Jessica Forever, une expérience fantastique d’un terrible amateurisme

Dans le monde étrange de Jessica Forever, où les figurants sont aussi introuvables que les expressions sur le visage des acteurs, il est légitime de se demander qui sont ces jeunes qui s’entrainent entre eux au maniement des armes. Pas de chance : les réalisateurs n’ont, semble-t-il, jamais eu l’idée d’apporter une réponse cohérente à cette question.

Si vous faites partie de cette génération d’adolescents à qui les armures de paintball inspirent un relent de testostérone, c’est probablement à vous qu’ont pensé Jonathan Vinel et Caroline Poggi en imaginant leur film. Ces costumes improbables et ultra-kitsch sont en effet les plus marquants parmi les rares éléments de la direction artistique qui caractérisent cet univers post-apocalyptique superficiel qui ressemble davantage aux décors d’un épisode de Plus Belle la Vie qu’à ceux d’un Mad Max. L’unique argument qui vient, soi-disant, alimenter le genre science-fictionnel est en fait les nuées de drones mitrailleurs contre lesquels s’entraine le groupe de héros. Ces antagonistes, qui apparaissent via des incrustations numériques exécrables, manquent à ce point de caractérisation (qui sont-ils ? pourquoi sont-ils si méchants ? on n’en saura jamais rien) qu’ils ne font que renforcer la puérilité du récit. Et ce n’est certainement pas en se concentrant sur les gentils orphelins survivalistes que l’on pourra espérer trouver une once de maturité dans ce scénario futile.

La caractérisation des jeunes héros se limite en effet à deux traits, eux-mêmes très légers : leur esprit d’équipe et leur fascination pour Jessica, leur leader. On n’en saura, là encore, jamais davantage, sur ces personnages, pas même sur le passé de Jessica. Le long-métrage se contente de nous les faire observer dans leur quotidien, mais sans jamais se donner la peine de développer une intrigue qui sache les rendre un tant soit peu attachants. La plupart des scènes ne sont d’ailleurs que l’occasion de les voir dans des situations improbables, bien souvent illustrées par des effets spéciaux d’une si piètre qualité que l’amateurisme de la réalisation n’en est que plus criante. Pire encore, la direction d’acteurs, qui limite leur jeu à une parfaite inexpressivité, rend chacun des personnages terriblement insupportable. Certains des acteurs – dont Aomi Muyock, dans le rôle-titre, découverte dans le Love de Gaspar Noé, ou Paul Hamy, que l’on a notamment vu dans Mon Roi ou Un Français – ont pourtant déjà prouvé qu’ils pouvaient donner corps à leurs personnages, ce qui rend ici leur contre-performance encore plus frustrante.

Comme souvent face à une telle fable fantastique, on aurait aimé y trouver une quelconque métaphore sociétale. Tout ce que peut en tirer, c’est l’ostracisation que prônent les membres de ce groupe de guerriers et le culte de la personnalité qu’ils vouent à leur commandante, qui tous deux relèvent d’un mode de vie sectaire et violent qu’il ne vaut mieux pas prendre pour modèle. Si encore Jessica Forever avait su mieux exploiter la dimension spirituelle qui unit ses personnages, ces quelques scènes de rituels auraient semblé moins superficielles. Mais, plutôt que chercher à approfondir leurs quelques lignes de scénario, les jeunes réalisateurs ont préféré multiplier les effets tape-à-l’œil les plus lourdauds, ce qui limite le résultat final à un long-métrage parfaitement similaire à un banal exercice de fin d’études. 

Synopsis : Jessica est une reine mais elle pourrait aussi bien être un chevalier, une mère, une magicienne, une déesse ou une star.
Jessica, c’est surtout celle qui a sauvé tous ces enfants perdus, ces garçons solitaires, orphelins et persécutés qui n’ont jamais connu l’amour et qui sont devenus des monstres.
Ensemble, ils forment une famille et cherchent à créer un monde dans lequel ils auront le droit de rester vivants.

Jessica Forever : Extrait

https://youtu.be/1CRixFHXLPc

Jessica Forever : Fiche technique

Réalisation : Jonathan Vinel et Caroline Poggi
Interprétation : Aomi Muyock, Sebastian Urzendowsky, Augustin Raguenet, Eddy Suiveng, Lukas Ionesco, Maya Coline Paul Hamy, Angelina Woreth, Theo Costa Marini, Florian Kiniffo, Ymanol Perset, Jordan Klioua, Franck Falise, Jean-Marie Pittilloni
Image : Marine Atlan
Montage : Vincent Tricon
Sociétés de distribution : Le Pacte
Genre : Science-fiction
Durée : 97 minutes
Dates de sortie : 1er mai 2019

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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