Fatima, un film de Philippe Faucon: Critique

Pour l’ouverture de sa rétrospective à la Cinémathèque française, Philippe Faucon est venu présenter en avant-première, avec l’équipe du film, son nouveau long-métrage Fatima, en compétition à la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier festival de Cannes.

Synopsis : Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont son moteur, sa fierté, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés.

Philippe Faucon est un nom peu connu du cinéma indépendant français, pourtant, le réalisateur nous offre, avec Fatima, son 8ème long-métrage pour le cinéma. Toujours engagé et soucieux de dépeindre un milieu et des conditions sociales qui lui sont chers, Philippe Faucon offre, dans l’ensemble de sa filmographie, un cinéma réaliste. Fatima ne déroge en rien à la règle et nous fait vivre avec cette mère de famille qui se donne corps et âme à la réussite de ses filles.

Là où le film est une réussite, c’est qu’il n’est en rien misérabiliste, bien au contraire. Philippe Faucon ne s’enlise dans aucun pathos et ne force pas la main, c’est le spectateur qui éprouvera un quelconque sentiment à l’égard des personnages. Le cinéma social a tendance à rebuter, certains y voyant le simple but de faire peser toute la misère du monde sur les épaules des femmes et hommes qui composent les classes défavorisées. Dans son long-métrage, Philippe Faucon aborde le racisme et le commérage, ainsi que la place de la femme dans la société, à qui l’on apprend à « se couvrir et contrôler chaque geste et chaque parole ». Il dépeint également un souhait de s’en sortir, en arrivant à toujours mêler un humour singulier, pourvu d’autodérision, qui ne peut échapper au spectateur.

Les partis pris esthétiques sont réduits à leur plus simple expression, afin de dévoiler les acteurs et de tirer le plus possible du jeu de ces derniers. Toutefois, le film est d’une certaine lenteur car il retranscrit le quotidien d’une femme de ménage, ainsi que celui de ses filles, on peut alors reprocher au réalisateur de s’appesantir et d’être quelque peu rébarbatif avec ce schéma d’une vie cyclique, dans laquelle il ne se passe au fond pas grand chose, outre la pression de l’aînée vis à vis du concours de médecine.

Fatima est une personne personne généreuse qui cherche à se fondre dans la masse (avec des cours de français pour assurer les contraintes administratives), ne cherchant qu’à faire le bien. Une femme forte, acceptant toutes les tâches, dans l’unique but qu’est celui de rendre ses filles heureuses, en dépit d’une atmosphère sociale qui ne joue pas en leur faveur. Et même si l’une de ses filles, Souad, ne lui rend pas la pareille, son amour pour elle n’en est en rien modifié, et elle ne cessera de se battre pour cette dernière, cela malgré les remarques désobligeantes d’une adolescente en pleine recherche d’elle même. On retiendra cette phrase forte, et d’une tristesse absolue, pour qualifier Fatima « un torchon, qui ne parle même pas français ». Malgré cela, pendant tout le long-métrage, Fatima écrit, en arabe, dans un cahier, des phrases, semblables à des vers poétiques. Dans quel but ? Celui de dire à ses filles ce qu’elle pense, ce qu’elle vit et la manière dont elle voit la société. En résultera une scène magnifique chez le médecin, long monologue de Fatima, où le discours s’avère criant de vérité, et, en fin de compte, assez dérangeant.

Semblable à La loi du Marché, Fatima est une succession de longs, et souvent gros plans, où les acteurs sont mis sur un piédestal. Même si pour certains, des plans peuvent paraître futiles ou vides de tout sens, Fatima apparaît comme un ensemble dans lequel chaque fait est important. Et même si le jeu d’acteurs peut déranger, une fois de plus, il s’agit là d’un choix du réalisateur, qui le dit si bien « Si les acteurs amateurs peuvent paraître faux, c’est parce qu’ils cherchent à jouer un naturel qu’ils ont déjà.»

Mais il paraît tout de même essentiel d’aborder le casting, car Soria Zeroual (Fatima) réellement femme de ménage d’origine marocaine, et Zita Hanrot (Nesrine, fille aînée de Fatima), remarquée dans Eden et Radiostars, sont fantastiques, de véritables révélations en terme de jeu. Les deux actrices véhiculent des émotions incroyablement fortes et sont criantes de vérité. On perçoit un jeu d’une sincérité magnifique. Avec ce genre de long-métrage, on peut réellement se dire qu’engager des acteurs non-professionnels a parfois vraiment du bon, et peut être une réelle surprise, mais cela avec des réserves. En effet, le jeu de Kenza Noah Aïche (Nesrine, seconde fille de Fatima, âgée de 15 ans) peut, de prime abord, refroidir, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit du premier long-métrage de la jeune fille, qui s’avère tout de même convaincante, lors des scènes avec son père, par exemple.

Fatima est donc un film fort sur le combat d’une mère, magnifiquement interprétée, offrant une palette d’émotions au spectateur.

Fatima: Fiche Technique

Réalisateur : Philippe Faucon
Scénario : Philippe Faucon, d’après l’oeuvre de Fatima Elayoubi
Casting : Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche…
Genre : Drame
Nationalité : Française
Date de sortie : 7 octobre 2015
Durée : 80 minutes
Costumes : Nezha Rahil
Photographie : Laurent Fénart
Son : Thierry Morlaas-Lurbe
Montage : Sophie Mandonnet
Musique : Robert Marcel Lepage
Producteurs : Yasmina Nini-Faucon, Philippe Faucon, Serge Noël
Production : Istiqlal Films, Arte France, Possibles Média, Rhône-Alpes Cinéma
Distributeurs : Pyramide Distribution
Récompenses: Césars 2016 du meilleur film, de la meilleure adaptation et du meilleur espoir féminin pour Zita Hanrot

France – 2015

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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