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A la découverte des jeux Provably Fair

De nombreuses personnes qui s’intéressent au phénomène des jeux en ligne se posent la question suivante : qu’est-ce qu’un jeu dont l’équité peut être prouvée ?

La définition la plus simple : Il s’agit de produits dotés d’un système intégré qui permet aux joueurs de vérifier l’équité du processus. En d’autres termes, ils se définissent par leur capacité à fournir des preuves vérifiables que le résultat n’a pas été manipulé ou prédéterminé par l’opérateur. Cette vérification est généralement mise à la disposition des parieurs par l’utilisation d’algorithmes cryptographiques et de données publiques, comme c’est le cas pour les sites légaux et dotés d’une licence agréée tel que https://spin.city/fr. La transparence et l’ouverture du processus de vérification sont ce qui distingue les jeux à équité prouvée des divertissements en ligne traditionnels, garantissant que les joueurs peuvent avoir confiance dans l’équité du titre.

Les jeux Provably Fair et les paris en crypto-monnaies

Le concept de jeux d’équité prouvée s’est transformé avec la prolifération des paris avec les crypto-monnaies. Ces jeux comprennent les machines à sous, les loteries et d’autres jeux en ligne où l’on peut placer des paris et recevoir des récompenses en crypto-monnaies telles que les bitcoins.

Compte tenu de leurs caractéristiques uniques, la compréhension des jeux Provably Fair a gagné une popularité considérable parmi les joueurs en ligne. Pour déterminer si un passe-temps est provably fair, il est généralement possible de trouver des informations sur le système de vérification de l’équité sur le portail lui-même.

Peu après l’apparition des bitcoins, un certain nombre de jeux sont apparus, mettant en avant leur équité comme principal point de distribution. Dans les jeux en ligne traditionnels, le processus se déroule à huis clos et peut potentiellement être manipulé à la discrétion d’opérateurs moins vertueux, bien que ce risque n’existe pas dans les casinos légaux. En revanche, la manipulation d’une blockchain est impossible, car toutes les transactions sont enregistrées sur un grand livre public. Cela signifie que chaque transaction et paiement de prix est transparent et ne peut être contrefait.

Le rôle de la technologie Blockchain

Cependant, tous les événements dans les casinos ou les loteries en ligne ne sont pas transparents par le biais des seules transactions. Par exemple, le processus de tirage des numéros gagnants d’une loterie peut être caché à l’utilisateur. Mais certaines plateformes choisissent de divulguer ces détails et de fournir aux utilisateurs les outils nécessaires pour vérifier l’équité de tous les événements. La vérification de l’équité des jeux en ligne peut être réalisée en combinant la technologie blockchain et l’honnêteté des opérateurs.

Pour établir l’équité, un produit doit avoir une base inhérente d’impartialité. Un exemple représentatif est la technologie blockchain, qui garantit cette impartialité grâce à ses caractéristiques de transparence et d’immutabilité. Ainsi, un casino Bitcoin bien conçu et basé sur la blockchain élimine toute possibilité de tricherie, rendant impossible pour les opérateurs de tromper les joueurs.

Une fois la base de l’équité établie, les propriétaires de jeux doivent prouver à leur public que le titre fonctionne comme promis, ne laissant aucune place à un comportement frauduleux. Cela peut se faire par différents moyens, comme le partage public du code source et la fourniture d’outils de validation pour les casinos et les loteries.

Les jeux provocablement équitables sont-ils populaires ?

La popularité croissante et l’augmentation du nombre de casinos en ligne proposant des jeux dont l’équité est prouvée indiquent une forte demande pour ces produits. Les jeux en ligne comportent intrinsèquement des risques, les probabilités étant généralement défavorables au joueur.

Néanmoins, le désir de déjouer les pronostics pousse les gens à s’adonner à ces divertissements. Mais s’il y a peu de transparence ou des pratiques douteuses, les parieurs se désintéressent. C’est un peu comme si vous gagniez un concours mais que vous ne receviez pas le prix, sans pouvoir prouver la fraude à qui que ce soit : cela génère beaucoup de frustration. Ou imaginez un portail qui escroque ses clients sans jamais payer, en gardant toutes ses actions secrètes : ce sont des scénarios désagréables pour les utilisateurs.

Par conséquent, si les parieurs peuvent éliminer le risque de fraude en passant à une plateforme éprouvée, ils sont susceptibles de le faire.

Comment vérifier si un jeu est équitable ?

Si une plateforme prétend être équitable, elle propose généralement plusieurs méthodes de vérification. Le processus de vérification de l’équité d’un passe-temps peut varier en fonction du titre et de la plateforme. Toutefois, il existe quelques étapes générales à suivre :

  • Recherchez le système d’équité prouvée de la plateforme : un site réputé offrant des titres d’équité prouvée devrait avoir une section dédiée expliquant le fonctionnement du processus de vérification.
  • Comprendre la méthode de vérification : chaque portail peut utiliser une méthode différente pour vérifier l’équité des titres, telle qu’une fonction de hachage cryptographique ou un générateur de nombres aléatoires. Assurez-vous de bien comprendre le processus de vérification avant de jouer.
  • Vérifiez la transparence : les titres dont l’équité est avérée doivent être transparents et permettre aux parieurs de voir la couleur, le hachage et le résultat du jeu. Vérifiez que le casino Bitcoin permet de vérifier l’équité en donnant accès à ces informations.
  • Vérifier les résultats du jeu : une fois que vous avez accès aux informations nécessaires, utilisez un outil indépendant pour vérifier les résultats. Plusieurs outils en ligne peuvent être utilisés pour vérifier si le résultat correspond à la graine et au hachage fournis par la plateforme.

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Les Filles d’Olfa, échange curatif entre réalité et fiction

L’Œil d’Or 2023, ex-aequo avec le documentaire remarqué d’Asmae El Moudir (Kadib Abyad), Les Filles d’Olfa captive en réunissant une famille entière par la puissance du documentaire et de la fiction. Armé d’un dispositif audacieux et jusqu’au-boutiste, la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania nous plonge dans une introspection à vif entre mémoire collective et mémoire familiale. Très juste, Les Filles d’Olfa vibre des voix complices de ses sujets et de ses interprètes, oscillant entre des instants de bravoure et les limites de son mécanisme.

Reprise de la sélection officielle cannoise.

Synopsis : La vie d’Olfa, Tunisienne et mère de 4 filles, oscille entre ombre et lumière. Un jour, ses deux filles aînées disparaissent. Pour combler leur absence, la réalisatrice Kaouther Ben Hania convoque des actrices professionnelles et met en place un dispositif de cinéma hors du commun afin de lever le voile sur l’histoire d’Olfa et ses filles. Un voyage intime fait d’espoir, de rébellion, de violence, de transmission et de sororité qui va questionner le fondement même de nos sociétés.

À travers l’objectif de la guérison

À la clôture de la conférence de presse cannoise, Olfa Hamrouni a exprimé son engagement : « Ce que je demande aujourd’hui, c’est que mes filles soient rapatriées et qu’elles soient jugées équitablement. ».

Auparavant, ce fait divers avait suscité une résonance internationale lors de la révélation publique de l’endoctrinement djihadiste des deux filles aînées d’une mère isolée de quatre enfants. Olfa a ainsi pointé l’inertie manifeste du gouvernement tunisien. À l’heure actuelle, Les Filles d’Olfa demeurent détenues sur le territoire libyen. En investissant pleinement le particularisme du docu-fiction, Kaouther Ben Hania questionne le regard regardant/regardé que manipule le cinéma. Du reste, c’est toute sa filmographie qui interroge cette mécanique dramaturgique en particulier dans La Belle et La Meute en 2017. Les Filles d’Olfa en est la catharsis et convoque un dispositif radical permettant un échange curatif entre les sœurs fictionnelles et véritables, et la mère et son double, interprété par l’icône du cinéma arabe Hend Sabri. De fait, les voix des protagonistes résonnent avec connivence et nous invitent à partager leurs révoltes et leurs espérances.

Mécanisme implacable mais limité

Une longue recherche et une rencontre permanente forment des moments d’introspections thérapeutiques d’une puissance salvatrice. Ces instants se matérialisent souvent par une reconstitution ordinaire ou au détour d’une conversation a priori hors-cadre ou hors contexte. C’est dans ce sentiment spontané que résident la délicatesse et la pertinence du film de Kaouther Ben Hania. Un a priori qui forge une ambiguïté et une humanité sans cesse questionnées et confrontées au réel et à l’extérieur du foyer. Dans une époque faite de fenêtres omniprésentes sur autrui, Les Filles d’Olfa agit comme un reflet à la fois gracieux, récréatif et irrévérencieux. Dans le même instant, de chœur avec la dimension sociopolitique tunisienne, le long métrage frappe modestement par un dispositif qui s’essouffle dans un climax attendu.

Enfin, Les Filles d’Olfa explore la Tunisie et prend son pouls parallèlement au Printemps arabe sur un plan intimiste et confidentiel, une étude assez juste mais évanescente dans la progression du drame familial. Pourtant, la cinéaste a le mérite de questionner la responsabilité qui lui est propre, assumant un geste intransigeant et noble. Un film à ne pas manquer.

Fiche Technique — Les Filles d’Olfa

Réalisation : Kaouther Ben Hania
Scénario : Kaouther Ben Hania
Tunisie – France – Allemagne – 2023 – 1h50
Avec Hend Sabri, Olfa Hamrouni, Eya Chikhaoui, Tayssir Chikhaoui

Distributeur : jour2fête
Sortie le 5 juillet 2023

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3.5

Cannes 2023 : Elemental (Élémentaire) de Peter Sohn

De plus en plus investi dans des œuvres aux messages universels, célébrants à la fois la tolérance et l’inclusion, Pixar a frappé en plein cœur cette année en présentant comme film de clôture Elémentaire.

D’un visuel toujours plus poussé, les films des studios s’engagent à redoubler d’innovation à chacune de leurs œuvres. De cette initiative, le vrai plaisir d’Elementaire réside dans ces coups de crayon à l’ancienne qui apporte une réelle identité à l’animation et à ses personnages.

Un tantinet répétitif dans leurs propositions scénaristiques, il est toutefois difficile d’en vouloir aux créateurs quand des films d’une telle beauté autant sur le fond que sur la forme nous sont offerts. Véritable hymne aux différences, le long-métrage d’animation rappelle fortement une histoire shakespearienne tant de fois représentée au cinéma, à savoir Roméo & Juliette.

Ne dit-on pas que les opposés s’attirent ?

Au-delà des lois de la chimie ou des restrictions parentales, une flamboyante et un aquatique tombent progressivement amoureux au travers d’une histoire touchante sur la parité et l’immigration territoriale et sociale. Un message fort signé Peter Sohn à qui l’on doit également les propos engagés du Voyage d’Arlo ou du Monde de Nemo.

C’est donc un retour en fanfare pour les studios d’animation Pixar, qui a pour mérite d’offrir aux plus petits comme aux grands des œuvres toujours plus belles et toujours plus fortes, avec lesquelles on peut aisément s’identifier, se questionner ou plus important encore : s’évader.

S’il y a bien une chose que l’on peut également soulever, c’est cette volonté d’avoir donné au personnage féminin l’élément du feu et celui de l’eau au personnage masculin. Ainsi, l’homme peut être sensible, doué d’une grande compassion en prônant communication et sentiments et la femme être le protagoniste caractériel mais plein de force, au point d’être trop enfermé dans ses non-dits pour avouer ses propres failles.

Avec ses multiples messages tantôt subliminaux tantôt affirmés, Pixar reste le plus généreux en matière de cinéma d’animation, autant au niveau de l’esthétique que des valeurs à transmettre.

Bravo et merci à Peter Sohn et Pete Docter de donner autant de pouvoirs à des œuvres multi générationnelles qui perdurent dans le temps et les mémoires.

Elemental (Élémentaire) de Peter Sohn est présenté en clôture du Festival de Cannes 2023.

Par Brenda Hsueh, John Hoberg
Avec Adèle Exarchopoulos, Leah Lewis, Vincent Lacoste
21 juin 2023 en salle / 1h 42min / Animation, Comédie, Famille
Distributeur : The Walt Disney Company France

Synopsis : Dans la ville d’Element City, le feu, l’eau, la terre et l’air vivent dans la plus parfaite harmonie. C’est ici que résident Flam, une jeune femme intrépide et vive d’esprit, au caractère bien trempé, et Flack, un garçon sentimental et amusant, plutôt suiveur dans l’âme. L’amitié qu’ils se portent remet en question les croyances de Flam sur le monde dans lequel ils vivent…

« Mental Incal » : incalifiable ?

Les éditions Les Humanoïdes associés publient Mental Incal, de Mark Russell et Yanick Paquette. Préquelle caractérisée par son humour décapant et son exploration d’un Psycho-monde parallèle, l’album parvient à prendre langue, sans heurts, avec l’œuvre vertigineuse de Mœbius et Alejandro Jodorowsky.

C’est avec passion et curiosité que Mark Russell et Yanick Paquette se sont lancés dans une entreprise, délicate, de réappropriation. En reprenant à leur compte l’univers de Jean Giraud et Alejandro Jodorowsky, en inscrivant Mental Incal juste avant les événements de L’Incal noir, ils s’exposent à des comparaisons inévitables et se voient contraints d’approfondir des figures et thématiques préexistantes.

Dans ses propositions graphiques, Yanick Paquette fait ainsi face à des personnages et lieux parfois déjà définis, qu’il ne peut remodeler qu’à la marge, hybridant de ce fait sa propre sensibilité avec celle de Mœbius. Chacun aura son propre avis sur la question, mais les deux bédéistes s’en sortent à notre sens avec les honneurs, sans falsifier le matériau originel et en mettant en scène, sous un jour nouveau, John Difool, les Bergs ou le Méta-Baron.

Mark Russell portraiture le premier comme un détective privé incompétent et pathétique, prenant volontiers ses informations auprès d’un médium et réagissant davantage à l’instinct qu’à la réflexion. Le personnage apparaît (une nouvelle fois) intellectuellement inférieur à Deepo, la mouette à béton qui l’accompagne partout – et se désole couramment de sa nonchalance et de sa stupidité. Le scénariste narre l’histoire des seconds, dont l’extrême bureaucratie et la foi sans borne supposent qu’ils ignorent l’existence d’une planète sous prétexte… qu’elle ne figure pas sur leurs cartes. Leur proto-reine, de son côté, est capable d’enfanter une civilisation entière et de l’annihiler quelques cycles d’accouplement plus tard. Russell fait enfin du dernier cité un père aimant, pétri de regrets et nanti d’une résilience à toute épreuve, lancé dans une double quête parsemée d’obstacles.

Mental Incal aborde un monde parallèle spirituel, le Psycho-monde, régi par un ordre de psycho-nonnes, qu’il oppose à un Vivo-monde bouillonnant et parfois rebutant. C’est par ce truchement que Mark Russell radiographie la spiritualité et ses fondamentalismes, les psycho-nonnes se rendant coupables d’actes violents, sans aucune forme de procès, au nom d’une cause supérieure perçue comme indiscutable. Le Psycho-monde et l’Incal s’influencent tous deux de multiples façons.

C’est sur cette base que Mental Incal organise une traque obstinée et collective, chaque personnage, ou presque, étant impliqué d’une manière ou d’une autre dans la quête de l’Incal, entité-artefact très puissante. Le multivers imaginé par Mark Russell et Yanick Paquette ajoute une couche de lecture supplémentaire à un univers fictif déjà riche et complexe. Mais il ne s’agit pas tant de céder à la mode que d’introduire de nouveaux personnages et enjeux, tout en soignant une mise en planche élaborée en orfèvre, avec notamment des contours de cases différenciés et des couleurs vives flattant l’œil.

Mental Incal offre une préquelle à l’histoire originale de L’Incal. Porteuse d’idées neuves développant l’univers de Jean Giraud et Alejandro Jodorowsky, la bande dessinée se distingue aussi par la qualité remarquable de ses dessins, conçus parfois sous forme d’hommage (comment appréhender autrement les représentations de la Cité-Puits ou cette chute-suicide passée à la postérité, observée à travers un point de vue inédit ?). Visuellement, Yanick Paquette pourrait d’ailleurs se réclamer d’un Kevin O’Neill, pour ses lignes inventives et dynamiques. Il s’éloigne en revanche davantage du style d’un Juan Gimenez, illustrateur à qui l’on doit La Caste des Méta-Barons.

L’humour, pas toujours des plus raffinés, tapisse l’album de part en part. On pourrait citer les exemples à l’envi, de cette bureaucratie berg absolument kafkaïenne à ce John Difool insouciant, perçant sa combinaison spatiale en cherchant à s’extirper d’un passage étroit les poches débordant de trésors. Parfois même satirique, notamment dans son approche des croyances religieuses et philosophiques, toujours inventif, Mental Incal s’abouche en tout cas parfaitement avec l’œuvre de Jean Giraud et Alejandro Jodorowsky, qu’il complète, précède et prolonge dans un même élan inspiré.

Mental Incal, Mark Russell et Yanick Paquette
Les Humanoïdes associés, mai 2023, 110 pages

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4

« Sociologie de l’avortement » : un geste chargé d’histoire(s)

La collection « Repères » des éditions La Découverte s’agrandit avec l’indispensable Sociologie de l’avortement, de Marie Mathieu et Laurine Thizy.

En prenant le pouls de la société française actuelle, on observe que l’avortement reste un sujet vivement débattu, malgré des décennies de progrès législatifs et socioculturels. Les représentations autour de l’IVG constituent un miroir social profond et elles rendent nécessaire une entreprise de déconstruction telle que celle menée par Marie Mathieu et Laurine Thizy.

Au cours du XXe siècle, la France a considérablement évolué en matière d’avortement, marquée par deux lois emblématiques. La loi de 1975 portée par Simone Veil, alors Ministre de la santé, a légalisé l’interruption volontaire de grossesse (IVG), une étape cruciale qui a fait suite à des années de lutte et de désobéissance civile menées par des groupes féministes tels que le Mouvement de libération des femmes (MLF). En 2001, la loi Aubry en a consolidé les fondements et a prolongé le délai légal à douze semaines.

Cependant, comme le démontre amplement cet opuscule, les lois ne suffisent pas à éliminer les obstacles qui rendent l’accès à l’IVG difficile pour de nombreuses femmes. La précarité économique, l’inégalité d’accès aux soins médicaux, particulièrement en zones rurales, et la fermeture de centres d’IVG sont autant de freins matériels qui pèsent sur le droit à l’avortement. En sus, ce dernier n’est pas seulement une question de droits légaux, mais aussi de normes et valeurs culturelles. Ainsi, de nombreux stigmates et préjugés continuent de prospérer. Des discours discriminants, voire culpabilisants, persistent, passant par exemple par une humanisation fœtale. Ce contexte multidimensionnel fait peser un poids psychologique sur les femmes qui ont recours à l’avortement.

Les auteures notent que les femmes portent une charge disproportionnée en matière de contraception et d’avortement, comparativement aux hommes. Les normes de genre assignent aux femmes la responsabilité de la gestion de la fécondité. Cette disparité est le reflet d’un système patriarcal qui contrôle le corps des femmes, y compris dans leur capacité à choisir d’interrompre ou non une grossesse.

Sociologie de l’avortement nous permet de mieux comprendre les multiples facettes de cette question et ses enjeux. Il offre un regard analytique et critique sur les dimensions légales, matérielles et culturelles de l’avortement.

Perspectives historiques

Longtemps, l’État a endossé un rôle répressif face à l’IVG, dans un contexte de dénatalité. La Belle Époque, période marquée par un déficit des naissances qui inquiétait les natalistes, mais aussi l’entre-deux-guerres, au cours duquel le pouvoir cherchait à encourager la procréation, en ont été symptomatiques. Cette tendance s’est poursuivie sous le régime de Vichy et après la Libération, où l’avortement fut traqué au nom de la patrie.

Du « birth control » à la loi Neuwirth, qui a permis de planifier les naissances pour éviter l’avortement, du rôle du Mouvement français pour le planning familial à la loi Veil, Marie Mathieu et Laurine Thizy passent en revue le contexte politique et législatif du XXe siècle. Elles reviennent longuement sur le tournant des années 1970 mettant en question le tabou de l’avortement. Le Mouvement de libération des femmes et le Manifeste des 343 ont joué un rôle central dans cette évolution féministe, familiale, sociale et médicale.

Dans les faits et dans les chiffres

Les auteures se penchent sur les moyens de contraception adoptés par les Français : le préservatif est surtout l’apanage des couples nouvellement formés, puis la pilule, bien qu’en baisse relative, prend le relai (ou, dans une moindre mesure et plus tardivement, le stérilet). Les échecs contraceptifs expliquent pour leur part un certain nombre d’IVG.

Le nombre annuel d’IVG ne doit pas se résumer à une banale focalisation sur les chiffres. On passerait à côté de l’essentiel : des transformations sociales profondes du rapport des femmes à la maternité et à la contraception sont en cours, et les modèles de maternité subie muent en modèles de maternité choisie. Malgré cela, les stigmatisations, directes ou implicites, demeurent bien réelles. Marie Mathieu et Laurine Thizy les énoncent par le menu et expliquent en quoi les pratiques sexuelles, contraceptives et parentales produisent une responsabilité, voire une culpabilité, des femmes face à l’avortement. Certaines attaques venues de la frange la plus conservatrice de la société française affectent le débat et les représentations, polarisant les enjeux et radicalisant les positions.

Relevant d’un continuum plus que d’une dichotomie, l’avortement et la contraception nourrissent abondamment la réflexion des auteures. Ces dernières introduisent le concept de travail procréatif pour englober toutes les tâches, coûteuses en temps, en énergie et en argent, nécessaires à la (non-)procréation de nouveaux êtres humains. Elles mettent ainsi en évidence la division sexuée de ces tâches et examinent les asymétries de genre sous-jacentes (y compris, d’ailleurs, dans le monde des soignants). Elles expriment une naturalisation de la fonction procréative de la femme, une forme de négation de sa sexualité, qui induit une prise en charge unilatérale de la contraception.

Sociologie de l’avortement se penche aussi sur la prise en charge par la Sécurité sociale des frais médicaux, sur les IVG itératives ou sur l’importance des conditions matérielles dans la décision de poursuivre ou d’interrompre une grossesse. À cet égard, il est mentionné que disposer d’un emploi stable qui assure un revenu suffisant est un facteur déterminant. Les femmes les plus précaires, habitant des logements parfois insalubres, ont du mal à envisager de devenir mère en dehors d’une solidarité conjugale. Les conditions matérielles et existentielles peuvent également influencer la capacité à maintenir une contraception régulière, avec des facteurs tels que des horaires de travail fluctuants, des périodes de fragilisation physique ou émotionnelle, des contextes de violence ou la réprobation familiale de la sexualité, de nature à perturber la prise régulière d’un contraceptif ou le suivi contraceptif médicalisé. En outre, il est souligné que les inégalités sociales face à l’avortement sont ancrées dans les connaissances acquises en matière de santé sexuelle et reproductive.

Les femmes doivent naviguer dans un système de santé complexe, trouver des informations précises, prendre des rendez-vous, se rendre à des consultations, subir des examens médicaux, et parfois même se déplacer loin de chez elles pour accéder à des services d’avortement. Au bout de ce processus, elles s’exposent en outre à une stigmatisation et une condamnation morale de l’avortement profondément enracinées dans les normes sociales et culturelles, qui valorisent la maternité et dévalorisent l’avortement. Tout cela peut dissuader les femmes de chercher à avorter, ou à tout le moins rendre l’accès à l’avortement plus difficile en créant des obstacles sociaux et institutionnels.

Pour y faire face, les femmes déploient toutes sortes de stratégies individuelles et collectives. Certaines peuvent contester activement la défiance vis-à-vis de l’avortement en partageant leurs expériences et en défendant le droit à l’IVG. Dans une certaine mesure, Sociologie de l’avortement leur vient en appui, en démystifiant une pratique légale mais encore controversée, en problématisant ses conceptions et ses modes opératoires, en troquant les croyances et les préjugés contre les données et les faits.

Sociologie de l’avortement, Marie Mathieu et Laurine Thizy
La Découverte, mai 2023, 128 pages

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« Platon, œuvres complètes » : une radiographie de la pensée platonicienne

Ouvrage collectif placé sous la direction du chercheur au CNRS Luc Brisson, Platon, œuvres complètes est une somme vertigineuse, permettant de sonder, par le menu, les fondements d’une philosophie intemporelle, dont l’influence dépasse de loin les terres d’origine.

C’est une évidence : Platon a marqué de son empreinte la pensée philosophique, du monde antique à nos jours, avec une force singulière. Il est l’incarnation par excellence du questionnement sur la valeur et le sens de la vie humaine, une quête vertigineuse et éternelle, qui trouve ses racines dans les rues animées d’Athènes. C’est dans ce cadre vivifiant que naît le présent ouvrage. Platon, oeuvres complètes est une édition revue et corrigée qui offre un regard minutieux sur l’ensemble de l’œuvre du philosophe proche de Socrate. Une compilation exhaustive, englobant non seulement tous les dialogues de Platon, mais aussi des œuvres apocryphes et douteuses, utiles à nos pérégrinations réflexives et discursives.

La richesse de cette édition se voit par ailleurs renforcée par une introduction générale, des notices explicatives pour chaque dialogue, des annexes, un index des noms propres et des notions, ainsi qu’un répertoire des citations. Qu’ils soient novices ou familiers de l’œuvre platonicienne, les lecteurs trouveront dans cet ouvrage mille façons de redécouvrir Platon, d’explorer sa pensée et d’apprécier sa pertinence intemporelle.

Des dialogues qui se complètent utilement

Les dialogues de Platon sont intimement liés. Malgré leur diversité apparente, une certaine cohérence thématique les unit. Chaque dialogue explore un aspect particulier de la pensée, mais tous s’amalgament par le questionnement socratique sur la vérité, la justice, l’éthique, la politique et la métaphysique. La théorie des Formes y apparaît comme un concept récurrent ; elle traverse plusieurs dialogues, de La République au Phèdre, en passant par Le Banquet. Cette théorie postule l’existence d’un monde idéal dont notre réalité sensible ne serait qu’une copie imparfaite. Elle offre un éclairage unique sur la quête platonicienne de la vérité et de la connaissance.

L’articulation entre les dialogues peut cependant parfois être déroutante pour le lecteur. Elle peut donner l’impression d’une certaine discontinuité. Néanmoins, cette apparente fragmentation peut aussi être appréhendée comme une force, chaque dialogue pouvant être abordé indépendamment des autres, tout en s’insérant dans une vision globale qui se déploie sans heurts et avec raison. Dans ses dialogues, Platon a traité de sujets aussi variés que la politique (La République), l’amour (Le Banquet), la rhétorique (Gorgias), l’immortalité de l’âme (Phédon), la cosmologie (Timée), et bien d’autres. Ces sujets se nourrissent mutuellement et offrent une vision holistique de la philosophie platonicienne, entreprise à laquelle s’astreignent avec talent Luc Brisson et ses coauteurs.

Le dialogue socratique, avec sa méthode d’interrogation et de réfutation, sert de fil conducteur, favorisant la découverte et l’émergence de la vérité. Il nous invite à sonder la pensée, la maïeutique et la sagesse, dans une démarche qui, bien que millénaire, reste fondamentalement contemporaine.

Dans le détail

La République est sans doute l’œuvre la plus célèbre de Platon. Elle explore les questions de la justice, de la politique et de la nature humaine à travers un dialogue mené par Socrate. Le texte, passionnant, expose l’idée d’une société idéale, gouvernée par des philosophes-rois et organisée selon une hiérarchie bien définie. Elle introduit également la théorie des Formes, précitée. On retrouve évidemment dans le corpus Le Phédon, dialogue consacré à la question de l’immortalité de l’âme et de la vie après la mort, au sein duquel Platon expose sa théorie de la réminiscence, ou encore Ménon, qui traite de la vertu et de la nature de la connaissance.

Parmi les nombreux sujets chers à Platon se trouvent la rhétorique et la morale. Le Gorgias est un dialogue centré sur ces questions, où Platon critique les sophistes, qui privilégient la persuasion plutôt que la vérité. Le texte souligne également l’importance de la philosophie pour distinguer le bien du mal et pour conduire une vie vertueuse. Le Phèdre, L’Apologie de Socrate ou La République abordent des thématiques proches, le premier avec une théorie complexe de la rhétorique – qui doit être basée sur la vérité et la connaissance plutôt que sur la manipulation émotionnelle –, le second avec une réflexion profonde sur la morale, la justice et le devoir de philosopher, le dernier avec une théorie de la justice et un modèle de société idéale où chacun a un rôle spécifique à jouer en fonction de ses compétences.

L’amour et la beauté se voient explicités dans Le Phèdre et Le Banquet. Ce dernier est un dialogue où les participants exposent leurs conceptions de l’amour et de l’érotisme, soulignant la quête de l’amour véritable et la relation entre l’amour humain et l’amour divin. La théorie des Formes est également évoquée, avec la notion de beauté absolue. Dans un tout autre registre, Le Timée aborde la cosmologie et la nature du monde physique. Platon y décrit la création du monde par le Démiurge, une entité divine qui façonne l’univers à partir du chaos, selon un modèle idéal. Il expose également la théorie de la préexistence des âmes. Dans Le Critias, suite du Timée inachevée, apparaît une description de l’Atlantide, une cité idéale qui aurait existé dans un passé lointain. Le dialogue montre la capacité de Platon à lier la philosophie, la politique et le mythe.

Une somme indispensable

Platon, œuvres complètes s’avère être une ressource incontournable pour quiconque souhaite approfondir sa connaissance de l’oeuvre platonicienne. Cet ouvrage offre une vision panoramique de la philosophie de Platon, en permettant d’apprécier l’interconnexion de ses dialogues et en embrassant le spectre entier de sa philosophie.

Platon a non seulement jeté les bases de la philosophie occidentale, mais il a également exercé une influence durable sur de nombreux autres domaines du savoir, tels que les sciences politiques, la psychologie, l’éthique et la théologie. Au-delà de son contexte historique, la philosophie de Platon demeure d’une grande actualité. Ses réflexions sur la justice, la vérité, la beauté, l’éthique, la politique, la connaissance et l’immortalité de l’âme continuent de nourrir nos débats contemporains. C’est notamment le cas de son idée de « philosophe-roi », qui, dans un monde marqué par le scepticisme à l’égard des élites et le regain d’intérêt pour la démocratie participative, interroge notre conception du leadership et de la compétence politique.

De même, sa critique des sophistes, ces rhéteurs habiles qui valorisent la persuasion plutôt que la vérité, résonne avec force dans notre époque caractérisée par la désinformation, le relativisme et la post-vérité. Ainsi, loin d’être une relique du passé, Platon demeure un interlocuteur précieux et pertinent pour nous aider à nous positionner dans le monde actuel.

La maïeutique elle-même, cette méthode d’interrogation et de réfutation au cœur du dialogue socratique, incarne une véritable éthique de la discussion, basée sur le respect de l’interlocuteur, l’ouverture d’esprit, la remise en question de nos préjugés et l’engagement constant en faveur de la vérité. En ce sens, Platon ne nous offre pas seulement des réponses, mais aussi et surtout une manière de poser les questions, une manière d’interroger le monde, de dévoiler ses mystères et d’aspirer à une connaissance toujours plus approfondie.

Platon, œuvres complètes, ouvrage collectif sous la direction de Luc Brisson
Flammarion, mai 2023, 2200 pages

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5

Cannes 2023 : Hypnotic, cent arrière-pensées

Le plus embarrassant dans la lecture d’une notice sur le suspense, c’est la seconde relecture. Hypnotic gâche toute éventualité de faire de son sujet un point fort au service de ses personnages, qui luttent désespérément pour exister.

Synopsis : Un détective, qui enquête sur une série de braquages de grande ampleur, se retrouve embarqué dans une affaire impliquant sa fille disparue et un programme secret du gouvernement.

On oublie les mariachis armés jusqu’aux dents et les accès de folie comme on peut en trouver graphiquement chez Robert Rodriguez. Avec un postulat simple, mais au développement tentaculaire, le cinéaste texan trébuche toutefois sur le concept de son récit. Il nous délivre une sombre histoire où des télépathes dominent leur entourage, voire le monde. Le projet se repose alors essentiellement sur son casting étoilé, avec Ben Affleck en tête d’affiche. Si sa présence a manqué lors de l’ultime tapis rouge de minuit, nous pouvons en dire autant de son personnage à l’écran.

Danny Rourke est un policier qui cherche sa fille disparue et qui fréquente une douteuse thérapeute qui tapote curieusement son carnet avec son stylo. Il n’y a pas besoin de plus pour savoir que quelque chose cloche, surtout lorsqu’il s’agit de sonder les réactions trop aléatoires de cet homme. Ce mystère peut jouer en sa faveur, mais le rythme ne cesse d’accélérer. Un braquage d’une banque et une succession de scènes de fuite, les événements s’enchainent sans temps mort, sans intensité, sans aucune logique de spatialisation non plus. C’est tout bonnement incompréhensible. On se demande alors comment une telle chose a pu infiltrer le festival.

Tout cet affolement est cependant justifié par la suite, mais c’est justement dans ce troisième acte explicatif que toute la narration tombe à l’eau. On rabat toutes les carte et les personnages de William Fichtner et d’Alice Braga ne dégagent plus rien d’ambitieux ou d’effrayant. Ce léger twist nous babysitte plus qu’elle nous retourne le cerveau, contrairement au travail d’Alfred Hitchcock que Rodriguez admire sans pouvoir profiter de son héritage. L’amateur de série B se piège lui-même à son propre jeu dans un surplus d’artifices inutiles, à l’image de permutations de personnages qui ne sont pas près de faire pâlir celles des Wachowski dans la série Sense 8.

Par ailleurs, le cinéaste fait un pari insensé en souhaitant employer son comédien vedette comme un caméléon. Dans d’autres circonstances, – on pense fortement à Gone Girl – cela fonctionne mais certainement pas ici. Les personnages manquent cruellement de personnalité et l’intrigue est confuse. Citer Inception ou Matrix, pour revenir aux Wachowski, n’aide certainement pas Hypnotic à aller jusqu’au bout de son idée, à savoir entrer dans la tête de son public et le manipuler avec intelligence. La marche était sans doute trop haute pour ce film qui en perd l’équilibre, mais c’est largement suffisant pour faire dégringoler tout son souffle théorique.

Hypnotic de Robert Rodriguez est présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2023.

Par Max Borenstein, Robert Rodriguez
Avec Ben Affleck, William Fichtner, Alice Braga
23 août 2023 en salle / 1h 33min / Thriller, Action
Distributeur : SND

La Strada de Federico Fellini : lorsque le néoréalisme rencontre l’onirisme

Premier grand succès de Federico Fellini, « La Strada » remporte l’Oscar du meilleur film étranger en 1957. Film important dans sa carrière, « La Strada » s’est tout de suite imposé parmi les classiques du cinéma italien.

La Strada s’inscrit dans le mouvement néoréaliste italien, qui a eu lieu dans les années 1940 et 1950. En quelques points, les films néoréalistes italiens sont des productions à petit budget qui mettent en avant des personnages issus d’un milieu populaire, entourés de décors réalistes détruits par les affres de la guerre.

Entre réalisme et chimère

Avec La Strada, le néoréalisme prend un nouveau tournant ; Fellini l’associe à une dimension onirique. En effet, les protagonistes essaient de fuir une réalité trop dure et ils sont en perpétuel mouvement. Gelsomina est pleine d’espoir, elle veut se complaire dans une vie d’errance poétique inconsciente. Elle veut voir le beau côté de la vie et se plaît à rencontrer des gens, à apprendre et à évoluer. Telle est son souhait en partant avec Zampano, qui ne l’entend pas de cette oreille. Lui est bien plus terre à terre, il cherche seulement à gagner sa vie pour vivre, simplement vivre. Les épreuves de la vie l’ont endurci, et les deux protagonistes ne voient pas l’existence de la même manière.

Le rejet face à l’affection

Il est difficile de comprendre comment Gelsomina arrive à apprécier Zampano. C’est un homme dur et brutal avec elle, sans aucune once d’affection. Elle tente maintes fois de s’enfuir mais il revient toujours vers elle. Veut-il la garder auprès de lui car elle lui est utile, ou parce qu’il l’apprécie, même un peu ? Et puis « le Fou » arrive et la transforme. Est-elle aimée par son utilité ? Est-elle seulement utile ? Pour le Fou, chacun a une utilité et un but, et c’est ce qui fait l’origine de l’attachement. Si l’on est sur Terre, que l’on soit un être humain ou même un caillou, c’est que nous avons une utilité ; l’existence même permet de savoir quelle est cette utilité. Gelsomnia croit aimer alors qu’elle ne sait pas ce qu’est l’amour.

Gelsomnia, ou la femme enfant

Le jeu d’acteur de Giulietta Masina est mémorable. Son visage s’exprime pleinement et chaque mimique est exagérée pour créer un effet clownesque permanent. Même sans son maquillage, elle performe. Gelsomina est naïve, innocente du monde et paraît vulnérable à chaque instant. Elle n’arrive pas à s’imposer face à la force de caractère de Zampano. Elle suit, tente de se rebeller, mais sans grand succès.

Parfois, elle arbore de grands yeux qui perforent l’âme de l’individu regardé ; parfois, ses yeux trahissent son incompréhension ; ou encore, son grand sourire lui donne l’aspect d’une poupée figée dans le temps. Gelsomina est une voix, une démarche. Elle est unique et seule, perdue dans l’immensité d’un paysage lui-même plat et miséreux. Elle est par ailleurs aussi ignorante que le spectateur ; elle devient son image, qui apprend la vie nomade au jour le jour, sans connaître aucunement le mode de vie de Zampano.

L’espace publique comme espace de loisirs

Dans la Strada (et dans la lignée du néoréalisme italien), le paysage est un personnage à part entière. Le film commence sur des plans larges et fixes sur la mer en mouvement, tandis que des corps traversent la plage. L’immobilité face à l’action. En ce sens, durant tout le film, les protagonistes arpentent les espaces immobiles à l’aide de leur caravane de fortune. Ils ressentent chaque bosse, chaque creux de la route ; leurs actions ne font qu’un avec l’impassibilité des espaces.

Malgré tout, les espaces publics sont leurs espaces de vie ainsi que leur gagne-pain. Gelsomina et Zampano sont à la vue de tous, performent aux yeux de tous et cherchent à vivre grâce à la générosité de tout le monde. Lorsque Gelsomina voit le Fou suspendu sur un fil entre deux immeubles, elle est émerveillée, et ce numéro attire des centaines de spectateurs venant de tous horizons. La rue devient lieu de rencontre, de loisir et de divertissement. Elle n’est plus seulement lieu de passage : elle prend une nouvelle utilité. La ville devient somme toute un théâtre ambulant.

Bande-annonce : La Strada

Fiche technique et synopsis du film La Strada

  • Réalisation : Federico Fellini
  • Scénario : Federico Fellini, Tullio Pinelli et Ennio Flaiano
  • Dialogues : Tullio Pinelli (adaptation française : Raymond Queneau)
  • Décors : Mario Ravasco, Brunello Rondi
  • Costumes : Margherita Marinari
  • Maquillages : Eligio Trani
  • Photographie : Otello Martelli et Carlo Carlini
  • Cadrage : Roberto Gerardi
  • Son : Aldo Calpini
  • Montage : Leo Cattozzo
  • Musique : Nino Rota
  • Production : Carlo Ponti, Dino De Laurentiis
  • Société de production : Ponti-De Laurentiis Cinematografica (Italie)
  • Société de distribution : Les Films du Centaure (France), Théâtre du Temple (France)
  • Pays d’origine : Italie
  • Langue originale : italien
  • Genre : drame
  • Durée : 115 minutes

Synopsis : Gelsomina a été vendue par sa mère a Zampano, qui la brutalise et ne cesse de la tromper. Ils partent ensemble sur les routes, vivant misérablement du numéro de saltimbanque de Zampano. Surgit Il Matto (le Fou), violoniste et poète, qui seul sait parler à Gelsomina.

Lost in Translation : un ailleurs à soi

Deuxième long métrage de Sofia Coppola, Lost in Translation exploite une ville (Tokyo) en bouleversant le quotidien et la vie de deux individus isolés. Il s’agit de rendre compte de la difficulté à sortir de sa zone de confort, de gagner en hauteur de vue et ouvrir des perspectives nouvelles. Une réussite qui mélange approche naturaliste et néoromantisme.

Mélancolie cachée, reconstruction psychique et sentimentale difficile, avenir incertain, errance solitaire, rencontre régénérante, exotisme fructueux, humour rocambolesque, Lost in Translation contient certaines caractéristiques classiques de la comédie dramatique tout en s’affirmant grâce à une union improbable, mais authentiquement touchante. Quête de soi dans un Japon lumineux : c’est la rencontre entre Bob, star du cinéma en fin de carrière, et Charlotte, jeune adulte qui cherche encore sa voie.

Le long-métrage tient sa force dans sa règle d’introspection, celle qui consiste à trouver dans un ailleurs quelque chose de paradoxalement intime, de proche, qui relève de soi. Un lointain génère une distance permettant une prise de recul. On rentre à l’intérieur d’un monde parallèle au sien, ce qui favorise une sorte d’état de flottement permanent et incite à reconsidérer ce que l’on est, pour mieux repenser l’avenir.

Le scénario est simple et le récit anti-choral : c’est exclusivement le point de vue des deux personnages principaux qui est mis en avant.

Bob d’abord, interprété par Bill Murray. L’acteur joue un individu au bord de l’anhédonie, ayant perdu le goût des choses, plus souvent désabusé qu’exaspéré. Son visage est un régal pour la caméra avec ses mimiques irrésistibles, parfois malicieuses, qui semblent avoir été choisies avec la plus extrême des exigences. Sa performance procède d’un art subtil : sourires exquis, humour sans gouaille extrême, conduite décontractée, gestes mesurés. Aucun état de crise ne se manifeste vraiment chez lui. Il est conscient du bilan de sa vie personnelle et de ce qu’il fait. Son premier contact avec Charlotte le démontre instantanément.

Je fuis un peu ma femme. Je loupe l’anniversaire de mon fils. On me donne 2 millions de dollars pour un whisky alors que je pourrais être sur les planches en Amérique.

C’est avec elle qu’il sera lui-même, ne jouera plus un rôle, pourra sortir de ce qu’on attend de lui.

Charlotte, incarnée par Scarlett Johansson, est quant à elle une personne incomprise, isolée même si mariée. Elle essaie d’abord de se confier à une amie au téléphone.

Je suis allée visiter un sanctuaire aujourd’hui et il y avait des moines qui tapaient sur un gong en chantant et ça ne me faisait rien. Tu comprends ? J’ai voulu essayer l’ikebana et John se met des tas de produits sur les cheveux. Je connais pas l’homme que j’ai épousé.

Elle laisse apparaître sur son visage plus de mélancolie à l’occasion que Bob, ce qui offre à ce dernier un rôle de protecteur, avec ses petites attentions, ses bons mots, sa bienveillance. Elle évoque la fraîcheur, la jeunesse, la sensualité et ce moment de la vie où beaucoup de choses sont à construire. Mais sa volupté ne provoque pas chez Bob d’attraction sexuelle. Son érotisation, bien que suggérée, n’est jamais exploitée. Tout se passe à un autre niveau. Ils ont un spleen, une souffrance commune. Chacun est pour l’autre une petite lumière qui rassure.

Ce lien qui existe entre eux, cette synergie est l’atout majeur du film, son élan vital.

Sur la forme, le montage fluide, parfois elliptique, les caméras à l’inertie douce, les musiques électroniques, ambiantes, connotent quelque chose d’évanescent. C’est globalement épuré, simple, mais élégant, bichonné.

Le tout alterne les environnements ouverts (parfois électrisants, parfois contemplatifs) et les environnements fermés, resserrés, qui favorisent l’intimité, les confidences entre les deux acteurs.

C’est un cinéma qui refuse l’intellectualisation, qui privilégie les sensations, les sentiments. La réalisatrice exploite la psychologie des deux personnages pour mieux générer des émotions subtiles.

Ce sera finalement par des chuchotements tendres, après un ultime rapprochement tactile, dans ce qui ressemblera à un acte d’amour, que le film s’achèvera, comme pour mieux évoquer un secret, quelque chose de précieux, un sous-texte qui ne peut être révélé.

Le Japon aura été ce purgatoire, ce catalyseur qui a révolutionné leur vie.

Bande-annonce : Lost in Translation

Fiche Technique : Lost in Translation

Synopsis : Bob Harris, acteur sur le déclin, se rend à Tokyo pour tourner un spot publicitaire. Il a conscience qu’il se trompe – il devrait être chez lui avec sa famille, jouer au théâtre ou encore chercher un rôle dans un film -, mais il a besoin d’argent. Du haut de son hôtel de luxe, il contemple la ville mais ne voit rien. Il est ailleurs, détaché de tout, incapable de s’intégrer à la réalité qui l’entoure, incapable également de dormir à cause du décalage horaire. Dans le même établissement, Charlotte, une jeune Américaine fraîchement diplômée, accompagne son mari, photographe de mode. Ce dernier semble s’intéresser davantage à son travail qu’à sa femme. Se sentant délaissée, Charlotte cherche un peu d’attention. Elle va en trouver auprès de Bob…

  • Réalisation : Sofia Coppola
  • Scénario : Sofia Coppola
  • Avec Bill Murray, Scarlett Johansson, Giovanni Ribisi
  • Décors : K. K. Barrett et Anne Ross
  • Costumes : Nancy Steiner
  • Photographie : Lance Acord
  • Montage : Sarah Flack
  • Musique : Kevin Shields
  • Production : Sofia Coppola et Ross Katz
  • 7 janvier 2004 en salle / 1h 42min / Comédie dramatique, Romance
Note des lecteurs1 Note
3.5

Cannes 2023 : Creatura, libre de désirer

L’éducation sentimentale va de pair avec l’éducation sexuelle. Malheureusement, de nombreuses jeunes filles sont brusquement jetées à l’eau afin qu’elles explorent leur sexualité, c’est pourquoi Creatura en fait l’exégèse.

Synopsis : Mila et son compagnon s’installent dans une ville de la Costa Brava. Après une première dispute, seule dans la maison d’été de sa famille, elle revit certaines expériences de son enfance et de son adolescence qui l’aideront à comprendre l’origine de ce qui l’a empêchée de faire la paix avec son propre corps.

À partir de quand l’éveil sexuel a-t-il lieu ? Quel est son impact tout le long de la vie ? Elena Martín Gimeno tente d’y répondre à travers le personnage qu’elle campe dans sa vie d’adulte. Elle devient donc Mila le temps de toute cette réflexion autour du corps féminin, complexe, et dont les secrets sont des leviers pour vaincre ses propres démons. Mila vit alors avec son compagnon, Marcel (Oriol Pla), mais ce n’est pas le grand amour. Et lorsque vient la question de faire l’amour, nous assistons à tout un tas de mimiques chez la femme. Une sorte de culpabilité l’empêche de pleinement profiter de l’instant. Commence alors une série de flashbacks pour remonter à la source du problème.

Dans sa jeunesse, Mila est troublée par la saison estivale, où tout un tas de garçons et de couples défilent sous ses yeux. Son innocence se lit dans son regard, autant que dans son attitude, captée avec sincérité par son interprète Claudia Dalmau. L’héroïne fait alors tout ce qu’elle peut pour ne pas se sentir rejetée. Le premier émoi ne tarde pas et la réalisatrice espagnole s’en sert pour justifier le traumatisme qu’elle couve en elle jusqu’à sa trentaine. Du premier baiser au premier rapport sexuel, on y découvre la peur, la honte et la culpabilité réunies dans une scène qui arrive trop souvent pour qu’on l’ignore ou qu’on l’oublie. Cette justesse est apportée par Elena Martín Gimeno comme un soulagement, bien qu’elle estime nécessaire de décomplexer le corps féminin afin que ce ne soit plus un tabou.

Le manque de compréhension à ce sujet concerne alors tous les adolescents qui ont leurs parties intimes qui palpite. Apprendre à accepter ce changement, en particulier chez les filles, permet d’éviter d’éventuelles démangeaisons. Cependant, la leçon ne s’arrête pas là et il ne faut pas aborder ce récit de manière didactique, bien au contraire. On n’oublie pas de jouer sur l’intensité des situations, où on ne se contrôle plus, où on s’expose par principe. Tout finit par se savoir et cette période ingrate, où la rancune est une affaire de fierté, dévoile l’obsession toxique des enfants. Les parents ne peuvent évidemment pas tout suivre convenablement et la maladresse de ces derniers ne peut qu’alimenter un sentiment de rage que l’adolescent peut préférer intérioriser, à tort.

Dans une certaine mesure, l’écho à Aftersun n’est pas si déplacé, mais toute l’étude de la Creatura comme objet de désir ou motif de rejet est déjà une aubaine. La Quinzaine des cinéastes ne pouvait espérer mieux pour ausculter une thématique qui se veut saine, loin du voyeurisme et de l’exhibitionnisme qu’un certain The Idol ne semble pas vouloir reconnaître.

Creatura de Elena Martín est présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2023

Avec Elena Martín, Clara Segura, Àlex Brendemühl, Oriol Pla, Carla Linares, Cristina Colom, Clàudia Dalmau, Teresa Vallicrosa, Marc Cartanyà, Bernat Roqué, Mila Borràs…
Prochainement / 1h 52min / Drame

Cannes 2023 : Cobweb (Dans la Toile) de Kim Jee Woon

D’Hitchcock aux films de série B, Dans la Toile est un film hommages, qui au-delà des œuvres dont il s’inspire honore les cinéastes incompris dont la seule ambition est de créer.

Du même acabit que Ne coupez pas, Dans la toile parvient à suivre son propre chemin en proposant une œuvre multiple dont le genre n’est jamais vraiment définit.

Décadente mise en scène digne d’un polar d’Agatha Christie, le jeu du chat et de la souris entre un réalisateur et son producteur n’aura jamais été aussi stimulant. L’attention première du film (à savoir en faire un et ce à n’importe quel prix) devient surtout l’excuse du protagoniste pour donner vie à une œuvre filmée afin d’éconduire ses plus fidèles détracteurs.

Avec des films comme J’ai rencontré le diable ou Deux sœurs, le réalisateur sud-coréen Kim Jee Woon a travaillé des univers sombres, ceux des thrillers noirs et drames horrifiques. Ici, l’intention est plutôt de décortiquer (en s’amusant) des déboires d’un cinéaste dans la construction de son film, qui n’a aucune autorisation d’être tourné. Pour donner vie malgré tout à ce que l’intéressé qualifie de futur chef-d’œuvre, tout sera tenté. Pourtant, au fur et à mesure des actes, plusieurs situations plus abracadabrantes les unes que les autres s’entrecroisent avec l’histoire du tournage, mêlant le comique au montage d’un scénario plutôt  dramatique.

Au fil de l’eau, on ne rêve que d’une chose, que le réalisateur joué par Song Kang Ho, aux multiples récompenses, finisse son film et en voit le résultat tant escompté. À l’instar de son mentor, le cinéaste du film dans le film ne se refuse rien, quitte à tout sacrifier en brûlant le plateau entier. Peu importe les conséquences tant que le chef-d’œuvre est dans la boîte !

Suspense filmique, ambitions empoisonnées, conditions de tournage alambiquées, Cobweb ou Dans la toile traite des désirs pas forcément assouvis et d’hommages pas toujours parfait.

Au plus grand bonheur du public, le soi-disant film qui a causé tant d’aventures (et mésaventures) à nos héros, est projeté. Et quelle surprise…

Cobweb (Dans la Toile) de Kim Jee Woon est présenté Hors Compétition au Festival de Cannes 2023.

Titre original : Geomijip
Par Yeon-Shick Shin
Avec Song Kang-Ho, Im Soo-Jung, Jeon Yeo-bin
Prochainement en salle / 2h 15min / Comédie, Drame
Distributeur : The Jokers / Les Bookmakers

Synopsis : Séoul, 1970 : Kim souhaite refaire la fin de son film « Cobweb ». Mais les autorités de censure, les plaintes des acteurs et des producteurs ne cessent d’interférer et un grand désordre s’installe sur le tournage. Kim doit donc surmonter ce chaos, pour achever ce qu’il pense être son chef-d’œuvre ultime…

Cannes 2023 : The Old Oak, la revanche des feuilles mortes

Le dernier film présenté en compétition sent le vieux bois, celui qui a longtemps séché sous un ciel couvert et en manque d’éclaircies. The Old Oak cherche à en apporter avec autant d’innocence que de bienveillance.

Synopsis : TJ Ballantyne est le propriétaire du « Old Oak », un pub qui est menacé de fermeture après l’arrivée de réfugiés syriens placés dans le village sans aucun préavis. Bientôt, TJ rencontre une jeune Syrienne, Yara, qui possède un appareil photo. Une amitié va naître entre eux…

Souvent comparé aux frères Dardenne, et vice-versa, c’est plutôt le style mi-cru, mi fictionnel d’Olivier Nakache et d’Éric Toledano que ce dernier Ken Loach évoque ici. Moins intense et nerveux que la trajectoire d’un père de famille et livreur à son compte dans Sorry We Missed You, on se rapproche plus de la sensibilité d’un Moi, Daniel Blake, qui lui a octroyé une Palme d’or en 2016.

Le cinéaste établit un nouveau récit sur une revanche à prendre sur la vie, qui commence par une réconciliation avec soi-même. C’est toute la problématique de Tommy Joe Ballantyne (Dave Turner), ou simplement TJ, propriétaire du seul pub dans un patelin paumé du nord de l’Angleterre. On l’appelle The Old Oak et comme son nom l’indique, ce vieux chêne commence à moisir de l’intérieur comme de l’extérieur.

L’arrivée de réfugiés syriens transforme alors le quotidien de cet homme, qui doit faire face aux fantômes du passé. La ville minière hors du temps et au bord de mer possède ses propres traumatismes, sa propre histoire, sa propre révolution et ses propres deuils. Elle est inévitablement hantée par les morts, autant que par les vivants. Des rivalités naissent entre les autochtones et les étrangers, qui ont tout de la pure bonté. Leur regard innocent est presque à contre-courant de ce à quoi Loach nous avait habitué. On ne discerne aucune ambiguïté chez ces gens qui ne demandent pas plus que des vêtements et un vélo pour surmonter les atrocités vécues dans leur pays d’origine.

Et soudain, un appareil photo devient un enjeu de taille pour Yara (Elba Mari). La migrante parle bien anglais, ne porte pas le voile et possède le caractère d’une tigresse protectrice. Son projet est simple : redonner des couleurs à la vie morne que mènent les habitants, qui ont si peu à manger ou à partager, mais c’est dans ce genre de situation extrême que les cœurs s’ouvrent, pour le meilleur et pour le pire. Ceux-ci battent à nouveau grâce aux clichés de la jeune femme, qui capturent l’âme de la ville et révèlent au passage des soucis d’infrastructure, handicapant l’opportunité de faire rebondir le pub.

Loin s’en faut, The Old Oak n’est pas un feel-good movie, mais comme toujours Ken Loach s’engage en faveur des laissés-pour-compte qui, dans leur solidarité, peuvent se hisser vers le haut. Et quand bien même il ne serait pas possible de créer le lieu de vie idéal avec le pub The Old Oak, il est toujours possible de se réunir et de se réconcilier dans la rue, là où nous sommes censés croiser nos regards et manifester notre unité.

The Old Oak de Ken Loach est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Scénario de Paul Laverty
Avec Debbie Honeywood, Dave Turner, Ebla Mari
Drame