Cannes 2023 : Hypnotic, cent arrière-pensées

Le plus embarrassant dans la lecture d’une notice sur le suspense, c’est la seconde relecture. Hypnotic gâche toute éventualité de faire de son sujet un point fort au service de ses personnages, qui luttent désespérément pour exister.

Synopsis : Un détective, qui enquête sur une série de braquages de grande ampleur, se retrouve embarqué dans une affaire impliquant sa fille disparue et un programme secret du gouvernement.

On oublie les mariachis armés jusqu’aux dents et les accès de folie comme on peut en trouver graphiquement chez Robert Rodriguez. Avec un postulat simple, mais au développement tentaculaire, le cinéaste texan trébuche toutefois sur le concept de son récit. Il nous délivre une sombre histoire où des télépathes dominent leur entourage, voire le monde. Le projet se repose alors essentiellement sur son casting étoilé, avec Ben Affleck en tête d’affiche. Si sa présence a manqué lors de l’ultime tapis rouge de minuit, nous pouvons en dire autant de son personnage à l’écran.

Danny Rourke est un policier qui cherche sa fille disparue et qui fréquente une douteuse thérapeute qui tapote curieusement son carnet avec son stylo. Il n’y a pas besoin de plus pour savoir que quelque chose cloche, surtout lorsqu’il s’agit de sonder les réactions trop aléatoires de cet homme. Ce mystère peut jouer en sa faveur, mais le rythme ne cesse d’accélérer. Un braquage d’une banque et une succession de scènes de fuite, les événements s’enchainent sans temps mort, sans intensité, sans aucune logique de spatialisation non plus. C’est tout bonnement incompréhensible. On se demande alors comment une telle chose a pu infiltrer le festival.

Tout cet affolement est cependant justifié par la suite, mais c’est justement dans ce troisième acte explicatif que toute la narration tombe à l’eau. On rabat toutes les carte et les personnages de William Fichtner et d’Alice Braga ne dégagent plus rien d’ambitieux ou d’effrayant. Ce léger twist nous babysitte plus qu’elle nous retourne le cerveau, contrairement au travail d’Alfred Hitchcock que Rodriguez admire sans pouvoir profiter de son héritage. L’amateur de série B se piège lui-même à son propre jeu dans un surplus d’artifices inutiles, à l’image de permutations de personnages qui ne sont pas près de faire pâlir celles des Wachowski dans la série Sense 8.

Par ailleurs, le cinéaste fait un pari insensé en souhaitant employer son comédien vedette comme un caméléon. Dans d’autres circonstances, – on pense fortement à Gone Girl – cela fonctionne mais certainement pas ici. Les personnages manquent cruellement de personnalité et l’intrigue est confuse. Citer Inception ou Matrix, pour revenir aux Wachowski, n’aide certainement pas Hypnotic à aller jusqu’au bout de son idée, à savoir entrer dans la tête de son public et le manipuler avec intelligence. La marche était sans doute trop haute pour ce film qui en perd l’équilibre, mais c’est largement suffisant pour faire dégringoler tout son souffle théorique.

Hypnotic de Robert Rodriguez est présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2023.

Par Max Borenstein, Robert Rodriguez
Avec Ben Affleck, William Fichtner, Alice Braga
23 août 2023 en salle / 1h 33min / Thriller, Action
Distributeur : SND

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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