » qui a, comme l’explique François Cau sur le site Chaos Reign, accepté la mort. Et face à la mort certaine, Lynch et Frost présentent leur ferme volonté de continuer à marcher vers l’avant, en se rappelant parfois avec tendresse et mélancolie quelques souvenirs lointains, et surtout, en transmettant un maximum de données à ceux prêts à prendre le relais. Ces nouveaux venus vont avancer, parfois avec une certaine nostalgie – jamais invasive – pour tout ce qui les a inspirés. L’un des bonus met en avant le phénomène Twin Peaks, ou comment de nombreux fans ont continué à porter et faire vivre cet univers à coup de festival, de fan art, ou de création inspirée en profondeur ou plus légèrement. On pourrait ainsi considérer que cette troisième saison rend hommage à tous ceux qui ont vécu dans la foi de Twin Peaks, tout en leur prescrivant une nostalgie non invasive, non « doudou », non exclusive et absolue donc.

Expérimenter Twin Peaks : The Return équivaut ainsi à expérimenter une véritable phase de partage. Si l’échange n’a pas toujours semblé évident pour quelques spectateurs, notamment à cause du maladroit pilote, il est conseillé d’aller au-delà du doublon d’épisodes formant le pilote. Comme pour l’agent Cooper, le spectateur doit un minimum lutter pour revenir dans l’univers de Twin Peaks, et à nouveau comme ce bon vieil agent, il devra retrouver ses marques dans ce monde qui a vieilli et subi bien des changements (évolutions technologiques, ravages économiques, etcetera). Twin Peaks The Return, appel à la transmission, revient dans des éditions DVD et Blu-ray formidablement soignées. Rien à redire concernant les rendus visuel et sonore du show protéiforme, notons par ailleurs que les quatre premiers épisodes sont visionnables de façon couplée comme ils le furent lors de leur diffusion originale. Enfin les bonus qui accompagnent les épisodes raviront les fans, des formidables éléments de making-of aux extraits plus « promotionnels » tout de même intéressants, on pense notamment aux trois courts-métrages sur le phénomène Twin Peaks.

Bande-annonce – Twin Peaks The Return en Blu-ray & DVD

CARACTÉRISTIQUES DU COFFRET Blu-ray :

– 7 Blu-ray contenant les 18 épisodes de la saison, et plus de 6h30 de bonus dont 1h30 de bonus exclusifs Blu-ray

Image : 1.78:1 Widescreen ; Langues : Anglais 5.1 Dolby TrueHD / Français, Allemand, Italien, Japonais, Espagnol 5.1 Dolby Digital ; Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Japonais, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois ; Durée : 1035 min env.

Durée totale Bonus : 390 mn dont 90 mn de bonus exclusifs Blu-ray ; Langues : Anglais 2.0 Dolby Digital ; Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Japonais, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois

Bonus : Les 4 premiers épisodes à visionner séparément ou couplés, comme lors de la diffusion originale / 7 extraits promotionnels produits par David Lynch / Un documentaire sur le phénomène Twin Peaks / Twin Peaks au Comic-Con 2017

Bonus exclusifs Blu-ray™ : Le making-of des débuts du tournage – Un rêve très agréable : une semaine à Twin Peaks / 2 films tournés par Richard Beymer sur le plateau de tournage

Prix du coffret Blu-ray : 49,99 €

twin-peaks-the-return-visuel-du-blu-ray-paramount-universal-cbs

CARACTÉRISTIQUES DU COFFRET DVD :twin-peaks-the-return-visuel-du-coffret-dvd-paramount-cbs-universal

– 9 DVD contenant les 18 épisodes de la série, et plus de 6h de bonus exclusifs

Image : 1.78:1 Widescreen ; Langues : Anglais, Français, Allemand, 5.1 Surround / Italien, Espagnol 2.0 Surround ; Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois ; Durée : 992 min env.

Durée totale Bonus : 360 mn ; Langues : Anglais 2.0 Dolby Digital ; Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois

Prix du coffret DVD : 39,99 €

Le cinéma indépendant mis à l’honneur à Buenos Aires

Pour la vingtième édition consécutive, le BAFICI – le festival international de cinéma indépendant de Buenos Aires – investit la capitale argentine pour dix jours d’effervescence cinéphile. Du 11 au 22 avril, Buenos Aires se transforme pour accueillir les multiples facettes du cinéma indépendant.

Sur la Plaza Francia, l’un des trente-six lieux du festival, le public s’installe dans l’herbe malgré les prévisions d’orage : c’est ici que s’inaugure le BAFICI, avec la projection – en première – de Las Vegas, le dernier film de Juan Villegas. Un peu plus tôt dans la journée, dans l’historique cinéma Gaumont de Buenos Aires, le réalisateur confiait : « Je suis heureux d’ouvrir le festival avec mon film mais c’est aussi une grande responsabilité. Pour moi, c’est une reconnaissance du lien que j’entretiens depuis le début avec le festival, comme spectateur et comme réalisateur. »

Car le BAFICI, c’est d’abord un rendez-vous des habitués du cinéma indépendant comme Juan Villegas, mais aussi Raúl Perrone, très attendu dans la compétition argentine avec Expiación, ou encore Mariano Llinás, qui présente son troisième film La Flor en compétition internationale, une œuvre fleuve de douze heures où quatre actrices jouent cinq histoires décousues.

Mais le festival a aussi su se distinguer en proposant chaque année des surprises et des invités réputés: l’une des catégories hors-compétition est consacrée à la filmographie de John Waters, de ses premiers films les plus trash comme Pink Flamingos (1972) aux plus populaires comme Hairspray (1988). Le maître de la provocation est présent à Buenos Aires où il rencontre le public lors des projections et d’une conférence.

Les Français ne sont pas en reste avec une rétrospective en onze films de Philippe Garrel, des Enfants désaccordés aux Amants Réguliers, qui a fait lui aussi le déplacement à Buenos Aires, et ceux d’Axelle Ropert, dont son dernier en date La Prunelle de mes yeux. La présence de nombreuses co-productions françaises font également preuve du dynamisme du cinéma français indépendant.

https://www.youtube.com/watch?v=yRGZ4STwaAs

Pour Javier Porta Fouz, directeur du festival pour la troisième année consécutive, « Waters, Garrel, Bremmer [Ewen Bremmer, acteur écossais connu pour son rôle dans Trainspotting, ndlr] sont des invités rêvés. Chacun fait un cinéma différent, mais ensemble ils représentent bien l’esprit du festival ». Il ajoute : « ll y a une centaine d’invités qui viennent présenter leurs films, créer un lien avec le public, et je crois que c’est un des attraits majeurs du BAFICI. »

Plus grand festival de cinéma indépendant d’Amérique latine, le BAFICI s’est installé à Buenos Aires pour la première fois en 1999 et s’y déroule chaque année depuis lors. « Ce n’est pas pour rien, explique Javier Porta Fouz. Depuis la première édition, il s’est marié avec la ville, les habitants de Buenos Aires ont vraiment accroché avec le festival. Je crois que cette ville est une des plus cinéphiles du continent, avec Montevideo et Lima. »

A côté des productions les plus under et expérimentales, de grands classiques sont diffusés, comme E.T. l’extraterrestre ou Le Bon, la Brute et le Truand, ce qui fait du BAFICI un évènement accessible aux cinéphiles comme aux non-initiés. Plus de 400 films sont projetés pendant les dix jours de festival, avec une vingtaine de salles fonctionnant en même temps dans toute la capitale argentine, auxquelles s’ajoutent des projections gratuites en plein air. Pendant ce mois d’avril, Buenos Aires fait sans aucun doute son cinéma.

Auteur Léa Robbe-Dénoyés

American Crime Story saison 2 : Autopsie d’un tueur en série

Après avoir retracé l’un des procès les plus médiatisés de l’histoire judiciaire américaine dans sa première saison, la nouvelle anthologie concoctée par Ryan Murphy revient sur un autre fait divers qui aura secoué les années 90, l’assassinat du créateur de mode Gianni Versace dans American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace.

Couleur flashy, décor baroque, les premières images dévoilées pour cette deuxième saison laissaient entrevoir une plongée fracassante dans l’univers chic et choc du couturier Gianni Versace. La promo mise d’ailleurs tout sur son trio de stars hispaniques (jouant tous les trois des personnages italiens) Edgar Ramirez, Ricky Martin et Penelope Cruz. Le premier épisode de la saison va clairement dans ce sens, nous en mettant plein les yeux, nous transportant directement sous le soleil du Miami de la fin des années 90s, et son style pétaradant. Le tout allié à une mise en scène au cordeau, avec plan et travelling dont Murphy a le secret. On se dit très vite que le showrunner se trouve comme un poisson dans l’eau dans cet univers, et qu’il pourra exploiter pleinement son goût pour une certaine grandiloquence. Sauf qu’on ne pouvait mieux se tromper, car si le premier épisode fait illusion, le reste de la saison va prendre une direction bien différente.

American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace va prendre une tournure qu’on pourrait qualifier d’intimiste. Malgré ce que peut nous dire le titre, la vrai star du show ne sera pas le styliste italien, mais son assassin, le jeune Andrew Cunanan. Bien que le tragique fait divers soit le point de départ de la série, nous montrant l’assassinat dès le premier épisode, ce n’est pas toute l’enquête qui va suivre et la chasse à l’homme engagée dans les quelques jours suivants qui va intéresser Tom Rob Smith, principal scénariste de la saison. Cette saison 2 va nous raconter la genèse d’un serial killer. Au travers des 9 épisodes, on va donc nous raconter de manière antéchronologique la terrible odyssée sanguinaire au travers des États-Unis de Cunanan qui a abouti à la mort de 5 hommes.  Exit donc le Penelope Cruz show (et son horrible accent) en Donatella Versace, mais place à la révélation Darren Criss, faisant le grand écart avec une autre prod de Murphy, Glee.

Au cours des 7 épisodes compris entre le pilot et le final, les showrunners vont dresser le portrait d’un véritable american psycho. Andrew Cunanan est montré comme un homme intelligent, déterminé, et disposant à la fois d’une certaine sensibilité qui ne transparaît pas forcément au premier abord. Un personnage complexe dont la destinée funèbre dévoile ses origines au fur et à mesure des épisodes. Une rencontre avec Gianni Versace à San Fransisco qui joue un rôle cathartique, une histoire d’amour qui finit mal avec un jeune architecte, une amitié sabordée avec un ex-militaire, la moindre rencontre semble avoir impacté le destin macabre de Cunanan. L’angle d’attaque adopté par les scénaristes est l’homosexualité de Cunanan et la vision de l’homosexualité dans les années 90. Une homosexualité qui reste encore cachée, que cela concerne le personnage de Finn Wittrock et sa mésaventure au sein de l’armée, ou encore celui campé par Ricky Martin, petit ami de Gianni Versace, véritable homme de l’ombre qui se retrouve complètement dépossédé après la disparition du seul être lui accordant sa lumière. Une sexualité qui est pour la plupart d’entre eux lourde à porter, Jeff évidemment, mais aussi David dans le cercle familial. Seul Andrew semble être à l’aise avec sa sexualité, en profitant pour se placer dans l’ombre du self-made man qu’était son père, s’accoquinant avec le vieil homme à la renommé saisissante et avec Gianni Versace comme trophée ultime. Andrew veut être vu, et va agir comme une véritable faucheuse de ces âmes cachées, révélant ainsi leur homosexualité au grand jour dans une mise en scène mortifère (le cas Miglin). Quête de célébrité par tous les moyens, méprisant l’ordinaire, l’unique façon pour Cunanan d’y accéder sera dans la destruction. Quoi de mieux comme apogée que la destruction d’un créateur.

American-Crime-Story-Saison-2-edgar-ramirez-ricky-martinForcément, le thème de la création est présent à chaque instant. Celui renvoyant au milieu de la mode évidemment avec des moments mis en parallèles avec des changements cruciaux dans la maison Versace, comme cette émancipation de Donatella. Mais là où la création se fait plus forte, c’est dans l’image que cherche à renvoyer Cunanan. À base de mensonges, Cunanan se tisse une vie de goldenboy, embobinant n’importe quel jeune homme. Et forcément, toutes ces supercheries prennent leur source dans le créateur originel d’Andrew Cunanan, Modesto Cunanan, immigré philippin et escroc notoire, dont Andrew était la prunelle des yeux, l’enfant-roi, le digne successeur de son empire factice. Comme l’indique le titre de l’épisode 8, « Creator/Destroyer », la figure paternelle est à la fois celle qui aura façonné la personnalité d’Andrew, mais qui aura également signé sa perte, comme une épée de Damoclès qui n’attendra malheureusement pas longtemps pour tomber. La tragédie familiale qui intéresse Ryan Murphy et ses acolytes n’est pas celle de la dynastie Versace, cueillie un matin de juillet 1997, mais celle des Cunanan. La fresque baroque et clinquante s’avère être au final une descente aux enfers intimiste dont les pages ont été écrites très en avance. Une histoire dont la puissance est renforcé par le talent de Darren Criss absolument subjuguant dans son rôle de Cunanan. Que cela soit en slip dansant sur Easy Lover (après Bateman qui baisait sur Susudio, Phil Collins serait-il le chanteur préféré des american psycho ?) ou en amoureux éconduit, Darren Criss glace aussi bien qu’il émeut, une véritable fascination s’opère autour de lui. Criss aura avec ce rôle accompli ce que son alter ego a toujours recherché, une reconnaissance.

American Crime Story  Saison 2 – Bande Annonce

American Crime Story Saison 2 – Fiche Technique

Créateurs : Scott Alexander et Larry Karaszewski
Réalisation : Ryan Murphy, Gwyneth Horder-Payton, Dan Minahan
Scénario : Tom Rob Smith, Maggie Cohn
Interprètes : Darren Criss, Edgar Ramirer, Penelope Cruz, Ricky Martin, Finn Wittrock, Joanna P.Adler, Cody Fern
Musique : Mac Quayle
Photographie : Simon Dennis
Montage : Chi Yoon Chung
Production : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Nina Jacobson
Diffuseur : FX
Date de diffusion  : 17 janvier 2018
Genre : policier, drame
Nombre d’épisodes : 2X09
Durée d’un épisode : environ 50 minutes

États-Unis – 2016

 

James Cameron aurait pu transformer la franchise Jurassic Park en Aliens ou Carnosaur

0

Le réalisateur James Cameron a avoué qu’il aurait pu réaliser le tout premier volet de la franchise Jurassic Park ! Le film culte de Steven Spielberg aurait pu être beaucoup plus sombre sous la houlette du réalisateur d’Aliens et de Terminator II : Le Jugement dernier.

Selon des informations de Première, James Cameron a fait une confidence qui va surprendre bon nombre de fans de la filmographie de Steven Spielberg. Le cinéaste américain a révélé au micro du Huffington Post qu’il a failli adapter le roman de Michael Crichton sur grand écran. A quelques heures d’intervalle, Steven Spielberg aurait pu perdre les droits d’adaptation au profit de James Cameron. Le réalisateur d’Avatar a évoqué cette anecdote sensationnelle lors de l’inauguration du Titanic Museum de Belfast. James Cameron a d’ailleurs fait don de plusieurs objets du film Titanic pour ce musée.

J’ai essayé d’acheter les droits du livre et il (Steven Spielberg) m’a battu de quelques heures. Mais quand j’ai vu le film, je me suis rendu compte que je n’étais pas la bonne personne pour ce projet, Steven Spielberg l’était. Parce qu’il a fait un film de dinosaures pour enfants, et le mien aurait été Aliens avec des dinosaures, et ça n’aurait pas été juste. Les dinosaures sont pour les enfants de huit ans. On peut tous y prendre du plaisir, mais les enfants comprennent les dinosaures et ils ne devraient pas en être exclus. Sa sensibilité était la bonne pour ce film. Je serais allé plus loin, vers quelque chose d’horrible, bien plus horrible.

Jurassic Park aurait donc pu être un film beaucoup plus sombre et destiné à un public adulte dans les mains de James Cameron. Les amateurs de cinéma bis auraient ainsi pu apprécier la version de Cameron assez proche de la franchise ubuesque Carnosaur (des films réalisés par Adam Simon – Darren Moloney, Louis Morneau, Jonathan Winfrey, Jim Wynorski et John Carl Buechler). Les cinéphiles les plus geeks auraient également pu avoir une adaptation officieuse du jeu vidéo de Capcom, Dino Crisis, avec la participation de Cameron sur le tournage de Jurassic Park.

Le dernier film de Steven Spielberg, Ready Player One, a déjà réalisé plus d’un million d’entrées en France et a amassé près de 100 millions de dollars de recettes en deux week-ends d’exploitation. Le prochain volet de la franchise, Jurassic Park : Fallen Kingdom, est attendu le 6 juin 2018 dans les salles obscures françaises.

Jurassic World : Fallen Kingdom : Bande-Annonce (VO) :

Festival de Cannes 2018 : Les sélections officielles des courts métrages et de la Cinéfondation dévoilées

0

En avant-première de l’annonce de la Sélection officielle du 71e Festival de Cannes ce jeudi 12 avril, les courts métrages en Compétition et la sélection de la Cinéfondation 2018 viennent d’être dévoilés ce mercredi.

Le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages, présidé par Bertrand Bonello, va récompenser les meilleurs films de la Compétition des courts métrages et ceux de la Sélection Cinéfondation.

Pour cette 71ème édition du Festival de Cannes, le comité de sélection a reçu 3 943 courts métrages ! La compétition des courts métrages 2018 est composée de huit films (sept de fictions et un d’animation). L’Australie, la Chine, la France, les États-Unis, l’Iran, le Japon, les Philippines et la Pologne sont représentées. Ces films au format court sont en lice pour la Palme d’or du court métrage 2018. Le prestigieux trophée sera décerné par Bertrand Bonello, Président du Jury, lors de la Cérémonie du Palmarès du 71e Festival de Cannes, le 19 mai 2018. Le court métrage français sélectionné est Gabriel de Oren Gerner.

La Sélection Cinéfondation a choisi cette année 17 films (14 fictions et 3 d’animation) parmi les 2 426 présentés par des écoles de cinéma du monde entier. Sur les 22 réalisateurs de cette édition, douze sont des femmes. Le jury remettra les trois Prix de la Cinéfondation lors d’une cérémonie précédant la projection des films primés le jeudi 17 mai, salle Buñuel, à Cannes.

Le Festival de Cannes va faire rêver les cinéphiles du monde entier lors de sa 71e édition entre le 8 et le 19 mai prochain. La sélection officielle sera dévoilée le jeudi 12 avril 2018, à 11h.

La sélection officielle Cannes Court Métrage :

– Oren Gerner – Gabriel – France

– Raymund Ribay Gutierrez – Judgement – Philippines

– Celine Held, Logan George – Caroline – États-Unis

– Saeed Jafarian – Tariki (Ombre) – Iran

– Marta Pajek – III (film d’animation) – Pologne –

– Masahiko Sato, Genki Kawamura, Yutaro Seki, Masayuki Toyota, Kentaro Hirase – Duality – Japon –

– Wei Shujun – On The Border – Chine –

– Charles William – Toutes Ces Créatures – Australie –

La sélection Cinéfondation 2018 :

– Ori Aharon – Dolfin Megumi – Steve Tisch School Of Film & Television, Tel Aviv University – Israël

– Zhannat Alshanova – End Of Season – The London Film School – Royaume-Uni

– Louise Aubertin, Éloïse Girard, Marine Meneyrol, Jonas Ritter, Loucas Rongeart, Amandine Thomoux – Sailor’s Delight – Esma – France

– Lucia Bulgheroni – Inanimate – Nfts – Royaume-Uni

– Diego Céspedes – El Verano Del León Eléctrico – Universidad De Chile – ICEI – Chili

– Jamie Dack – Palm Trees And Power Lines – NYU Tisch School Of The Arts – États-Unis

– Di Shen – Dong Wu Xiong Meng – Shanghai Theater Academy – Chine

– Laura Garcia – Fragment De Drame – La Fémis – France

– Constanza Gatti – Cinco Minutos Afuera – Universidad Del Cine (FUC) – Argentine

– Ariel Gutiérrez – Los Tiempos De Héctor – CCC Mexique

– Eryk Lenartowicz – DOTS – AFTRS – Australie

– Marta Magnuska – INNY – Pwsftvit -Pologne

– Georgiana Moldoveanu – Albastru Si Rosu, In Proportii Egale – UNATC I.L. CARAGIALE – Roumanie

– Pier Lorenzo Pisano – Così In Terra – Centro Sperimentale Di Cinematografia – Italie

– Igor Poplauhin – Kalendar – Moscow School Of New Cinema – Russie

– Arian Vazirdaftari – Mesle Bache Adam – Tehran University Of Dramatic Arts – Iran

– Andrew Zox – I Am My Own Mother – San Francisco State University – États-Unis

L’Île aux chiens de Wes Anderson, un film qui ne manque pas de mordant

Retournant à l’animation en stop motion presque 10 ans après son Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson renoue avec la fable sociale qui situe les animaux en protagonistes à la place des humains. S’adressant avant tout à un jeune public, L’Île aux chiens reste une œuvre spécifique à son cinéma où le réalisateur fait de nouveau exploser la succulente folie de son  univers.

Synopsis : En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Île aux chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

Avec L’Île aux chiens, Wes Anderson reste fidèle à son univers fantasque et à lui-même. Inutile de s’attendre à un changement majeur dans le cinéma du monsieur car cela n’arrivera pas. Ce qui n’est pas dérangeant tant le cinéaste a su avec les années gagner une précision et une maestria visuelle hors du commun. Aujourd’hui, il n’y a tout simplement pas d’autres réalisateurs qui font du cinéma comme lui. Une maîtrise qu’il avait pleinement assise avec son dernier film en date, The Grand Budapest Hotel en 2014. Son amour du cinéma artisanal explosait alors complètement dans un mélange habile de décors réels, maquettes ou encore peintures sur glace. Il s’amusait aussi à jouer avec les formats de l’image pour perturber son cadre et parler du pouvoir de transmission et d’héritage à travers les époques que ce soit par le récit ou l’évolution même des procédés cinématographiques.

l-ile-aux-chiens-bryan-cranstonPour L’Île aux chiens, Anderson va aussi s’amuser à restreindre son cadre, non pas pour marquer une époque mais pour marquer un contexte. Œuvre bien plus politique, sans pour autant que cet aspect soit central, dans laquelle le cinéaste expose un futur peu reluisant encore régi par des gouvernements arbitraires et l’exclusion. Ici ce sont les chiens les victimes de la stupidité humaine, prête à tout pour s’aliéner les autres, et Anderson trouve la brillante idée de créer un décalage de langage entre les canidés et les humains. Se déroulant au Japon, les humains parleront la langue locale tandis que les chiens communiqueront en anglais (ou français selon la version que vous verrez). En imposant cette impossibilité de communiquer par les mots, Anderson dresse un portrait sur la différence ou plutôt ce qui rapproche les êtres vivants. Sans jamais tomber dans un discours niais sur l’entraide et l’amour, le film véhicule une certaine naïveté enfantine à travers la vision candide des chiens ou l’optimiste insondable et révolutionnaire des enfants. Ce qui encadre une histoire touchante et surprenante dans sa capacité de traiter des thématiques adultes sans pour autant les imposer à ses spectateurs. On pourra déplorer une structure un brin trop chapitrée du récit, une marque de fabrique un peu redondante chez Anderson, ou encore quelques clichés parfois de mauvais goûts principalement quand cela touche la culture japonaise.

l-ile-aux-chiens-Edward-NortonMais le tout bénéficie d’un humour truculent et d’une intelligence remarquable dans l’exécution du récit, que ce soit dans les dialogues finement écrits ou le sens du cadrage. Wes Anderson signe une mise en scène savoureuse, toujours dans le mouvement, qu’ils soient latéraux, verticaux ou à base de zooms et de dézooms, pour jouer sur les entrées et les sorties de champs qui amorcent souvent des gags visuelles resplendissants. Ici, le cinéaste apporte même un soin particulier aux diverses échelles de plan pour donner à l’ensemble un côté encore plus vif et imprévisible. Toujours soutenu par un montage qui tourne à plein régime, parfois peut-être même un peu trop surtout dans l’accumulation un peu excessive des flashbacks et des divers points de vues des personnages, et la brillante musique d’Alexandre Desplat. Le compositeur est capable du meilleur comme du pire, mais lorsqu’il travaille avec Anderson il est toujours à son top. Utilisant des sonorités japonaises, il compose un score percutant et intense qui s’impose comme un de ses plus beaux travaux. Ajoutez à ça un casting vocal prestigieux et irréprochable tel que Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Scarlett Johansson ou encore Jeff Goldblum et vous obtenez un tout impeccable.

L’ïle aux chiens est une fable politico-sociale à la fois drôle et sensible et qui s’impose aussi comme une formidable lettre d’amour pour les canidés. Le film de Wes Anderson toussote un peu sur son montage par moments trop excessif et didactique, sur son rythme ou quelques petits clichés un peu trop appuyés mais il propose une aventure hors norme et inventive. Adapté pour tout la famille, il devrait satisfaire les plus jeunes comme les plus grands car la magie du cinéma d’Anderson réside dans le fait de savoir communiquer avec tous, malgré sa forme si spécifique. C’est un univers rêveur et fantasque qu’on aime découvrir encore et encore, car même si Wes Anderson ne change pas sa formule en profondeur, elle reste suffisamment unique et fougueuse pour nous emporter loin et ne plus nous faire redescendre.

L’Île aux chiens : Bande annonce

L’Île aux chiens : Fiche technique

Titre original : Isle of Dogs
Réalisation et scénario : Wes Anderson
Casting : Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum, Greta Gerwig, Scarlett Johansson, Tilda Swinton, Liev Schreiber,…
Décors : Paul Harrod et Adam Stockhausen
Direction artistique : Curt Enderle
Photographie : Tristan Oliver
Montage : Ralph Foster et Edward Bursch
Musique : Alexandre Desplat
Producteurs : Wes Anderson, Jeremy Dawson, Steven M. Rales et Scott Rudin
Production : American Empirical Pictures, Indian Paintbrush et Scott Rudin Productions
Distribution :  20th Century Fox
Durée : 101 minutes
Genre : animation
Dates de sortie : 11 avril 2018

Etats-Unis – 2018