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Cannes 2023 : La Chimère (La Chimera), souvenirs d’outre-tombe

Cette boule au ventre, cette sensation vertigineuse qui nous pousse à creuser toujours plus loin, c’est La Chimera, une créature intérieure que l’on projette sur le monde. Le film cherche alors à combattre cette sensation douteuse, en poussant le concept de l’archéologie jusqu’à la moelle.

Synopsis : Chacun poursuit sa chimère sans jamais parvenir à la saisir. Pour certains, c’est un rêve d’argent facile, pour d’autres la quête d’un amour passé… De retour dans sa petite ville du bord de la mer Tyrrhénienne, Arthur retrouve sa bande de Tombaroli, des pilleurs de tombes étrusques et de merveilles archéologiques. Arthur a un don qu’il met au service de ses amis brigands : il ressent le vide. Le vide de la terre dans laquelle se trouvent les vestiges d’un monde passé. Le même vide qu’a laissé en lui le souvenir de son amour perdu, Beniamina.

Déjà un Grand Prix (Les Merveilles) et un prix du scénario (Heureux comme Lazzaro) dans la poche, Alice Rohrwacher est une habituée de la compétition cannoise, sans oublier ses passages à la Quinzaine des réalisateurs. Elle revient avec la ferme intention d’investir le passé pour que ses protagonistes puissent enfin renouer avec l’instant présent.

Le fil d’Ariane

La réalisatrice italienne nous emmène dans l’Étrurie, une région où l’on avait l’habitude de retourner la terre pour accéder aux merveilles de la Rome Antique. Dans les années 80-90, Arthur (Josh O’Connor) semble revenir de loin. Pas en termes de distance mais de temps. L’homme est sans attache et recherche instinctivement les objets perdus et enfouis sous les socles de terre.

Devenu leader d’un groupe de profanateurs malgré lui, Arthur monnaie ses explorations aux plus offrants, pourvu qu’il puisse profiter de son petit cabanon qui lui rappelle tant de souvenirs. L’Histoire nous apprend qu’on finit toujours par piller les générations précédentes. Ses partenaires y voient le profit avant tout, une nécessité dans leur bourgade de terrains vagues et de bâtiments abandonnés.

Alice Rohrwacher passe un coup de brosse sur les paysans démunis, qui boivent, chantent et dansent pour oublier leur malheureuse petite vie. Pour Arthur, qui n’est ni bourreau des cœurs, ni architecte d’intérieur, il se surprend à jouir de ce qu’il possède dans l’instant. Le peu d’échanges cocasses et gestuels qu’il entretient avec Italia (Carol Duarte) pourrait presque faire oublier cette chaîne qu’il traîne autour du coup, ce poids d’un amour disparu et rendu à la terre.

L’Italie semble également avoir oublié certaines chose et ce film peut se voir comme une ode à la mémoire des défunts. Plus on creuse vers le passé, plus l’étude des classes sociales devient pertinente. L’approche est quasi abstraite, avec de nombreux ralentis ou des quatrièmes murs brisés, provoquant ainsi une sensation de plénitude dans la narration.

Dans cette campagne qui n’a donc pas grand-chose à offrir de bon à la surface, tout le monde cherche à combattre la chimère qui empêche d’avancer et de respirer avec les vivants. Le récit est touchant, même s’il aurait gagné à être plus tonique.

La Chimère (La Chimera) est un film d’Alice Rohrwacher est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Titre original : La Chimera
Avec Isabella Rossellini, Alba Rohrwacher, Josh O’Connor, Vincenzo Nemolato, Carol Duarte, Luca Chikovani…
6 décembre 2023 en salle / 2h 10min / Comédie dramatique, Drame, Comédie
Distributeur : Ad Vitam

Le clair-obscur en peinture : lumière morale, ombres qui hantent

Il suffit d’une lumière qui lacère le noir, d’une ombre qui dévore le visage, d’un contraste qui saigne dans la toile, pour que la peinture cesse d’être surface et devienne expression : une manière de voir qui perce, une intensité qui traverse, une discontinuité qui hante. Le clair-obscur n’est pas technique : il est posture morale, geste ontologique, force qui organise le regard et le corps. De Caravage à ses héritiers contemporains, en passant par le cinéma (The Godfather, Barry Lyndon, The Batman) et la mode (défilés McQueen), le clair-obscur reste la manière dont la peinture dit le réel : lumière morale qui révèle et condamne, ombre qui protège et engloutit.

Le clair-obscur n’est pas simple opposition de valeurs : il est la manière dont la peinture fait surgir le drame humain dans le visible, une expression qui insiste sur l’importance de la peinture comme art qui capture l’âme dans le corps, qui fait de la lumière une vérité morale et de l’ombre une présence invisible mais palpable. Caravage (Michelangelo Merisi da Caravaggio) ne peint pas la lumière ; il la fait surgir du noir comme une révélation violente, une manière de faire qui montre l’importance de la peinture comme art qui perce les apparences pour révéler la vérité intérieure. Dans ses œuvres, la lumière n’éclaire pas innocemment ; elle accuse, elle isole, elle condamne ou sauve – comme le dit Scorsese, « Caravage a créé une lumière morale qui révèle la vérité intérieure des personnages ». Cette lumière morale traverse le cinéma : dans The Godfather, Gordon Willis utilise le clair-obscur pour faire de la famille Corleone un espace de pouvoir sombre et sacré, où les visages émergent du noir comme des masques, la lumière révélant la corruption morale dans un cadrage qui insiste sur l’importance de la peinture comme modèle pour la mise en scène. Dans Barry Lyndon, Kubrick pousse le contraste jusqu’à l’extrême pour faire de chaque plan une peinture vivante où la lumière du XVIIIe siècle devient ironie cruelle, une manière de faire qui montre l’importance de la peinture comme art qui organise le regard et le corps dans un espace moral. Dans la mode, Alexander McQueen reprend le clair-obscur comme drame : ses défilés (Plato’s Atlantis, Horn of Plenty) utilisent des lumières latérales, des ombres qui dévorent les corps, des contrastes qui font saigner la silhouette, une manière de faire qui insiste sur l’importance de la peinture comme source pour la mode, où le corps est traversé par la lumière comme par un jugement. McQueen, influencé par la peinture, déclarait :

« Fashion should be a form of escapism, and not a form of imprisonment »

une citation qui montre l’importance de la peinture comme art libérateur, même dans l’obscurité. Le clair-obscur n’est pas effet ; il est jugement : il perce le spectateur, il traverse le corps jusqu’à ce qu’il ressente le poids de ce qui est montré.

Caravage : lumière morale et ténèbres qui accusent

Caravage fait du clair-obscur une arme ontologique : la lumière ne vient pas d’en haut comme chez les maniéristes ; elle surgit du bas, elle frappe latéralement, elle isole le corps dans un noir absolu, une manière de faire qui montre l’importance de la peinture comme art qui capture l’âme dans le corps, qui fait de la lumière une vérité morale et de l’ombre une présence invisible mais palpable. Dans La Vocation de saint Matthieu, le rayon de lumière coupe l’espace comme une lame : il désigne, il appelle, il juge, révélant la conversion comme un drame intérieur où la lumière perce les ténèbres pour exposer la grâce dans le péché, une scène qui insiste sur l’importance de la peinture comme art qui organise le regard et le corps dans un espace moral. Dans Judith décapitant Holopherne, le sang jaillit comme une lumière rouge dans le noir : le contraste n’est pas décoratif ; il est moral, il fait du meurtre une révélation, une manière de faire qui montre l’importance de la peinture comme art qui traverse le spectateur pour lui faire ressentir la violence comme une présence vivante. Cette lumière morale traverse le cinéma : dans The Godfather, la scène du baptême où Vito est dans l’ombre tandis que la lumière frappe les innocents, insiste sur l’importance de la peinture comme modèle pour la mise en scène, où le clair-obscur organise le regard pour faire sentir la corruption morale comme une ombre qui hante. Le clair-obscur caravagesque n’est pas technique ; il est éthique : il perce, il accuse, il traverse jusqu’à ce que le spectateur ne puisse plus détourner le regard.

Le clair-obscur comme héritage : Barry Lyndon, The Godfather, McQueen

Le clair-obscur caravagesque ne s’arrête pas à la peinture : il devient héritage vivant, une manière de faire qui montre l’importance de la peinture comme art fondateur pour le cinéma et la mode. Dans Barry Lyndon de Kubrick, chaque plan est une peinture du XVIIIe siècle éclairée à la bougie : la lumière est rare, elle frappe les visages comme une sentence, elle fait du luxe une prison sombre – chaque scène de bal ou de duel est éclairée à la bougie, la lumière frappe les visages comme une sentence, faisant de la vanité et de la cruauté une présence palpable. Kubrick, influencé par Caravage, pousse le contraste jusqu’à l’extrême pour faire de chaque plan une peinture vivante où la lumière du XVIIIe siècle devient ironie cruelle, une manière de faire qui montre l’importance de la peinture comme art qui traverse le spectateur pour lui faire ressentir la temporalité comme une ombre qui hante. Dans The Godfather, Gordon Willis utilise le clair-obscur pour faire de la famille Corleone un espace de pouvoir sombre et sacré : les visages émergent du noir comme des masques, la lumière ne flatte pas ; elle isole, elle accuse, elle fait de la scène du bureau une peinture caravagesque où Vito est enveloppé d’ombre tandis que la lumière frappe les suppliants, une description qui insiste sur l’importance de la peinture comme art qui organise le regard et le corps dans un espace moral. Dans la mode, Alexander McQueen reprend le clair-obscur comme drame : ses défilés (Plato’s Atlantis, Horn of Plenty) utilisent des lumières latérales, des ombres qui dévorent les corps, des contrastes qui font saigner la silhouette – le corps est traversé par la lumière comme par un jugement, la silhouette devient figure morale.

Le clair-obscur contemporain : déconstruction et persistance

Le clair-obscur ne disparaît pas avec la modernité : il se réinvente comme geste critique, une manière de faire qui montre l’importance de la peinture comme art qui persiste dans le contemporain. Chez Francis Bacon, le clair-obscur devient violence intérieure : la lumière frappe le visage pour le déformer, l’ombre envahit pour le dissoudre – les figures sont isolées dans un noir absolu, une scène qui insiste sur l’importance de la peinture comme art qui organise le regard et le corps dans un espace moral, où la lumière perce comme un scalpel pour exposer la chair brute. Chez Cindy Sherman, le clair-obscur est mise en scène : elle utilise des lumières dramatiques pour faire du visage un masque, une figure hantée par l’histoire de la peinture, une description qui montre l’importance de la peinture comme art qui traverse le spectateur pour lui faire ressentir la représentation comme une violence. Dans la photographie contemporaine (Hiroshi Sugimoto, Gregory Crewdson), le clair-obscur est théâtre : lumières artificielles qui isolent, ombres qui pèsent – la figure n’est pas vue ; elle est exposée, elle traverse le regard pour imposer une présence qui dérange, une manière de faire qui insiste sur l’importance de la peinture comme art qui organise le regard et le corps dans un espace moral. Le clair-obscur contemporain n’est pas nostalgie ; il est persistance : il perce la surface lisse de l’image numérique, il hante les écrans, il rappelle que la lumière n’est jamais neutre – elle juge, elle accuse, elle traverse jusqu’à ce que le spectateur ressente le poids de ce qui est montré.

Le clair-obscur comme expression morale

Le clair-obscur n’est pas technique : il est expression morale, manière de faire surgir le drame humain dans le visible. De Caravage à McQueen, de The Godfather à Bacon, il reste la forme qui perce : lumière qui révèle et condamne, ombre qui protège et engloutit. Dans un monde saturé d’images lisses et aseptisées, le clair-obscur est résistance : il saigne, il traverse, il hante jusqu’à ce que le regard ne puisse plus détourner les yeux. Il n’éclaire pas ; il accuse : il organise la perception comme un jugement silencieux, il fait du visible une scène morale où le spectateur est toujours déjà impliqué. Le clair-obscur n’est pas passé ; il est présent : il perce, il traverse, il impose une manière de voir qui refuse l’indifférence.

Cannes 2023 : Perfect Days de Wim Wenders

Dans la trempe des films qui ont été réalisés par amour, l’amour de l’existence, l’amour de l’art et des petits plaisirs quotidiens, nous avons Perfect Days. Sublime ode à la vie offerte par nul autre que le réalisateur palmé d’or Wim Wenders.

« Une réflexion émouvante et poétique sur la recherche de la beauté dans le quotidien. » Y a t’il meilleure façon de décrire une œuvre telle que Perfect Days ? Véritable leçon de vie, autant sur le plan émotionnel que psychique, le nouveau long-métrage du talentueux Wim Wenders détrône ses comparses cannois afin de s’installer progressivement dans les mémoires, jusqu’à en devenir une idée, voire une utopie.

Des plus petites choses naissent une grande prospérité. Wenders marque la 76ème édition du Festival de Cannes avec une œuvre puissante et pourtant si élémentaire au cœur d’un voyage cinématographique dans les quartiers de Tokyo.

La performance de Koji Yakusho tient d’une révolution artistique dans cette œuvre coup de cœur, incontestable vaisseau de l’émotion et de la liberté. Digne du prix d’interprétation masculine, l’acteur japonais de The Blood of Wolves ou encore Lost Paradise livre un récital où il s’imprègne entièrement de l’univers qui l’entoure. Tournant le dos à une vie que l’on peut considérer au 21ème siècle de confortable, le personnage d’Hirayama s’épanouit de la vie, du simple fait de lire un livre, d’écouter de la musique, de marcher aux cotés d’ombres architecturales ou de se poser aux cotés de la nature, ou plus à proprement parlé de la vie. À travers ses yeux, plus rien n’a d’importance, une remise en question s’impose et l’on se demande s’il ne vaut pas mieux rejoindre cette philosophie simpliste et pourtant si essentielle.

Car oui, deux ans après l’épidémie mondiale que nous connaissons tous, le cinéaste allemand fait le choix de rappeler les fondamentaux : profiter de la vie, profiter de ce que nous offre le monde, tant artistiquement qu’au niveau terrestre. Car avant l’ère technologique existait avant tout un monde de culture, et Perfect Days incarne cette source de partage, de rappels et de liens. Le réalisateur du récompensé Paris, Texas le retranscrit lorsqu’un soir Hirayama reçoit chez lui sa nièce, élevée dans un monde de bonne fortune et pourtant désireuse de suivre son oncle dans ce quotidien ordinaire et routinier mais d’une paix inestimable. De quoi rappeler que le bonheur ne se cache pas dans les richesses que l’on pense.

Tantôt drôle, beau, triste ou encore libérateur, Perfect Days est tout ce dont le monde a besoin et ne pourrait pas mieux définir une époque idéale à la fois si accessible et si lointaine. Il est temps pour Wim Wenders de remporter une seconde Palme d’or.

Perfect Days de Wim Wenders est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Wim Wenders, Takayuki Takuma
Avec Koji Yakusho, Min Tanaka, Arisa Nakano
29 novembre 2023 en salle / 2h 03min / Drame, Comédie
Distributeur : Haut et Court

Synopsis : Hirayama travaille à l’entretien des toilettes publiques de Tokyo. Il s’épanouit dans une vie simple, et un quotidien très structuré. Il entretient une passion pour la musique, les livres, et les arbres qu’il aime photographier. Son passé va ressurgir au gré de rencontres inattendues.

Cannes 2023 : In Flames, les flammes fatales

Le vent se lève au Pakistan, de même que les flammes s’intensifient pour consumer la gent féminine, prise au piège dans un jeu qui n’est pas le sien. In Flames choisit de rendre la parole aux femmes et de faire taire les fantômes qui hantent leurs nuits.

Synopsis : L’existence précaire d’une mère et de sa fille est perturbée lorsque le patriarche de la famille meurt. Elles doivent alors choisir entre affronter leur passé ou se laisser emporter par leurs peurs.

À coté des tapis rouges et de leurs adorateurs, les plus curieux ont eu l’opportunité de découvrir un film de genre pakistanais bien huilé. Zarrar Khan nous présente Karachi, plus grande cité d’une nation dont les femmes vivent l’horreur du patriarcat au quotidien. In Flames s’ouvre sur un drapeau national sale et poussiéreux. Le portrait d’une société malade ne fait donc aucun doute et résonne avec les situations similaires dans d’autres pays d’Orient et de l’hémisphère sud en général.

Friend request

Miriam (Ramesha Nawal), jeune étudiante en médecine, vit avec sa mère dans un appartement aussi miteux que ceux du quartier. Sa solitude se lit sur son visage, meurtri par un évènement que l’on taira mais que le récit émiette tout du long. Si le suspense est intense, c’est qu’il s’agit avant tout des intentions du cinéaste, qui a fait escale au Canada dans sa jeunesse avant de revenir vivre au Pakistan. Il y réalise des films susceptibles d’être censurés mais parvient toutefois à sortir In Flames clandestinement.

La gestion des séquences éprouvantes du long-métrage est frappante. Il s’y discerne une vérité crue de la dimension sociale du pays, axée sur les relations entre hommes et femmes. Une scène de dialogue sur un blanc rappelle par exemple que le mariage est obligatoire afin de s’assoir à côté d’une personne du sexe opposé. Apparent instant de légèreté, il glace aussi le sang car le spectateur prend la mesure de l’épée de Damoclès qui n’attend qu’un faux pas pour s’abattre sur les ambitions d’une jeunesse, interdite d’épanouissement culturel et sentimental.

In Flames est une œuvre dénonçant le patriarcat, mais il s’agit également d’une histoire de fantômes, où la solidarité féminine compte plus que tout pour gagner des droits, de l’indépendance et du respect. Le récit s’érige sur des codes fantastique, voire horrifiques, où des sifflements récurrents ramènent l’héroïne à ses traumatismes, qui entravent sa liberté. Zarrar Khan choisit alors de lutter pour soulager ses personnages d’un tel fardeau, en hommage à toutes celles qu’il a connues et qui partagent ce sentiment désagréable d’être constamment oppressées.

In Flames de Zarrar Kahn est présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2023

Prochainement en salle / 1h 38min / Drame, Epouvante-horreur
Avec Ramesha Nawal, Bakhtawar Mazhar, Omar Javaid..
Distributeur : The Jokers / Les Bookmakers

 

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Cannes 2023 : L’Été dernier, pour l’amour du pire

Les fleurs ont éclos, le soleil est de retour, c’est la même chose chaque année. L’Été dernier ne fait pas exception en matière de sentiments, s’il en existe bel et bien dans cet outrageux nanar en compétition.

Synopsis : Une avocate renommée met en péril sa carrière et menace de briser sa famille en ayant une liaison avec son beau-fils de 17 ans.

Catherine Breillat revient de loin, neuf ans sans réalisation, pour porter une caméra trop lourde pour elle et se rabat inévitablement sur une expérience singulière du visionnage du film danois Dronnigen (Queen of Hearts) de May el-Toukhy. L’autrice d’Une vieille maîtresse et de La Belle endormie connaît davantage Un moment d’égarement (2015) qu’un grand élan révélateur dans le remake qu’elle conçoit. L’amour toxique et interdit entre une mère et son beau-fils sont des sujets légitimes, mais ce qui transparaît dans ce film est tout à fait grotesque, au point de rire jaune dans les scènes de haute tension, mais de maigre sensation.

Anne aime Pierre, Pierre aime Anne, mais le fiston de Pierre aime Anne. Constamment et symboliquement représenté entre ses deux parents, Théo (Samuel Kirscher), un adolescent rebelle qui n’en a plus rien à faire du SIDA ou de multiplier ses conquêtes, se découvre des sentiments. Le jeune mineur ne se doute pas une seconde du mal qu’il peut engendrer en embrassant à pleine bouche sa belle-mère, campée par une Léa Drucker solaire, mais qui ne sert évidemment pas cette intrigue qui a tout d’un prétexte érotique.

Le sexe devient un moyen de pression, en plus d’être l’aboutissement d’une séduction. Ce jeu n’est ni abordé avec finesse, ni exploité par la suite comme un enjeu moral. Anne, avocate dans les abus sexuels familiaux se trouve alors dans une impasse œdipienne. Elle invoque le déni, traité de manière assez légère pour ne pas dire inexistante, car on y arrive à ce moment fatidique des vérités dissimulées et cela a de quoi nous faire oublier ces instants de vie et de gaîté avec les deux filles adoptives d’Anne. Il ne reste que cette odeur infecte et ce goût amer qui reste en travers de la gorge, tellement on ricane nerveusement devant l’absurde tragédie incestueuse. On ne retombe pas en enfance avec le geste, mais bien avec des intentions de mise en scène, confuses pour la majorité, ce qui rend l’expérience insoutenable.

Nous nous doutions déjà que la compétition renouvelée risquait de bouleverser cette édition. Il est donc concevable et recevable d’y trouver tout un tas d’œuvres, synonyme de remous. Et s’il fallait estampiller l’un d’entre eux comme nanar, c’est chose faite et c’est évidemment regrettable. L’Été dernier ne fait pas que décevoir par son expressionnisme malsain, quand bien même on écarte tout jugement de cette relation incestueuse. Là où le bât blesse, c’est dans ce refus de confronter l’amour et le désir des protagonistes, simplement consommés dans un élan juvénile, de manière gratuite et artificielle. On se lève alors rapidement et on prie pour qu’une telle infamie ne déborde pas davantage de la salle de projection.

L’Été dernier de Catherine Breillat est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Remake du film danois, Dronningen (Queen of Hearts), réalisé par May el-Toukhy en 2019.

De Catherine Breillat
Par Catherine Breillat
Avec Angela Chen, Léa Drucker, Samuel Kircher
20 septembre 2023 en salle / 1h 44min / Thriller, Drame
Distributeur : Pyramide Distribution

Cannes 2023 : 100 years of Warner Bros de Leslie Iwerks

Une histoire de famille, une histoire de business puis une histoire d’amour, retour sur 100 ans d’existence de la Warner Bros, l’une des plus grosses sociétés de production cinématographique au monde, au travers de multiples interviews et images d’archives.

Comment parler de 100 ans de cinéma avec près de 5000 films à son actif ? Tantôt révolutionnaire, tantôt avare, la grande maison Warner Bros a eu son lot de triomphes et de désagréments. Leslie Iwerks n’en est pas à son premier exploit archéologique puisqu’en 2007 sort L’Histoire de Pixar, qui retrace avec grande émotion les étapes de création et de déboires d’une des plus grandes maisons du cinéma d’animation. Ici, et ce pour le centième anniversaire du troisième plus vieux studio de cinéma américain encore en activité, Iwerks ne fait pas les choses à moitié puisqu’elle décide de consacrer quatre films d’une heure chacun à ce grand monstre de distribution.

Deux d’entres eux ont été présentés dans cette nouvelle édition cannoise lors d’une séance exceptionnelle dans la salle Agnès Varda, grand nom du Festival de Cannes, sur le fondement ancestral de la famille Warner jusqu’au mouvement du nouvel Hollywood. 100 years of Warner Bros connaît parfaitement son sujet et raconte sans pudeur l’histoire des frères Warner, d’abord rêveurs puis avides de pouvoir, triste vérité qui causera leur perte des années plus tard, tant au niveau des studios que de leur patrimoine familial, une promesse plus qu’une richesse à savoir le serment de toujours rester liés.

Plus qu’une simple histoire de famille, les studios Warner sont avant tout une histoire de passionnés, ce que l’on peut aisément ressentir au travers de divers entretiens avec des cinéastes de renom tels que Martin Scorsese, Clint Eastwood, Oprah Winfrey ou encore des membres de la famille des quatre fondateurs, mais il est également question de révolution, car Warner Bros est aussi et avant tout, l’un des précurseurs du son synchronisé avec notamment The Jazz singer qui marquera l’ère du cinéma sonore en 1927.
D’un revers un peu plus sombre, comme dans toute industrie, Iwerks ne lésine sur aucun détail et s’aide de diverses et rares interviews d’acteurs, réalisateurs ou actrices qui n’ont pas hésité à se prononcer sur les méthodes douteuses de Jack Warner (comme Olivia de Havilland ou encore Bette Davis), le plus tyran et cupide de la fratrie dont l’ambition eut raison du matériau originel : l’amour du cinéma.

Anecdotes, ressentis ou encore confessions, 100 years of Warner Bros est un documentaire d’une richesse absolue pour tous les cinéphiles ou historiens du monde, et bien que quelques commentaires imagés soient d’une maladresse presque attendrissante, ce film en quatre parties a le don si particulier de ne jamais lester son sujet mais de, à chaque instant, prendre plaisir à partager un art universel.

100 years of Warner Bros (100 Ans de Warner Bros), un documentaire de Leslie Iwerks fait partie de la sélection Cannes Classics 2023 : les documentaires.

Date de sortie inconnue / 2h00min / Documentaire
Avec Martin Scorsese, Clint Eastwood, Christopher Nolan, Oprah Winfrey, Chris Columbus,…

Synopsis : Ce documentaire explore l’origine, l’évolution et la longévité du studio Warner Bros. – d’une affaire de famille à un géant mondial – à l’occasion de son 100e anniversaire en 2023. Mettant en scène des cinéastes, des acteurs et des dirigeants de légende qui ont créé certaines des histoires les plus marquantes, 100 Ans de Warner Bros. raconte l’histoire de la passion et de l’innovation, et propose un voyage dans les coulisses de « ce dont les rêves sont faits ».

Cannes 2023 : Vers un avenir radieux, chantons dans le vide

Filmer le cinéma, une tendance au bout du rouleau ? Vers un avenir radieux souhaite décomplexer cette démarche à la force d’une comédie loufoque comme seul Nanni Moretti sait le faire.

Synopsis : Giovanni, cinéaste italien renommé, s’apprête à tourner son nouveau film. Mais entre son couple en crise, son producteur français au bord de la faillite et sa fille qui le délaisse, tout semble jouer contre lui ! Toujours sur la corde raide, Giovanni va devoir repenser sa manière de faire s’il veut mener tout son petit monde vers un avenir radieux.

Après être reparti bredouille de la Croisette avec Tre Piani deux ans plus tôt, le réalisateur de La Chambre du fils et de Mia Madre évoque le coup de vieux dans son neuvième film. Loin d’être dépressif à l’idée de ne plus pouvoir revenir avec un bon plat de résistance, ce dernier a opté pour le dessert d’une générosité sans égal, qui peut toutefois nuire à son esprit enchanté.

Nous savons que l’humour reste sa plus grande force, notamment lorsqu’il contourne les traits de l’humanité. La dernière fois, il s’agissait  d’une provocation plus que d’une véritable intention de nous balader dans les étages d’un immeuble. Ici, il préfère disserter sur ses plans et discuter de leurs valeurs, de leur symbolisme, tout en essayant de contenir tous ses personnages sous le même chapiteau. Il y parvient au forceps et avec une élégance rare, celle de larguer son public dès les premières séquences, annonçant le gros boomer qu’il est devenu ou qu’il ignore être.

Nous sommes invités à suivre le quotidien exaspérant de Giovanni, à qui Moretti  prête ses mimiques. Ce réalisateur en mal d’idées, de financement et d’une équipe irréprochable, traverse un trou noir car tout va mal jusque dans son foyer. Sa femme (Margherita Buy) voit un psychanalyste et, sa fille (Valentina Romani) fréquente un homme plus vieux que son paternel. Parallèlement, son film piétine, aussi bien sûr le tournage que dans les sessions de brainstorming. Les Italiens associent exclusivement les Russes au parti communiste, on crée des anachronismes par mégarde sur scène et on semble confondre le thème politique du film avec une romance. Pourtant, cette histoire d’amour existe bel et bien, mais envers qui ou envers quoi ?

La recette sucrée du cinéaste italien trouvera ses adorateurs et d’autres bouderont dans leur coin. Que l’on soit du premier ou du second bord, Moretti questionne sa légitimité à prolonger une vision vraisemblablement périmée et nostalgique. Les nouveaux jeunes cinéastes travaillent plus vite, quitte à garder la première prise, à précipiter l’épilogue ou à s’aligner sur le cahier des charges « what the fuck » de la plateforme au grand N rouge qui, rappelons-le encore une fois, est distribué dans 190 pays.

Nanni Moretti a pété les plombs et c’est un soulagement pour lui. Pour nous, c’est une autre histoire. Cette aventure lui est personnelle et il n’hésite pas à filmer un portrait de famille dans son générique de fin. Il se permet également d’intégrer de la musique pop et culte, comme s’il condensait tout ce qu’il a autrefois refusé dans une to-do list de luxe. Exit Lola de Jacques Demy ou La Dolce Vita de Federico Fellini, place à un fourre-tout étincelant qu’il agrémente de son tact. Vers un avenir radieux se situe donc là, entre la fiction et la réalité, comme le dindon de la farce d’une compétition amorphe. On peut apprécier le geste, la manière un peu moins. C’est ce qui rend cette œuvre anecdotique, tout en portant un regard pessimiste sur le cinéma dans le déclin. Moretti nous vomit alors ses doléances en plein dans les yeux et les oreilles, pourvu qu’ils soient encore ouverts.

Vers un avenir radieux de Nanni Moretti est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Titre original Il sol dell’avvenire
Par Francesca Marciano, Nanni Moretti
Avec Nanni Moretti, Zsolt Anger, Jerzy Stuhr
28 juin 2023 en salle / 1h 36min / Comédie dramatique, Drame, Comédie
Distributeur : Le Pacte

Cannes 2023 : La Passion de Dodin Bouffant, l’Eugénie Gourmet

Un gourmet est un glouton qui se domine. La Passion de Dodin Bouffant ouvre ainsi l’appétit, tout en sublimant une histoire d’amour, une bouchée après l’autre.

Synopsis : Eugénie, cuisinière hors pair, est depuis 20 ans au service du célèbre gastronome Dodin. A force de passer du temps ensemble en cuisine, une passion amoureuse s’est construite entre eux où l’amour est étroitement lié à la pratique de la gastronomie. De cette union naissent des plats tous plus savoureux et délicats les uns que les autres qui vont jusqu’à émerveiller les plus grands de ce monde. Pourtant, Eugénie, avide de liberté, n’a jamais voulu se marier avec Dodin. Ce dernier décide alors de faire quelque chose qu’il n’a encore jamais fait : cuisiner pour elle.

Avec L’odeur de la papaye verte, le réalisateur Hùng Tran Anh nous avait déjà proposé quelques mets délicieux à Saïgon. Cette fois-ci, on file dans une bourgade bien franchouillarde, dont le menu a de quoi être aussi copieux que Festin de Babette, à première vue. Sa présence en compétition n’est pas une surprise, loin de là, car les qualités de l’intrigue se situent davantage dans le ballet culinaire, que dans les relations tendues entre les convives. Ici, il n’y a que tendresse et amour dans les plats préparés. Le cinéaste franco-vietnamien adapte ainsi le roman de Marcel Rouff, telle une vitrine qui rend à la fois hommage à la cuisine française, aux bons vins et à son pays d’accueil.

Bon appétit !

Juliette Binoche et Benoît Magimel, autrefois un couple dans la vie, sont à présent de retour à l’écran. Elle est Eugénie, une cuisinière, et lui le célèbre gastronome Dodin. Pas besoin d’en savoir plus avant de poser ses yeux sur le spectacle musical que l’on peut entendre quotidiennement dans les coulisses des meilleures recettes. La cuisine prend vie, le choc des casseroles chaudes annonce la couleur des plats, la cueillette des légumes est précise, tout comme le dressage des assiettes. La première demi-heure a de quoi faire saliver n’importe quel festivalier qui a manqué son dernier repas ou qui regrette déjà son sandwich un peu trop léger avant la séance.

Eugénie endure une journée entière de dur labeur, afin de satisfaire les messieurs, qui se trémoussent dans leur plus beau costume d’apparat. Ils se délectent de chaque instant où un plateau défile devant eux et regardent la nourriture comme une proie prise au piège dans une assiette creuse. Le but est d’abord de communier avec l’aliment dans une ambiance solennelle et respectueuse. La cuisine prend du temps et ce temps considérable est aussitôt mâché contre plusieurs minutes de bonheur. La caméra de Tran Anh se capture ainsi tout ce qui fait l’essence de la gastronomie un art des plus appétissants.

Et au-delà de ce travail de précision, on distingue ces deux êtres, qui se tournent autour et qui préparent leurs plats ensemble. Pourtant, ils partagent rarement la même table, si ce n’est pour y déclarer leur amour, car c’est là toute la beauté du geste du cinéaste, qui transmet ce sentiment à travers les plats qu’il filme. Cela a de quoi s’essouffler un peu dans entre deux passages au fourneau, car les interactions se veulent moins subtiles et plutôt lyriques. C’est ce que l’on peut dire de ce Dodin, finalement transformé en poète dans un élan gustatif, qui n’attend qu’une petite lichette de vin pour rehausser un goût qui ne demande qu’à exploser entre la langue et le palais.

Ce jeu de séduction à travers les vertus de la cuisine, qu’elle soit hautement gastronomique ou humblement rustique, fait de La passion de Dodin Bouffant une belle surprise. Rien de foncièrement transcendant dans la mise en scène, qui s’occupe de donner vie aux ingrédients qui frétillent sous la chaleur des plaques. Il reste alors cette romance culinaire que l’on apprécie pour sa sincérité, qui nous affame juste assez pour avancer notre prochain repas.

La Passion de Dodin Bouffant de Tran Anh Hung est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Tran Anh Hung
Avec Emmanuel Salinger, Juliette Binoche, Benoît Magimel
8 novembre 2023 en salle / 2h 14min / Drame, Historique, Romance
Distributeur : Gaumont Distribution

Cannes 2023 : Kubi, samouraï gag

L’humour et le nihilisme qui traversent les œuvres de Takeshi Kitano font de lui un auteur hors du commun. Avec Kubi, signifiant « cou », il n’hésite pas à faire tomber des têtes de samouraïs dans un jeu de pouvoir et de trahison.

Synopsis : Au 16ème siècle, le Japon est tourmenté par les conflits qui opposent des gouverneurs de province rivaux. Parmi eux, le seigneur Oda Nobunaga, déterminé à prendre la tête du pays, est en guerre contre plusieurs clans lorsque l’un de ses généraux, Araki Murashige, intente une rébellion avant de disparaître. Nobunaga réunit alors ses autres vassaux, dont Mitsuhide et Hideyoshi, et leur ordonne de capturer le fugitif Murashige, en leur promettant que « celui qui trime le plus deviendra son successeur ». Bien qu’ils ne partagent pas les mêmes opinions et stratagèmes, tous se retrouvent bientôt à la croisée des chemins, celle du temple Honno-ji où ils ont rendez-vous avec leur destin. Reste à savoir de quel côté leur tête va tomber…

Kitano est de retour sur la Croisette depuis son Outrage en 2010. Le cinéaste maîtrise l’art du montage vif, qui laisse rarement le temps à une action d’expirer. Il se vante même de rivaliser avec le maître Akira Kurosawa, mais cette boutade ne doit en rien gâcher l’expérience d’un bon film de samouraïs, où l’on jubile à chaque scénette qui manque de peu son harakiri.

D’entrée, nous découvrons des cadavres de soldats décapités, promesse d’un divertissement bien violent en plus d’un humour bien sucré. Le film n’a pas un genre distinct, naviguant entre les coups de sabres, les liaisons dangereuses de la stratégie, les sous-fifres qui rêvent de décorations et de fortune, et les seigneurs de guerre aux regards tournés vers le sommet de la hiérarchie. Le daimyo Oda Nobunaga (Ryō Kase) doit être destitué et au plus vite, avant que ses caprices et son attrait pour les divertissements sordides n’empoisonnent toute sa chaine de commandement. Lors des réunions, on se dévisage plus qu’on établit un plan de bataille. La justesse de l’intrigue réside donc là, dans ces petits échanges, créant la tension de trop qui fait chavirer ce beau monde, déjà teinté de sang.

La mise en scène offre également de magnifiques travellings, où le décor rural et les montagnes surplombent les personnages, dont l’espérance de vie est limitée. Alors que l’on court dans tous les sens pour retrouver Araki Murashige (Kenichi Endō), le chef révolutionnaire, ce sont Mitsuhide (Hidetoshi Nishijima) et Hashiba Hideyoshi (Takeshi Kitano) qui orchestrent des coups bas dans l’ombre. Cela donne lieu à des scènes hilarantes d’empoisonnement manqué ou bien d’assassinats répétés sur des doublures. La succession de têtes tranchées devient alors le running gag de Kitano, satisfait de nous avoir séduit avec aussi peu d’exigences et, au fond, nous ne demandions pas plus.

Si nous sommes loin de ses œuvres prestigieuses comme Zatoichi, Hana-bi, L’Eté de Kikujiro ou Sonatine, mélodie mortelle, il est toujours bon d’apprécier l’humour de Takeshi Kitano à sa juste valeur. Il embellit ainsi la sélection de Cannes Première d’un beau film d’époque, de son charisme légendaire et de son ton pince-sans-rire, qui rafraichissent l’audience d’un festival finissant sur une note ensoleillée.

Kubi de Takeshi Kitano est présenté à Cannes Première au Festival de Cannes 2023

Adaptation de l’ouvrage éponyme de Takeshi Kitano (2019)

Par Takeshi Kitano, Takehiko Minato
Avec Takeshi Kitano, Hidetoshi Nishijima, Ryô Kase
Prochainement / 2h 11min / Historique, Action, Drame

Films tant attendus en 2023

L’année 2023 suit son cours, et comme toujours, l’industrie cinématographique s’active pour offrir le meilleur aux cinéphiles, tout comme le secteur du jeu vidéo. Depuis le début de l’année, de percutantes œuvres cinématographiques égaient les amateurs du grand écran, et selon le calendrier, ces sorties ne feront que s’intensifier. Ici, nous avons répertorié quelques-uns des meilleurs films de la liste, ceux que vous ne devez rater pour rien au monde. Nous vous en parlons plus bas.

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 Teenage Mutan Ninja Turtles : Mutan Mayhem

Il s’agit d’une autre aventure des Tortues Ninjas, très connues du grand public. Dans ce film, elles sont confrontées à un défi plutôt sérieux et doivent affronter une horde de mutants ayant envahi New York, mais pas que. Elles devront également affronter d’autres Ninjas comme elles, des criminels, des extraterrestres, bref, cette aventure ne sera pas de tout repos !

Cependant, ces tortues trouveront des occasions pour des instants d’humour. Envie de tout découvrir à propos de cette œuvre cinématographique qui saura être aussi divertissante que la roulette en ligne ? Rendez-vous en salle le 4 août 2023.

Blue Beetle

Ce film présente un homme à l’apparence innocente et inoffensive, mais dont l’histoire changera de façon radicale. En effet, il a été choisi par un scarabée pas comme les autres. Cette bestiole est une ancienne relique extraterrestre et a pris cet homme comme son hôte.

Il le revêt d’une armure superpuissante et le dote de pouvoirs inimaginables. Le nouveau super héros malgré lui devra prendre ses responsabilités. La sortie de ce film est prévue pour le 18 août prochain.

Equalizer 3

Après les deux premiers opus, McCall continuera sa mission de justicier dans une nouvelle aventure. Dans ce nouveau film qui sera le dernier de la saga basée sur une série télévisée éponyme, McCall s’est fait de nouveaux amis. Cependant, parmi ces derniers, il y en a qui sont recherchés par la mafia.

Denzel Washington enfilera encore une fois son manteau de justicier pour voler à leur secours. Apprêtez-vous donc puisqu’il sera lancé très bientôt, en septembre prochain.

Wish

Cet anime vous permettra de vous évader dans un univers digne de Disney avec à la clé un scénario impressionnant. En effet, ce studio nous présente une cité dans laquelle les rêves et les souhaits peuvent se réaliser. Vous verrez aussi l’origine de l’étoile filante qui a toujours été utilisée dans les animes de Disney. Cette bande dessinée sera disponible à partir du 22 novembre prochain.

Aquaman And The Lost Kingdom

Né de l’union d’un homme et d’une femme appartenant au monde sous-marine, Arthur (Jason Momoa), devint le roi de l’Atlantide au terme d’une longue bataille : c’était le premier opus. Dans cette nouvelle aventure, le nouveau roi devra protéger son royaume de la dévastation. En sera-t-il capable ? Nous attendons tous le 25 décembre pour plus de détails.

  clap-cinema2023

2023 : une année très mouvementée pour les cinéphiles

Rien qu’à lire le titre des films présentés plus haut, on se rend compte que l’industrie du cinéma a tout prévu pour le bonheur des amateurs. Chaque œuvre présente un scénario qui saura tenir en haleine. À présent, vous n’aurez qu’à marquer les dates et vous rendre dans les meilleures salles de cinéma parisiennes ou partout ailleurs en France.

Article contributeur par Shelley

Cannes 2023 : The Idol de Sam Levinson

Sexe, drogues & pop : le scandale cannois 2023 par Sam Levinson, Abel Tesfaye et Lily-Rose Depp. Parce que, qu’est-ce qu’un Festival de Cannes sans drama ?

De la Dolce Vita, en passant par Irréversible ou encore Crash, Cannes a eu son lot de scandales et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Présenté en deux épisodes consécutifs, The Idol a provoqué un véritable esclandre lors de sa projection. Malgré les nombreux scandales qu’a pu avoir Cannes au fil des ans, les films ont ensuite eu leur part de renom, parfois classés au rang de films cultes et de classiques du genre, d’où la beauté de cette tradition à heurter la morale. Mais en sera t-il de même pour la série de Sam Levinson, créateur entre autres de la série à succès Euphoria ou du sublime huis clos dramatique Malcolm & Marie ?

Pas sûr. Oui le film est trash, oui il pointe du doigt une vérité cruelle dans le monde de la célébrité mais y a t-il vraiment du coffre derrière cette succession d’images vulgaires ? Pas tant que ça, du moins pour l’instant. Car rappelons-le, il ne s’agit que de deux épisodes sur six, et Thierry Frémaux a d’ailleurs annoncé qu’il serait même possible d’avoir finalement un film plutôt qu’un show télévisé. Alors peut-on vraiment juger ce qui n’est pas finalisé ?

Un peu, mais avec réserve. Car finalement, bien que la relation toxique entre Jocelyn et Tedros manque cruellement d’alchimie, on a presque envie de dire, tant mieux ? Après un drame familial, le personnage de Lily-Rose Depp se retrouve totalement démuni et incapable de retrouver le feu qui autrefois lui donna le titre de pop star. Tedros, joué par The Weeknd, aka Abel Tesfaye, va l’aider à surmonter cette peur mais en y glissant un certain poison entre les entrailles de la jeune femme. Manigances, sexe cru et trahison sont au centre de cette œuvre huée. Pourtant, il y a bien une scène que l’on doit retenir et qui mérite peut-être de s’y attarder plus encore sur les prochains épisodes et c’est une scène d’une violence émotionnelle pour la diva, une séquence interminable lors d’un tournage pour le clip du nouveau tube de la star. Lily-Rose Depp montre sans doute pour la première fois son talent d’actrice, la scène est suffocante, on a de la pitié pour elle, au point de retrouver une réelle sympathie pour ce personnage tantôt exécrable. Rien n’est joué mais rien n’est perdu donc. Quant à Abel Tesfaye qui se retrouve de nouveau devant des caméras et bien… les prochains épisodes nous le diront, car pour le moment, à part l’écriture du personnage qui fait effectivement de lui un antagoniste détestable, cruel et manipulateur, le reste, c’est du vide…

La série The Idol de Sam Levinson est présenté Hors Compétition au Festival de Cannes 2023

Avec Lily-Rose Depp, Abel Tesfaye, Rachel Sennott, Hank Azaria,…
Le 04 juin 2023 aux Etats-Unis / Drame
Distributeur : HBO

Bande-annonce : The Idol

Synopsis : Après une dépression nerveuse, Jocelyn est déterminée à récupérer son titre de pop star la plus populaire. Tedros, propriétaire de boîte de nuit et leader d’une secte, ranime la flamme en elle. Cependant, cette romance est dangereuse pour Jocelyn.

Cannes 2023 : Strange Way of Life de Pedro Almodóvar

Le langage du désir n’a jamais été aussi poussé chez Pedro Almodovar avec ce court-métrage très attendu sur la croisette : Strange Way of Life ou l’histoire de deux cowboys, réunis le temps d’une nuit après s’être aimés des années auparavant.

Annoncé comme une réponse à l’inimitable Brokeback Mountain, Strange Way of Life s’est arraché les foules lors de son unique projection à Cannes, au point que le Festival a pris comme décision, au grand bonheur de ses festivaliers, de rajouter in extremis deux séances quelques jours plus tard. Il faut dire qu’avec une annonce pareille, avec pour têtes d’affiche Pedro Pascal et Ethan Hawke, on ne pouvait que prévoir ce mot que tous les accrédités redoutent : complet.

Mais alors, que donne cette transgression sulfureuse au temps du western par ce réalisateur reconnu pour détourner les codes ? Mitigé. Ethan Hawke et Pedro Pascal sont fabuleux, dans cette romance queer entre deux anciens hors la loi. Le design signé Saint Laurent l’est tout autant et l’affiche se nomme perfection. Mais… ça manque un peu de consistance. La durée n’est pourtant pas mise en cause, tout est lucide, tout est beau et tout est à l’image du metteur en scène, d’une grande précision. Cependant, on reste sur sa faim avec une petite déception qui pend gentiment au nez. Peut-être à l’image des héros, que la frustration a tenus en exil toutes ces années. Du coup, une réussite ?

Strange Way of Life va beaucoup faire parler de lui et ce, des années durant, car Almodóvar s’amuse de cette ambiguïté. Mais n’est-ce pas là le secret de tout film, rester dans les mémoires, peu importe les raisons ? Il est clair que d’une façon ou d’une autre, le cinéaste espagnol aboutit toujours à une certaine excellence, que ce soit dans son esthétique, sa mise en scène ou même sa communication. En tout cas, ce court-métrage est à l’image du film de Ang Lee : inimitable, mais pour des raisons bien plus éloignées que prévu.

Strange Way of Life de Pedro Almodóvar est présenté Hors Compétition au Festival de Cannes 2023

Titre original : Extraña forma de vida
Avec Pedro Pascal, Ethan Hawke, Manu Ríos,…
Le 16 août 2023 en salles / Western, Drame, Romance
Durée : 31 minutes
Distributeur : Pathé

Bande-annonce : Strange Way of Life

Synopsis : Silva traverse le désert à cheval pour retrouver Jake qu’il a connu vingt-cinq ans plus tôt lorsqu’ils étaient tous deux tueurs à gages. Silva souhaite renouer avec son ami d’enfance désormais shérif mais ces retrouvailles ne sont pas sa seule motivation…