Créé dans la foulée des événements de mai 68 comme alternative au festival de Cannes, jugé trop académique, la Quinzaine des Réalisateurs n’a de cesse, depuis ses débuts, de faire découvrir au grand public les œuvres de cinéastes talentueux et moins connus. Cette année encore, du 9 au 19 mai, elle nous propose une programmation riche, avec des films venus du monde entier.
En tout le festival présentera 21 longs métrages et 10 courts-métrages, la majeure partie en avant première mondiale. Il s’ouvrira sur Pájaros de verano (Les Oiseaux de passage) des colombiens Ciro Guerra et Cristina Gallego sur la naissance des cartels de drogue en Colombie, et sera clôturé par Troppa Grazia, une comédie de l’italien Gianni Zanasi.
Si la sélection est principalement composée de fictions, le public cannois pourra néanmoins y découvrir le documentaire Samouni Road, de l’italien Stefano Savona, sur une communauté de fermiers aux abords de Gaza, en Palestine, ainsi que Our Song to War de Juanita Onzaga et Skip Day de Patrick Bresnan & Ivette Lucas.
La Quinzaine présentera également les premiers longs-métrages de deux réalisatrices : Joueurs de Marie Monge et Carmen y Lola de Arantxa Echevarria qui présente l’histoire d’amour de deux jeunes femmes gitanes en Espagne.
La production française est largement représentée avec le nouveau film de Gaspard Noé (Love, Irréversible), Climax, et Le Monde est à toi avec Isabelle Adjani, le second long-métrage de Romain Gavras, fils du cinéaste Costa Gavras, l’un des fondateurs de la Quinzaine des Réalisateurs. Nous pourrons également y découvrir la comédie de Pierre Salvadori En Liberté ! ainsi que le drame Amin de Philippe Faucon, déjà largement récompensé pour son film précédent Fatima.
Le Monde est à Toi, premières images! Sortie le 22 août #teaser #quinzainedesrealisateurs #cannes #cannes2018 #romaingavras @vincentcassel @karimleklou @oulayaamamra @francoisdami @philippekaterine… https://t.co/soTcjbN9WO
— Isabelle Adjani (@adjani_official) April 17, 2018
Bande-annonce : Isabelle Adjani et Vincent Cassel réunis dans Le Monde est à toi de Romain Gavras
Côté courts-métrages la programmation est tout aussi variée entre les films d’animation La Nuit des Sacs Plastiques de Gabriel Harel et Le Sujet de Patrick Bouchard, les documentaires déjà cités de Juanita Onzaga et de Patrick Bresnan ou encore La Chanson, le court métrage déjanté de Tiphaine Raffier sur fond de reprises d’ABBA.
Sélection longs métrages de la Quinzaine des Réalisateurs 2018 :
« On va beaucoup parler espagnol cette année », souligne Edouard Waintrop, le délégué général lors de la conférence de presse présentant cette 50e sélection.
Pájaros de verano (Les Oiseaux de passage) – Ciro Guerra, Cristina Gallego (Colombie/Danemark/Mexique) (film d’ouverture)
Amin – Philippe Faucon (France)
Climax – Gaspar Noé (France)
Carmen y Lola – Arantxa Echevarria (Espagne)
Buy Me a Gun – Julio Hernández Cordón (USA)
Les Confins du Monde – Guillaume Nicloux (France)
El motoarrebatador – Agustín Toscano
En Liberté ! – Pierre Salvadori (France)
Joueurs (Treat me Like Fire) – Marie Monge (France)
Leave No Trace – Debra Granik (USA)
Los Silencios- Beatriz Seigner (Brésil/France/Colombie)
The Pluto Moment (Ming Wang Xing Shi Ke) – Ming Zhang (Chine)
Mandy – Panos Cosmatos (USA/Belgique)
Mirai – Mamoru Hosoda (Japon)
Le Monde est à toi [+] – Romain Gavras (France/Espagne)
Petra – Jaime Rosales (Espagne/France)
Road – Stefano Savona (Italie/France)
Teret (The Load) – Ognjen Glavonic (Serbie/France/Croatie/Iran/Qatar)
Weldi (Moncher Enfant) – Mohamed Ben Attia (Tunisie/Belgique/France)
Troppa grazia – Gianni Zanasi (Italie) (film de clôture)
Sélection courts-métrages de la la Quinzaine des Réalisateurs 2018 :
Basses – Félix Imbert (France)
La Chanson- Tiphaine Raffier (France)
La lotta – Marco Bellocchio (Italie)
Las cruces – Nicolas Boone (France)
La Nuit des Sacs Plastiques – Gabriel Harel (France)
The Orphan – Carolina Markowicz (Brésil)
Our Song to War – Juanita Onzaga (Belgique)
Ship Day – Patrick Bresnan, Ivette Lucas (France)
Le Sujet – Patrick Bouchard (France)
Ce Magnifique Gâteau ! – Emma De Swaef, Marc Roels (Belgique)
Cette année, la Quinzaine des Réalisateurs, section parallèle du Festival de Cannes, dévoile un programme très alléchant, et s’offre des stars comme Isabelle Adjani, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Devos, Pio Marmaï, Tahar Rahim, Nicolas Cage, Ben Foster, Gérard Depardieu, Adèle Haenel… Martin Scorsese 75 ans, sera également honoré lors d’une journée exceptionnelle le 9 mai par le prix du Carosse d’or,
Auteur : Clara Paumé




Si elle n’a jamais bien roulé, pardon, volé bien haut et avait parfois un humour douteux, la saga marseillaise Taxi était au début plutôt sympathique, utilisant souvent un humour « bon enfant » (surtout les deux premiers volets). De plus, le premier film est sorti en 1998, année de la victoire de la France à la Coupe de monde de football : la réussite des beurs était alors célébrée. Samy Naceri, ou plutôt son personnage Daniel, était un peu le Zizou version chauffeur de taxi. Daniel, justement, était un personnage très attachant et formait un très chouette tandem avec Frédéric Diefenthal, alias Emilien, le brave flic un peu stupide sur les bords. Plus de dix ans se sont écoulés entre Taxi 4 (descendu par la critique à l’époque – et effectivement pas terrible du tout) et ce nouvel opus. Vouloir dynamiser cette saga en proposant un nouveau duo est autant risqué que compréhensible.
Passer des chroniques du quotidien à dominante d’enfants victimes, ou de sakura en pagaille, à un film policier et de procès pouvait relever de la gageure, voire de la démarche disruptive pour le cinéaste japonais Kore Eda Hirokazu. Il a déjà amorcé un virage avec des films comme son précédent,
Le film est aussi constitué des échanges plus ou moins furtifs entre un Shigemori culpabilisant face à sa fille qui peine à vivre pleinement son adolescence ; ou un brin agacé face à la figure imposante de son père, un grand juge jadis, celui-là même qui a refusé d’infliger la peine de mort à Misumi pour les crimes commis 30 ans plus tôt. Il fait également état de la relation chargée de non-dits et presque de rancœur entre Sakie (Suzu Hirose, une habituée de Kore-Eda), la jeune fille de la victime, et la mère de celle-ci, une femme présentée comme intrigante. Les fils de ce qui se révèle être une vraie enquête policière menée par Shigemori s’emmêlent, au fur et à mesure des révélations et contre-révélations des uns et des autres, des vérités des uns et des autres. Car la course contre la peine de mort et pour le rétablissement de la vérité sont les vrais enjeux de The Third Murder.
Le dernier opus de Kore-Eda fait un pas de côté par rapport à ses réalisations habituelles, en faisant la part belle à l’esthétique : le champ/contre-champ en gros plan, les têtes des deux protagonistes qui se fondent en une dans le parloir, comme si elles traversaient la fameuse vitre, comme s’ils étaient à la recherche de la même vérité ; de très jolies séquences oniriques qui en plus d’être belles, donnent aussi des pistes au spectateur. Tout est réuni pour faire de The Third Murder un très beau film qui rappelle, si besoin est, que le cinéma de Kore-Eda est protéïforme, et qu’il n’est pas uniquement ce cinéaste qui distille de très fortes charges émotionnelles par la mise en scène de souffrances et d’angoisses d’enfants (



American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace va prendre une tournure qu’on pourrait qualifier d’intimiste. Malgré ce que peut nous dire le titre, la vrai star du show ne sera pas le styliste italien, mais son assassin, le jeune Andrew Cunanan. Bien que le tragique fait divers soit le point de départ de la série, nous montrant l’assassinat dès le premier épisode, ce n’est pas toute l’enquête qui va suivre et la chasse à l’homme engagée dans les quelques jours suivants qui va intéresser Tom Rob Smith, principal scénariste de la saison. Cette saison 2 va nous raconter la genèse d’un serial killer. Au travers des 9 épisodes, on va donc nous raconter de manière antéchronologique la terrible odyssée sanguinaire au travers des États-Unis de Cunanan qui a abouti à la mort de 5 hommes. Exit donc le Penelope Cruz show (et son horrible accent) en Donatella Versace, mais place à la révélation Darren Criss, faisant le grand écart avec une autre prod de Murphy, Glee.
Forcément, le thème de la création est présent à chaque instant. Celui renvoyant au milieu de la mode évidemment avec des moments mis en parallèles avec des changements cruciaux dans la maison Versace, comme cette émancipation de Donatella. Mais là où la création se fait plus forte, c’est dans l’image que cherche à renvoyer Cunanan. À base de mensonges, Cunanan se tisse une vie de goldenboy, embobinant n’importe quel jeune homme. Et forcément, toutes ces supercheries prennent leur source dans le créateur originel d’Andrew Cunanan, Modesto Cunanan, immigré philippin et escroc notoire, dont Andrew était la prunelle des yeux, l’enfant-roi, le digne successeur de son empire factice. Comme l’indique le titre de l’épisode 8, « Creator/Destroyer », la figure paternelle est à la fois celle qui aura façonné la personnalité d’Andrew, mais qui aura également signé sa perte, comme une épée de Damoclès qui n’attendra malheureusement pas longtemps pour tomber. La tragédie familiale qui intéresse Ryan Murphy et ses acolytes n’est pas celle de la dynastie Versace, cueillie un matin de juillet 1997, mais celle des Cunanan. La fresque baroque et clinquante s’avère être au final une descente aux enfers intimiste dont les pages ont été écrites très en avance. Une histoire dont la puissance est renforcé par le talent de Darren Criss absolument subjuguant dans son rôle de Cunanan. Que cela soit en slip dansant sur Easy Lover (après Bateman qui baisait sur Susudio, Phil Collins serait-il le chanteur préféré des american psycho ?) ou en amoureux éconduit, Darren Criss glace aussi bien qu’il émeut, une véritable fascination s’opère autour de lui. Criss aura avec ce rôle accompli ce que son alter ego a toujours recherché, une reconnaissance.
Pour L’Île aux chiens, Anderson va aussi s’amuser à restreindre son cadre, non pas pour marquer une époque mais pour marquer un contexte. Œuvre bien plus politique, sans pour autant que cet aspect soit central, dans laquelle le cinéaste expose un futur peu reluisant encore régi par des gouvernements arbitraires et l’exclusion. Ici ce sont les chiens les victimes de la stupidité humaine, prête à tout pour s’aliéner les autres, et Anderson trouve la brillante idée de créer un décalage de langage entre les canidés et les humains. Se déroulant au Japon, les humains parleront la langue locale tandis que les chiens communiqueront en anglais (ou français selon la version que vous verrez). En imposant cette impossibilité de communiquer par les mots, Anderson dresse un portrait sur la différence ou plutôt ce qui rapproche les êtres vivants. Sans jamais tomber dans un discours niais sur l’entraide et l’amour, le film véhicule une certaine naïveté enfantine à travers la vision candide des chiens ou l’optimiste insondable et révolutionnaire des enfants. Ce qui encadre une histoire touchante et surprenante dans sa capacité de traiter des thématiques adultes sans pour autant les imposer à ses spectateurs. On pourra déplorer une structure un brin trop chapitrée du récit, une marque de fabrique un peu redondante chez Anderson, ou encore quelques clichés parfois de mauvais goûts principalement quand cela touche la culture japonaise.
Mais le tout bénéficie d’un humour truculent et d’une intelligence remarquable dans l’exécution du récit, que ce soit dans les dialogues finement écrits ou le sens du cadrage. Wes Anderson signe une mise en scène savoureuse, toujours dans le mouvement, qu’ils soient latéraux, verticaux ou à base de zooms et de dézooms, pour jouer sur les entrées et les sorties de champs qui amorcent souvent des gags visuelles resplendissants. Ici, le cinéaste apporte même un soin particulier aux diverses échelles de plan pour donner à l’ensemble un côté encore plus vif et imprévisible. Toujours soutenu par un montage qui tourne à plein régime, parfois peut-être même un peu trop surtout dans l’accumulation un peu excessive des flashbacks et des divers points de vues des personnages, et la brillante musique d’