Cannes 2023 : La Chimère (La Chimera), souvenirs d’outre-tombe

Cette boule au ventre, cette sensation vertigineuse qui nous pousse à creuser toujours plus loin, c’est La Chimera, une créature intérieure que l’on projette sur le monde. Le film cherche alors à combattre cette sensation douteuse, en poussant le concept de l’archéologie jusqu’à la moelle.

Synopsis : Chacun poursuit sa chimère sans jamais parvenir à la saisir. Pour certains, c’est un rêve d’argent facile, pour d’autres la quête d’un amour passé… De retour dans sa petite ville du bord de la mer Tyrrhénienne, Arthur retrouve sa bande de Tombaroli, des pilleurs de tombes étrusques et de merveilles archéologiques. Arthur a un don qu’il met au service de ses amis brigands : il ressent le vide. Le vide de la terre dans laquelle se trouvent les vestiges d’un monde passé. Le même vide qu’a laissé en lui le souvenir de son amour perdu, Beniamina.

Déjà un Grand Prix (Les Merveilles) et un prix du scénario (Heureux comme Lazzaro) dans la poche, Alice Rohrwacher est une habituée de la compétition cannoise, sans oublier ses passages à la Quinzaine des réalisateurs. Elle revient avec la ferme intention d’investir le passé pour que ses protagonistes puissent enfin renouer avec l’instant présent.

Le fil d’Ariane

La réalisatrice italienne nous emmène dans l’Étrurie, une région où l’on avait l’habitude de retourner la terre pour accéder aux merveilles de la Rome Antique. Dans les années 80-90, Arthur (Josh O’Connor) semble revenir de loin. Pas en termes de distance mais de temps. L’homme est sans attache et recherche instinctivement les objets perdus et enfouis sous les socles de terre.

Devenu leader d’un groupe de profanateurs malgré lui, Arthur monnaie ses explorations aux plus offrants, pourvu qu’il puisse profiter de son petit cabanon qui lui rappelle tant de souvenirs. L’Histoire nous apprend qu’on finit toujours par piller les générations précédentes. Ses partenaires y voient le profit avant tout, une nécessité dans leur bourgade de terrains vagues et de bâtiments abandonnés.

Alice Rohrwacher passe un coup de brosse sur les paysans démunis, qui boivent, chantent et dansent pour oublier leur malheureuse petite vie. Pour Arthur, qui n’est ni bourreau des cœurs, ni architecte d’intérieur, il se surprend à jouir de ce qu’il possède dans l’instant. Le peu d’échanges cocasses et gestuels qu’il entretient avec Italia (Carol Duarte) pourrait presque faire oublier cette chaîne qu’il traîne autour du coup, ce poids d’un amour disparu et rendu à la terre.

L’Italie semble également avoir oublié certaines chose et ce film peut se voir comme une ode à la mémoire des défunts. Plus on creuse vers le passé, plus l’étude des classes sociales devient pertinente. L’approche est quasi abstraite, avec de nombreux ralentis ou des quatrièmes murs brisés, provoquant ainsi une sensation de plénitude dans la narration.

Dans cette campagne qui n’a donc pas grand-chose à offrir de bon à la surface, tout le monde cherche à combattre la chimère qui empêche d’avancer et de respirer avec les vivants. Le récit est touchant, même s’il aurait gagné à être plus tonique.

La Chimère (La Chimera) est un film d’Alice Rohrwacher est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Titre original : La Chimera
Avec Isabella Rossellini, Alba Rohrwacher, Josh O’Connor, Vincenzo Nemolato, Carol Duarte, Luca Chikovani…
6 décembre 2023 en salle / 2h 10min / Comédie dramatique, Drame, Comédie
Distributeur : Ad Vitam

Festival

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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