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La violence dans le cinéma de Nicolas Winding Refn

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Réalisateur aussi bien apprécié que détesté, le danois Nicolas Winding Refn fascine. En attendant l’arrivée de sa série Too Old to Die Young sur Amazon Video cette année, revenons sur l’aspect central de son cinéma: sa violence.

Force est de constater qu’à travers une dizaine de films réalisés en un peu plus de vingt ans, Nicolas Winding Refn a su imposer sa patte si reconnaissable. En effet, dès son premier long-métrage, Pusher, il démontre une certaine maîtrise de la mise en scène. Cette première réalisation cristallise tout ce qui fera le style du danois: une esthétisation à outrance des plans, une lumière très contrastée, et surtout une violence omniprésente.

La violence comme habitude

S’il y a bien quelque chose que la filmographie de Refn montre, et notamment sa trilogie Pusher, c’est que la violence engendre la violence. En effet, particulièrement dans les Pusher II et III, on s’aperçoit que les personnages évoluent dans un environnement angoissant, ultra-violent, qu’ils ont grandi là-dedans.

Tonny, l’antihéros du II réalise des vols de voiture, vend de la dope à Copenhague pour essayer de plaire à son père, jusqu’à la fin tragique, de son meurtre. Quant à Milo, dans le III, il essaie de s’imposer et surtout rester à la tête du trafic de drogue de la ville, mais va devoir tuer plusieurs personnes pour « sauver » une prostituée de ses macs, mais surtout se sauver lui-même. La séance de torture du corps est particulièrement choquante, mais également particulièrement drôle. Refn impose sa patte.

C’est toujours un bon drame quand vous prenez un protagoniste, un héros, un personnage principal, et vous le mettez dans une situation où il y a ce tic-tac comme quoi il va éventuellement sortir de sa zone de confort et les choses vont tourner très mal. Comment gère-t-il tout ça ? C’est une structure vraiment simple du drame. Très accessible. Ensuite elle prend la forme de ce que l’on y met. Mais j’ai toujours aimé les personnages qui, selon les circonstances, doivent se transformer et, à la fin, il est inévitable qu’ils deviennent ce qu’ils doivent être.

Prenez, par exemple, Pusher II, qui est un film à propos d’un fils [joué par Mads Mikkelsen], qui, toute sa vie, veut l’amour de son père, mais réalise qu’il doit le tuer pour se libérer des péchés de son père. Ce qui plante les graines pour cela c’est qu’il réalise qu’il a son propre fils, et cette responsabilité le force soudainement à agir. Et c’est un happy-end, même si la fin est sombre, car pour le personnage, c’est ce qu’il était destiné à devenir. C’est presque comme s’il avait accompli son vrai sens.

Bleeder et Drive sont assez similaires sur ce point: ils montrent tous les deux des personnages en proie à une escalade de violence; à la différence que le personnage de Kim Bodnia dans Bleeder va être à l’origine d’actions qui auront des conséquences dramatiques et prendra la place d’une sorte de vilain, là où le personnage de Ryan Gosling dans Drive sera consacré en tant que vrai héros, quitte à se retrouver seul.

Une de ses réalisations les plus controversées, Only God Forgives, traite de la spirale de vengeance incontrôlable dans laquelle un individu exposé à la violence crue peut tomber. Refn, retrouve son acolyte Ryan Gosling dans une œuvre très sombre. Il campe un personnage embarqué dans la vengeance du meurtre de son frère, celui-ci ayant préalablement violé et tué une mineure. La mère des deux fils (jouée par une Kristin Scott-Thomas glaçante) réclame vengeance à son fils restant, mais celui-ci n’est pas vraiment partant. Les meurtres vont s’empiler les uns sur les autres, jusqu’à ce qu’un policier finisse par faire régner la justice, à sa propre manière.

Une violence symbolique

Tout amateur de Nicolas Winding Refn pourrait remarquer que pour lui, la caractérisation des personnages est très importante. En effet, il se positionne souvent comme un psychologue, et cherche à démontrer comment ses personnages tombent dans le climat sombre et acariâtre de l’ultra-violence.

En 2009, Refn réalise Valhalla Rising, son œuvre la plus obscure, sa dernière collaboration en date avec Mads Mikkelsen. L’histoire traite d’un guerrier muet, One-eye, qui est retenu captif par un chef de clan. Il réussit finalement à s’échapper grâce à l’aide d’un petit garçon, et tous les deux vont se retrouver embarqués sur un bateau viking, vers une destination inconnue. C’est une œuvre qui a déconcerté le public, car, c’est une œuvre aux nombreux questionnements et aux interprétations multiples, auxquels le metteur en scène ne donne pas de réponse concrète. Pour certains One-eye incarnerait le dieu nordique Odin, pour d’autres son voyage symboliserait son chemin interne vers la rédemption. Mais aucune n’est pleinement satisfaisante. Ce qu’il y a à voir, cependant, c’est que One-eye est une sorte de guerrier surhumain, qui, grâce à l’usage de la violence, va réussir à atteindre sa propre liberté, en tuant ses bourreaux, puis en s’imposant presque comme le messie des vikings à la recherche d’une terre promise.

Toujours en 2009, sort également un long-métrage que Refn avait tourné au même moment que Valhalla Rising, Bronson, avec Tom Hardy jouant le prisonnier « le plus dangereux d’Angleterre », Michael Peterson alias Charles Bronson (nom emprunté au célèbre acteur de westerns). Dans cette œuvre, Bronson explique que pour lui, la prison était une « vocation », et qu’il considère les cellules comme des chambres d’hôtel. Une des symboliques les plus évidentes que l’on retrouve est celle de la liberté. C’est un personnage extravaguant qui apparaît comme libre, malgré toutes ses années d’emprisonnement et sa vie en isolement. Finalement, on remarque assez vite que, d’après le film, ce que Bronson apprécie le moins dans tous les lieux où il a été enfermé, c’est l’hôpital psychiatrique dans lequel il avait été interné. Drogué aux médicaments, il ne bénéficie plus de sa « liberté de pensée ». De plus, quand il découvre sa passion artistique pour le dessin, ses motifs préférés sont des oiseaux. Difficile de faire plus symbolique.

En analysant un peu plus sa filmographie, on se rend compte qu’une certaine dualité habite la psychologie de ses personnages. En effet, si l’on reprend Pusher II, on voit que Tonny est tiraillé par ses envies d’être un bon père, mais en même temps de prouver à son père qu’il est un bon fils à travers ses envies criminelles. A la fin, comme l’a dit Refn dans la citation un peu plus haut, son personnage, en « tuant le père », va absoudre ses péchés. C’est un motif que l’on retrouve dans Only God Forgives également, avec, au lieu d’un père, une mère castratrice. Julian (Ryan Gosling) est lui aussi tourmenté par son immobilisme apparent (incapable d’agir selon la volonté de sa mère, qui va engager une autre personne pour venger son fils), ses pulsions sexuelles inassouvies à cause de son impuissance et en même temps sa volonté de se faire enfin aimer de sa mère, qui lui a toujours préféré son frère. Et à la fin, lui aussi sera également absous de ses péchés, grâce notamment au personnage du policier thaïlandais, sorte de figure tutélaire de la justice.

bleeder-nicolas-winding-refn-film-avec-Kim-BodniaOn remarque aussi l’importance des couleurs, et principalement du rouge, symbole du sang et de la violence, dans les métrages du réalisateur danois. Parfois elle est partout, omniprésente, parfois elle est un peu plus discrète, même si elle est toujours présente. Dans Bleeder, il utilise la couleur rouge pour symboliser la violence inhérente au personnage de Léo (Kim Bodnia), qui n’accepte pas le fait qu’il va devenir père. Les personnages portent presque tous un haut de couleur rouge, surtout sa femme qui en porte un durant tout le film, qui est en quelque sorte à l’origine de la violence de son compagnon (par sa grossesse). On remarquera également, que, l’élément déclencheur de tout le « traumatisme » et la rage intérieure de Léo se passe dans une boîte de nuit, où la lumière est rouge. C’est très explicite (d’ailleurs le titre l’est également).

Une violence esthétisée

On remarque cependant que le style très rapide, à la réalisation et au montage presque saccadé, au fur et à mesure que la filmographie du réalisateur s’étend, devient plus lent et stylisé. Le montage épileptique et les mouvements de caméra rapides des Pusher laissent place à une composition des plans symétriques et parfaits, un montage plus lent, bref, une esthétique travaillée qui vise le sublime.

Le plus beau témoignage de cette violence esthétisée est peut-être la scène de l’ascenseur, dans Drive. Tous les meilleurs ingrédients de la réalisation de Nicolas Winding Refn sont réunis pour former une scène légendaire, où la poésie du moment laisse place à une violence extrême. De la douceur teintée de sang.

Nous avons déjà évoqué l’utilisation des couleurs dans son cinéma. Précisons toutefois que Nicolas Winding Refn est daltonien, et donc il utilise beaucoup de couleurs contrastées car sinon ils ne les voit pas. Il utilise énormément de rouge, mais également beaucoup de bleu et de jaune.  Ces couleurs subliment les images, et sont toutes porteuses de sentiments associés aux personnages. Le rouge comme symbole de la violence intérieure, mais également de la tension qui les anime. Le bleu comme symbole d’une tranquillité sombre et de sentiments qui les submergent. Le jaune, enfin, comme synthèse des deux.

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Peut-être que l’épiphanie de sa patte artistique est son œuvre The Neon Demon, condensé de tout ce qui fait son univers, transposé dans le monde de la mode et du mannequinat. Les plans magnifiques et les scènes stylisées au possible s’enchaînent, avec beaucoup de ralentis, tout en atteignant le paroxysme de la violence à la fin du film. C’est une œuvre qui apparaît plus accessible car ici la perfection des images est en accord avec la thématique principale: la beauté. Voici un extrait, où la musique se conjugue parfaitement avec ce qui est filmé, comme sait si bien le faire le réalisateur.

Grâce à son style si particulier, Nicolas Winding Refn a su s’imposer comme l’un des maîtres du cinéma violent. Il a réussi établir auprès du public son univers esthétique, sa patte unique. Un univers où la violence est reine mais non pas vaine. C’est assurément un réalisateur sur qui il faudra compter à l’avenir, et qui continuera de proposer des réalisations radicales. A voir ce que donnera sa série Too Old to Die Young, qui arrivera bientôt sur Amazon Video…

Escape Game : le jeu n’en vaut pas la chandelle

Avec son dernier thriller, Adam Robitel entend surfer sur la mode des Escape Game tout en renouvelant sur la forme le genre survival. Partie à moitié gagnée seulement.

Immersion puis déception

Pour peu que vous ayez déjà essayé un véritable Escape Game, de ceux qui ont essaimé ces dernières années, il y a forcément un point qui ne vous a pas échappé : qu’est ce que le temps passe vite ! Eh oui, les 60 minutes que durent en moyenne la partie semblent vous filer entre les doigts et vous avez beau trouver des codes sous les tapis, des clés dans des tiroirs et toutes sortes de choses cachées dans les 9 mètres carrés de votre « cellule », rien à faire, il vous faudrait bien un bon quart d’heure de plus pour sortir de là avec les honneurs dus aux champions de l’évasion. C’est donc avec une véritable admiration que j’ai constaté la rapidité avec laquelle les six héros du film enchaînaient les différentes salles auxquelles ils se retrouvent confrontés. Cinq en moins de 100 minutes, moi je dis chapeau ! A croire que gagner 10 000 dollars, la récompense promise et rester vivant par la même occasion constitue une motivation on ne peut plus efficace pour ne pas traîner en route. Dont acte.

Une déco qui a de la gueule

Il faut dire que c’est à un Escape Game XXL auquel nous convie le réalisateur.  Les différents espaces que traversent nos aspirants à l’adrénaline sont particulièrement bluffants. A l’opposé du dépouillement métallique de Cube, film alpha du genre, ou de la rusticité en trompe l’œil du malin La Cabane dans les bois, le film d’Adam Robitel met le paquet en termes d’architecture intérieure. A chaque nouvelle pièce du jeu, les aventuriers grillent quelques neurones pour sauver leur peau, mais ils doivent surtout faire preuve de sang froid face à un labyrinthe à géométrie létale qui n’entend pas les laisser souffler un seul instant. Entre un cabinet de curiosités réduit en morceaux façon compresseur à ordures (clin d’œil à Star Wars), une salle proprement renversante et une autre psychédélique à souhait, on ne peut que se réjouir de tant d’inventivité dans les décors.  Mais si ces derniers soufflent le chaud et le froid, on regrettera en revanche que le scénario soit aussi tiède.

Un scénario qui part en vrille

En effet, à quoi bon inventer des espaces aussi originaux et des règles du jeu dont les maîtres-mots sont déduction et perspicacité si c’est pour y convier des personnages aussi caricaturaux et les faire disparaître de la façon la plus triviale qui soit. D’autant qu’on ne perçoit dans le scénario ni l’humour parodique à l’œuvre dans la Cabane dans les bois, ni même un soupçon d’ironie à l’égard de ces six figures stéréotypées. Quant au déroulement des péripéties, il suit une trajectoire relativement linéaire, où la seule véritable rupture est l’occasion d’une scène de bagarre dont la résolution à l’arme à feu, attribut rédhibitoire de l’auto-justice U.S,  parait complètement incongrue. A l’image d’un final invraisemblable qui invite à une seconde manche qu’on n’a plus vraiment envie de jouer.
Donc un conseil, si vous avez quelques dizaines d’euros à dépenser entre amis, trustez l’Escape Game par procuration pour un vrai de vrai, en 60 minutes chrono. De quoi se faire un bon petit film dans sa tête.

Bande-annonce : Escape Game

Synopsis : Un groupe de six personnes est envoyé dans un jeu d’évasion grandeur nature (escape game) dont les conséquences vont être mortelles.

Fiche technique : Escape Game

Réalisateur : Adam Robitel
Acteurs : Taylor Russell, Logan Miller, Deborah Ann Woll, Tyler Labine,
Genre : Thriller psychologique
Distributeur : Colombia Pictures, Sony Pictures
Date de sortie : 4 janvier 2019
Durée : 1h39mn
Nationalité : États-Unis

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2.5

Marie Stuart, Reine d’Écosse : les femmes face au monde

Les films d’époque sont en vogue ces temps-ci. Après le remarqué et acclamé La Favorite, Marie Stuart, Reine d’Écosse débarque et propose un biopic tout aussi généreux en terme de décors et de costumes surannés. Pour un premier film, la réalisatrice Josie Rourke accouche d’une œuvre assez inoffensive mais loin d’être inintéressante dans ses thématiques mettant la femme au premier plan.

Synopsis : À seulement 18 ans, Marie Stuart est déjà veuve, après le décès de son époux le Roi de France, François II. Elle refuse de se remarier conformément à la tradition. En 1561, elle quitte donc la France pour rejoindre ses terres natales d’Écosse pour réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la reine d’Angleterre, Élisabeth Ière, n’est pas de cet avis. Elles vont toutes deux devenir de véritables sœurs ennemies, malgré une fascination réciproque.

Marie Stuart ne doit pas s’appréhender comme un pur morceau d’histoire, mais plutôt comme un film fondamentalement féministe qui s’appuie sur des données historiques pour parler de thèmes très actuels : de la sexualité à l’instrumentalisation du corps, en passant toujours par la place de la femme dans la société.

Le corps comme objet de pouvoir

Ce qui ressort avec le plus d’évidence est la mise en scène du corps, dans ce qu’il a de purement charnel mais aussi de symbolique, et, consécutivement, son instrumentalisation politique. Le corps féminin est objet de désir de la part des hommes, et de cette faiblesse masculine les femmes peuvent tirer une forme de supériorité. C’est le cas de Marie, qui domine, assume son corps jusqu’à sa nudité, et embrasse sa condition de femme à travers la grossesse ; ce n’est pas le cas d’Elisabeth, qui subit son propre corps, rongé par la maladie, toujours caché derrière des tenues sophistiquées, et pour qui l’échec à devenir mère empêche de se sentir femme (elle répète, plusieurs fois, être davantage « homme »). La grossesse est au cœur des préoccupations des personnages, sur deux modes bien distincts mais finalement indissociables. D’abord, d’un point de vue politique, puisqu’elle paraît réduite à une simple action politique et sociale (créer une descendance, consommer le mariage, être bien vue en endossant son « rôle » de mère) : Marie tombe enceinte et gagne immédiatement de l’importance ; Elisabeth échoue et son influence stagne. Mais avant de servir les intérêts des deux reines, la grossesse semble essentiellement signe d’accomplissement en tant que femme (du moins, pour ces deux personnages). Le fait de « se sentir femme » est l’obsession première d’Elisabeth, parce qu’elle n’y parvient jamais et refoule sa féminité derrière un maquillage aussi dénaturant que les constructions sociales dans lesquelles elle s’aliène. Au contraire, pour Marie, être femme paraît si naturel qu’elle n’en fait pas grand cas, se contentant de marteler son discours sur le fait d’assumer sa nature authentique et de ne pas chercher à être quelqu’un d’autre. Là est leur différence irréductible : l’une s’affirme en tant que femme et individu singulier, l’autre se refuse à elle-même et au genre féminin tout entier.

Ainsi remarque-t-on l’importance accordée à la « féminité », mais en tant qu’essence de la femme et non construction sociale décidée par les hommes – une construction que les deux reines combattent et renversent grâce au pouvoir qu’elles ont acquis. Au XVIe siècle, la femme est aussi indésirable que certaines écoles religieuses : au début du film, on peut entendre un protestant dire qu’il ne veut pas donner la couronne à Marie Stuart, autant parce qu’elle est catholique que parce qu’elle est femme. Mais celle-ci va procéder à un retournement progressif du rapport, jusqu’à une forme d’objectivation de l’homme et une libération des stéréotypes féminins. Les prétendants se multiplient, les membres de la cour se vautrent dans les racontars et les manières, son mari est alcoolique et impuissant, n’importe quel messager d’apparence sérieuse peut d’un seul coup céder à des pulsions sexuelles et partager ses plus lourds secrets ; bref, la masculinité en prend un coup et il n’y a pas un seul homme pour rattraper l’autre. Même le roi – ou plutôt, le mari de la reine – se fait renvoyer dans les cordes par Marie à l’instant où il réclame plus de pouvoir en justifiant sa demande par le fait de lui avoir donné un fils (après une scène d’amour calamiteuse) : « One minute makes not a man », répond-elle sèchement.

Josie Rourke réinvestit donc une figure féminine emblématique pour montrer à quel point les problématiques entre hommes et femmes n’ont guère changé après tant de siècles, et que c’est un combat qui traverse les époques. Elle fait de Marie Stuart une héroïne porte-étendard d’un féminisme non pas militant mais « naturel », presque inconscient, fondu dans des préoccupations politiques et historiques et ainsi d’autant plus efficace.

L’échiquier des couleurs

Puisque les deux reines polarisent l’attention des personnages qui gravitent autour d’elles, Josie Rourke se donne les moyens pour transposer cette attention du côté du spectateur. Ainsi les travellings arrières se multiplient lorsque l’une d’elles se déplace, comme si la caméra – et donc le spectateur – étaient forcés de reculer pour les laisser passer. Les hommes de la cour sont souvent envoyés en bordure de cadre lors de ces mouvements, soulignant l’autorité de ces femmes qui ont la mainmise sur le destin de leurs sujets. À cela s’ajoute l’utilisation constante de la contre-plongée pour filmer les visages graves d’Elisabeth ou Marie, leur donnant de la hauteur et supériorité face aux hommes constamment rabaissés par les cadrages, qui ne font qu’illustrer la bassesse de leurs agissements.

Josie Rourke travaille au maximum l’effet de rupture entre les deux personnages féminins et les hordes d’hommes, flagorneurs ou traîtres, qui s’amoncellent à leurs pieds. Les costumes sont pensés en conséquence : aux couleurs ternes et noirâtres des tenues des hommes, répond le rouge vif, le bleu lapis-lazuli ou le jaune floral des robes portées par les deux reines. Et au cinéma, les couleurs ne sont jamais choisies par hasard. Marie Stuart est vêtue de blanc lors de son arrivée en Écosse à dix-huit ans, symbolisant la pureté de son corps comme de ses convictions profondément diplomates. Puis elle s’affirme progressivement et abandonne la candeur du blanc pour la loyauté et la sincérité véhiculées par le bleu : elle tient alors des discours sur le fait d’assumer sa nature, ses orientations sexuelles, sa personnalité authentique, et renforce son amitié avec ses suivantes et le barde italien. Pendant ce temps, le jaune fait de brèves apparitions, notamment lors d’une scène de nuit de noces dont la couleur fait transparaître toute la gêne et le caractère forcé (car politique) de l’union. L’ultime robe, celle entrevue lors du prologue annonçant le destin funeste de Marie Stuart, est d’un rouge éclatant volontairement contradictoire avec la situation : Marie est sur le point d’être mise à mort, et pourtant elle arbore la couleur de la passion, du triomphe, de l’ardeur ; mais ce n’est pas si paradoxal que cela quand on comprend à la fin du film que, malgré son triste sort, elle a au fond accompli sa tâche ici-bas et laisse à son fils l’opportunité de la parachever.

Voilure et dévoilement

S’il fallait retenir une seule scène, ce serait sans doute la rencontre tant attendue entre Marie et Elisabeth, dans une bâtisse perdue au fond d’une clairière ; une séquence forte émotionnellement et symboliquement, qui par l’isolement géographique met un point d’orgue à la démonstration de leur profonde solitude au milieu de ce monde d’hommes. Après le jeu du chat et de la souris auquel les deux femmes se sont vouées, par lettres interposées, messagers ou espions, la rencontre physique se veut hautement sacrée. Pourtant, le résultat n’est autre qu’une démythification totale de chacune d’elle à travers les yeux de l’autre : Marie Stuart découvre que le reine tyrannique et autoritaire est en réalité une femme fragile psychologiquement et rongée physiquement par la variole ; Elisabeth s’effondre devant la beauté juvénile de sa cousine dont elle avait eu vent maintes fois mais qu’elle espérait encore, au fond d’elle et par jalousie, être moins rayonnante que ce qu’elle imaginait.

Au travers des draps blancs suspendus, que les deux reines écartent tels les derniers lambeaux de pureté encore présents dans ce bas-monde, l’idée de « dévoilement » ressort inévitablement : elles font tomber ces draps à mesure qu’elles se mettent à nue devant l’autre, d’abord par la parole, ensuite littéralement lorsque Elisabeth retire sa perruque. Un dévoilement à deux vitesses, puisque Marie apparaît sans atours, presque décoiffée et dans une tenue très simple, là où le corps d’Elisabeth est enfermé derrière de faux cheveux, un maquillage outrancier et une robe ostentatoire. En une scène, toute l’hypocrisie et le refoulement quasi-pathologique d’Elisabeth sont matérialisés et la reine se prend de plein fouet l’authenticité fougueuse d’une Marie fidèle à elle-même. On pourrait même interpréter l’échec de cette mise à nue d’Elisabeth comme annonciatrice de la trahison future, et du fait qu’elle n’aura jamais réussi à s’accepter en tant que femme. Quoiqu’il en soit, si cette scène de rencontre est aussi puissante, c’est aussi et surtout grâce au jeu de Saoirse Ronan et de Margot Robbie qui éclaboussent tout le film de leur talent.

Si Marie Stuart, Reine d’Écosse n’est pas exempt de tout reproche, à cause d’un rythme inégal, d’une réalisation parfois insipide et d’enjeux qui manquent d’envergure (même si cela permet, en contre-partie, de s’attarder sur les préoccupations individuelles et plus humaines des deux protagonistes), et sera peut-être un peu oublié par le public, il n’en demeure pas moins une proposition thématiquement passionnante, qui vaut davantage pour ce que sa réalisatrice a à cœur de dire de la place de la femme dans le monde que pour son historicité finalement très secondaire. Un film plus actuel que d’époque, malgré le personnage et les événements racontés qui servent un message éminemment moderne, mais dont les racines ne datent malheureusement pas d’hier.

Bande-annonce – Marie Stuart, Reine d’Écosse

Fiche technique – Marie Stuart, Reine d’Écosse

Titre original : Mary Queen of Scots
Réalisation : Josie Rourke
Distribution : Saoirse Ronan, Margot Robbie, Guy Pierce, David Tennant, Jack Lowden
Scénario : Beau Willimon, d’après Queen of Scots: The True Life of Mary Stuart de John Guy
Photographie : John Mathieson
Musique : Max Richter
Sociétés de production : Focus Features, Working Title Films, Perfect World Pictures
Pays d’origine : Royaume-Unis
Genre : Biopic, Drame
Durée : 125 minutes
Dates de sortie : 15 novembre 2018 (US), 27 février 2019 (FR)

Apprentis Parents, un film de parents difficiles

Nous sommes en 1983 et la comédie familiale qui sort ce mercredi est si transgressive ! Pete (Mark Walhberg) et Ellie (Rose Byrne) rénovent des maisons et se voient pousser des envies de famille par la grâce d’une improbable succession de vannes lourdes : elle ne sait pas si elle veut des enfants, lui se trouve trop vieux pour en avoir. Alors, sacré blagueur, il lui propose d’en adopter un âgé déjà de cinq ans pour antidater sa déclaration de papa trentenaire. Un blanc, et hop ! Le film est lancé. Un prologue en guise de prévention très efficace : faites gaffe aux mauvais scripts sur la route, c’est hyper dangereux. Et ça dure presque deux heures. L’année ? Quoi l’année ?

On se lance, soyez vifs, la mode est aux tutos à la télé : on apprend la cuisine, le bricolage, le jardinage, Stéphane Plaza est plus connu que le ministre du logement et aux États-Unis, là où tout a commencé, c’est pareil. On a des programmes sur tout pour apprendre à tout faire pour les grands, y compris tout casser dans des vieilles baraques pour se faire des millions en les retapant. Cela doit s’appeler les Démolisseurs de l’extrême, d’ailleurs peu importe le nom, car la filiation est évidemment marquée avec l’activité de nos deux personnages principaux. Et oui, Pete et Ellie cassent des trucs, achètent des masures (sans Bruno) et se font des ronds pour notamment acheter des chemises à carreaux et des pulls moulants à Pete (pour les pulls, cf. Mark Wahlberg dans Transformers 5). Bon, à part cela, ils achètent d’autres trucs utiles : un air charmant/mélancolique à Ellie, qui marche à chaque film, un bouvier bernois, une grande maison et plein de produits finement placés qui financent le budget à eux tous seuls : brefs, ce sont des bourgeois. Ces espèces ne sont pas bien dangereuses quand on est prévenus, mais ce petit détail interpelle pour la suite du film, lorsque le spectateur comprend assez tôt qu’il ne sera pas question de parenté tardive, un sujet qui mériterait une vraie comédie à la Judd Appatow, mais bel et bien d’adoption.

C’est marqué sur la notice : Pete et Ellie veulent devenir une famille. A elle seule, cette phrase fait date. Elle sonne vaguement poétique, mais elle rappelle le questionnement premier d’un cinéaste qui s’amuse depuis le début des années 2010 à faire le con avec cette sacrée famille. Mieux que La Famille en or, Sean Anders enchaîne Les Miller, Une famille en herbe (2013), Very Bad dads 1 et 2 et le prophète Allociné mentionne même un improbable « Mean Moms » (méchantes mamans). Dans un monde parfait, on aurait un réalisateur qui se questionne sur la cellule familiale avec un esprit savant, en refondant de nouvelles bases pour la comédie et l’humour à l’américaine. Dans le pire, on a un gars avec autant de crédibilité que Rose Byrne en bricoleuse pour monter des films jetables dans ce qui ressemble à un filon. Ce questionnement peut paraître injuste, surtout de la part de quelqu’un qui n’avait pas vu un seul film de Sean Anders avant celui-ci. Alors, de l’indulgence est nécessaire. Pour deux raisons. Mark Walhberg est un des acteurs les plus cools de sa génération, pour autant que ce mot ait encore un sens. La moitié de la planète en âge de procréer est amoureuse de Rose Byrne.

Emballez, c’est pesé : nous voici à une réunion d’apprentis parents, devant deux assistantes sociales. Elles rappellent que les bonnes volontés doivent se confronter à un mur : les enfants placés ont des profils très particuliers. Leur parcours de vie, difficile, oscille entre la progéniture abandonnée par un apprenti Pablo Escobar et les trois nourrissons élevés dans une cave à Meth. De quoi rendre super Nanny super furax chez nous, avant qu’un producteur lui consacre un film.

Trêve de bonnes intentions, la comédie que nous voyons cherche à s’ancrer dans un réel qu’il est nécessaire de rappeler, par petites touches. L’Amérique se questionne sur ses racines, sa culture, son melting pot grippé, comme tout pays d’accueil. La plupart des familles d’accueil potentielles sont des blancs, de la upper class. De quoi promettre des vannes tirant vers la finesse pour mettre en perspective cette société de tonton Donald Trump. La cellule familiale est ainsi un laboratoire délicat à manier pour étudier et comprendre le Monde qui nous entoure. Cela est fait à chaque événement, chaque film et chaque période, mais ici la démarche devient le film en soi. Tout l’intérêt est donc de percevoir sous quel ton ? Ironique, conventionnel ? Assez rapidement, un indice permet de le percevoir. Dans le panel des familles d’accueil, un échantillon parfait du politiquement correct qui réussit à être encore plus artificiel que dans un quartier des Sims 4. Soit : un couple Wasp (nos deux héros), une working girl glaciale, un couple homo et un couple mixte. Tout le monde en a pour son argent ? La famille d’accueil modèle, dans cette vraie première scène, est latino. Allez, je vous l’accorde, il manque une famille asiatique. On était presque complets.

L’humour reste un domaine d’équilibriste, en particulier au cinéma. Il suffit de présenter Dumb et Dumber comme votre film préféré lors de votre première soirée dans votre belle famille pour comprendre de quoi je parle. Mais tout est possible avec du talent et de l’audace. On a réussi à rire en France avec l’antisémitisme grâce à Rabbi Jacob et beaucoup de cinéastes manient à la perfection le cynisme délirant, dont Les rois du désert (David O Russell, 1999) et plus récemment Thank You For Smoking (Jason Reitman, 2005) pourraient être de bons étalons. Le pari de réussir une comédie caustique est lancé, quand nos héros craquent sur une jeune adolescente latino de 15 ans, Lizzie, dans une sorte de marché ouvert où les adoptants chassent les candidats à l’adoption dans la seule vraie scène border line du film. Dans cet esprit, elle apparaît comme la plus désopilante. Mais comme si elle était la seule rescapée d’un script assez inégal écrit et réécrit dix ou vingt fois, elle sera la seule vraie scène questionnant le fond du pitch de départ. Pourquoi adopter ? Pourquoi le faire comme ceci ? Pourquoi montrer l’adoption d’enfants dans ce cadre, loin de celles hyper médiatisées des stars hollywoodiennes ?

Comme un placement produit raté, le souffle retombe alors, pour orienter le récit et l’esprit du film vers des coins plus lénifiants. Pourtant, de belles bonnes idées se perdent en route. Questionner les États-Unis sur leur politique d’immigration, quand les enfants sont latinos et parlent espagnol entre eux. C’est déjà fait, vu et revu, mais pourquoi pas ? Creuser ce rejet inévitable des enfants envers leur famille d’accueil et vice versa : le sujet est évoqué le temps de deux répliques et est évacué. Jouer à creuser la toile de fond maintes fois évoquée, l’enfance terrible de nos trois rejetons adoptés. Mais le script se met petit à petit au diapason des images, de cette esthétique propre et lissée des belles banlieues américaines. Un soap ressemblant visuellement trait pour trait à Desperate Housewives, la causticité en moins. Certains les aiment. Des chaînes achètent ces fictions pour combler leurs cases vides de l’après-midi. Mais leur consommation interpelle : il semble qu’on pourrait en binge-watcher dix heures sans arriver à les distinguer les unes des autres. Les interférences de blagues de mauvais esprit ne changent qu’assez peu la donne, qui est comblée par une scène de fin qui serait indigne même pour L’arme fatale 4.

La comédie familiale est revenue comme une bonne popote qu’on mange à la cantine. Sauf qu’à la cantine, pas de mauvaise surprise : personne ne vient me promettre un Burger King (admirez ce subtil placement de produit, et je ne touche même pas de sous pour ça). La bande-annonce et les dix premières minutes annonçaient un ton, le reste du film le balaie avec plus de vigueur encore qu’un Rian Johnson contre l’épisode 7. Certains trouvent ça flippant, d’autres aiment beaucoup. À vous de choisir votre famille.

Apprentis Parents : Bande-Annonce

Apprentis Parents : Fiche Technique

Titre original : Instant Family
Réalisation : Sean Anders
Scénario : Sean Anders et John Morris
Interprétation : Mark Wahlberg, Rose Byrne, Isabela Moner, Gustavo Quiroz, Julianna Gamiz, Octavia Spencer
Musique : Michael Andrews
Photographie : Brett Pawlak
Montage : Brad Willhite
Décors : Clayton Hartley
Production : Sean Anders, John Morris, Mark Wahlberg, David Womack et Stephen Levinson
Sociétés de production : Closest to the Hole Productions
Sociétés de distribution : Paramount Pictures
Budget : 48 millions $
Genre : comédie dramatique
Durée : 119 minutes
Date de sortie : 27 février 2019

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« La Fiction au pouvoir » : Jacques Rivette en trois expériences cinématographiques

Jacques Rivette est connu pour avoir été l’une des figures de proue de la Nouvelle Vague française. Il fut l’estimé rédacteur en chef des Cahiers du cinéma à partir de 1963, quelques années après avoir tourné Paris nous appartient, œuvre relativement confidentielle vite éclipsée par Les 400 coups ou À bout de souffle, de ses acolytes François Truffaut et Jean-Luc Godard. Carlotta Films commercialise aujourd’hui, sous forme de coffret, trois longs métrages méconnus du cinéaste : Duelle, Noroît et Merry-Go-Round. Des films qu’il commente longuement dans les bonus de cette édition, avec le sens de la formule (et du geste) qu’on lui connaît.

Il faut faire un petit détour par l’histoire avant d’évoquer l’étoffe de ces trois films. À l’époque où Jacques Rivette s’attelle à la réalisation de Duelle, il cherche à affranchir son cinéma d’une réalité sociologique bouleversée par mai 1968. Il va plonger dans une forme d’onirisme et mâtiner son scénario de fantastique, prenant ainsi de grandes libertés avec le réalisme qui semblait jusque-là prévaloir chez les cinéastes de la Nouvelle Vague. « La fiction au pouvoir », c’est donc cet art, exprimé en grand clerc par Stanley Kubrick ou David Lynch, consistant à faire appel à l’imaginaire pour révéler le réel, exactement comme l’exprima en son temps Antonin Artaud – cela s’appliquant surtout aux deux premiers films du coffret. Initialement, Duelle devait être le deuxième épisode d’une tétralogie intitulée « Scènes de la vie parallèle » ; il s’agira en fait du seul film tourné en sus de Noroît, puisque l’état de santé de Jacques Rivette l’obligea à revoir ses plans. Ces éléments sont importants en ce sens qu’ils éclairent les conditions de création de ce cycle. Les longs entretiens offerts dans les bonus de cette édition DVD/Blu-ray aideront le spectateur à appréhender les singularités de ces trois longs métrages.

Duelle et Noroît résultent d’une même matrice, et cela se ressent forcément. Le temps y semble dilaté à l’extrême, laissé en suspens, consumé sans réelle préoccupation de rythme. Les séquences longues se succèdent les unes aux autres, dans des situations où les femmes détiennent non seulement le pouvoir, mais aussi les principales clefs d’ancrage de l’intrigue. Quand le premier film prend appui sur le récit fantastique de deux femmes immortelles s’opposant l’une à l’autre sur fond d’ode à la vie (terrestre et humaine), le second fait le lit des histoires de piraterie et de vengeance. De Duelle, le spectateur retiendra le travail sur la lumière (les clairs-obscurs notamment), les fausses pistes, les jeux intériorisés des comédiens, une mise en scène élégante et la prépondérance des partitions au piano, jouées en live par des musiciens aperçus à l’écran. De Noroît, il se remémorera des décors somptueux, une cruauté intermittente, une radiographie du pouvoir autoritaire, des trahisons multiples, une mise en abyme par la voie théâtrale et des prises de vues quasi mimétiques, lors du duel final, se superposant avec quelques variations de sons et de couleurs. Mais tout cela ne fonctionne que de manière cahoteuse : les dialogues de faible teneur, les performances parfois outrancières (qu’on songe à Bernadette Lafont, pourtant égérie de la Nouvelle Vague), les scènes inutilement boursouflées (une blague sur un taureau, une partie de cartes, des pleurs…), les enjeux à pouvoir d’attraction minime, les insertions soudaines d’images granuleuses, tout cela contribue malheureusement à affaiblir ces deux films pourtant pas dénués d’idées.

Merry-Go-Round, qui fut réalisé deux années plus tard, avec d’autres intentions, se fait plus classique (malgré un aspect expérimental) et psychologisant. La musique jazzy de Barre Phillips et John Surman, que l’on aperçoit à de nombreuses reprises à l’écran, contribue à structurer un récit déconstruit par un montage non linéaire. Le point de départ du film tient en une rencontre dans un Sofitel entre deux jeunes gens, un Américain et une Française, conviés par un télégramme mystérieux. Comme Alfred Hitchcock nous l’a appris en son temps, les inconnus peuvent constituer un puissant ressort narratif. Ici, la valse qui s’initie sous nos yeux va déboucher sur des énigmes en cascades, des mystifications, une quête d’argent et des psychés révélées par bribes. La première séquence avec l’avocate est cependant symptomatique des fragilités de ce (très) long métrage (160 minutes) : si Jacques Rivette donne corps à des scènes parfois fascinantes, l’ensemble manque néanmoins de tension et de rythme – ou, plus simplement, de vie. Les longs entretiens inclus dans les bonus de ce coffret y apportent un élément de réponse, en revenant sur les conditions de tournage difficiles, mais aussi sur les aspirations inexorables du cinéaste français, dont la démarche radicale devrait en tout cas être saluée – et dans une certaine mesure imitée, à l’heure où tout se standardise sous l’effet des usines à rêves hollywoodiennes.

Fiche technique

3 BD • MASTERS HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC
Version française DTS-HD MA 1.0 / Version Originale* DTS-HD MA 1.0 / Audiodescription Dolby Digital 2.0
Sous-titres français et sourds et malentendants • Formats 1.85 et 1.37 respectés • Couleurs
Durée totale des films : 416 mn

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2.5

Sang Froid, un film convenu par un auteur qui veut s’affirmer comme tel

La meilleure blague de Sang Froid est d’avoir appelé son héros Coxmam (traduit Darman en VF). Voilà le niveau à laquelle est contraint Hans Petter Moland, dont les réalisations norvégiennes étaient pourtant mordantes. Il a néanmoins pu filmer certaines scènes d’action de façon à faire de son premier film américain un exutoire qui réjouira les fans de Liam Neeson.

Il a promis que ce serait la dernière fois qu’il tue tout le monde. Il faut dire qu’en moins de dix ans, celui dont on aimerait retenir de la carrière foisonnante ses collaborations avec Steven Spielberg (La Liste de Schindler), Martin Scorcese (Silence), Christopher Nolan (Batman Begins) ou même Sam Raimi (Darkman), s’est imposé comme l’inévitable acteur pour ces personnages de M. Tout-le-monde apte à se transformer en machine à tuer. En lui faisant usurper à Bruce Willis et Steven Seagal la place d’héritier de Charles Bronson, le rôle que Liam Neeson de Taken a-t-il ruiné la carrière à cet ancien comédien de théâtre shakespearien ? Là n’est pas la question… ni même de savoir s’il lui a permis de vivre plus facilement sa crise de la soixantaine.

Aujourd’hui, le voir dans un tel rôle, celui d’un père qui s’apprête à déclencher une violence meurtrière après que l’on s’en est pris à son fils, n’a strictement plus rien d’engageant. Et le piètre travail d’Olivier Megaton sur Taken 3 rend même désormais cela décourageant. C’est donc davantage le nom du réalisateur qui peut susciter un tant soit peu d’attraction à la vue de ce nouveau projet. Quiconque connait le travail de Hans Petter Moland, sait qu’il est bien plus capable que la majorité des cinéastes (et en particulier de ceux de l’écurie Europacorp) de filmer la violence en y mêlant un peu de légèreté mais aussi un arrière-gout bien à lui. Cet esprit typiquement scandinave avait, en 2014,  fait de Refroidis une série B à l’univers visuel singulier, et au ton mordant loin de celui des actionners impersonnels hollywoodiens. Ainsi, le voir « auto-remaker » son film avait de quoi rendre curieux du résultat.

L’un des partis-pris qui fait de Sang Froid un film à part parmi les revenge-movie portés par Liam Neeson, c’est assurément que celui-ci n’y est pas filmé comme un surhomme – en dehors de quelques effets de ralentis lourdauds dont on soupçonne qu’ils aient été posés là par les producteurs au moment du montage. Sans jamais parvenir à réitérer l’esprit singulièrement corrosif de Refroidis, le scénario tente une approche qui rappelle davantage un humour plus convenu, en particulier celui de l’anglais Guy Ritchie qui s’est fait connaitre pour son gout des personnages secondaires hauts en couleur. Toutefois, le jeu des acteurs ne permet à aucun moment à ce que le panel de criminels en anorak, tel que Moland l’avait imaginé, accède à ce potentiel comique qui faisait de l’original un film insolite.

A défaut de cet humour décalé, noyé sous une surdose de conformisme pompeux, il faut uniquement compter sur certaines scènes d’action, filmées comme des gags, tandis que les dialogues sont davantage captés comme de purs défouloirs violents, pour rendre l’ensemble délirant, à sa façon. C’est donc finalement davantage la mise en scène que l’écriture du réalisateur qui permettra à cette énième quête de vengeance de Liam Neeson de sortir un petit peu du lot : on sait toujours à l’avance ce qui va se passer mais on se surprend parfois à s’amuser que cela apparaisse à l’écran aussi brutalement. Ceci dit, le manque d’énergie qu’y mettent les membres du casting (si vous espérez voir Laura Dern réitérer ses grandes performances d’antan, rebroussez chemin !) ne rend mémorable aucun de ces passages qui se voudraient tarantinesques. On peut donc se rassurer en se disant que ça aurait pu être pire, mais il est tout aussi vrai que ça aurait pu être bien mieux… l’éternel verre à moitié plein en somme.

Bande-annonce : Sang Froid

Fiche technique : Sang Froid

Réalisation : Hans Petter Moland
Interprétation : Liam Neeson, Tom Bateman, Tom Jackson, Emmy Rossum, Julia Jones, Laura Dern…
Image : Philip Øgaard
Montage : Nicolaj Monberg
Sociétés de distribution : StudioCanal
Genre : Action
Durée : 119 minutes
Dates de sortie : 27 février 2019

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2.5

Harlots, un regard (en Blu-ray) sur la prostitution à l’époque georgienne

Harlots sort en DVD/Blu-ray. L’occasion de revisiter l’Angleterre de l’ère georgienne, ses costumes surannés, ses décors typiques, mais surtout d’épingler le phénomène de la prostitution féminine et de revenir sur les batailles que se livraient les maisons closes concurrentes…

Harlots repose sur une double immersion. Diffusée sur ITV et Hulu, la série prend pour cadre l’Angleterre georgienne, et plus spécifiquement le Londres de 1763. Soho, St James’s Square ou Covent Garden font partie des lieux traversés par les protagonistes de Moira Buffini et Alison Newman, les créatrices du show, qui s’inspirent du livre Harris’s List of the Covent Garden Ladies de Hallie Rubenhold.

Le spectateur se trouve plongé, grâce à des décors travaillés et des costumes idoines, au cœur d’une société apparaissant tout au plus au seuil de la civilisation moderne. Deux éléments suffisent à s’en convaincre : une femme sur cinq se prostitue et la plupart de ces travailleuses du sexe sont répertoriées, comme de vulgaires produits de consommation courante, dans un opuscule consacré aux plaisirs de la chair, volontiers vexatoire.

Le milieu de la prostitution, la guerre que se mènent deux maisons closes constituent la deuxième couche de cette immersion. Comme les créatrices de la série le mentionnent elles-mêmes dans les bonus de cette édition Blu-ray, les deux maisons rivales se distinguent à l’écran par différents procédés, parfois très subtils : l’apparat de leur établissement, la condition sociale de leur clientèle et même les couleurs de leurs accoutrements.

Margaret Wells, à qui le spectateur est appelé à s’identifier, gère un bordel aux finances incertaines, qu’elle cherche bientôt à établir à Greek Street, au prix d’embarras considérables. Cette matriarche a beau présenter un visage humain et se montrer à l’occasion vulnérable, elle n’hésite pas à monnayer les charmes de ses filles, Charlotte et Lucy. Lydia Quigley est son adversaire la plus coriace. Elle manipule les juges, recrute de jeunes femmes ingénues en recourant à la ruse, exige d’elles une certaine tenue et des talents particuliers (dont la pratique d’un instrument de musique), et provoque des violences aux conséquences variables. Les deux femmes ont un passé commun qui sera révélé par bribes, sans beaucoup d’éclat, après plusieurs épisodes.

L’essentiel de Harlots se déroule toutefois à l’intérieur des maisons closes. Il ne s’agit nullement de faire l’étalage d’un racolage gratuit, car « chaque scène de sexe participe de la discussion sur la condition des femmes », comme l’indique très clairement la comédienne britannique Jessica Brown Findlay dans une interview accordée au magazine Télérama. Il est plutôt question de survie, de résilience, d’impuissance, du rapport au sexe et au corps féminin, mais surtout des liens filiaux qui s’effilochent, comme c’est le cas entre Lydia Quigley et son fils Charles ou entre Margaret Wells et sa fille Charlotte. Cette dernière lui rappellera d’ailleurs la chose suivante : « Maman, tu m’as vendue à douze ans. »

La vie à Londres en 1763

Pour bien cerner les enjeux, il faut remettre en perspective la réalité sociologique de ce Londres passé : l’argent est perçu à l’époque georgienne comme « l’unique pouvoir d’une femme dans ce monde », les demoiselles de condition modeste qui s’en tirent le mieux sont celles qui parviennent à s’attacher la sympathie d’un « protecteur conciliant », le viol et l’inceste constituent le point de départ de nombreuses carrières dans la prostitution et même la matriarche Wells a été vendue dans sa jeunesse… contre une paire de chaussures.

Les clients des bordels, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, notables ou non, peuvent se montrer pitoyables, violents, bienveillants ou en butte aux souvenirs périssables d’une femme autrefois aimée. Sir George Howard, qui s’apprête à prononcer un discours important au Parlement, vit quant à lui au cœur d’un ménage à trois, puisqu’il fraie ouvertement avec Charlotte Wells, au vu et au su de tous – y compris de sa femme. C’est en fait une douzaine de personnages que le spectateur est appelé à suivre dans une ronde permanente : aux tenancières perdues dans des intrigues shakespeariennes se juxtaposent par exemple un énigmatique Lord Fallon, une Lucy Wells fragile ou une Emily Lacey à l’humeur changeante, qui va passer sans vergogne d’une maison à l’autre.

Écrite et réalisée par des femmes, Harlots dispose d’un point de vue singulier sur les conditions de vie des prostituées londoniennes d’une ère révolue. Le travail de reconstitution, le générique stylisé mettant à l’honneur le corps féminin, la bande-son pop-rock, la restitution (sommaire) des dysfonctionnements judiciaires, la résurgence du conservatisme religieux, l’évocation de certaines relations purement contractuelles, les multiples questions laissées en suspens sont autant de satisfactions à mettre au crédit de Moira Buffini et Alison Newman, les cocréatrices du show.

En revanche, on peut regretter, surtout au regard des promesses véhiculées par la série, un certain ronronnement scénaristique, un déficit en scènes puissantes, des dialogues inégaux et un manque de rythme défavorable au récit. Si l’envie de bien faire se ressent au fil des épisodes, plusieurs maladresses mettent à mal certaines tentatives louables. Il en va ainsi des relations entre Charles Quigley et Emily Lacey ou entre Charlotte Wells et Sir George Howard, pas dénuées de clichés. Ce n’est malheureusement pas dans les bonus de l’édition DVD/Blu-ray qu’on trouvera de quoi se consoler, puisqu’ils se cantonnent à un bref entretien avec les créatrices de la série et une présentation tout aussi rapide des différents métiers – les décors, les costumes, le maquillage – qui font l’étoffe de Harlots.

Bande-annonce

Synopsis : Deux maisons closes rivales se livrent une guerre sans merci dans l’Angleterre georgienne… 

Fiche technique

8 épisodes de 45 minutes – Accord Parental
Langues : Français et Anglais – Sous-titres : Français
Bonus : Entretiens avec les créatrices de la série / Les secrets de tournage
Rapport de forme : 1.78:1
Nombre de disques : 2
Studio : Koba
Date de sortie du DVD/BR : 20 mars 2019
Durée : 360 minutes
Prix public conseillé : 24,99 € le coffret 3 DVD / 24,99 € le coffret 2 Blu-Ray

Créée par Moira Buffini et Alison Newman
Diffusée par ITV Encore et Hulu
Produite par Monumental Pictures
Sortie le 27 mars 2017

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2.5

Cannes 2019 : Alejandro Gonzalez Iñarritu président du jury

Le réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Iñarritu sera donc le prochain président du jury du Festival de Cannes. Un festival qu’il connaît bien puisqu’il y a été récompensé plusieurs fois : Grand Prix de la Semaine de la Critique en 2000 pour Amours Chiennes et Prix de la mise en scène 2006 pour Babel (film dans lequel jouait Cate Blanchett, qui présidait le jury cannois l’année dernière).

Alejandro Gonzalez Iñarritu a réussi à se faire une place de choix dans le cinéma contemporain, décrochant deux années de suite l’Oscar du meilleur réalisateur, en 2015 pour Birdman et 2016 pour The Revenant. Son style de réalisation est reconnaissable entre tous : de longs plans séquences très travaillés, des œuvres visuellement ciselées et des scénario complexes où le cinéaste n’hésite pas à affronter, parfois crûment, des sujets difficiles.

Le réalisateur s’était fait remarquer dès son premier long métrage, Amour Chiennes, en 2000. Son succès lui a ouvert les portes hollywoodiennes, et pour son film suivant, 21 Grammes, il est entouré d’un casting international composé de Sean Penn, Naomi Watts, Charlotte Gainsbourg ou Benicio del Toro. Salué par la critique et le public, ce film montre l’audace d’Iñarritu, aussi bien visuellement que dans les sujets traités.

Babel est un film choral particulièrement bien agencé tournant autour d’un coup de fusil tiré par des bergers dans le désert. Là aussi, le casting est prestigieux et le réalisateur sait traiter avec aplomb des sujets graves, entre autres l’attitude des Américains envers les autres peuples (Hispaniques ou autres, qu’importe), sujet qui sera au cœur de The Revenant.

Birdman est peut-être la plus belle réussite d’Iñarritu, film dense et complexe, à la fois description sans concession du monde du spectacle, chant d’admiration envers le métier d’acteur et portrait d’un homme qui tente de refaire sa vie. Le jeu de Michael Keaton est exceptionnel, la mise en scène est d’une inventivité rare et multiplie les prouesses techniques.

The Revenant est peut-être le film le plus célèbre d’Alejandro Gonzalez Iñarritu (et c’est grâce à lui que Leonardo Di Caprio a enfin reçu son Oscar, tout le monde s’en souvient). A la fois description des relations entre les Blancs et les Indiens et survival, esthétiquement superbe, le film est porté par un duo d’acteurs prodigieux. L’interprétation est d’ailleurs bien souvent la force des films du cinéaste mexicain.

C’est donc un cinéaste déjà chevronné, un orfèvre du cinéma, un réalisateur audacieux et inventif, qui prendra la tête du jury cannois cette année. Espérons qu’il sera aussi audacieux dans son palmarès.

Concours : Gagnez des places de cinéma du film McQueen

Concours : A l’occasion de la sortie en salles, le 13 Mars 2019, du documentaire de Ian Bonhôte et Peter Ettedgu, gagnez votre place de cinéma pour allez voir le film, McQueen, le portrait envoûtant d’un jeune titan de la mode britannique, un visionnaire non-conformiste, qui a su transformer ses fêlures en expression avant-gardiste.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

McQUEEN est un regard personnel sur la vie, la carrière et le talent hors du commun de l’enfant terrible de la mode, Alexander McQueen. Une icône d’ascendance modeste qui a brillé comme une étoile filante… Mêlant témoignages exclusifs de sa famille et de ses proches, archives inédites, images et musiques bouleversantes, McQUEEN est un vibrant hommage en même temps qu’un portrait captivant de ce visionnaire aussi tourmenté qu’inspiré.

Fiche technique : McQueen

Un film de Ian Bonhôte et Peter Ettedgui
Scénario Peter Ettedgui
Montage Cinzia Baldessari
Musique : Michael Nyman
Genre : Documentaire
Distributeur : Le Pacte
Récompenses 2 nominations : BAFTA Awards / Orange British Academy Film Awards 2019
Meilleur film documentaire / Nommé Meilleur film britannique de l’année
Durée : 1h51
Date de sortie : le 13 Mars 2019

L’exposition posthume de 2011 au Metropolitan Museum of Art, «Savage Beauty», était la huitième exposition la plus populaire de l’histoire du musée et la plus visitée.

McQueen est un film divisé en cinq chapitres, appelés « bandes », chacun centré sur une collection spécifique de McQueen, la partition musicale sombre et hypnotique, entendue tout au long de la bande-son est de Michael Nyman.

Modalités du jeu concours – Dotations 5×2 places

Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 10 Mars 2019. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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Paris est à nous, la liberté au cinéma dans ce qu’elle a de pire

Liberté. Un mot qui perd son sens et devient un prétexte à filmer tout ce que l’on veut dans un contexte déjà chaotique. Paris est à nous, c’est ça, un film qui se veut loin de toutes contraintes pour retranscrire une réalité chamboulée dans une France qui n’avait nul besoin de cette mise en scène.

Filmer Paris est un privilège, les parisiens seront d’ailleurs ravis de voir tous ces lieux de la vie parisienne à l’écran mais malheureusement l’idée s’arrête là. De Montmartre à République, la caméra déambule aléatoirement dans les rues sans savoir filmer ses acteurs. Les images sont belles, la lumière parfaite mais hormis l’esthétisme qui retient un peu l’œil, qu’est-ce que l’on retient du film ? Son vide, son discours vain et ses fausses notes qui s’accumulent. Le film prend aux plus grands réalisateurs pour servir un ramassis de raté. Il ne sert à rien d’essayer d’imiter le génie de Terrence Malick ou de Gaspard Noé quand on ne l’est pas. Faire valser la caméra au son de dialogues pseudo philosophiques qui ne proposent rien d’autres que du vent, auxquels on ne croit pas une seconde. Faire une voix off semblable à un slam de Fauve quand on n’y sent aucune sincérité. Aimer la France de la liberté est une bonne chose, mais savoir la sublimer est une tâche bien différente et plus complexe où la démarche artistique doit être aussi bien dans le sens visuel que dans celui de l’écriture. Le scénario est ici totalement absent et les néons mêlés aux musiques réussies de Laurent Garnier et Jean Charles Bastion ne suffisent pas à faire un bon film.

User de l’Histoire française moderne pour rendre compte d’une génération nouvelle, perdue mais sans cesse en quête de liberté était une base intéressante sauf quand l’instrumentalisation d’événements tragiques est plus que bancale. Charlie Hebdo, Nuit Debout, les attentats du Bataclan, la police partout et même un hommage à Johnny sous fond de discours du Président, ah oui la France change. La société évolue et les sentiments de ses habitants aussi, le tournant dans lequel nous nous trouvons actuellement a tout le mérite d’inspirer les artistes et de créer en même temps qu’une nouvelle génération, un nouvel art dans une nouvelle ère. Mais il ne faut pas tout bousculer, pas tout changer si l’on veut rester efficace. Ce qui part d’une idée jeune, novatrice et belle s’avère être un film pénible et raté où le jeu est faux au possible. On l’aurait pardonné si ça avait été un court-métrage étudiant et non un film diffusé par Netflix. Comment peut on espérer maintenir le cinéma français en éveil avec ce genre de films ? À l’heure de la nouvelle génération de cinéastes émergeant qui prouvent que justement, il y en a encore en réserve et que la relève est présente, Netflix diffuse les caprices d’une bande de potes comme premier film français de la plateforme.

On ne peut pas se vanter de faire du cinéma avec rien et ne rien faire. Ah oui c’est sûr, il y a une proposition, artistique ça reste encore à prouver mais commerciale en tout cas. Paris est à nous, est à vous, est à tous. S’affranchir des règles de tournage en refusant d’attendre les autorisations, frein à bon nombre de réalisations, est un risque qu’il fallait prendre. En revanche, non, les visages de tous ces gens filmés sans autorisation ne vous appartiennent pas et faire un film qui parle de liberté quand on oublie les simples droits individuels, c’est un peu culotté. De la manipulation ? On ira peut-être pas jusque là mais Paris est à nous est problématique dans un grand nombre de choses. L’audace n’apporte pas toujours un résultat satisfaisant.

Paris est à nous : Bande-annonce

Paris est à nous : Fiche Technique

Réalisation : Elisabeth Vogler
Scénario : Elisabeth Vogler, Remi Bassaler, Paul Saisset, Souliman Schelfout
Interprétation : Noémie Schmidt, Grégoire Isvarine, Marie Mottet
Producteur(s): Olivier Capelli, Laurent Rochette,
Distributeur: Netflix
Budget  : 91 000 €
Durée : 1H23
Genre : drame
Date de sortie : 22 février 2019
France – 2018

Quand la ville dort : le casse du siècle !

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Il a fortement inspiré Le Cercle Rouge, de Jean-Pierre Melville, et, au-delà, il est à l’origine de tout un pan du film noir : le film de cambriolage. Quand la ville dort mérite sa place parmi les classiques du cinéma américain, dont il est un jalon essentiel.

Généralement, c’est au cinéaste John Huston que l’on attribue tout ou partie de la paternité du film noir, d’abord comme scénariste (pour La Grande Evasion, High Sierra en VO, de Raoul Walsh) puis comme réalisateur (avec Le Faucon Maltais, sa première réalisation, en 1941). Ce cinéaste hors norme, qui parvenait à faire des films en équilibre subtil entre œuvre personnelle et divertissement hollywoodien, va par la suite signer nombre de chefs-d’œuvre, parmi lesquels Le Trésor de la Sierra Madre, Key Largo, Moby Dick, La Lettre du Kremlin, Les Gens de Dublin, etc.

C’est en 1950 qu’il écrit et réalise Quand la ville dort (The Asphalt Jungle en VO), film de cambriolage qui s’est imposé comme la référence absolue en la matière. Le film est adapté d’un roman de W. R. Burnett, auteur, entre autres, de Little Caesar. Huston et Burnett avaient déjà travaillé ensemble sur le scénario de High Sierra.

La face sombre de la ville

Centré sur le casse d’une bijouterie (qui arrive exactement au milieu du film), Quand la ville dort contient toutes les caractéristiques du film noir. D’abord son décor urbain, comme l’indique son titre. Les premiers plans montrent d’emblée la volonté de réalisme social dans la description de la ville. Huston venait de la Warner, firme de production qui se démarquait par le côté social et réaliste de ses films ; et même si Quand la ville dort est produit et distribué par la MGM, plus spécialisée dans le divertissement coloré et à grand spectacle, le réalisateur a tenu à garder cet aspect véridique dans son film (ce qui ne manqua pas d’entraîner un conflit entre le cinéaste et Louis B. Mayer, qui trouvait le film trop sombre et pessimiste).

Les rares extérieurs de Quand la ville dort nous montrent une ville aux rues défoncées et aux immeubles insalubres. Ce décor se révèle vite être à l’image de ses personnages, et même de son pays : en état de délabrement moral. Très vite, le spectateur apprend que la ville où se déroule l’action est minée par le crime, et le lieutenant Ditrich se fait passer un savon par son supérieur à ce sujet.

L’essentiel du film va se dérouler dans des intérieurs sombres, mal éclairés (et jamais par la lumière du jour). Quand la ville dort nous offre une plongée dans un monde souterrain qui est un reflet en miroir du monde urbain diurne. Un monde avec ses célébrités (comme le Doc), ses lieux incontournables, ses codes sociaux, ses patrons et ses salariés, etc. D’emblée, la société américaine est montrée sous une double face : celle du jour, de la lumière et celle de la nuit (voir l’éloge que Gus fait du chat, qui « sort la nuit et dort le jour »), de l’ombre et des souterrains (le film est truffé d’images symboliques de choses ou de personnages qui tombent ou descendent), et les liens entre les deux mondes ne sont pas rares (avocat marron, flic véreux, mais aussi l’Américain moyen : « les gens aiment parier, même si c’est interdit », dira Ditrich d’un air dépité).

« Ce qui motive le holp-up »

C’est dans ce cadre qu’évoluent des personnages eux aussi marqués par le réalisme. Ici, pas de glamour ni de « bigger than life ». Louis, le perceur de coffre, est montré chez lui, dans son minuscule appartement, avec son enfant malade, sa femme débordée et les couches qui traînent partout. Doll, dont les larmes font couler le maquillage, enlève un seul de ses faux cils et reste comme cela, effondrée. Plus tard, on la découvre au lever, toujours sous l’effet des somnifères : nous sommes loin de l’image de la femme fatale et du glamour hollywoodien.

Comme pour tout bon film noir, Quand la ville dort est d’abord et avant tout une affaire de morale. Huston aurait dit :

« Dans mon film, le hold-up est secondaire, c’est ce qui motive le hold-up qui est essentiel ».

Chaque personnage est décrit avec ses obsessions, qui vont le pousser à agir : Louis a son enfant malade à qui il veut offrir le grand air ; Dix veut son ranch dans le Kentucky ; Emmerich est fasciné par la jeune et sensuelle Angela, et le Doc par les (très) jeunes femmes.

Finalement, pour tous ces personnages, le crime n’est qu’un métier comme un autre dont le but est d’obtenir un salaire permettant de satisfaire aux besoins (« We all work for our vice »). Il faut voir comment le Doc engage les hommes pour son casse : il leur fait passer un véritable entretien d’embauche. Nous sommes bien là dans la différence majeure entre le film noir et le film de gangsters qui l’avait précédé (et dont il découle partiellement). Dans les films des années 30 comme Scarface ou Little Caesar, le crime était l’expression de la personnalité mégalomane et de l’orgueil démesuré d’un personnage. Le film noir se plaît, lui, à montrer des personnages ordinaires, produits de leur société et de leur temps, qui sont confrontés à un choix moral. Le crime découle logiquement de la société humaine, sa présence y est inévitable. Comme le dit Emmerich :

« After all, crime is only a left-handed form of human endeavor ».

Tragédie sociale et psychologique

C’est aussi dans cette psychologie des personnages, dans ces vices en particulier, que se trouve ce qui va faire échouer toute l’affaire. Comme tout film noir qui se respecte, Quand la ville dort est une tragédie. Aucun suspense ici : dès le début, on sait que tout est voué à l’échec. Une fatalité écrase les personnages (« On ne peut rien contre les coïncidences »), mais ce sont surtout leurs vices qui les perdent. Ceux-ci s’égrènent comme un fil rouge tout au long du film. Ainsi, dès qu’il apparaît, le Doc regarde un calendrier de jeunes et jolies pin-ups… A la fin, il faut voir comment la jeune danseuse cache les policiers : avec peu d’effets, Huston en dit beaucoup.

Les historiens du cinéma disent souvent que John Huston était un « réalisateur de l’échec », mais il est vrai que c’est dans leur façon d’affronter l’échec que se révèlent les personnages, c’est là qu’ils montrent vraiment leur grandeur ou leur faiblesse ; c’est finalement à ce moment-là qu’ils deviennent (ou pas) des héros.

Film maîtrisé et novateur

Car le cinéaste maîtrise parfaitement sa technique. Le rythme est impeccable. Le scénario se déroule avec une logique implacable. Les interprètes, choisis personnellement par Huston lui-même (Sam Jaffe était un de ses amis, par exemple), donnent vraiment vie à ces personnages. Mais ce qui frappe le plus, c’est l’aspect esthétique du film : Huston crée une image qui relève à la fois du réalisme quasi-documentaire (la scène du casse se déroule avec une précision rare, une attention portée au moindre geste) et de l’expressionnisme, avec tout un jeu d’ombres et de lumières qui se reflètent sur les visages des personnages. Huston en profite d’ailleurs pour scruter ses personnages, analyser leurs regards : en 1950, peu de films hollywoodiens contenaient autant de gros plans. Une façon de plus de placer son film au niveau des personnages, sans les juger, a fortiori sans les condamner, mais simplement avec humanité.

Parmi les aspects novateurs de Quand la ville dort, il y a la quasi-absence de musique. Le musique, signée par le grand compositeur Miklos Rozsa (qui avait déjà obtenu un Oscar pour La Maison du Docteur Edwardes, de Hitchcock, et qui l’obtiendra à nouveau dix ans plus tard pour la mythique musique de Ben-Hur), ne se situe que dans les génériques, mais est absente du corps du film lui-même, ce qui accentue encore le réalisme et augmente la tension.

Presque 70 ans après sa sortie en salle, Quand la ville dort reste un film exceptionnel, dont l’influence fut (et continue d’être) considérable dans l’histoire cinématographique.

Synopsis : à peine libéré de prison, Erwin Riedenschneider, surnommé « le Doc », une célébrité dans le monde du crime, cherche à monter un nouveau coup : le casse sans précédent d’une bijouterie.

Quand la ville dort : bande annonce

Quand la ville dort : Fiche Technique

Titre original : The Asphalt Jungle
Réalisation : John Huston
Scénario : John Huston et Ben Maddow, d’après le roman de W. R. Burnett
Interprètes : Sterling Hayden (William Dix Handley), Sam Jaffe (Doc Erwin Riedenschneider), James Whitmore (Gus), Louis Calhern (Emmerich), Jean Hagen (Doll).
Photographie : Harold Rosson
Montage : George Boemler
Musique : Miklos Rozsa
Production : Arthur Hornblow, John Huston
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Société de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer
Genre : film noir, drame
Date de sortie en France : 6 décembre 1950
Durée : 112 minutes

États-Unis – 1950

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Jessica Forever, une expérience fantastique d’un terrible amateurisme

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Dans le monde étrange de Jessica Forever, où les figurants sont aussi introuvables que les expressions sur le visage des acteurs, il est légitime de se demander qui sont ces jeunes qui s’entrainent entre eux au maniement des armes. Pas de chance : les réalisateurs n’ont, semble-t-il, jamais eu l’idée d’apporter une réponse cohérente à cette question.

Si vous faites partie de cette génération d’adolescents à qui les armures de paintball inspirent un relent de testostérone, c’est probablement à vous qu’ont pensé Jonathan Vinel et Caroline Poggi en imaginant leur film. Ces costumes improbables et ultra-kitsch sont en effet les plus marquants parmi les rares éléments de la direction artistique qui caractérisent cet univers post-apocalyptique superficiel qui ressemble davantage aux décors d’un épisode de Plus Belle la Vie qu’à ceux d’un Mad Max. L’unique argument qui vient, soi-disant, alimenter le genre science-fictionnel est en fait les nuées de drones mitrailleurs contre lesquels s’entraine le groupe de héros. Ces antagonistes, qui apparaissent via des incrustations numériques exécrables, manquent à ce point de caractérisation (qui sont-ils ? pourquoi sont-ils si méchants ? on n’en saura jamais rien) qu’ils ne font que renforcer la puérilité du récit. Et ce n’est certainement pas en se concentrant sur les gentils orphelins survivalistes que l’on pourra espérer trouver une once de maturité dans ce scénario futile.

La caractérisation des jeunes héros se limite en effet à deux traits, eux-mêmes très légers : leur esprit d’équipe et leur fascination pour Jessica, leur leader. On n’en saura, là encore, jamais davantage, sur ces personnages, pas même sur le passé de Jessica. Le long-métrage se contente de nous les faire observer dans leur quotidien, mais sans jamais se donner la peine de développer une intrigue qui sache les rendre un tant soit peu attachants. La plupart des scènes ne sont d’ailleurs que l’occasion de les voir dans des situations improbables, bien souvent illustrées par des effets spéciaux d’une si piètre qualité que l’amateurisme de la réalisation n’en est que plus criante. Pire encore, la direction d’acteurs, qui limite leur jeu à une parfaite inexpressivité, rend chacun des personnages terriblement insupportable. Certains des acteurs – dont Aomi Muyock, dans le rôle-titre, découverte dans le Love de Gaspar Noé, ou Paul Hamy, que l’on a notamment vu dans Mon Roi ou Un Français – ont pourtant déjà prouvé qu’ils pouvaient donner corps à leurs personnages, ce qui rend ici leur contre-performance encore plus frustrante.

Comme souvent face à une telle fable fantastique, on aurait aimé y trouver une quelconque métaphore sociétale. Tout ce que peut en tirer, c’est l’ostracisation que prônent les membres de ce groupe de guerriers et le culte de la personnalité qu’ils vouent à leur commandante, qui tous deux relèvent d’un mode de vie sectaire et violent qu’il ne vaut mieux pas prendre pour modèle. Si encore Jessica Forever avait su mieux exploiter la dimension spirituelle qui unit ses personnages, ces quelques scènes de rituels auraient semblé moins superficielles. Mais, plutôt que chercher à approfondir leurs quelques lignes de scénario, les jeunes réalisateurs ont préféré multiplier les effets tape-à-l’œil les plus lourdauds, ce qui limite le résultat final à un long-métrage parfaitement similaire à un banal exercice de fin d’études. 

Synopsis : Jessica est une reine mais elle pourrait aussi bien être un chevalier, une mère, une magicienne, une déesse ou une star.
Jessica, c’est surtout celle qui a sauvé tous ces enfants perdus, ces garçons solitaires, orphelins et persécutés qui n’ont jamais connu l’amour et qui sont devenus des monstres.
Ensemble, ils forment une famille et cherchent à créer un monde dans lequel ils auront le droit de rester vivants.

Jessica Forever : Extrait

https://youtu.be/1CRixFHXLPc

Jessica Forever : Fiche technique

Réalisation : Jonathan Vinel et Caroline Poggi
Interprétation : Aomi Muyock, Sebastian Urzendowsky, Augustin Raguenet, Eddy Suiveng, Lukas Ionesco, Maya Coline Paul Hamy, Angelina Woreth, Theo Costa Marini, Florian Kiniffo, Ymanol Perset, Jordan Klioua, Franck Falise, Jean-Marie Pittilloni
Image : Marine Atlan
Montage : Vincent Tricon
Sociétés de distribution : Le Pacte
Genre : Science-fiction
Durée : 97 minutes
Dates de sortie : 1er mai 2019

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