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Anna Karénine : le théâtre d’un drame

Russie, XIXe siècle. Anna Karénine vit aux côtés de son mari, Alexandre Alexandrovich, et de leur fils. Seulement, elle rencontre par la suite le jeune comte Vronsky : va-t-elle parvenir à réfréner ses désirs, ou se laissera-t-elle emporter face aux regards assassins de la société qui l’entoure ?

Lire l’article du Mag du Ciné sur le livre de Tolstoï ici. Dans le présent article, seul l’œuvre de Joe Wright est mise à l’honneur.

Le théâtre s’invite dans le cinéma 

La mise en scène d’Anna Karénine est somptueuse. Son originalité réside dans sa théâtralité : en effet, le film commence sur un rideau de théâtre qui se lève pour présenter le contexte historique de l’histoire. Le spectateur découvre ensuite Stiva Oblonski qui se fait raser sur scène, sous le feu des projecteurs. Puis les décors s’enchaînent, s’élèvent au plafond ou traversent la scène. La mise en scène est organique, vivante et dans le moment présent, avec des plans à la fois larges pour montrer le théâtre, et d’autres plus rapprochés pour faire croire à l’illusion du cinéma. Et comment ne pas citer le plan séquence sur Stiva dans son lieu de travail dans les premières minutes du film ! Des hommes se déplacent entre les bureaux, tandis que d’autres s’habillent, jouent de la musique et marchent sur scène (un autre fait même du vélo !). La perfection de l’enchaînement chorégraphié procure un émerveillement tout particulier. En même pas dix minutes, la couleur du film est annoncée.

Les regards

Les regards racontent tout. Dans un premier temps, entre Anna et le comte Vronsky, rien ne se dit et tout se contemple. Ils s’observent, s’apprivoisent, s’effraient même. Leur amour paraît impossible et le danger qui les expose les éloigne tout en les unissant. Ce paradoxe est souligné par les nombreux gros plans sur leur visage, comme s’ils étaient enfermés dans l’illusion de leur amour. Cependant, en plus des deux protagonistes, les regards de la société aristocratique ont toute leur importance. Cet effet se ressent particulièrement dans la séquence de course de cheval. Anna, effrayée à l’idée que son amant se blesse dans cette course, se ventile dès le début de celle-ci. Le son seul de l’éventail percute l’oreille du spectateur, et son mari observe Anna avec dédain à travers ses jumelles. Lorsqu’il chute, elle hurle son nom et tous les regards se tournent vers elle et l’assaillent. Le spectateur peut alors ressentir la puissance des regards et se sentir lui-même oppresser par ceux-ci.

Le bal et la musique 

Dario Marianelli, le compositeur des musiques du film, arrive à créer une ambiance absolument fantastique, empreinte à la fois de poésie, de légèreté, de nostalgie et de drame. Ces sentiments se mélangent notamment dans la scène de bal, lorsqu’Anna et le comte Vronsky décident finalement de s’accorder une danse commune. La musique vole ; elle épouse chaque mouvement, transperce les expressions des personnages, et plus que tout relie les deux êtres dans la mélodie de la danse.

Dans une scène du bal, la lumière sépare les deux protagonistes du reste des convives, voire du reste du monde, et les encercle dans l’instant présent, où il ne reste plus qu’eux. Le temps s’arrête. Elle en noir, lui en blanc, Vronsky présente l’allure d’un ange tombé du ciel, d’un être au-delà de l’humanité qui dépasse la sobriété d’Anna. Lorsque la lumière revient sur les convives, la caméra s’affole : elle-même ne sait plus où regarder. Elle tourne autour des danseurs, accentue l’effroi des visages (surtout celui de Kitty), tandis que la musique s’accélère et s’intensifie. Le rêve de la danse se transforme en cauchemar tourbillonnant.

Bande annonce : Anna Karénine

Fiche technique : Anna Karénine

  • Titre original : Anna Karenina
  • Réalisation : Joe Wright
  • Scénario : Tom Stoppard d’après Anna Karénine de Léon Tolstoï
  • Direction artistique : Thomas Brown
  • Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui
  • Décors : Katie Spencer
  • Costumes : Jacqueline Durran
  • Photographie : Seamus McGarvey
  • Son : John Casali
  • Montage : Melanie Oliver
  • Musique : Dario Marianelli
  • Production : Tim Bevan et Alexandra Ferguson
  • Société(s) de production : Working Title et Studiocanal
  • Société(s) de distribution : Universal Pictures
  • Pays d’origine : Royaume-Uni et France
  • Langue : anglais
  • Format : couleur
  • Genre : drame, historique
  • Durée : 130 minutes
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5

Fleur Pâle : un ange dans la nuit

Après Silence et L’Étang du Démon, Carlotta poursuit son travail de (re)mise en valeur du cinéaste Masahiro Shinoda. Entre l’univers des Yakuzas et le film noir, Fleur Pâle est une des œuvres majeures d’un cinéaste tout aussi important au sein de la nouvelle vague japonaise. À travers le personnage de Muraki, le film nous embarque dans les nuits japonaises, ou les déambulations de ce Yakuza en perte de repère ne sont que le reflet d’un pays lui-même en proie à une crise identitaire.

Un personnage symbole de tout un pays

Au tournant des années 60, le Japon est un pays en pleine mutation. La vie quotidienne des Japonais se transforme grandement suite à la longue présence des États-Unis dans le pays après les événements de la seconde guerre mondiale. En parallèle de cette occidentalisation du quotidien, le pays est tourmenté d’un point de vue diplomatique. Conséquence de son alliance avec les USA, le Japon est pris au piège de la Guerre Froide et subit des pressions permanentes de l’URSS. C’est dans ce contexte particulier que Masahiro Shinoda réalisa Fleur Pâle en 1964.

Après avoir passé trois années en prison pour homicide, Muraki réintègre son clan de Yakuzas à Tokyo. Rapidement, il croise le chemin de Saeko, une jeune femme fréquentant son cercle de jeux. Le yakuza est rapidement obsédé par ce personnage mystérieux, alors que dans le même temps, il a bien du mal à retrouver le monde qu’il a connu. Muraki et Saeko sont les deux faces d’une même pièce. Tout les oppose mais ils semblent s’attirer l’un et l’autre. Muraki représente la figure du Yakuza dans ce qu’elle a de plus traditionnel. Une figure portée à de nombreuses reprises au cinéma, obsédée par l’honneur et les valeurs. Saeko représente la jeunesse, la fraîcheur. Elle n’aspire à rien de particulier si ce n’est de vivre à sa façon.

Deux faces d’une même pièce : le Japon. Les errances nocturnes de ces deux personnages illustrent à merveille le flottement de toute une société, en pleine crise identitaire. Le titre du film désigne bien évidemment la jeune femme. Celle-ci apparaît comme une lumière aux yeux de Muraki. Il ne comprend plus les codes de son clan, qui s’allie avec ses anciens ennemis. Dans cette confusion, ce visage angélique devient son seul repère. La réalisation de Shinoda, plus particulièrement son travail de la lumière, magnifie l’actrice Mariko Kaga. Les contrastes du noir et blanc témoignent parfaitement de l’unicité de cette Fleur Pâle, éclat de lumière au sein de ces sombres nuits Tokyoïtes. La mise en scène du cinéaste arrive ainsi parfaitement à retranscrire la fascination de Muraki.

Les amants de la nuit

Mais cette attirance n’est pas à sens unique. Et à nouveau, Shinoda transcende sa mise en scène pour l’illustrer. Les champs-contrechamps relèvent d’une géométrie précise. Le travail du cadre fait répondre en permanence les personnages notamment dans leurs parties de Hanafuda (jeu de cartes). De même, lorsqu’ils sont présents dans le même plan, la composition des cadres instaure une sorte de jeu permanent de symétrie entre les deux personnages, ceux-ci se répondant en permanence. Avant même de vouloir raconter une histoire au sens propre, Masahiro Shinoda développe une véritable chorégraphie nocturne. Ces deux créatures de la nuit sont intimement liées grâce au lyrisme du cinéaste.

En effet, Fleur Pâle est avant tout un film d’ambiance. Il se concentre avant tout sur ses personnages en pleine errance. C’est par l’image que Shinoda raconte l’essentiel de son film. Les visages des personnages, de face, en dévoilent plus que n’importe quel dialogue du long-métrage. L’une des séquences les plus marquantes du film est bien évidemment celle du rêve de Muraki. Virtuose, elle témoigne à la perfection du malaise de son personnage, en pleine crise existentielle. De la même façon, la course-poursuite en voiture est le parfait témoin de la vanité de la vie de Saeko. Elle semble prête à mourir dans le seul but de ressentir une quelconque sensation.

Contrairement à certains de ses confrères de la nouvelle vague, le cinéaste évite toute forme de réalisme pour évoquer la transformation du Japon. C’est par ce prisme que Kinji Fukasaku l’aborde dans sa saga Combat sans code d’honneur. Masahiro Shinoda lui, troque la froideur du réalisme au profit de la chaleur de l’onirisme. C’est pourquoi encore aujourd’hui, Fleur Pâle demeure une œuvre essentielle, unique. Par le seul biais de sa virtuosité, il parvient à être le juste témoin du Japon des années 60, encore incertain de qui il est vraiment, à l’image de Muraki et Saeko. Un grand film, à redécouvrir dans une sublime copie restaurée.

Fleur Pâle : bande annonce

Fleur Pâle : fiche technique

Réalisation : Masahiro Shinoda
Scénario : Masahiro Shinoda et Ataru Baba, d’après un roman de Shintaro Ishihara
Interprétations : Ryo Ikebe ( Muraki ), Mariko Kaga ( Saeko ), Takashi Fujiki ( Yoh ), Naoki Sugiura ( Aikawa )
Photographie : Masao Kosugi
Musique : Yuji Takahashi et Toru Takemitsu
Montage : Yoshi Sugihara
Restauration 4K : Shochiku
Pays : Japon, 1964
Durée : 92min

Sick of Myself : l’ego malade

Sélectionné à Cannes dans la section Un Certain Regard l’an dernier, la mordante comédie noire de Kristoffer Borgli n’est pas passée inaperçue. Et pour cause, le miroir déformant (au sens propre comme au figuré) qu’elle tend à notre société a de quoi provoquer le malaise. Farce comico-horrifique, Sick of Myself est un bain de fraîcheur au pays du malaise et du narcissisme.

Résumé

Il a tout, elle n’est rien.
Signe vit dans l’ombre constante de son petit ami, Thomas, artiste-voleur.  Quand elle n’est pas complètement ignorée en soirée, on la prend pour la sœur de la « star »… Si son invisibilisation en tant que femme est un problème, ce n’est même pas ce qui tracasse Signe.
Non, pour elle, le souci, c’est que les gens ne la connaissent pas, ne la voient pas.

Modeste serveuse dans un café, il est clair que Signe n’a pas de quoi intéresser les tabloïds. Mais sa vie bascule soudainement lors d’un incident, où elle se retrouve malgré elle sur le devant de la scène… L’étincelle a jailli et Signe s’engage alors dans un engrenage de mensonges compulsifs qui va la dépasser.

Expectations vs. Reality

À travers une forme d’auto-mutilation de son »héroïne », Borgli offre un portrait au vitriol de la quête de la notoriété. Grâce à une mise-en-scène brillante et audacieuse, il donne à voir des personnages ridicules, sots, effrayants même par moments. Signe démontre le danger à vouloir à tout prix être connu. Insatiable, elle va jusqu’à vouloir que l’article sur sa condition passe par-dessus celui d’une tuerie familiale… quand elle n’hésite pas à enfermer une modèle rivale pour avoir son moment de gloire bien à elle.

Avec Sick of Myself (joli titre à double sens), l’expression si chère et propre aux réseaux sociaux « Expectations vs. reality » n’aura jamais pris une tournure aussi sardonique. Par un inventif travail de montage fait de ruptures et d’ellipses, Borgli donne à son personnage des visions d’un futur qu’elle s’invente radieux et auréolé de succès… pour mieux la ramener dans sa réalité morbide et solitaire.

Car oui, il n’y a pas de fumée sans feu et celui démarré par Signe marque le début de sa fin avant même qu’elle s’en rende compte…

La fiancée de Frankenstein 2.0

Dès lors que Signe décide de plonger dans son délire médicamenteux, le film adopte le genre du body horror. Et devient alors une farce terrible où Signe est une sorte de créature de Frankestein engendrée par une société maladive et obsédée par l’image.

De fait, les clins d’œil à la figure du monstre de Mary Shelley abondent dans le film. Des balafres et cicatrices de Signe qui rappellent celles de Boris Karloff, à son besoin d’être vue et aimée, tout nous ramène à lui. Voire même à un Elephant Man, prisonnier de sa condition. Mais là où les deux êtres « monstrueux » l’étaient malgré eux et faisaient naître de l’empathie, Signe a l’effet inverse.

La scène dans le bus en est la démonstration mordante. Thomas-Frankestein, qui a malgré lui déclenché cette crise chez sa petite amie, serre Signe encagoulée contre lui. Quand il remarque que tous deux sont regardés avec compassion et pitié par l’une des passagères, Thomas resserre l’étreinte autour de sa créature. Il ne lâche pas la passagère du regard, la fixe droit dans les yeux et esquisse même un sourire arrogant. Sûr de lui, il embrasse Signe, histoire d’en rajouter et de se faire voir. Toute cette scène résume la relation des deux personnages, où chacun exploite l’autre dans son propre intérêt. Jusqu’à ce que la créature cherche à se défaire de son créateur et vice-versa…

C’est là qu’entre en scène l’ironie mordante du cinéaste, qui se charge de retourner la situation. Prenant Signe (et plus tard, Thomas) à son propre piège, sa monstruosité ne devient plus désirable à exploiter quand elle devient trop apparente – pour ne pas dire franchement répugnante. L’ego malade a fini par se révéler et à l’instar du portrait fané et enlaidi de Dorian Gray, il n’est pas beau à voir…

Le cinéma norvégien en vogue

Enfin, comment ne pas parler des films norvégiens qui, ces derniers temps, ont le vent en poupe ? Produit par les même sociétés derrière le bijou Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier, Sick of Myself fait gentiment son entrée sur la scène des films norvégiens qui marquent les esprits. Bénéficiant d’une fraîcheur d’écriture, d’une absence de peur face au malaise et d’un grain appréciable de l’image, le film de Kristoffer Borgli a toute sa place au palmarès des films d’auteurs étrangers surprenants.

Bien plus réussi que Sans Filtre de Ruben Östlund qui passait à côté de son sujet, Sick of Myself dépeint avec brio et de façon jubilatoire le portrait d’une société-Frankestein qui crée ses propres monstres. Une chose est sûre : si on n’en reprendrait pas une cuillère tout de suite après, on se laisserait tenter – après digestion – par un autre scénario aussi provoquant et des choix de mise-en-scène aussi audacieux.

Bande-annonce : Sick of Myself

Fiche technique : Sick of Myself

Réalisateur : Kristoffer Borgli
Scénario : Kristoffer Borgli
Interprétation : Kristine Kujath Thorp (Signe), Erik Saether (Thomas), Fanny Vagare (Marte), …
Photographie : Benjamin Loeb
Montage : Kristoffer Borgli
Musique : Turns
Chef maquilleuse/coiffeuse : Dimitra Drakopoulou
Sociétés de Production : Film i Väst, Oslo Pictures
Distribution (France) : Tandem
Durée : 1h37 min
Genre : Comédie noire
Date de sortie : 31 Mai 2023
Norvège – 2022

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4.5

Spider-Man : Across the Spider-Verse – une expérience encore plus radicale

Après le miracle qu’était Spider-Man: Into the Spider-Verse, Miles Morales est enfin de retour. Le premier opus était une immense réussite de par ses prouesses d’animation et sa compréhension du matériel adapté. Les équipes de Sony Pictures Animation avaient donc face à elles un grand défi, qu’elles ont su relever haut la main, en transcendant le modèle du premier film, aussi bien d’un point de vue technique qu’émotionnel.

Frénésie des images et des sons…

Lors de sa sortie, Spider-man : Into the Spider-Verse avait pris tout le monde de court. Grâce à une animation d’une inventivité folle, le film a su tirer profit de toutes les techniques à sa disposition pour représenter de la meilleure manière le multiverse. Jusqu’alors, hormis le comics Spider-verse écrit par Dan Slott, l’idée de réunir à l’écran différents spider-men demeurait un véritable fantasme. Mais le film a su tirer profit de son concept en le transcendant, sans se contenter de l’utiliser en tant qu’outil commercial et de fan-service.

Désormais, le concept de multiverse est monnaie courante. Plusieurs longs-métrages ont essayé de surfer sur la vague engendrée par le film de 2018, mais tous ont échoué à cause d’une absence d’un propos lié à l’utilisation du concept. On pense directement, et malheureusement, à Spider-man No Way Home, qui n’avait rien à raconter, et s’est contenté de mettre en images un fantasme. Ce que les producteurs de Spider-Man Across the Spider-Verse semblent avoir compris, contrairement à d’autres, c’est que seules l’animation et sa grande richesse peuvent rendre justice à de telles ambitions.

Ainsi, cette suite arrive une nouvelle fois à éblouir visuellement. Chaque plan, chaque composition d’image semble être une révolution en soi. C’est un véritable bouillonnement créatif, le fruit de longues années de travail. Chaque personnage, ainsi que l’univers dont il provient, dispose d’une identité propre. Le multiverse justifie ainsi ce mélange des styles. Le film s’ouvre dans l’univers de Gwen Stacy, alias Spider-Gwen. Son monde s’illustre de couleurs en aquarelle, qui évoluent avec ses sentiments. De la même manière, de nouveaux personnages comme Miguel O’Hara, Spider-Man 2099, sont introduits. Venant d’un univers futuriste, son esthétique est très grandement inspirée par le cyberpunk.

La musique, déjà omniprésente dans le premier volet, participe elle aussi grandement à la création de l’univers du film. Ce n’est donc pas simplement visuellement, mais également via la bande originale que les personnages sont définis. Puisque Gwen est batteuse dans un groupe de rock, son univers s’imprègne des mêmes sonorités, faites de guitares et de percussions. Spider-Punk, nouveau venu lui aussi, se voit évidemment accompagné de musique du même genre. Mais le plus impressionnant réside dans les liens que les réalisateurs arrivent à tisser entre l’image et le son. Comme si chaque image provoquait un son ou inversement. Et là encore, l’animation y est pour beaucoup.

Au service d’un récit d’une grande richesse

Mais Spider-Man Across the Spider-Verse est plus qu’une simple expérience visuelle et sonore. Le récit du film en lui-même est très chargé et brasse énormément de thématiques. Désormais héros à plein temps, Miles Morales a grandi, et il essaie de tout gérer : les vilains, ses études, ses parents… Mais sur tous les fronts, il finit forcément par s’égarer. Cette charge mentale, bien trop importante pour un adolescent de 15 ans, est le cœur du récit. La frénésie du quotidien se traduit parfaitement dans la narration du film sur-rythmée. La fameuse devise «grands pouvoirs, grandes responsabilités» n’est jamais bien loin, mais demeure d’une efficacité redoutable sur le plan émotionnel.

Récit d’adolescents en pleins tourments, le film n’oublie pas d’accorder une grande importance aux parents. Témoin du mal-être de leurs enfants, ils paraissent parfois impuissants, et semblent avoir du mal à les laisser s’envoler de leurs propres ailes. Leurs échanges sont déchirants, tout comme les non-dits, qui s’expriment à travers les images dévoilant leurs sentiments. Malgré cette frénésie permanente, le long-métrage trouve toujours la juste tonalité. Les moments d’émotions ne sont jamais forcés, et l’humour est savamment dosé.

La dimension méta-textuelle du film, intrinsèquement liée au concept du multiverse, est elle aussi poussée à son paroxysme. Au cours du film, Miles rejoint une brigade de spider-men. C’est là qu’il comprend qu’il a en commun avec chacun d’eux des événements charnières, qui les ont façonnés. Mais tenter d’altérer ces événements peut modifier le cours des choses et troubler l’équilibre. Les héros ont donc conscientisé le lourd fléau que représentaient leurs pouvoirs. Mais pour Miles, il est inconcevable d’accepter cela. Il essaie alors une nouvelle fois de se transcender pour surmonter sa condition.

Première partie d’un diptyque, le long-métrage arrive tout de même à exister de manière autonome. Quand bien même sa fin abrupte laisse le spectateur désireux de replonger directement dans son univers, Spider-Man : Across the Spider-Verse est une grande réussite. Dans une industrie où la figure du super-héros est trop présente, il est bon de se rappeler ce qu’une bonne utilisation de celle-ci permet d’accomplir. Drôle, émouvant, d’une richesse visuelle et thématique folle, cette suite réussit le pari de surpasser son modèle en décuplant tout ce qu’il avait entrepris. Fort heureusement, l’attente sera cette fois bien moindre, la conclusion arrivant dans moins d’un an.

Spider-Man : Across the Spider-Verse – bande annonce

Spider-Man : Across the Spider-Verse – fiche technique

Réalisation : Kemp Powers, Joaquim Dos Santos et Justin K. Thompson
Scénario : Phil Lord, Chris Miller et Dave Callaham
Interprétation : Shameik Moore ( Miles Morales ), Hailee Steinfeld ( Gwen Stacy ), Oscar Isaac ( Miguel O’Hara ), Jake Johnson ( Peter B. Parker )
Direction artistique : Araiz Khalid
Musique : Daniel Pemberton
Montage : Mike Andrews
Production : Phil Lord, Chris Miller, Avi Arad, Amy Pascal et Christina Steinberg
Genre : Super-Héros, action
Société de distribution : Sony Pictures Releasing
Durée : 2h20
Pays : États-Unis
Date de sortie : 31 Mai 2023 ( France )

Spider-Man : Across the Spider-Verse – une expérience encore plus radicale
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4.5

Athena de Romain Gavras : Fantasme ou fantôme ?

Violence esthétisée et graphique, propos politique vague et vaguement rattaché à un contexte traumatique et sociétal (la banlieue étant le lieu fantasmé dans tous les sens comme étant le négatif de la société française, négatif qui fascine et qu’on rejette), c’est la formule qu’a choisie de pousser au maximum son nouveau film, Athena.

En 2022, les spectateurs ont pu découvrir depuis leur canapé et non sur grand écran le dernier film de Romain Gavras. Celui dont le père est l’illustre Costa Gavras, a commencé avec la bande « Kourtrajmé » qu’il a fondée avec Kim Chapiron, en réalisant des clips de musique. C’est à cette occasion qu’on a pu apprécier un style mettant en avant la violence dont la musique sublimait le ton subversif. Mais pour faire réagir et pour provoquer quelques émotions au-delà du simple sursaut de dégoût, la violence doit avoir une origine avec laquelle compatir ou haïr, se révolter.

C’était déjà le cas de Stress dont le clip n’était qu’un pur étalage de violence urbaine, sans autre cause que ses perpétrateurs qu’on classait immédiatement et par réflexe médiatique parmi les jeunes délinquants de la banlieue. Comme sortis du zoo, tous les passants, tous les objets hors de leur territoire étaient une bonne occasion de se défouler odieusement sous le regard médusé et indigné des simples citoyens français. Violence esthétisée et graphique, propos politique vague et vaguement rattaché à un contexte traumatique et sociétal ( la banlieue étant le lieu fantasmé dans tous les sens comme étant le négatif de la société française, négatif qui fascine et qu’on rejette), c’est la formule qu’a choisie de pousser au maximum son nouveau film, Athena.

Forme et violence.

Dans Stress, la forme clippesque ne laissait de toute façon que peu de place au propos politique quoique les personnages racisés et habillés en survêtement dressaient une panoplie de signes clairs. De plus, le montage et les travellings ultra rapides communiquaient parfaitement le sentiment d’une intrusion brutale d’un élément exogène et dangereux au sein du monde policé de la ville que venait renforcer la mine déconfite des victimes de cette micro-délinquance. Coups, crachats, regards noirs, graffs, se succèdent dans un malaise aigüe et ne finissent que parce que le morceau doit avoir une fin et pour mieux s’étaler sur la mélodie stridente et violente des Justice. Les images semblaient se superposer à la musique et en dépasser l’enjeu. Car le malaise suscité ne vient pas de la mélodie qui ne peut jamais véhiculer un sens mais des personnages surgis du malaise social français, le lieu de tous les fantasmes et de tous les effrois : à la banlieue et qui donne corps à ce relâchement violent aussi brutal qu’animal que tout le monde semble connaître sans jamais l’avoir vu. Car évidemment, plus que la violence, ce qui choque dans ce clip c’est l’idée qu’une telle violence, commise par tels individus couve toujours sous le sol policé et propret de la grande famille française. Derrière le mode de vie consumériste et confortable bâti sur un système économique qui semble s’effondrer de plus en plus, il y aurait toute une classe sociale perdante du jeu et en réalité sacrifiée, expulsée des centres urbains, de même que la société veut s’en expurger, comme son surplus maladif. La violence de Stress, c’est la violence du « ça », du retour du refoulé politico-social qui ne peut dès lors frapper la conscience qu’en lui crachant au visage.

Le parti-pris tragique. Fatalité divine ou destin social ?

Quiconque a vu Athena en a pris plein sa vue, mais se demande sans doute à quoi bon ? Qu’essaye de nous vendre le film à part de belles image st une virtuosité technique (notamment dans l’avatar contemporain de la préciosité stylistique cinématographique : le plan-séquence) qui ne s’offre que pour en jouir ? Bref, que dit le film ?

Assassiné par une bonne partie de la critique, on pourrait répondre : rien. C’est pourtant tout à fait étonnant puisque le metteur-en-scène lui-même a donné le code de déchiffrement de cet objet esthétique étrange que seule une plateforme avide de buzz a pu financer. Trois frères pris dans une histoire de vengeance entre une « cité difficile » et les Forces de l’Ordre pour exorciser le mal suprême : le meurtre de l’un des leurs, leur frère le plus jeune, à peine un ado, juste un enfant de surcroît. Puisque c’est une tragédie, on sait que ça finira mal, que les liens fraternels et familiaux, les liens qui attachent par des lois non écrites et morales dirait Antigone se distendront jusqu’à se rompre et que le destin écrasera tous les protagonistes de cette triste histoire. La tragédie, grecque ou moderne, c’est bien l’idée d’une fatalité donne un sens à l’existence humaine sur le mode de la souffrance car aucune souffrance n’est moins supportable que celle qui ne se peut justifier. Le héros tragique est donc voué à souffrir, encombré par un destin qu’il n’a pas choisi. Si une telle existence semble injuste, le sens se déporte dans l’oeil du spectateur : offert comme victime sacrificielle et esthétique à travers le spectacle de sa mort, le sacrifice se justifie comme pure jouissance esthétique. La tragédie, c’est donc le non-sens qui à travers son exposition parvient à faire sens. Voilà pourquoi des destinées qui ont toutes la même fin absurde parviennent à conquérir leur extraordinarité et incarner des figures éternelles , tel Œdipe, Antigone, Hamlet – Abdel, Karim et Moktar ?

Pourquoi ressort-on avec un accès de « à quoi bon » devant ce qui veut s’offrir comme une tragédie sursignifiante ? Car en lieu et place de la fatalité des dieux ou de celle des passions, c’est celle des classes sociales, de la couleur de peau, de la géographie et de l’urbanisme qui est toute désignée, dès le choix même du sujet. Le policier n’a pas davantage choisi son existence que le petit trimard qu’il tabasse à la matraque. D’autant que le scénario place les différents protagonistes sur le chemin d’une issue tragique bien ficelée. Comme dans Antigone, les circonstances, cette fois-ci sociales, ont déjà donné le premier mort : Idir a été tué violemment par des policiers et l’acte a été filmé et visionné intégralement, transformant l’indignation en colère en ébullition. Pourquoi donc cette impression de vacuité du sens, d’un choc esthétique gratuit qui n’a au fond autant à dire qu’un reportage de JT et bien moins qu’un clip de Justice ?

Parce que précisément cette destinée tragique n’apparaît jamais dans le cadre, ne dicte aucun effet de montage ni mouvement de caméra. Tout tient dans le maigre scénario mais surtout dans l’imaginaire journalistique et télévisuel du spectateur. Les personnages sont là pour incarner leur rôles sociaux. Non : leur rôle médiatique.

Pire, à cette épaisseur sociologique vient s’ajouter celle mal dégrossie du scénario où la tragédie s’efface vite au profit de types tout à fait dans le genre appauvri de la plupart des narrations Netflix. Certes, nombre de tragédies comportent des personnages-types, typiques ou typisés qui servent à fluidifier la narration mais jamais en position de personnages principaux ou cruciaux. Ici, il faut bien remarquer la caricature : Abdel est le jeune adulte mature qui s’en est sorti en épousant littéralement la République avec la docilité la plus servile puisqu’il en est devenu un de ses soldats. Moktar s’est détourné de la bonne voie pour réussir selon les moyens à sa disposition, le deal et le trafic. Jérôme est le flic blanc qui certes y va de sa matraque mais toujours dans le plus strict respect des ordres et de la dignité des justiciables, car Jérôme c’est le flic gentil et innocent. Même les « darons » de la cité qui discutent librement et dans la sérénité la plus pure de l’issue de la tragédie se mettent à parler par joute de dictons plus ou moins orientalisants (africains ?). Mais qui parle comme cela au quartier ?

Il semble que parfois Romain Gavras fasse maladroitement la différence entre détails croqués sur le vif qui accentuent l’immersion et les grosses caisses de la caricature d’un milieu qu’il voudrait peut-être mieux connaître. Ainsi, le clochard de la cité qui demande une cigarette alors que les personnages sont encore poursuivis par les flics, pour la recevoir plus tard dans un élan chevaleresque par Karim – le héros à la détermination sans faille qui vient de repousser la police. De même, l’amour filial et maternel qui unit les trois frères à leur mère et qui ne mourra jamais dans le respect le plus fidèle à cette thématique bien connue des amateurs de rap français.

Le romantisme esthétisant de Romain Gavras.

Soumis à une lutte de tous les instants qui transforment la vie des habitants de la cité, les trois frères vont naviguer sous la pression des événements qui vont les conduire doucement vers la mort. En dehors des époustouflants plans-séquences sur la virtuosité desquels il faudra revenir, Romain Gavras semble filmer tranquillement un scénario prévisible : trahisons, fureurs, morts déchirantes jusqu’à l’épilogue en forme de twist très prévisible. Mais tous ces événements sont tristes mais ne sont pas encore tragiques. Pour cela il aurait fallu qu’on sente le poids du destin sur leurs épaules, encore une fois d’un destin social tout trouvé pour le sujet du film. Événements transformés en passages obligé d’un scénario plan-plan qu’on oublie finalement à mesure que son intérêt s’efface devant le panache des combats et la couleur des affrontements.

Car l’idée géniale de Gavras, c’est ce que les médias appellent pudiquement de leur langue que personne ne parle, « le mortier d’artifice » soi-disant légion dans les cités comme arme précaire censée blesser les forces de l’ordre. Avant d’être une arme de seconde main, il s’agit bien d’un feu d’artifice portable ce qui donne les plus beaux effets dans les scènes dynamiques de combat. Laissant un rayon de lumière dans leur sillage, ils deviennent la preuve visuelle des combats, les coups de ces milliers de figurants qui par là vivent deux fois à l’écran. Chaque personnage devient comme une flèche de feu qui ricoche contre la surface translucide des boucliers des FDO. Les déployant à l’infini dans l’espace et le temps, ils viennent enflammer le cadre de leur mille nuances multicolores dans ce qui s’offre enfin comme le véritable propos du film, la beauté d’un tel combat.

Quand bien même le combat est perdu, il a vécu le temps éphémère de la consumation d’une flamme de mortier, et son existence est donc justifiée par sa beauté vacillante.

Tout comme la lutte pour la justice, la beauté de la guerre est une vieille idée romantique et c’est pourquoi elle est tendanciellement réactionnaire, comme l’est Athena de Romain Gavras par son inconséquence politique. Et au fond de tout cela on trouve l’idée que la banlieue, ce genre d’existence dans la lutte, tout cela est beau et doit être exposé même au prix d’une intrigue mal ficelée. Mais si on doit être déçu que le réalisateur ait raté sa tragédie, il faut lui pardonner d’avoir manqué son film politique car on ne peut décemment juger une œuvre à l’aune de ses propres idées et opinions . D’ailleurs les spectateurs les plus à gauche ont dénoncé l’absurdité politique du film, ceux à droit y ont vu la représentation de leur cauchemar sociétal. On y décéléra bien sur une sorte de complaisance de petit blanc envers la vie dans la cité mais si Romain Gavras rate son sujet, il le fait avec brio

 

Aux masques citoyennes : une aventure humaine humble

Si certains auraient une appréhension quant à se plonger dans un titre évoquant la crise sanitaire, Aux masques citoyennes désarme ô combien ces craintes ! Plutôt que d’être une piqûre de rappel de la période Covid, le documentaire de Florent Lacaze se montre humble, bon enfant et projette de mettre sous le feu des projecteurs une aventure humaine bonifiante.

Synopsis : Printemps 2020. La population est confinée. Libéro, un patron de PME, recrute à tour de bras 250 couturières pour fabriquer les masques qui libèreront sa région. Mais, il ne connait rien à la couture, le tissu n’arrive pas et la plupart de ces femmes n’ont jamais vu de machines

Il serait ô combien dommage de rater un documentaire tel qu’Aux masques citoyennes à cause du sujet de la crise sanitaire. Il est vrai que beaucoup d’entre nous ont souffert de la Covid, et ce de bien des manières. Que ce soit pour des raisons personnelles ou bien professionnelles, les débuts des années 2020 nous ont profondément marqué. Et il est bien difficile de les oublier, même si notre quotidien semble, aujourd’hui, avoir repris son cours. Nous replonger aussi tôt dans cette période n’est donc pas chose aisée pour la plupart d’entre nous, qui pourrons voir dans le titre de Florent Lacaze un produit se mettant au goût du jour, comme l’avaient fait plusieurs séries médicales – tel que Grey’s Anatomy, qui proposait deux épisodes spéciaux sur le sujet. Voire une œuvre opportuniste, voulant à tout prix surfer sur la thématique, au point d’en être malaisante, aussi bien dans son propos que sur sa raison d’être. N’est-ce pas, Michael Bay et votre infâme Songbird ? Mais rassurez-vous, Aux masques citoyennes n’est en aucun cas ce rendez-vous douteux que certains d’entre vous pourraient appréhender.

Bien évidemment, le titre ravivera des souvenirs, la Covid faisant tout de même partie intégrante du titre, à commencer par le contexte, à savoir le premier confinement que la France a connu entre mars et mai 2020. Une période durant laquelle il était strictement limité de sortir de chez soi, au risque de se faire réprimander par les forces de l’Ordre. Que ce soit pour faire les courses ou même aller travailler. Une période qui a vu bon nombre d’entreprises ralentir, voire arrêter, leurs activités, dû aux nombreux salariés coincés chez eux. Et il s’agit surtout d’une période qui a vu l’émergence du port du masque, sans que celui-ci soit accessible auprès de la population suite à une importante pénurie. Cela, Aux masques citoyennes le rappelle bien évidemment par son introduction mais surtout par ses nombreux témoignages, faisant état de leurs vécus respectifs en ces temps tragiques. Cependant, il faut bien comprendre que la Covid n’est clairement pas le sujet principal du documentaire, bien au contraire ! Ici, le but de Florent Lacaze n’est pas de nous raviver ce souvenir, mais plutôt de nous raconter une toute autre histoire !

Plus précisément celle de Libero Mazzone, un entrepreneur du Bassin d’Arcachon ayant pris le pari de faire fabriquer des milliers de masques. Et ce en engageant diverses personnes, notamment pas loin de 473 couturières, dans le but de faire marcher une « petite affaire ». De permettre à des personnes d’avoir un travail en ces temps difficiles. Et surtout, de réunir toute une équipe qui, à son niveau, aura contribué à ce que le déconfinement soit possible. Bien plus que de suivre une usine éphémère, Aux masques citoyennes s’engage à nous dresser le portrait de ce patron d’entreprise, manager et showman à part entière, véritable personnage cinématographique que le film décide de montrer dans ses bons jours et sans jamais l’idéaliser. En effet, évitant le côté propagande dans lequel il aurait pu s’engouffrer, le documentaire ne cache nullement le comportement parfois douteux du bonhomme – ses moments exécrables voire tyranniques avec ses employés, sa façon de leur parler, et même son attitude envers les femmes. Et par ce portrait, le documentaire s’attarde également sur les nombreuses couturières qui ont participé à cette grande action. De par leurs témoignages, elles offrent aux spectateurs des anecdotes et des moments cocasses. Tout en faisant part de leur implication et de leur vécu au sein de cette aventure, sans tabou ni langue de bois. D’ailleurs, le rédacteur de cet article adresse une pensée toute particulière à cette couturière, vivant autrefois dans sa voiture et qui retrouve, grâce à Libero et son projet, une seconde vie. C’est donc ainsi qu’Aux masques citoyennes : une épopée humaine avant toute chose !

Et même si nous pourrions accuser un ventre mou, durant laquelle le documentaire peine à renouveler son propos – la narration semble faire du surplace en seconde partie –, nous ne pouvons que remercier Florent Lacaze et son équipe. Et ce en jouant la carte du naturel et de la simplicité. En effet, à aucun moment Aux masques citoyennes ne se veut pompeux et prétentieux dans sa manière de filmer et recueillir les différents témoignages. Tout ici est réalisé humblement, sans que nous ressentions la moindre mise en scène qui aurait nui à la crédibilité des intervenants. Comme filmer les couturières directement sur leur lieu de travail – allant jusqu’à prendre à partie un magasinier à l’arrière de l’entrepôt, plutôt que de l’interroger dans une pièce aménagée, avec jeux de lumière et photographie millimétrés. Et par cette simplicité, Florent Lacaze apporte à son documentaire une légèreté bienvenue, se traduisant par un montage aussi bien ludique que bon enfant. Avec pour exemple la scène dite « des pieds ». Ou encore cette séquence qui reprend le rythme guerrier des machines à coudre, en ajoutant des effets sonores issus d’un champ de bataille – il ne manquait plus que le fameux thème de la chevauchée des Walkyries et la référence à Apocalypse Now aurait été inévitable !

En conclusion, il est compréhensible que beaucoup d’entre vous aient des a priori sur Aux masques citoyennes. Mais par cette appréhension, vous passerez à côté d’un long-métrage ô combien modeste et qui ne prétend rien d’autre que d’offrir un peu d’humanité. Vous sortirez de la séance le cœur léger, toujours accompagnés par ses nombreuses femmes qui, par leurs actions et témoignages, incitent à faire de même. À savoir apporter une contribution même anodine, afin de participer à une aventure qui va bien au-delà de son quotidien. Et rien que pour cela, nous ne pouvons que les remercier grandement ! Sans oublier que, même si l’aventure semble aujourd’hui terminée, elles poursuivent encore aujourd’hui le combat afin de transmettre ce message. Tout comme Bernadette, qui accompagnait le réalisateur lors des avant-premières, pour présenter sa propre expérience auprès du public. Une rencontre que le rédacteur de ces lignes a pu vivre, soulignant une fois de plus les maîtres mots de l’œuvre et donc de cette équipe : humble et humaine.

Aux masques citoyennes – Fiche technique

Aux masques citoyennes – Fiche technique

Réalisation : Florent Lacaze
Photographie : Pierre Berthier
Montage : Guillaume Niquet
Musique : Sophie Hunger
Producteurs : Céline Farmachi et Florent Lacaze
Maison de Production : Daisy Day Films
Distribution (France) : Daisy Day Films
Durée : 95 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie :  31 mai 2023
France – 2022

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3

Mon père et moi : Voir De Niro se fourvoyer pour payer ses impôts…

Non ce n’est malheureusement pas une blague. Le grand Robert de Niro persévère dans sa dernière partie de carrière à officier dans les comédies douteuses de seconde zone, comme cette pitrerie datée et ce n’est pas joli à voir tant c’est raté, rarement drôle et à la limite du gênant.

Depuis Mafia Blues il y a vingt-cinq ans et surtout Mon beau-père et moi, tous deux excellents, le comédien tourne dans des films prestigieux pour ensuite se vautrer régulièrement dans des comédies interchangeables beaucoup moins pertinentes dont l’humour lourd et l’aspect daté nous font nous interroger sur la pertinence de ses choix. Une ou deux tâches du genre dans une filmographie cela passe mais là on peut dire que ça commence à faire beaucoup. Et ce Mon père et moi n’est ni pire ni meilleur que les autres : il est juste mauvais, raté, périmé et à oublier.

A noter quand même que, grâce à la folle inventivité (rires) des distributeurs, la traduction des titres français et leur côté purement mercantile vaut son pesant de cacahuètes. On a eu droit à Mon beau-père et moi donc puis Mon beau-père, mes parents et moi et Mon beau-père et nous, ses suites de moins en moins engageantes. Viennent ensuite les navets Mon grand-père et moi et ce Mon père et moi auxquels on peut rajouter l’immonde Dirty Papy. Quelle originalité ! Comme après le succès de Sexe intentions en 1999 (traduction opportuniste de Cruel Intentions), on ne comptait plus les films avec le mot « sexe » dans le titre, le succès de la première incursion de De Niro dans ce type de comédies potaches tendance familiale a donc fait des émules et le comédien en est le principal représentant.

Passons sur ces considérations marketing pour dire qu’il n’y justement pas grand-chose à dire de ce nouvel ersatz qui sera aussi vite oublié qu’il a été vu. C’est paresseux au possible, ce côté choc des cultures et des classes sociales en mode comique a déjà été vu et revu dans des dizaines d’autres films. Mais en bien mieux ! Les situations comiques le sont rarement, la faute à un tempo humoristique proche du néant et les acteurs sont tous en total excès de jeu. On a l’impression de regarder un film tourné il y a vingt ans tant humour et quiproquos sont dépassés.

Notons également que la mise en scène de l’inconnue Laura Terruso est totalement absente. Il n’y a aucun effort, ne serait-ce que celui d’offrir l’embryon d’au moins un plan un peu recherché ou tentant de sortir du purement illustratif. Les plans fixes et les champs contrechamps s’enchaînent mécaniquement et sans aucune espèce d’envie de cinéma. On se croirait devant un vieil épisode de sitcom télé des années 90.

Le comble c’est donc que Mon père et moi se positionne comme une comédie mais qu’il n’est jamais drôle. Si on rit une fois et sourit trois fois c’est beau. On voit venir les gags à des kilomètres, les dialogues sont pour la plupart vides et sans intérêt et l’humour est parfois tellement lourd et dépassé (le gag du paon, celui de la partie de tennis, …) que cela en devient gênant. On hésite entre ennui poli et l’agacement de voir que l’on peut encore produire une telle chose de nos jours. C’est l’exemple même de la mauvaise comédie américaine lambda qui prend le public pour des idiots et comme acquis.

Il n’y a qu’à voir l’écriture des personnages. Hormis un prologue plutôt sympathique retraçant les origines italiennes du protagoniste principal avec un humour bien senti (peut-être le meilleur moment du film !), la manière dont sont caractérisés tous les personnages est affolante de bêtise et de je-m’en-foutisme. Des clichés sur pattes réduits à deux ou trois traits de caractère dessinés à très gros traits. Et comme ils sont mal dirigés ils jouent tous mal ou en font des tonnes, appuyant de manière tout aussi gênante sur ces quelques grossières indications d’un scénario qui ne devait pas être bien épais. Il n’y a qu’à voir les beaux-frères, ridicules à tous niveaux, pour se rendre compte de la pauvreté des rôles.

La bonne nouvelle est que Mon père et moi a le mérite (la présence d’esprit ?) d’être court. Au contraire de pas mal de comédies américaines qui se ratent en abusant sur la durée et les longueurs. Le supplice ou l’ennui en sont donc réduits à leur strict minimum même si on a hâte qu’elle se termine, atterré par la bêtise ambiante de cette mauvaise plaisanterie. Quant à l’acteur principal, issu du stand-up et voulant faire un hommage aux immigrants italiens, il aurait dû rester sur scène et laisser le septième art de côté. Car ici on est vraiment dans du cinéma bas de gamme qu’on croirait tout droit ressuscité du siècle précédent.

Bande-annonce : Mon père et moi

Fiche technique : Mon père et moi

Titre original : About My Father
Réalisatrice : Laura Terruso.
Casting : Sebastian Maniscalco, Robert De Niro, Kim Catrall
Scénaristes : Sebastian Maniscalco et Austin Earl.
Production : Lionsgate.
Distribution France : Metropolitan Filmexport.
En salle le 31 mai 2023 / 1h 36min / Comédie

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1.5

Xavier Dolan : ralentissons avant que les émotions ne prennent le dessus

Xavier Dolan est un cinéaste rempli de manies, de manières et au cinéma plein d’exercices de style poétiques. Le ralenti en est l’emblème qu’il sublime car il en fait un outil au service de l’émotion, qu’elle soit soulignée ou qu’elle attende d’exploser. Petite analyse à travers quelques films du réalisateur québécois.

Des images et des émotions démultipliées

Le ralenti serait en quelque sorte le premier effet spécial de l’histoire du cinéma, né par hasard en 1894 alors que deux employés de Thomas Edison cherchent à résoudre un problème de luminosité sur un film. L’idée est qu’ils prennent plus d’images par seconde que nécessaire pour la diffusion, l’image est donc véritablement ralentie (et on fait l’inverse pour accélérer!). En bref, le ralenti d’abord inventé pour un problème technique, puis utilisé pour réduire certains coûts, deviendra vite un procédé poétique. Pensons aux images des sportifs dans L’Homme à la caméra (Dziga Vertov, 1928), ou encore à l’accident pourtant si brutal des Choses de la vie vu depuis l’intérieur de l’habitacle, au ralenti, alors que vu de l’extérieur c’est une vie qui bascule en une fraction de seconde. Le ralenti peut aussi devenir une véritable figure de style cinématographique, comme une marque de fabrique, deux cinéastes s’invitent dans nos pensées en disant cela : Wong Kar Wai et Xavier Dolan. Dans cette analyse, il s’agit de Xavier Dolan qui s’exprimait d’ailleurs en 2010 (dans une interview au Courrier International) à propos de ses influences, du moins de ses goûts de cinéma, « Wong Kar Wai filme les femmes au ralenti. Ça marche à la perfection. Mais, quand j’ai vu In The Mood For Love, j’ai aimé parce que j’aime les plans au ralenti et les courbes des femmes et j’aime quand les femmes sont bien vêtues ». Une transition parfaite vers son cinéma, notamment Les amours imaginaires dans lequel on peut entendre une musique intitulée In the mood for love que Dolan assume comme un hommage.

De l’artifice

Xavier Dolan offre une grande place au montage dans son œuvre : répétitions, flous, ralentis, musiques populaires venant changer la lecture d’une scène familiale. Il donne à travers ses films une relecture esthétisante du réel, parfois qualifiée de « clipesque » (il a d’ailleurs réalisé un clip pour le groupe Indochine). Le cinéma de Dolan (et même sa série!) raconte l’histoire d’un personnage ou de personnages « uniques » qui s’opposent au monde (même s’il s’est essayé à la mise en scène du groupe dans Matthias et Maxime, la dernière scène vient de nouveau suggérer cette idée). Son cinéma parle plus généralement de corps qui résistent au monde. Dans cette écriture le ralenti a (au moins) deux fonctions (au-delà de la beauté visuelle aimée et voulue par le réalisateur) : intensifier la charge émotionnelle (on s’attarde sur la scène en question, sur ce qui s’y joue) ou pour être en contrepoint au rythme effréné de ses films souvent bavards, parfois bruyants, sans relâche. La musique, autre motif de son esthétique, vient accompagner ces ralentis. On peut ainsi penser à la scène où Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chorki) se préparent pour leur premier rendez-vous avec Nicolas (Niels Schneider) au son de Bang Bang (version Dalida). Ici, le ralenti vient souligner l’enjeu pour chacun des deux personnages de ce rendez-vous, ils s’apprêtent tous deux bien trop pour un premier rendez-vous. Le ralenti sert donc à décupler l’émotion d’un personnage, quand la déception submerge Marie, elle allume sa cigarette, le regard tourné vers son amour impossible. Tout le ralenti vient insister sur ce qu’elle ressent, sur ce qui bouillonne à l’intérieur d’elle. Il lui a fallu pourtant une seconde pour paraître tout gâcher, en débarquant et en déclarant « méchante ambiance » sans réfléchir (scène qu’elle revivra d’ailleurs face à un miroir, comme pour en souligner l’importance malgré sa fugacité).

Un seul évènement vous hante et tout est démultiplié

Chez Dolan, on l’a vu notamment dans La Nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé (2022), un événement peut compter plus que tout, hanter toute la mise en scène, d’où le recours au ralenti pour en souligner la force, la vivacité. Paradoxalement en arrêtant le temps, Dolan accélère l’impact émotionnelle de la scène. Les personnages sont habités par le moment et le spectateur doit l’être aussi, malgré le flou qui entoure la réalité de ce qui s’est passé. Ce qui compte aussi c’est l’obsession, le motif quasi poétique que devient le ralenti associé au ressassement (et donc à la répétition d’une même sous des angles parfois différents). Ainsi, le ralenti est aussi chez Dolan le signe qu’une décision importante va être prise, comme quand Tom s’apprête à rentrer dans la maison de son amant dans le prologue de Tom à la ferme. On voit aussi souvent des personnages de dos, déterminés, qui avancent, qui vont vers leur but et qui sont montrés au ralenti. Procédé notamment utilisé dans Les amours imaginaires, mais aussi dans Laurence anyways.

Xavier Dolan, à travers sa caméra, porte une attention aux détails, à ce qui va finir par exploser. Sa mise en scène raconte les drames avant même qu’ils ne se produisent. Dans Mommy, avant la scène finale elle-même filmée au ralenti, une autre scène de ralenti et de flou vient souligner ce qui aurait dû être (entre la mère et son fils) et qui n’existe que dans un fantasme de cinéma. Une scène de pique-nique imaginaire qui pourtant est montrée mais par l’exercice de style qui la constitue, elle se pose comme irréelle et pourtant si nécessaire à la vie de Steeve. Ces figures ou exercices de style, nombreuses dans le cinéma de Dolan, participent également de la fascination pour les autres qui est portée par le regard, regard du cinéaste lui-même acteur de plusieurs de ses films, regard porté sur lui dans des films aux accents autobiographiques. Dans Les amours imaginaires, Nicolas est le personnage fantasmé.

Amours impossibles

Xavier Dolan explique qu’il aurait pu arrêter son film au ralenti sous le parapluie quand Marie et Francis sont réunis (là encore filmés de dos) mais il dit : « Ce n’est pas ce que je voulais démontrer. Je ne voulais pas m’en tenir à ça, parce que le but du film, c’est de démontrer qu’il existe un cercle vicieux, une boucle infernale ». C‘est pourquoi, après avoir compris que Nicolas se jouait d’eux, les deux protagonistes jettent pourtant leur dévolu sur un nouveau corps filmé au ralenti, Niels Schneider étant remplacé par Louis Garrel sur la piste de danse. Le fantasme passe autant par les couleurs, les textures que par ce ralenti qui redonne sa force aux corps, à ce qu’il exerce comme pouvoir d’attraction sur celui qui observe. Même pouvoir d’attraction observé dans Tom à la ferme lors d’une scène de danse improvisée. Le ralenti participe aussi du corps à corps, de l’étreinte brisé car en déréalisant celui qui est observé, il rend l’amour impossible.

Enfin, chez Dolan, on l’a dit, les émotions fusent, les mots aussi, le silence n’est (presque) qu’une illusion. Pourtant, le réalisateur sait ménager ses effets, à l’aide de la musique notamment dans Mommy, mais aussi encore et toujours du ralenti. La scène emblématique de cet arrêt sur image, de cette pause dans l’émotion, avant la tempête, est celle où Laurence et sa compagne Fred marchent tous deux, sourire aux lèvres, alors que du linge tombe comme une pluie fine autour d’eux. Ils sont ensemble, ils marchent et se battent ensemble, à ce moment-là encore leur amour semble du domaine du possible. Xavier Dolan sait donc offrir à son cinéma des fulgurances, des instants de grâces qu’il fait durer grâce aux ralentis.

Pour en découvrir quelques-uns rassemblés en une vidéo

Banel & Adama, une sage lenteur

La sagacité de Banel & Adama, conte peul en compétition officielle au Festival de Cannes 2023, reflète assurément la carrière de sa réalisatrice, Ramata-Toulaye Sy. Son premier long métrage, qui incarne sa vision du cinéma de genre Africain, a nécessité sept ans de travail. Hautement étudié, Banel & Adama aborde avec subtilité, sans contemplation excessive, l’opposition entre la liberté et la tradition. Surtout, le film aspire avant tout à un respect méthodique, considérant l’islam, les superstitions peules et la passion amoureuse. Sa seule limite résidant dans cette volonté d’accomplir un sans-faute.

Reprise de la sélection officielle cannoise.

Synopsis : Banel et Adama s’aiment. Ils vivent dans un petit village éloigné au Nord du Sénégal et du monde, ils ne connaissent que ça. Mais l’amour parfait qui les unit va être mis à rude épreuve par les conventions de la communauté. Car là où ils vivent, il n’y a pas de place pour les passions, et encore moins pour le chaos.

La beauté du premier film

D’entrée de jeu, Banel & Adama frappe par sa mise en scène et le soin apporté au cinéma comme langage. Au cœur de l’ère de la performance technique, où le mouvement est bien souvent superflu, la cinéaste s’attarde sur la caméra immobile aidée par la photographie sublime d’Amine Berrada. Ramata-Toulaye Sy tend à un cinéma esthétique et ésotérique où la singularité réside dans sa réutilisation subtile des mythes et des grandes tragédies antiques. Avant tout, Banel & Adama demeure une fable spectaculaire matérialisant et donnant vie à une imagerie sans pareille, celle des Peuls.

L’illustration du drame sentimental

Banel & Adama est aussi une romance tragique et le voyage émotionnel de sa protagoniste. C’est à cet endroit que se dessine l’excès de sagesse où le récit se voit enraillé par les nombreuses ambitions visuelles et thématiques. Avide de nuances, l’idylle se retrouve presque à distance du spectateur malgré une tension bien présente. Crève-cœur tant les acteurs non-professionnels apportent une singularité rare et fascinante. De plus, l’évocation shakespearienne peine à se révéler, ne restant qu’une toile de fond s’ajoutant aux nombreuses déjà présentes. En réalité, à trop vouloir illustrer et exposer la pluralité et la complexité des traditions, la réalisatrice dénoue ce couple avec une énième allégorie pondérée.

À la clôture, Banel & Adama se révèle être l’un des plus beaux films de la sélection officielle.

Bande Annonce – Banel & Adama

Fiche Technique : Banel & Adama

Réalisation : Ramata-Toulaye Sy
Avec Mamadou Diallo, Khady Mane & Binta Racine Sy
Musique originale : Bachar Khalifé
Distribution française : Tandem Films
Sortie prochaine en 2023
France – Sénégal – Mali – 2023 – 100 mns

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3.5

Mektoub : sous le masque d’un film de gangsters…

Jusqu’à présent réalisateur de clips et de courts-métrages remarqués, Michael Marciano passe au moyen-métrage avec Mektoub, une histoire de gangsters qui recèle, plus qu’une intrigue policière, un plaidoyer féministe. Un positionnement sensible et élégant, qui permet de pardonner au film ses quelques maladresses.

On pourrait se croire face à un film de gangsters… Aux abords d’une station service faiblement éclairée, stationne une longue voiture américaine, dans laquelle trois petites frappes attendent le moment opportun pour commettre leur larcin. Mais quelque chose met en alerte : la conversation qui se tient dans la voiture, avant l’attaque, roule sur les femmes… Et le point de vue de l’un des agresseurs, Joseph (Idrissa Diabaté), est si sommairement machiste et misogyne qu’il provoque la riposte des deux autres, nettement plus… philogyne ? gynophile ? Un mot à créer ! Les lacunes d’une langue en disent décidément long ! L’inverse (androphile ? philandre ?) n’existant pas davantage… Aimer l’autre sexe est-il si peu prévu ?!

Toujours est-il que Michael Marciano, né le 28 mars 1980 à Toulouse et jusqu’alors plutôt réalisateur de clips et de courts-métrages d’ailleurs remarqués, épouse clairement, quant à lui, la cause des femmes, en offrant, dans son premier moyen-métrage, une galerie de femmes hétérosexuelles et subissant le mépris ou les mauvais traitements des hommes : Mathilde (Laurie Caruso), victime d’une agression sexuelle, Esma (Mama Bouras), prostituée au grand cœur et aux beaux talents de danseuse, qui peinera à faire reconnaître et admettre l’amour qu’elle éveille chez l’un de ses fidèles clients, une petite copine « banalement » maltraitée, une mère à qui l’on ment et qu’on ne voit qu’à la sauvette, une petite sœur qu’on néglige, bien qu’on l’adore…

Presque exclusivement nocturne, la réalisation tient en haleine, car les personnages sont attachants, éminemment humains, bien que par moments interprétés avec une certaine maladresse. Le montage, aussi, souffre sans doute d’un léger problème de rythme, ou de souplesse dans les enchaînements. Mais l’image d’Hervé Cohen et Maurizio Tiella sait nous installer dans ce climat nocturne et nous happer dans le sillage du principal personnage masculin, Ismail, campé par Sabry Jarod, un acteur auquel Michael Marciano revient régulièrement, comme à plusieurs autres de ses interprètes, en une fidélité qui l’honore. Cette figure de héros du quotidien, évoluant dans le milieu de la petite délinquance marseillaise, et qui paiera cher son adhésion à la cause des femmes, n’est pas sans évoquer, la flamboyance en moins, le héros de Shéhérazade (2018), de Jean-Bernard Marlin, qui se retrouvait pareillement confronté à cette question d’un amour, vécu comme inavouable, pour une prostituée. Mais la cause des femmes est-elle audible, dans un monde d’hommes ?

De la part de Michael Marciano, l’approche est sympathique, courageuse – en ces temps où la question des femmes et des traitements que les hommes leur réservent est loin d’être réglée – et donne envie de le suivre avec la même bienveillance que celle avec laquelle il accompagne sa petite troupe d’acteurs.

Bande-annonce : Mektoub

Synopsis du film Mektoub : Ismail, Mathilde, Asma et Joseph se retrouvent liés par le destin suite à un braquage dans une vieille station-service. Ce soir-là, Joseph va commettre l’irréparable, qui se répercutera sur la vie de chacun.

Mektoub un moyen métrage de Michael Marciano
Avec Idrissa Diabaté, Sabry Jarod, Mama Bouras…

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3

L’Amour et les Forêts, un film édifiant de Valérie Donzelli sur l’horreur de l’emprise et de la violence conjugale

L’Amour et les Forêts de Valérie Donzelli est une démonstration impeccable de l’horreur de l’emprise masculine et de la violence conjugale. Impeccable, mais un peu trop linéaire et didactique.

Synopsis de l’Amour et les Forêts :  Quand Blanche croise le chemin de Grégoire, elle pense rencontrer celui qu’elle cherche. Les liens qui les unissent se tissent rapidement et leur histoire se construit dans l’emportement. Le couple déménage, Blanche s’éloigne de sa famille, de sa sœur jumelle, s’ouvre à une nouvelle vie. Mais fil après fil, elle se retrouve sous l’emprise d’un homme possessif et dangereux.

L’Enfer

Un peu à la manière de Justine Triet, la fraîche lauréate de la Palme d’Or à Cannes, Valérie Donzelli trace un sillon discret mais certain dans le cinéma français. Des sujets intimistes, quand ils ne sont pas intimes ; mais surtout, la cinéaste sait mettre une touche de poésie à un endroit ou à un autre dans ses films. Certaines fois, le geste est malheureux, comme dans le récent Notre-Dame, trop pétri de digressions pour vraiment tenir la distance, mais dans l’ensemble cette poésie caractérise joliment le travail de la cinéaste.

L’Amour et les Forêts, une adaptation du roman éponyme de Eric Reinhardt, n’est pas différent. Le film, assez programmatique il faut l’avouer, est sombre par définition. On est dans l’histoire d’une terrible emprise qu’on voit gonfler sous nos yeux.  Et pourtant, une vraie trouée poétique surgit au milieu de ce chaos, au creux d’une forêt, parmi celles du titre du métrage : Blanche, la protagoniste interprétée par Virginie Efira, descend dans les affres de la violence conjugale, mais parvient à  s’offrir une aventure quasi-féérique dans un lieu et avec un homme idylliques (douceur ineffable de Bertrand Belin) : sans doute une réminiscence de ses débuts avec Grégoire (Melvil Poupaud), ….

Un film programmatique en effet, que l’Amour et les Forêts. C’est ce qu’on pourrait lui reprocher, malgré une interprétation impeccable de la part des acteurs, une Virginie Efira désormais en pilotage automatique mais maîtrisé, tant les rôles pleuvent sur elle, et un Melvil Poupaud qui rajoute brillamment le rôle du salaud pervers narcissique à son arc ; des décors léchés, et un rythme somme toute soutenu. L’histoire est déroulée d’une manière très linéaire, et la trajectoire du point A au point B est tracée au feutre indélébile. On découvre Blanche et Grégoire au début de leur histoire commune. Une belle histoire romantique et sensuelle, soulignée de néons rouges lors des scènes intimes, pour dire leur passion. On pense évidemment à Clouzot et aux effets de lumière de son Enfer inachevé. On ne sait rien de ce qu’ils étaient, mais les choses s’emballent très vite, peut-être un peu trop vite. Grégoire est muté à Metz, Blanche doit quitter sa famille, sa jumelle adorée, sa Normandie, et l’inéluctable point déjà ; Blanche est coupée du monde et se retrouve dans une maison grande, belle, mais totalement ouverte, sans aucun recoin pour échapper à Grégoire.

La tension aurait pu aller crescendo, mais la balise précède toujours la scène d’un cran, et annule tout effet de découverte. L’intention très louable de la cinéaste semble en effet de faire une démonstration implacable de l’emprise de Grégoire  sur Blanche, et plus globalement de mettre en lumière les violences conjugales et leur mécanisme (les questions faussement candides posées à Blanche par l’avocate qu’elle consulte semblent davantage être là pour l’édification du spectateur). Mais en suivant ce chemin ultra-balisé, la réalisatrice ne laisse jamais de la place à la surprise ni à l’imprévu. La scène dans les bois, déjà citée, sera le seul véritable pas de côté, et pour le coup, porte la fameuse signature poétique de Valérie Donzelli.

L’Amour et les Forêts n’est pas un film raté ;  annoncé notamment comme un thriller, il fait le job. Même si on devine les scènes, on ne manque pas de sursauter, on a peur de Grégoire, on a peur pour Blanche, on est impatient de connaître la conclusion de l’histoire. Ce n’est pas si mal, même si on attendait peut-être autre chose de la réalisatrice de La Guerre est déclarée, un film autrement plus intense…

L’Amour et les Forêts – Bande annonce

L’Amour et les Forêts – Fiche technique

Réalisatrice : Valérie Donzelli
Scénario : Valérie Donzelli  & Audrey Diwan, adapté du roman éponyme de Eric Reinhardt
Interprétation : Virginie Efira (Blanche Renard / Rose Renard), Melvil Poupaud (Grégoire Lamoureux), Dominique Reymond (L’avocate), Romane Bohringer (Delphineà), Virginie Ledoyen (Candice), Marie Rivière (La mère), Nathalie Richard (La gynécologue), Guang Huo  (Tony), Laurence Côte (Catherine, l’infirmière scolaire),Bertrand Belin (David)
Photographie : Laurent Tangy
Montage : Pauline Gaillard
Musique : Gabriel Yared
Producteurs : Alice Girard, Edouard Weil
Maisons de Production : Rectangle Productions, France 2 Cinéma, co-production : Les Films de Françoise
Distribution (France) : Diaphana Films
Durée : 105 min.
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 24 Mai 2023
France – 2022

Note des lecteurs3 Notes
3.5

Top 4 des meilleurs films ayant inspiré des jeux

Le monde du cinéma a certainement influencé plusieurs autres domaines, dont celui des jeux. En tant que tel, il n’est pas rare de voir des jeux avec des protagonistes portant le même nom ou inspirés par des films. Au cas où vous ne vous en seriez pas encore rendu compte, voici quatre films à la base de la création de certains jeux. Et ils sont parmi les plus plébiscités!

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 Ocean’s Eleven

Si vous aimez les jeux de casino, sachez que le film Ocean’s Eleven a inspiré de nombreux jeux, dont le Penny slots. Ce film se concentre sur des braquages et vols sophistiqués. On peut y découvrir des jeux de casino tels que les machines à sous électroniques et les tables de poker. Brad Pitt se fera un plaisir de vous apprendre quelques petites astuces. Retrouvez ici différents jeux thématiques  que vous pourriez apprécier. Et si vous restez sur votre faim, n’hésitez pas à regarder Ocean’s twelve et Ocean’s thirteen qui forment la trilogie.

Lara croft tomb raider : le berceau de la vie

Le film Lara croft tomb raider : le berceau de la vie, sorti en août 2003 est un film d’action et d’aventure qui a inspiré de nombreux jeux, dont les machines à sous. Vous avez certainement eu la chance de le voir. On y retrouve Angelina Jolie dans la peau d’une archéologue chevronnée prête à tout pour aller au bout de ses fouilles. Mais, c’est sans compter sur la mauvaise foi du commando chinois qui lui mènera la vie dure. Vous pouvez voir l’adaptation ludique de ce film en jeu sur internet. Le jeu vidéo très célèbre porte le nom : Tomb raider.

Pixels

Sorti en 2015, le film qui a donné son nom au jeu Pixels plonge les téléspectateurs dans l’univers du jeu virtuel. En effet,  fiction met en scène un groupe d’amis passionnés par les jeux d’arcade qui ont réussi à sauver le monde plus d’une fois virtuellement. La découverte de ces archives par des aliens plusieurs années plus tard est interprétée comme une déclaration de guerre. La riposte s’annonce très intéressante avec aux manettes des acteurs comme Adam Sandler et Peter Dinklage. La qualité du film vous donne l’impression d’être déjà dans le jeu vidéo. Tout ce que vous avez à faire est de vous laisser porter.

Les mondes de Ralph

Êtes-vous un fan de films d’animation ? Les mondes de Ralph, sorti en 2012 répond a inspiré la création d’un jeu d’arcade appelé Félix Fix Jr. On y retrouve le personnage principal de Les mondes de Ralph, le méchant sieur Ralph la casse. Sa tendance à casser les bâtisses avec son point en laissant la lourde tâche aux gentils de les reconstruire deviendra vite de l’histoire ancienne. Il formera un groupe de personnages à la moralité douteuse pour découvrir de nouveaux horizons. Amateurs des jeux d’arcade, découvrez Ralph la casse dans toute sa splendeur dans le jeu Félix Fix Jr et en même temps dans le film Les mondes de Ralph.

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