Inspiré d’une histoire vraie ayant eu lieu sur l’île de Jersey, Jersey Affair (Beast), le premier long métrage du Britannique Michael Pearce, est un thriller machiavélique dans lequel tout est source d’angoisses et de frissons…
Synopsis : Sur l’île de Jersey, une jeune femme tombe amoureuse d’un homme mystérieux. Cette rencontre la pousse à fuir sa famille tyrannique. Alors que l’homme est soupçonné de plusieurs meurtres, elle le défend aveuglément.
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Il y a des films comme ça, qui vous tombent dessus sans crier gare. Malgré un passage au désormais incontournable TIFF (Festival international de Toronto), devenu une véritable antichambre des Oscars, Jersey Affair, le premier long métrage du Britannique Michael Pearce a débarqué dans nos salles sans tambour ni trompette, et là où il s’attendait à une gentille histoire policière comme les Britanniques savent en produire, le spectateur se retrouve face à un film plus complexe qu’il n’y paraît, un film qui va le hanter encore quelque temps après son visionnage.
Après un petit prologue qui donne le ton, Moll (incroyable Jessie Buckley), membre de la chorale de ce petit village de Jersey, se faisant humilier en public par sa glaciale mère Hilary (Geraldine James), chef de ladite chorale, le film commence par une scène d’anniversaire un peu laconique. Moll semble aller à reculons à sa propre fête, ne s’y amuse pas du tout, et chacun (sa mère, sa sœur) s’emploie à détourner d’elle l’attention du public. Une première scène qui se termine dans un mini-drame, qui donne déjà à voir l’étendue du malaise (lié à un sombre secret du passé) et du dysfonctionnement dans cette famille. Michael Pearce est énormément aidé par son actrice Jessie Buckley qui épouse toutes les expressions avec des moyens d’autant plus précieux qu’ils sont discrets. La suite du métrage va nous donner entièrement raison au sujet de l’actrice. La violence de ses sentiments lors de sa première rencontre avec Pascal Renouf (Johnny Flynn) est parfaitement et paradoxalement traduite dans la sorte de sidération qu’elle affiche, dans ce petit sourire qui illumine à peine le coin de ses yeux en présence du jeune homme. Un jeu d’actrice maîtrisé avec beaucoup d’intelligence. Pascal est un homme quasi irréel dans son étrangeté et sa marginalité, une bête (comme dans Beast, le titre original du film) dont l’odeur repousse la mère lorsqu’elle n’a plus pu faire autrement que de le rencontrer, la même odeur qui attire sauvagement Moll vers lui. Lorsqu’il s’avère que le jeune homme est en tête de la liste des suspects suite à des meurtres en série de jeunes filles dans l’île, Moll qui a imposé son nouvel amant à la face de sa communauté va le défendre becs et ongles et aveuglément.
Le cinéaste déroule une mise en scène digne des grands thrillers, anxiogène sans être ostentatoire, puisant la tension dans la vie de tous les jours, alors même que le genre n’est pas tout à fait exactement celui-là. Tout comme dans le récent Third Murder de Hirokazu Kore-Eda, la vérité du film est ailleurs que dans les enquêtes policières. Elle est dans les personnages, dans l’étude de leur réaction face à d’intenses situations de stress, dans le récit de leur affolement progressif, dans la possibilité que la Bête citée dans le titre original du film puisse être n’importe lequel des habitants de l’île impliqués dans l’histoire. Car le sel de cette histoire est la dualité inquiétante qu’ils montrent tous tour à tour. Si Jessie Buckley est admirable de bout en bout, tout le temps sur la crête sans jamais flancher, Flynn, quant à lui, joue un peu en demi-ton, s’appuyant peut-être un peu trop sur son physique, des yeux maladivement clairs et transparents qui invitent fatalement à penser au trouble du genre de celui du Village des damnés de John Carpenter, des cheveux blonds synonyme d’une innocence que vient contrecarrer une attitude rien moins qu’animale, des cendres plein le cottage, de la boue plein le tapis, des ongles salis d’on ne sait quoi, de terre ou de sang possiblement…
Le spectateur chemine de bout en bout avec des protagonistes qui eux aussi font du chemin, un chemin tortueux très bien dessiné par l’écriture de Michael Pearce, mais également un chemin semé de belles fulgurances visuelles obtenues grâce à la belle palette du chef opérateur Benjamin Kračun ; de vrais beaux plans de cinéma, parfois à la limite d’un kitsch exacerbé par la beauté de l’île de Jersey, si la sincérité du cinéaste n’était pas flagrante. La progression vers la fin du film, intense et plutôt inattendue, s’accomplit dans une fluidité respectable compte tenu de la mince expérience du cinéaste en terme de long métrage. Le parti pris de proposer la totalité du film depuis le point de vue de Moll, la protagoniste, permet réellement de se rendre compte de cette progression et de la manière dont les choses évoluent dans et en dehors de la jeune femme.
Jersey Affair pourrait être le début d’une carrière très prometteuse pour le cinéaste Michael Pierce. Un destin qui fut celui de grands cinéastes comme Lanthimos, Zviagentsiev et dans un genre moins récent Spielberg, des cinéastes qui ont posé dès leur premier métrage très réussi comme une signature, comme une évidence. Un nom à suivre de très près donc, et deux acteurs, surtout une magnifique actrice, à ne pas perdre de vue…
Jersey Affair– Bande annonce
Jersey Affair – Fiche technique
Titre original : Beast
Réalisateur : Michael Pearce
Scénario : Michael Pearce
Interprétation : Jessie Buckley (Moll), Johnny Flynn (Pascal), Geraldine James (Hilary), Trystan Gravelle (Clifford), Emily Taaffe (Tamara), Charley Palmer Rothwell (Leigh), Hattie Gotobed (Jade), Shannon Tarbet (Polly)
Musique : Jim Williams
Photographie : Benjamin Kračun
Montage : Maya Maffioli
Producteurs : Kristian Brodie, Lauren Dark, Ivana Mackinnon
Maisons de production : BFI (British Film Institute), Film4
Distribution (France) : Bac Films
Durée : 107 min.
Genre : Drame, Policier
Date de sortie : 18 Avril 2018
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Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal.
Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme.
Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent.
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