Sang Froid, un film convenu par un auteur qui veut s’affirmer comme tel

La meilleure blague de Sang Froid est d’avoir appelé son héros Coxmam (traduit Darman en VF). Voilà le niveau à laquelle est contraint Hans Petter Moland, dont les réalisations norvégiennes étaient pourtant mordantes. Il a néanmoins pu filmer certaines scènes d’action de façon à faire de son premier film américain un exutoire qui réjouira les fans de Liam Neeson.

Il a promis que ce serait la dernière fois qu’il tue tout le monde. Il faut dire qu’en moins de dix ans, celui dont on aimerait retenir de la carrière foisonnante ses collaborations avec Steven Spielberg (La Liste de Schindler), Martin Scorcese (Silence), Christopher Nolan (Batman Begins) ou même Sam Raimi (Darkman), s’est imposé comme l’inévitable acteur pour ces personnages de M. Tout-le-monde apte à se transformer en machine à tuer. En lui faisant usurper à Bruce Willis et Steven Seagal la place d’héritier de Charles Bronson, le rôle que Liam Neeson de Taken a-t-il ruiné la carrière à cet ancien comédien de théâtre shakespearien ? Là n’est pas la question… ni même de savoir s’il lui a permis de vivre plus facilement sa crise de la soixantaine.

Aujourd’hui, le voir dans un tel rôle, celui d’un père qui s’apprête à déclencher une violence meurtrière après que l’on s’en est pris à son fils, n’a strictement plus rien d’engageant. Et le piètre travail d’Olivier Megaton sur Taken 3 rend même désormais cela décourageant. C’est donc davantage le nom du réalisateur qui peut susciter un tant soit peu d’attraction à la vue de ce nouveau projet. Quiconque connait le travail de Hans Petter Moland, sait qu’il est bien plus capable que la majorité des cinéastes (et en particulier de ceux de l’écurie Europacorp) de filmer la violence en y mêlant un peu de légèreté mais aussi un arrière-gout bien à lui. Cet esprit typiquement scandinave avait, en 2014,  fait de Refroidis une série B à l’univers visuel singulier, et au ton mordant loin de celui des actionners impersonnels hollywoodiens. Ainsi, le voir « auto-remaker » son film avait de quoi rendre curieux du résultat.

L’un des partis-pris qui fait de Sang Froid un film à part parmi les revenge-movie portés par Liam Neeson, c’est assurément que celui-ci n’y est pas filmé comme un surhomme – en dehors de quelques effets de ralentis lourdauds dont on soupçonne qu’ils aient été posés là par les producteurs au moment du montage. Sans jamais parvenir à réitérer l’esprit singulièrement corrosif de Refroidis, le scénario tente une approche qui rappelle davantage un humour plus convenu, en particulier celui de l’anglais Guy Ritchie qui s’est fait connaitre pour son gout des personnages secondaires hauts en couleur. Toutefois, le jeu des acteurs ne permet à aucun moment à ce que le panel de criminels en anorak, tel que Moland l’avait imaginé, accède à ce potentiel comique qui faisait de l’original un film insolite.

A défaut de cet humour décalé, noyé sous une surdose de conformisme pompeux, il faut uniquement compter sur certaines scènes d’action, filmées comme des gags, tandis que les dialogues sont davantage captés comme de purs défouloirs violents, pour rendre l’ensemble délirant, à sa façon. C’est donc finalement davantage la mise en scène que l’écriture du réalisateur qui permettra à cette énième quête de vengeance de Liam Neeson de sortir un petit peu du lot : on sait toujours à l’avance ce qui va se passer mais on se surprend parfois à s’amuser que cela apparaisse à l’écran aussi brutalement. Ceci dit, le manque d’énergie qu’y mettent les membres du casting (si vous espérez voir Laura Dern réitérer ses grandes performances d’antan, rebroussez chemin !) ne rend mémorable aucun de ces passages qui se voudraient tarantinesques. On peut donc se rassurer en se disant que ça aurait pu être pire, mais il est tout aussi vrai que ça aurait pu être bien mieux… l’éternel verre à moitié plein en somme.

Bande-annonce : Sang Froid

Fiche technique : Sang Froid

Réalisation : Hans Petter Moland
Interprétation : Liam Neeson, Tom Bateman, Tom Jackson, Emmy Rossum, Julia Jones, Laura Dern…
Image : Philip Øgaard
Montage : Nicolaj Monberg
Sociétés de distribution : StudioCanal
Genre : Action
Durée : 119 minutes
Dates de sortie : 27 février 2019

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2.5

Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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