Les âmes vagabondes d’Andrew Niccol : Critique du film

Les âmes vagabondes d’Andrew Niccol : Passion, émotions et conflit  de l’âme

Les Âmes vagabondes, adaptation cinématographique du roman éponyme de Stephenie Meyer, était l’un des films les plus attendus d’avril 2013. Le spectateur pouvait en effet mettre toute sa confiance entre les mains de son producteur et réalisateur, spécialiste des films d’anticipation, à qui l’on doit Bienvenue à Gattaca (1997), Lord of War (2005), ou encore Time Out (2011).

Dans ce film intrigant et efficace, on retrouve indéniablement la patte du réalisateur à travers. une vison SF très épurée, féminine pour une fois, une vraie mise scène, des plan très beaux, un casting correct et une musique de générique très touchante. Nous soulignerons les prestations de Diane Kruger dans le rôle de La Traqueuse, et surtout l’interprétation très juste de Saoirse Ronan, forte et douce en même temps, qui crève l’écran à seulement 19 ans dans le rôle de Mélanie/Vagabonde. Il ne faut cependant pas s’attarder sur les rôles masculins, qui en amoureux transis, sont beaucoup moins convaincants et ne retrouvent pas véritablement la position centrale qu’ils ont dans le roman.

Les Âmes vagabondes est un beau film sur la schizophrénie. L’idée de départ, deux âmes en corrélation dans un même corps, est originale[i]. Le spectateur aime suivre le conflit de la double personnalité de l héroïne, malgré, il faut le dire, une voix-off de Mélanie, si désagréable qu’elle se rapproche plus de L’exorciste, que d’une véritable conscience, d’une voix intérieure convaincante. Ce film est également une réussite pour son émotion et son humanité. Vagabonde découvre tout ce qui rend la vie à l’intérieur des humains si difficile : les émotions, les passions et les souvenirs qui demeurent tellement vivants. L’histoire est beaucoup plus profonde qu’un simple Twilight. Nous assistons à une vrai réflexion sociale sur la condition humaine, sur les conséquences d’un monde parfait, la place de l’individu au sein d’un régime totalitaire, mais également sur la force de résistance, la tolérance ou le vivre-ensemble. Au-delà du côté romance, l’auteur pose l’idée de la perfection et de son opposé la passion. La passion de vivre, d’être libre, de tomber amoureux. L’histoire est joliment accompagnée par des images à couper le souffle, jouant sur la lumière, la nuit et le soleil, des plans sublimes sur les paysages magnifiques de Louisiane et du Nouveau-Mexique et des moments de grâce (la scène des lucioles, ou celles des étoiles, par exemple.). L’esprit et la magie sont là ainsi que l’émotion. L’histoire d’amour est pour une fois mis au second plan Décidément, après Oblivion, les films SF semblent privilégier l’esthétisme à l’action.

Certes, Niccol prend quelques libertés quand à certaines scènes clés du livre et les détracteurs du film opposeront sans doute le roman au film, littérature et cinéma étant souvent les meilleurs ennemis. Mais une adaptation ne peut coller à l’œuvre originale et les grandes lignes du livre sont là. On peut également regretter une BO ratée, qui rend mièvre toutes les scènes d’émotion et une deuxième partie de film autour du triangle amoureux, mal maîtrisé et manquant de tension dramatique. Toutefois, avec cette adaptation, Niccol offre, au roman une identité visuelle forte, un style inimitable et une belle profondeur psychologique. Le réalisateur orchestre avec maestria la schizophrénie de l’héroïne, partagée entre deux visions du monde, puis tiraillée entre deux amoureux. Les Âmes vagabondes est un divertissement des plus agréables à regarder, abordé d’un point de vue original et maîtrisé. Le spectateur attendra sans doute avec une certaine impatience, la suite de cette trilogie…

Synopsis : Melanie Stryder est une rebelle. Notre Terre a été envahie par un ennemi invisible. Les âmes vagabondes s’emparent du corps des hommes en neutralisant leur esprit. Lorsque Melanie est capturée par les Traqueurs, on lui insère Vagabonde, une âme pacifique qui a déjà connu plusieurs corps. L’âme explore les souvenirs de Mélanie dans l’espoir de découvrir l’endroit où se cachent le dernier groupe d’hommes libres, dont Jared, l’amant de Mélanie, Jamie, son frère de 11 ans, Ian, l’homme que Vagabonde a déjà remarqué, et son oncle, Jeb. Mais Melanie, résiste à la possession de son esprit. L’exceptionnelle volonté de Melanie va pousser Vagabonde à devenir son alliée. Ensemble, elles se lancent dans une quête impossible pour sauver la famille de Melanie, et les hommes qu’elles ont appris à aimer toutes les deux..

 


[i] Même si le thème des extraterrestres prenant possession des corps, n’est pas nouveau : The Faculty (1998) de Robert Rodríguez, ou Invasion (2007) d’Olivier Hirschbiegel, entre autres.

 

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