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Pouvoir et transformation dans « Un loup pour l’homme »

Les éditions Dupuis publient Un loup pour l’homme, de Mathieu Reynès et Valérie Vernay. Le récit, prenant, met en scène des personnages complexes, aux motivations et fêlures vertigineuses.

Un loup pour l’homme prend pour cadre la France du début des années 1930. Mathieu Reynès et Valérie Vernay, respectivement scénariste et illustratrice, combinent des éléments réalistes et fantastiques, organisant habilement l’immixtion des seconds parmi les premiers. Ils nous transportent dans un monde paysan fortement hiérarchisé, où la lycanthropie n’est pas seulement une légende, mais une réalité qui peut être aussi terrifiante que libératrice.

L’album se déploie notamment autour du personnage du « Baron », un propriétaire terrien qui, après une tentative d’agression sexuelle sur l’une de ses employées, se retrouve infecté par la malédiction de la lycanthropie. Les auteurs dépeignent le « Baron » comme un personnage puissant, froid et calculateur, régentant son domaine agricole d’une main de fer.

Cela n’est pas sans répercussion. Son fils Eugène est aux prises avec un complexe d’infériorité, symbolisé par sa rivalité avec Markus. Ce dernier est un autre personnage-phare : jeune homme recueilli par la famille, il travaille depuis lors dans le domaine agricole en tant que mécanicien et est considéré, dans un premier temps, comme un fils de substitution par le « Baron ». C’est précisément ce que lui reproche Eugène : d’être mieux traité que lui que par son propre père.

Les interactions dynamiques et parfois dysfonctionnelles entre les différents personnages évoquent des thèmes tels que l’appartenance, la légitimité sociale ou l’amour. Ce dernier n’est pas amené de front, mais il sous-tend néanmoins les rapports entre Markus et Louison. La fille du « Baron » cherche du réconfort dans les bras du jeune mécanicien, elle peine à verbaliser ses sentiments envers lui et accueille avec circonspection ses rapports avec Maya, jeune fille rejetée par la société, qualifiée de « sauvageonne ». Elle vit parmi les loups dans la forêt voisine. Son personnage rappelle l’archétype du « wild child » présent dans de nombreux mythes et légendes, tels que Le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling. Et son lien avec les lycanthropes offre une exploration subtile de la dualité de l’homme et de la bête. Maya n’est par ailleurs autre que la fille de cette employée retrouvée pendue à un arbre après s’être refusée au « Baron ».

Les dessins de Vernay, très réussis, disposent de tout l’espace nécessaire à leur expression. Car la mise en page et la disposition des cases favorisent une progression rythmée de l’intrigue, parfois avec peu de dialogues, ce qui renforce l’impact des images. De leur côté, les personnages s’avèrent bien développés, chacun évoluant avec ses propres motivations et vulnérabilités et offrant une psychologie nuancée qui enrichit le récit. Cela est bien illustré par Camille, un fidèle du « Baron » prêt à se sacrifier pour le bien des autres.

En tant que mécanisme de transformation, la lycanthropie n’est pas seulement utilisée comme un simple outil de terreur, mais aussi comme une métaphore de la libération (des pulsions, des conditions) et du pouvoir. Le personnage de Maya, dont l’existence est étroitement liée à celle des loups, offre une perspective intéressante sur la nature et la civilisation, avec une réflexion sous-jacente sur la sauvagerie, la liberté et l’isolement. On peut penser à Jean-Jacques Rousseau et à l’homme à l’état de nature en comparant son mode de vie à celui, corrupteur, en rupture avec l’environnement (la chasse, par exemple), du domaine « Baron ».

Mathieu Reynès et Valérie Vernay parviennent à un équilibre appréciable entre l’action et l’émotion, le réel et le fantastique, l’espoir et le désespoir. Ils portraiturent un milieu social sur lequel un seul homme, le « Baron », a su projeter une ombre menaçante. Quant à la proie…

Un loup pour l’homme, Mathieu Reynès et Valérie Vernay
Dupuis, mai 2023, 184 pages

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3.5

Cannes 2023 : Rapito (l’Enlèvelement), baptême du vice

Le dogme et la foi sont les maîtres-mots de cette hérésie chrétienne, où l’institution papale commet un enlèvement (rapito), arrachant ainsi un enfant à sa famille juive. Sa conversion devient alors un objet d’étude entre deux camps religieux, en parallèle d’une Italie qui déambule vers son unification.

Synopsis : En 1858, dans le quartier juif de Bologne, les soldats du Pape font irruption chez la famille Mortara. Sur ordre du cardinal, ils sont venus prendre Edgardo, un fils de sept ans. L’enfant aurait été baptisé en secret par sa nourrice étant bébé et la loi pontificale est indiscutable : il doit recevoir une éducation catholique. Les parents d’Edgardo, bouleversés, vont tout faire pour récupérer leur fils. Soutenus par l’opinion publique de l’Italie libérale et la communauté juive internationale, le combat des Mortara prend vite une dimension politique. Mais l’Église et le Pape refusent de rendre l’enfant, pour asseoir un pouvoir de plus en plus vacillant…

Très attendu dans les coulisses et sur le tapis rouge, Marco Bellocchio est toujours le bienvenu dans un festival où la dissection de ses personnages déchus se remarque. Le réalisateur de Vincere, Le Traître et de la mini-série Esterno notte, présenté à Cannes l’an passé, évoque les déchirements historiques qu’a connu son Italie natale. Aux côtés de Susanna Nicchiarelli, il adapte le livre Il caso Mortara (L’affaire Mortara) de Daniele Scalise, où le jeune Edgardo Mortara (Enea Sala), un enfant de confession juive, est baptisé à son insu.

Rappelons que Steven Spielberg était initialement annoncé sur ce même récit, prévu pour fin 2017, de même que sur le cinquième volet d’Indiana Jones. La force des choses fait qu’aucun de ces projets fut mener à terme par l’Américain. Et le hasard du calendrier provoque que les deux œuvres ont pu atteindre la toile du Grand Auditorium Louis Lumière en cette 76e édition du festival.

Non possumus (nous ne pouvons pas)

L’intrigue débute sur les terres de Bologne, en 1858, où l’état Vatican missionne des agents afin de rapatrier Edgardo vers le lieu saint. Dès lors que l’enfant est sous la tutelle de l’Église, cela ne signifie pas pour autant que sa santé mentale soit garantie. À travers ses yeux effrayés, la caméra de Bellocchio nous offre un autre point de vue sur le Christ. Un peu plus tôt dans la semaine, nous pouvions déjà suivre cette démarche dans le dernier film de Warwick Thornton, The New Boy, où un aborigène australien se convertit peu à peu au sein d’un monastère. Ici, la suprématie papale occasionne que le quotidien des enfants tient d’un univers carcéral.

La figure du Pape Pie IX en subit les conséquences car les journaux remplissent leurs colonnes de caricatures grotesques, à faire cauchemarder le chef de l’Église. Ce dernier est vu comme un monarque capricieux, qui trompe Edgardo. Le garçon, n’ayant jamais renié ses origines ou sa famille, subit une métamorphose tragique, jusqu’au bout de sa vie. Sa volonté ne lui appartient plus et sa trajectoire devient fascinante.

À 83 ans, Marco Bellocchio continue de faire des étincelles, pensant via sa caméra une foi que ses personnages recherchent et redoutent. L’exercice apparaît néanmoins académique, que ce soit dans son découpage ou sa façon de mettre en lumière le divin dans les yeux des protagonistes. Traitant aussi tous les points attendus de son récit, le cinéaste survole la conclusion de Rapito et déçoit quelque peu sur sa thématique familiale.

L’Enlèvement (Rapito) de Marco Bellocchio est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

https://www.youtube.com/watch?v=mMuqhIEc7bk&t=1s

Par Marco Bellocchio, Susanna Nicchiarelli
Avec Paolo Pierobon, Enea Sala, Leonardo Maltese
25 octobre 2023 en salle / 2h 15min / Drame
Distributeur : Ad Vitam

La Petite Sirène, Halle est belle, notre Ariel

Décidément, il est beau le cinéma actuel de Disney. Entre gestion très douteuse de la saga Star Wars, saccage du Marvel Cinematique Universe, méthodes de travail à peines légales imposées à leurs équipes et paresse sans limite des productions, on a bien du mal à reconnaître l’âme du studio qui nous a jadis tant offert. Désormais bien lancés dans les remake insipides, c’est La Petite Sirène qui s’offre un rafraîchissement. Mais à l’instar d’Ariel qui perd sa voix, le studio aux grandes oreilles continue-t-il de faire sombrer son âme au cœur des abysses ?

Sous l’océan

Pouvait-on réellement espérer une belle relecture qui transcenderait l’œuvre originale ? Non. Disney ne le cache pas, leur but n’est jamais de faire mieux. Tout ce que l’on pouvait espérer, c’était un film pas désagréable, joli et suffisamment bien raconté pour ne pas dénaturer l’œuvre originale. On se souvient du catastrophique Roi Lion de Jon Favreau, visuellement somptueux mais détruit par un photoréalisme qui l’amputait de toute magie. Après visionnages VO et VF de La Petite Sirène, nous sommes à la fois fatigués et rassurés. Rassurés parce que ce n’est pas si terrible qu’attendu, fatigués parce que ca reste assez moyen.

Pour ce projet, nous sommes en eaux connues durant 2h10. Oui, pas 1h30. Malheureusement et malgré les 40mn de film supplémentaires, on peine à trouver du neuf.  On citera pour exemple les sœurs d’Ariel, toujours inexistantes et ici cantonnées au rang de symbole de diversité au cinéma. 2023 oblige, quelques dialogues ici et là viennent apporter un message écologique ou progressiste. Pour les différences, quelques éléments géniaux disparaissent (Sébastien qui échappe au chef cuisinier) quand d’autres sont mieux expliqués (Triton et Ursula sont frère et sœur, information absente du film de 89). Le rap fait également son apparition, dans quelques moments amusants On notera également l’arrivée d’une nouvelle chanson mettant Eric à l’honneur, assez réussie. Tout le reste est identique, en moins bien. Restent la relation entre Ariel et son prince, soignée et à l’alchimie sincère, et Sébastien, sauveur du projet. Eureka s’en sort sans y laisser trop de plumes, bien aidée par sa capacité miraculeuse à parler et à respirer sous l’eau (Disney et le photoréalisme, c’est quand ça les arrange). Malheureusement, difficile d’en dire autant de Polochon, maltraité visuellement et totalement transparent dans l’œuvre.

Bonjour la calamité

Acclamé par certains, totalement rejeté par beaucoup, le choix de Halle Bailey dans le rôle d’Ariel a suscité de vives (et stupides) polémiques. Disons le tout de suite, la jeune comédienne fait une Ariel très convaincante. Espiègle, curieuse et rebelle sous l’eau, étourdie, rêveuse et perdue sur terre, l’actrice nous envoûte, pauvres marins, la plupart du temps. Sa voix est douce, belle et mélodieuse, offrant au film de superbes chansons. Si la VF est de qualité pour les parties chantées (nettement moins pour les dialogues), on déplorera une synchro labiale catastrophique qui brise totalement l’immersion (il s’agit de la synchronisation entre la voix et les mouvements de lèvres des acteurs).

Mais alors, qu’est ce qui ne va vraiment pas dans ce film ? Déjà, il est hideux. Sous l’eau, la production Disney nage dans un océan de médiocrité visuelle et fait le strict minimum. La photographie n’aide en rien, totalement absente et à la limite du téléfilm, particulièrement de nuit. Disons le franchement, la première demi-heure est un véritable supplice et seule Halle Bailey parvient à nous faire respirer. Javier Bardem, cadré n’importe comment en Roi Triton, ne dégage rien. L’absence totale de prise de risque et de nouveauté font que l’on s’ennuie ferme. Le pire restera le traitement infligé à Ursula, totalement insipide et vidée de toute aura horrifique, comme toute bonne production Disney de ces dernières années. La palme revient au climax, d’une nullité abyssale qui réhabiliterait presque celui de Star Wars IX, oui oui. Les choses s’étaient pourtant améliorées sur la terre ferme, la magie opérant de nouveau lors de ce fameux moment entre Ariel et Eric sur une barque… le temps de quelques minutes seulement. Oui, une belle partie des points positifs du film viennent de l’œuvre dont il s’inspire. Pour tout le reste, des décors aux costumes en passant par les effets spéciaux, il fait le strict minimum et parfois moins, malgré ses fulgurances. Donc, face à cet énième projet sans âme, on se pose encore la même question : quel en était l’intérêt ?

Bande-annonce : La Petite Sirène

Fiche Technique : La Petite Sirène

Titre original : The Little Mermaid
Réalisateur : Rob Marshall
Scénario : Jane Goldman et David Magee, d’après le film d’animation éponyme de Ron Clements et Jon Musker, lui-même inspiré du conte de Hans Christian Andersen
Avec Halle Bailey, Cerise Calixte, Jonah Hauer-King
24 mai 2023 en salle / 2h 10min / Aventure, Famille, Fantastique
Producteurs : Rob Marshall, Lin-Manuel Miranda, Marc Platt, John DeLuca
Musique : Howard Ashman; Alan Menken; Lin-Manuel Miranda
Décors : John Myhre
Sociétés de production : Lucamar Productions et Walt Disney Pictures
Société de distribution : Walt Disney Studios Distribution

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2.5

Il pleut dans la maison : s’arracher à la « merditude des choses »…

Pour son premier film de fiction, Il pleut dans la maison, Paloma Sermon-Daï reste dans le creuset familial qu’elle avait déjà exploré dans son premier long-métrage documentaire, Petit Samedi. Elle campe ici un duo frère-sœur livré à lui-même, entre dérive estivale et tentative de construction.

Pour la réalisatrice belge Paloma Sermon-Daï, la famille n’est pas seulement la cellule humaine au sein de laquelle nous sommes venus au monde pour nous en détacher ensuite plus ou moins nettement, elle est aussi source d’inspiration, vers laquelle elle retourne, une fois parvenue à l’âge adulte, pour braquer vers elle sa caméra, soit sous forme documentaire, avec Petit Samedi, en 2020, soit sous forme de fiction, avec ce titre délibérément paradoxal, Il pleut dans la maison (2023).
En 2020, sans que le lien des personnages avec la réalisatrice soit explicité, celle-ci filmait sa propre mère, Ysma Sermon-Daï, et son propre frère, Damien Samedi, qui prêtait son patronyme au titre du film, à travers la façon dont les voisins le désignaient lorsqu’il était encore enfant. A présent, c’est vers la fille de son demi-frère, Purdey Lombet, qu’elle tourne sa caméra, ainsi que vers le demi-frère de celle-ci, Makenzy Lombet, qui avait déjà fait une brève apparition dans Petit Samedi. Bien que très inspirée de sa propre vie, la trame est fictionnelle, mais le documentaire laisse sa trace dans le fait que le duo frère-sœur au centre de l’action conserve ses véritables prénoms et n’adopte pas des identités de fiction.

Tourné dans la région d’origine de la réalisatrice, la Wallonie, aux abords du Lac de l’Eau d’Heure, Il pleut dans la maison énonce dès l’abord un dysfonctionnement lié au foyer. La maison, l’espace qui est censé protéger, offrir un toit, laisse passer l’eau de pluie. Signe qu’un abri, une protection y font défaut. De fait, grands adolescents, Purdey, l’aînée, et Makenzy, le cadet, doivent affronter seuls une vie sans père et officiellement placée sous la protection d’une mère alcoolique et fêtarde, essentiellement absente même lorsqu’elle se trouve épisodiquement présente. La maison qui prend l’eau, à tous les sens du terme, se retrouve donc comme un navire sans gouvernail, chargée de deux passagers à la dérive.

Mais aucun pathos, aucun misérabilisme. Dans la lumière dorée de l’été, souvent sur les rives du Lac de l’Eau d’Heure, les deux adolescents abordent la situation chacun à leur manière, sous l’œil précis du directeur de la photographie, Frédéric Noirhomme. Purdey, avec la maturité et le sens des responsabilités d’une aînée, Makenzy avec toute l’inconséquence et le malaise d’un cadet. Très finement, Paloma Sermon-Daï filme aussi bien la grande proximité, presque incestuelle, qui unit le frère et la sœur – à travers certains de leurs jeux, l’eau d’un même bain partagée… -, que l’éloignement progressif qui se creuse entre eux, Purdey choisissant la voie de la douceur et de la construction, alors que Makenzy se laisse happer par la colère et la destruction. Le poids de la question sociale n’est pas tu, jusque dans son risque de déterminisme, concernant les métiers ou les logements accessibles à ceux qui entrent presque nus dans le jeu hiérarchique, tout autant que s’il s’agit de montrer une soudaine envie de massacrer l’autre, simplement parce que le hasard l’a fait jouir de privilèges de naissance dont on a été privé…

Les rouages classiques du récit et les points de passage presque obligés sont habilement réenvisagés par celle qui apparaît dès lors comme une petite sœur prometteuse de son grand compatriote, Felix van Grœningen. Difficile, en effet, de ne pas songer au saisissant La Merditude des choses (2009), qui interrogeait pareillement une entrée dans l’existence non favorisée. Mais, si l’aîné belge n’hésitait pas à explorer la noirceur, il ménageait, en contrepartie, une issue plus lumineuse. La jeune réalisatrice, née le 14 juillet 1993, préfère, aux extrêmes, l’ambiguïté, et les fins ouvertes.

Il pleut dans la maison de Paloma Sermon-Daï est présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2023 en compétition.

Par Paloma Sermon-Daï
Avec Purdey Lombet, Makenzy Lombet, Donovan Nizet
Prochainement en salle / 1h 22min / Drame, Comédie

Synopsis du film Il pleut dans la maison : Sous un soleil caniculaire, Purdey, dix-sept ans, et son frère Makenzy, quinze ans, sont livrés à eux-mêmes et tentent de se débrouiller seuls. Alors que Purdey fait des ménages dans un complexe hôtelier, Makenzy se fait un peu d’argent en volant des touristes. Entre l’insouciance de l’adolescence et l’âpreté de la vie adulte, ils devront se soutenir l’un l’autre dans ce voyage d’une douceur déchirante, qui semble bien être le dernier été de leur jeunesse.

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3.5

Cannes 2023 : Asteroid City de Wes Anderson

Collectionnant des œuvres aussi atypiques que délicieuses, Wes Anderson foule de nouveau le tapis rouge du Festival de Cannes avec une pièce de théâtre grandeur nature, entre fiction et réalité, bourrée d’hommages cinématographiques.

Bienvenue dans le monde imaginaire de Wes Anderson, où divers segments scénaristiques envahissent un artisanat d’une grande maîtrise. Souvent stylisé comme des contes, ses films tirent leur force de cet univers unique au réalisateur et à l’écriture toujours pointilleuse et pleine de caractère.

Comme toujours, Anderson s’entoure d’un casting de belle étoffe avec la particulière d’être ou de devenir une gigantesque troupe familiale. Acceptez de faire partie de cette escouade et vous aurez à jamais votre place dans l’immense maison de poupées du réalisateur.

Mais alors que vaut ce nouvel ovni que l’on nomme Asteroid City ?

Quelle intelligence, quelle maîtrise. Le film commence avec le conteur de cette nouvelle histoire puis s’en suit avec la troupe de théâtre. Car oui, le nouveau dogme de Wes Anderson est une gigantesque pièce de théâtre vivante. Deux univers parallèles, l’un répétant, l’autre jouant. Dans le premier, un schéma en trois actes sous forme d’un making of en noir et blanc. Dans le second, les personnages se croisent dans une rencontre du troisième type aux abords d’une petite ville des années 50 aux tons délicieusement acidulés.

Après le décevant French Dispatch, Anderson revient au temps des merveilleux Grand Budapest Hôtel ou The Life Aquatic dans cette profusion de sketchs plus drôles et émouvants les uns que les autres. Asteroid City s’empare d’un esprit fifties rafraîchissant aux allures de petite sitcom et autres hommages au cinéma classique. Mais avant tout, la nouvelle œuvre du réalisateur dandy rappelle une époque où les États-Unis s’effrayait à l’idée d’une nouvelle guerre nucléaire ou à l’invasion de petits hommes verts.

Dans cette veine sérieuse, Wes Anderson parvient à glisser une certaine douceur, comme avec cette émouvante petite famille dont le deuil vient de frapper. Une thématique habituelle dans la filmographie du cinéaste.

Aussi drôle qu’absurde, Asteroid City est aussi un merveilleux remède contre les questions existentielles au travers de personnages rocambolesques, parfois incapables d’exprimer leurs propres émotions mais qui y parviennent en se rencontrant, se découvrant et s’épaulant. Car après tout, c’est aussi ça, la magie des films du génie Anderson : s’émerveiller, comme avec une gourmandise surette et pleine de surprises et s’aimer envers et contre tout. En définitive, c’est un grand oui pour ce nouvel univers signé Wes Anderson.

Asteroid City de Wes Anderson est présenté en Compétition officielle au Festival de Cannes 2023.

Par Wes Anderson, Roman Coppola
Avec Jason Schwartzman, Scarlett Johansson, Bryan Cranston, Edward Norton, Tilda Swinton, Adrien Brody, Tom Hanks, Willem Dafoe,…
21 juin 2023 en salle / 1h 44min / Comédie, Drame, Science-fiction
Distributeur : Universal Pictures International France

Synopsis : Asteroid City est une ville minuscule, en plein désert, dans le sud-ouest des États-Unis. Nous sommes en 1955. Le site est surtout célèbre pour son gigantesque cratère de météorite et son observatoire astronomique à proximité. Ce week-end, les militaires et les astronomes accueillent cinq enfants surdoués, distingués pour leurs créations scientifiques, afin qu’ils présentent leurs inventions. À quelques kilomètres de là, par-delà les collines, on aperçoit des champignons atomiques provoqués par des essais nucléaires.

Cannes 2023 : Club Zero, chronique d’un appétit passager

L’école est comme une seconde maison pour les enfants, c’est bien connu. Dans Club Zero, on empoigne cette vérité, que l’on tord dans tous les sens, afin de creuser un fossé relationnel irréversible entre la jeunesse et les parents.

Synopsis : Miss Novak rejoint un lycée privé où elle initie un cours de nutrition avec un concept innovant, bousculant les habitudes alimentaires. Sans qu’elle éveille les soupçons des professeurs et des parents, certains élèves tombent sous son emprise et intègrent le cercle très fermé du mystérieux Club Zéro.

La nutrition est un enjeu d’actualité que Jessica Hausner (Amour Fou, Little Joe) tente de décortiquer dans le but de cerner le malaise qui règne autour de la question suivante : qu’est-ce que l’alimentation consciente ? Elle y répond avec une sobriété qui implique directement la jeunesse, dont les régimes alimentaires varient d’un individu à l’autre et pour des motifs d’une grande précision. Pour des soucis écologiques, éthiques ou simplement pour contrôler sa silhouette, voire obtenir une bourse, des étudiants se sont réunis autour d’une nouvelle enseignante, Mme Novak (Mia Wasikowska), pour des enjeux dépassant toutes les attentes.

La cinéaste autrichienne prend soin de brosser le portrait d’une société qui ronge son frein face à un phénomène qui la dépasse. Elle dépeint tout cela à travers des relations défaillantes entre des parents et leurs enfants, du fait d’une éducation qui monopolise l’esprit étroit d’une jeunesse qui a forcément besoin de conseils et d’un guide spirituel, afin d’atteindre cette liberté, cette indépendance que l’on recherche par-dessus tout.

Quand l’appétit va tout va

On en revient à cette nouvelle discipline, qui sensibilise les jeunes à écouter les besoins de leur corps. Dans ce même temps, leurs parents flânent sur leur terrasse en espérant que leur descendance puisse bâtir leur avenir, loin de la surconsommation que l’on retrouve à chaque repas de famille. Chacun est dans son monde et la conviction des enfants devient de plus en plus inquiétante lorsque le mode de vie revêt les allures d’une secte. Le son des tambours, les longs plans fixes mettant en valeurs les lignes de fuite, les uniformes et les fines sélections des couleurs, il existe suffisamment d’arguments qui apportent ainsi une aura sacrée à l’aventure de ces jeunes en jeûne.

Plus on avance dans le récit, plus les bouchées deviennent contraignantes à avaler. Il n’y a alors plus de saveur, plus rien à apprécier dans le fait de se nourrir. Le Club Zero souhaite s’affranchir du gourou capitaliste, mais ne prend pas le recul nécessaire pour questionner leur alimentation, tel un acte de foi. La réalisatrice met ainsi en garde toute personne susceptible d’être influencée ou manipulée, en créant autant de décalage humoristique et cynique que possible.

La dernière escale de Jessica Hausner sur la Croisette lui a valu d’un prix pour son interprète féminine dans Little Joe, mais s’il faut bien lui accorder quelque chose cette année, ce serait pour la richesse de son sujet, curieusement appétissant de réflexion.

Club Zero de Jessica Hausner est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Jessica Hausner, Géraldine Bajard
Avec Mia Wasikowska, Sidse Babett Knudsen, Elsa Zylberstein…
Prochainement en salle / 1h 50min / Drame, Thriller
Distributeur : Bac Films

Bande-annonce : Club Zero

 

Cannes 2023 : Terrestrial Verses, le jugement dernier

Portrait cocasse mais alarmant des institutions iraniennes, Terrestrial Verses nous invite dans une ronde cynique passionnante, à la force de sketches qui se succèdent avec panache.

Synopsis : Un homme déclare la naissance de son fils. Une mère habille sa fille pour la rentrée. Une élève est convoquée par la directrice. Une jeune femme conteste une contravention. Une jeune fille se présente à un entretien d’embauche. Un jeune homme vient retirer son permis de conduire. Un homme au chômage répond à une annonce. Un réalisateur demande une autorisation de tournage. Une femme cherche à retrouver son chien. Neuf visages de la vie quotidienne à Téhéran.

Le cinéma iranien possède une place confortable dans les festivals internationaux. Si certaines œuvres préfèrent confronter le réel avec les images d’archives (Sept hivers à Téhéran), d’autres préfèrent la subtilité de la fiction. Jafar Panahi (Taxi Téhéran, Le Ballon Blanc, Sang et Or, Trois visages) est probablement le plus honoré à ce jour, mais d’autres cinéastes émergent avec d’autres points de vue, donnant ainsi du sens à la révolution esthétique qu’ils mènent, malgré une production artistique  filtrée, voire censurée, sur leur terre natale. Avec Terrestrial Verses, Asghar Farhadi (Le Client, Un Héros) et Saeed Roustayi (La Loi de Téhéran, Leila et ses frères) consolident l’expression de leur cinéma, qui braque un œil averti sur l’Iran.

Tenus pour peu s’apprécier auparavant, les deux réalisateurs ont mis leur ego de côté pour nous offrir des moments de vie jubilatoires, jusqu’à ce que le sourire quitte notre visage face aux contradictions omniprésentes de leur nation. Alireza Khatami and Ali Asgari constituent une galerie de situations saisissantes, où un homme du quotidien se confronte par exemple à l’absurdité des lois ou de la religion. Dans cette univers, une entrevue banale en plan fixe tourne encore au ridicule. Les différents protagonistes partagent ce ton tragicomique et presque surréaliste. Un père quémande à l’accueil d’un hôpital afin de choisir le nom de son enfant, une écolière confronte sa directrice, un homme tatoué attend de recevoir son permis de conduire, une dame recherche son chien dans un commissariat, un entretien d’embauche tourne au harcèlement, un cinéaste doit continuellement amputer son scénario, etc. Ces démonstrations captent sur le vif le malaise qui empoisonne les institutions, jusque dans leur foi, désormais outil de sélection ou de répression.

Terrestrial Verses dévoile ainsi un pan de vérités sur un pays qui esquive sans cesse ses principes et sa morale. L’impasse est plus qu’évidente pour ce monde qui s’effondre, tandis que le premier plan du film nous rappelle qu’il existe encore bien plus d’incidents à l’extérieur des espaces clos, dans lesquels on navigue à vue. Nous y découvrons la capitale iranienne, brumeuse dès l’aurore et assourdissante en toute circonstance. Klaxons, hurlements et sirènes de polices, tout cela définit le chaos qui règne en ces lieux.  Cette mise en bouche est d’une grande fluidité et le cynisme n’est jamais négocié avec légèreté dans les moments forts. Un spectacle réjouissant pour sa sincérité et une porte d’entrée efficace pour les nouveaux venus dans l’univers des deux cinéastes.

Terrestrial Verses de Ali Asgari, Alireza Khatami est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2023.

Par Ali Asgari, Alireza Khatami
Avec Majid Salehi, Sadaf Asgari, Gohar Kheirandish
Prochainement / Drame
Distributeur : ARP Sélection

Cannes 2023 : Firebrand de Karim Aïnouz

Catherine Parr, grand nom de l’Histoire au temps de Henri VIII, ou l’une des seules épouses qui a pu échapper à la cruauté barbare de l’ogre roi. Un film féministe, adapté de l’œuvre d’Elizabeth Fremantle : Queen’s gambit.

Les films historiques, un genre apprécié et énormément représenté dans le milieu du septième art, d’autant plus lorsque les Tudors ou le roi Henri VIII sont concernés. Une bobine infinie devrait exister afin de tous les regrouper en une gigantesque fresque mortuaire. Pourtant, lorsqu’on souhaite passer de l’autre côté du lit, Catherine Parr n’est pas autant représentée que ça en tant que protagoniste principale. Femme forte et moderne, la seule de toutes les épouses du roi à l’avoir mené par le bout du nez et à l’avoir défié sur sa propre mort. C’est avec une grande satisfaction qu’on découvre ce film parmi la sélection cannoise.

Présenté en compétition officielle, le long-métrage de Karim Aïnouz sort des sentiers battus en proposant une reconstitution très lugubre du XVIe siècle, en pleine période de peste noire, de guerre et de soulèvement envers le roi. Sublimes sont les costumes et les terres embrumées, un point très important que l’on peut accorder avec grande facilité au réalisateur brésilien et qui permet de donner un ton plus dur, presque horrifique, à l’oeuvre. Bien sûr, le choix de l’actrice pour incarner cette puissante femme de lettre était des plus élémentaires, et quel merveilleux choix que celui d’Alicia Vikander. Le charisme de l’actrice est doté du même aplomb que celui qu’on pourrait prêté à la reine consort. Ici encore, l’actrice de Danish Girl nous prouve son aisance dans les rôles d’époque. Mais bien que le cinéaste se soit focalisé sur la reine Parr, c’est bel et bien Jude Law qui crève l’écran, dans ce rôle de roi putride de gangrène, où les sévices et l’indifférence pour ses femmes font de lui un être infâme et repoussant. Law est redoutable et effrayant, le plaisir est tel de le voir dans un rôle aussi fort qu’on regretterait presque le chemin sur lequel Aïnouz a voulu nous amener.

L’intention du réalisateur de miser autant sur ses interprètes ne fait que renforcer le postulat de départ, à savoir la force et la mise à l’épreuve de la sixième épouse d’Henri VIII dans une prison dorée, remplie de mort et d’angoisse permanente. Il ne serait pas étonnant d’avoir comme prix d’interprétation l’une des deux figures de ce film coup de poing, qui n’a pas peur de casser les codes d’un genre habituellement classique.

Firebrand est unique, jouant à plusieurs reprises sur des sentiments refoulés et laissant libre cours à la magie opérative des acteurs et du pouvoir qu’ils mettent dans leurs rôles respectifs, à travers une esthétique fidèle à cette oppressante emprise psychologique.

La première œuvre de Karim Aïnouz présente en sélection officielle mérite une attention toute particulière et redore habilement un genre devenu monotone.

Firebrand, (le Jeu de la reine) de Karim Aïnouz est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Jessica Ashworth, Henrietta Ashworth
Avec Alicia Vikander, Jude Law, Simon Russell Beale, Eddie Marsan, Sam Riley, Erin Doherty…
Prochainement / 2h 00min / Biopic, Historique, Drame, Thriller
Distributeur : ARP Sélection

Synopsis : Catherine Parr est la sixième femme du roi Henri VIII, dont les précédentes épouses ont été soit répudiées, soit décapitées (une seule étant décédée suite à une maladie). Avec l’aide de ses dames de compagnie, elle tente de déjouer les pièges que lui tendent l’évêque, la cour et le roi…

Pourquoi l’Europe est-elle souvent associée au luxe dans le cinéma américain ?

L’association entre l’Europe et le luxe dans le cinéma américain est un trope bien connu qui prévaut à Hollywood depuis des décennies. Lorsque les cinéastes américains dépeignent l’Europe dans leurs films, ils mettent souvent en évidence les monuments grandioses du continent, ses vêtements à la mode, sa cuisine luxueuse et son style de vie extravagant. Cette association est devenue tellement ancrée dans la conscience collective du public américain que l’Europe est presque synonyme de luxe dans leur esprit.

Les racines de cette association remontent aux débuts du cinéma américain. À l’ère du muet, les cinéastes américains se sont inspirés de l’Europe, en particulier de la France et de l’Allemagne, d’où sont originaires bon nombre des premiers pionniers du cinéma. Ces cinéastes étaient souvent fascinés par la culture, l’art et l’architecture de l’Europe et cherchaient à recréer sa splendeur sur grand écran.

Au fur et à mesure que le cinéma évoluait et devenait plus sophistiqué, l’association entre l’Europe et le luxe n’a fait que se renforcer. Les cinéastes hollywoodiens, désireux d’attirer le public vers leurs films, ont commencé à utiliser les monuments, la mode et la cuisine de l’Europe pour créer un monde séduisant et ambitieux dans lequel le public américain pourrait s’échapper. Aujourd’hui, cette association reste répandue dans le cinéma américain, et le luxe européen est devenu une composante essentielle de nombreux films hollywoodiens.

Repères européens dans le cinéma américain

Européen les repères sont une caractéristique commune du cinéma américain, en particulier celles associées au luxe et à l’opulence. La Tour Eiffel à Paris, le Colisée à Rome et le Big Ben à Londres ne sont que quelques exemples de monuments européens fréquemment utilisés dans les films américains. Ces monuments sont souvent montrés dans toute leur splendeur, avec de vastes prises de vue aériennes, de grands gros plans et un éclairage spectaculaire, soulignant leur majesté et leur grandeur.

L’utilisation de repères européens dans le cinéma américain contribue de manière significative à l’association de l’Europe avec le luxe. Par exemple, dans le film « Midnight in Paris », l’emblématique Tour Eiffel est utilisée pour dépeindre l’aura romantique et nostalgique de Paris. La tour est montrée à différents moments de la journée, offrant à chaque fois une perspective différente sur la ville, soulignant sa grandeur et sa sophistication.

De même, dans le film de James Bond Casino Royale, le Grand Canal de Venise est utilisé pour créer un sentiment de luxe et de sophistication. Le canal est montré dans toute sa splendeur, avec Bond et son amour naviguant dans une luxueuse gondole, entourés par l’opulence de la ville.

L’utilisation de repères européens dans le cinéma américain n’est pas seulement un choix esthétique, mais sert également à créer un sentiment d’évasion pour le public. En dépeignant l’Europe comme un lieu de luxe et de grandeur, les cinéastes américains offrent un aperçu d’un monde dont de nombreux spectateurs ne peuvent que rêver, renforçant l’association de l’Europe avec le luxe et lacharme.

Le jeu dans le cinéma européen

Le jeu est profondément ancré dans la culture européenne et ce depuis des siècles. Des casinos opulents de Monte Carlo aux hippodromes d’Ascot, le jeu fait partie intégrante des loisirs et divertissements européens. Les pays européens sont depuis longtemps à la pointe de l’industrie du jeu, avec de nombreux casinos parmi les plus anciens et les plus prestigieux du monde situés sur le continent. Ces dernières années, avec l’essor des jeux d’argent en ligne, l’Europe est également devenue une plaque tournante pour l’industrie des casinos en ligne, avec bon nombre des meilleurs casinos en ligne du monde basés dans des pays comme Malte et Gibraltar.

Le jeu européen a également été une caractéristique populaire du cinéma américain. Des films comme Ocean’s Eleven et The Good Thief présentent des scènes se déroulant dans des casinos européens, mettant en valeur le monde luxueux et glamour des jeux de hasard à enjeux élevés. Dans Casino Royale, James Bond s’engage dans une partie de poker à gros enjeux dans un luxueux casino européen, ajoutant au sentiment de luxe et de sophistication auquel le jeu européen est associé dans le cinéma américain.

Le jeu est souvent utilisé dans le cinéma américain pour créer un air de luxe et d’opulence, les casinos et les établissements de jeu européens servant souvent de toile de fond à des jeux à enjeux élevés et à des événements sociaux sophistiqués. L’association du jeu européen avec le luxe est renforcée par le décor somptueux et les commodités extravagantes offertes par bon nombre de ces établissements, tels que les restaurants gastronomiques, les boutiques de créateurs et les hôtels de luxe.

De plus, avec l’essor des jeux d’argent en ligne, l’Europe est devenue une plaque tournante pour l’industrie des casinos en ligne. Bon nombre des meilleurs casinos en ligne du monde sont basés en Europe, offrant aux joueurs une large gamme de jeux, des options de paiement sécurisées et un service client exceptionnel. Cette association entre l’Europe et le jeux d’argent en ligne L’industrie ajoute à la perception globale de l’Europe en tant que plaque tournante du luxe et de l’indulgence, ce qui en fait une destination populaire pour les touristes et les amateurs de casinos en ligne.

Par conséquent, l’association du jeu avec le luxe dans le cinéma européen ajoute à l’image globale de l’Europe en tant que lieu d’extravagance, de sophistication et d’opulence, ce qui en fait un trop durable du cinéma américain.

Cuisine européenne dans le cinéma américain

La cuisine européenne a longtemps été associée au luxe, à l’indulgence et au raffinement, et c’est une caractéristique commune du cinéma américain. De la haute cuisine de Paris à la cuisine rustique de la Toscane, la cuisine européenne offre une gamme variée de saveurs, de textures et d’arômes qui plaisent à un large éventail de goûts. Les cinéastes américains utilisent souvent la cuisine européenne pour créer un sentiment de sophistication et d’élégance, soulignant l’idée que l’Europe est un lieu d’indulgence et d’excellence culinaire.

Dans le film « Julie & Julia », la cuisine parisienne est utilisée pour créer un sentiment de luxe et de raffinement. Le film suit une jeune femme qui s’installe à Paris pour poursuivre son rêve de devenir chef. Alors qu’elle apprend à cuisiner des plats français classiques, le film met en lumière le talent artistique, la précision et l’élégance de la cuisine française, la dépeignant comme une incarnation du mode de vie français. De même, dans le film Sous le soleil de Toscane, la cuisine rustique de la Toscane est utilisée pour évoquer un sentiment d’authenticité et de simplicité. Le film présente les plats traditionnels de la région, mettant en valeur l’utilisation d’ingrédients frais de saison et des techniques de cuisson simples, dépeignant la Toscane comme un lieu d’authenticité et de charme rustique.

L’utilisation de Cuisine européenne dans le cinéma américain n’est pas seulement un choix esthétique, mais sert également à créer un sentiment d’évasion pour le public. En dépeignant l’Europe comme un lieu d’excellence culinaire, les cinéastes américains offrent un aperçu d’un monde de luxe et d’indulgence, renforçant l’association de l’Europe avec la sophistication et le raffinement.

En conclusion, la cuisine européenne est une caractéristique populaire du cinéma américain, utilisée pour créer un sentiment de luxe, de sophistication et de raffinement. De la haute cuisine de Paris à la cuisine rustique de la Toscane, la cuisine européenne offre une gamme variée de saveurs et d’arômes qui plaisent à un large éventail de goûts, ajoutant à l’image durable de l’Europe en tant que plaque tournante de l’indulgence et de l’excellence culinaire.

Global

En conclusion, le luxe européen a été un thème récurrent dans le cinéma américain, le continent étant dépeint comme un lieu de sophistication, d’élégance et d’opulence. L’association de l’Europe avec le luxe a été renforcée par divers facteurs culturels, tels que sa riche histoire, ses paysages variés et sa cuisine variée, qui ont tous contribué à son attrait durable.

Les monuments européens, tels que la tour Eiffel, le Colisée et le Big Ben, sont devenus des symboles emblématiques du luxe et de la sophistication, figurant régulièrement dans les films américains comme toile de fond pour des scènes romantiques ou palpitantes. La mode européenne, en particulier la haute couture de Paris, a également été une caractéristique importante du cinéma américain, avec des créateurs comme Coco Chanel et Yves Saint Laurent devenus des noms connus.

De plus, la cuisine européenne et le jeu ont également été utilisés dans le cinéma américain pour créer un air de luxe et d’indulgence, soulignant l’excellence culinaire du continent et le monde glamour du jeu à enjeux élevés. Ces éléments culturels, combinés à la riche histoire et à l’architecture du continent, ont tous contribué à l’association globale de l’Europe avec le luxe et le raffinement du cinéma américain.

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Cannes 2023 : Vincent doit mourir de Stephan Castang

Scénario digne d’un épisode de Black Mirror, Vincent doit mourir se glisse habilement dans la liste des films français à voir absolument. Première mondiale réussie à la surprise générale, après que le réalisateur l’a qualifié d’inqualifiable.

Nouvelle pépite dans le monde du cinéma français, Vincent doit mourir a fait son effet lors de sa première projection. Rires, plaisir, choc et ravissement ont eu raison de son public, ce qui donne au premier long métrage de Castang une note bien particulière, presque familiale, en surfant sur la vague des très bons films produits en France depuis quelques années.

Avant le début de la séance, le réalisateur Stephan Castang a pu s’adresser directement à la salle en parlant de son film comme un joyeux bordel rempli de tout un tas de choses qu’eux-mêmes ne comprenaient pas. Le plus séduisant dans cette description, c’est qu’elle colle à merveille aux codes que la Quatrième dimension pouvait employer, ce qu’a repris plus tard Charlie Brooker avec Black Mirror, dans des thématiques beaucoup plus dérangeantes et actuelles.

Derrière toute cette masse apocalyptique, le point central du film réside dans cette forte envie d’émancipation sociale. Vincent doit mourir pour éviter que la société toute entière ne perde les pédales, mais comment éviter l’inévitable ?

Petit malus toutefois sur un élément bien précis. Au lieu de rester sur l’idée du phénomène inconnu, où seul le protagoniste est ciblé, le film se soulage en lui attribuant une raison pandémique et généralisée. Ça n’enlève rien au plaisir de cet ovni sociétal, mais le versant mystérieux du premier jet était pourtant ce qu’il y avait de plus horrifiant…

Au-delà de Karim Leklou qui régale sur tous les fronts et à chacun de ses rôles, le vrai plaisir est de voir Vimala Pons, l’héroïne principale, grandir et s’épanouir au fil de l’histoire. Elle caractérise l’œuvre comme un film qui donne envie de vivre, expérience qu’elle a elle-même entreprit car ce rôle de serveuse qui n’a pas la langue dans sa poche lui aurait sauvé la vie après une sévère dépression. C’est précisément ce qu’on ressent à la fin de la séance, un sentiment de résurrection, après avoir passé près de 2h à se battre à la place de Vincent pour qu’il puisse rester en vie. Une idée de génie ? Assurément.

Bien que le scénario (selon les dires du réalisateur) soit un bric-à-brac indéfinissable, il est d’une intelligence folle, drôle, finement pensé à chacune des situations qui ne fait que s’envenimer comme une descente de dominos. Le cinéma international n’a qu’à bien se tenir, la France foule les platebandes d’un septième art revitalisant et singulier.

Vincent doit mourir de Stephan Castang est présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2023 en séance spéciale.

Par Mathieu Naert, Stephan Castang
Avec Karim Leklou, Vimala Pons, François Chattot
Prochainement en salle / 1h 47min / Thriller, Fantastique, Comédie, Drame
Distributeur : Capricci Films

Synopsis : Du jour au lendemain, Vincent est agressé par des gens sans raison apparente qui essaient de le tuer. Il tente de poursuivre une vie normale mais lorsque le phénomène s’amplifie, il doit fuir et changer totalement de mode de vie…

Cannes 2023 : May December de Todd Haynes

Huit ans après le talentueux et sublime Carol qui a valu le prix d’interprétation féminine à Rooney Mara, le cinéaste Todd Haynes revient sur la Croisette avec une proposition en or : réunir Natalie Portman et Julianne Moore pour la première fois à l’écran.

Depuis quelques années, Todd Haynes est habilement reconnu pour présenter des films forts, avec des protagonistes toujours plus fascinants les uns que les autres et décortiqués de bout en bout. On a pu le voir entre autres avec le fameux Carol ou encore Velvet Goldmine. Rien d’étonnant donc que l’annonce de son prochain film, mettant en vedette Natalie Portman et Julianne Moore soit sélectionné en avant-première pour les beaux yeux du Festival de Cannes.

Et…

May December se penche sur un scénario proposé par nulle autre que Natalie Portman, sur une actrice en vogue désireuse de rencontrer l’héroïne qu’elle va interpréter dans son prochain film, jouée par l’inépuisable Julianne Moore afin de coller au mieux au rôle qu’on lui a confié. Gracie Atherton, qui va devoir accueillir chez elle une inconnue afin de se faire écorcer toute la journée, est une mère de famille anciennement condamnée pour avoir eu un mineur comme amant, aujourd’hui mari loyal et père de ses enfants. Quel plot ! Voir Natalie Portman et Julianne Moore se dévisager, à jouer au chat et à la souris, sur des non-dits pourtant bien pensés et s’analysant tour à tour ne pouvait, sur le papier, que faire grande impression. C’en est tout autrement…

Miroir mon beau miroir

Le film manque cruellement de venimosité, alors que l’atmosphère autour de cette rencontre flirte cordialement mais distinctement sur un ring, la tension entre les deux héroïnes relève presque de l’indifférence… Éloignées l’une de l’autre, les femmes sont plus souvent avec les autres membres de la famille qu’entre elles, excepté sur deux ou trois scènes précises (très franchement réussies d’ailleurs). Par ce manque de clairvoyance, Haynes s’éloigne dangereusement de ce qui faisait la force de ses précédentes œuvres, une alchimie parfaitement représentée et un nuancier d’éléments dramatiques, réalisés avec fierté.

Ici, le climat est lourd, mais lourd d’ennui. À se vouloir trop gênant par la sexualisation scandaleuse du couple, le film le devient tout autant, surtout lorsque Elizabeth Berry fait tout ce qu’elle peut pour devenir Gracie Atherton. Une question se pose alors : jusqu’où des acteurs peuvent-ils aller pour parfaitement interpréter un rôle ? Le convenable est-il en option ou s’agit-il seulement du résultat d’une bonne motivation ? Todd Haynes s’amuse sur ce point. Peut-on en vouloir au personnage de Natalie Portman de porter son désir vers l’idéalisation de son art jusqu’à enfreindre des règles élémentaires ou sommes-nous juste obnubilés par une situation malsaine et embarrassante au possible ?

En soit, tous ces questionnements sont aussi inévitables que fascinants, le cinéaste aurait pu avec un tel amas de mauvaises et bienséances présenter une œuvre complexe, hypnotique, aux limites du thriller. A la place, le narcotisme de cette retenue joue en sa défaveur, et même si les mimétismes entrepris par Portman pour se fondre telle une ombre sur Julianne Moore sont bien orchestrés, le sentiment d’avoir à faire à une œuvre qui ne prend aucun plaisir à aller au bout de ses idées est désolant, surtout pour un cinéma aussi généreux que celui de Todd Haynes…

May December de Todd Haynes est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Samy Burch
Avec Natalie Portman, Julianne Moore, Charles Melton
Prochainement en salle / 1h 53min / Drame, Romance
Distributeur : ARP Sélection

Synopsis : Pour préparer son nouveau rôle, une actrice célèbre vient rencontrer celle qu’elle va incarner à l’écran, dont la vie sentimentale a enflammé la presse à scandale et passionné le pays 20 ans plus tôt.

 

Cannes 2023 : Acide, météo empoisonnée

Plus désastreux que catastrophique, Acide ne sait jamais sur quel pied danser entre l’horreur et la fuite d’une famille à travers les campagnes françaises de l’est . Pourtant, les protagonistes devront tout faire pour survivre avant que le ciel ne leur tombe sur la tête.

Synopsis : Selma (Patience Munchenbach), 15 ans, grandit entre ses deux parents séparés, Michal (Guillaume Canet) et Élise (Laetitia Dosch). Des nuages de pluies acides et dévastatrices s’abattent sur la France. Dans un monde qui va bientôt sombrer, cette famille fracturée va devoir s’unir pour affronter cette catastrophe climatique et tenter d’y échapper.

Just Philippot nous avait plus que séduit avec La Nuée, où il parvenait à faire de la sauterelle un véritable monstre de cinéma. Le cinéma de genre s’élève alors de plus en plus dans les campagnes, avec le trépidant Teddy, des frères Boukherma, ou le mauvais conte Ogre, d’Arnaud Malherbe. Pourtant, il faut encore reconnaître que tout est loin d’être pertinent dans ce paysage horrifique qu’on se fait de notre société.

Co-écrit par Yacine Badday, l’intrigue s’éparpille d’entrée, avec des images prises à l’arraché dans une entreprise où les employés ont pris d’assaut les bureaux. Il s’ensuit des affrontements avec les forces de l’ordre qui ne trouveront plus d’écho avec la suite, si ce n’est pour coller un casier judiciaire à Michal (Guillaume Canet). Super papa doté d’un bracelet électronique, il tente à tout prix de fuir son passé colérique et le quotidien grotesque qui malmène sa fille et son épouse, et qu’il a probablement déjà abandonné dans son cœur.

Malheureusement, une tempête approche et elle promet d’être corrosive pour celles et ceux qui s’exposeront à sa fureur. Ce qui aurait pu être le sort du karma ou d’un acharnement divin se trouve alors justifié par les enjeux écologiques qui nous préoccupent actuellement, mais cela ne dépassera jamais le cadre de l’exposition, qui traîne en longueur.

On nous dévoile les difficultés qu’ont Elise (Laetitia Dosch) et sa fille Selma (Patience Munchenbach), notamment via les incidents en ouverture, sans que cela nourrisse un quelconque intérêt pour la course à la survie que chacun emprunte. Hélas, le rythme faiblit entre deux averses et Acide peine à trouver la bonne approche pour ausculter les maux d’une famille en crise. Canet incarne avec rigueur ce père à moitié absent, jusqu’à ce qu’il ne traine plus le poids de la culpabilité à la cheville. C’est cependant le personnage de Selma qui souffre le plus de l’écriture, redondante d’une péripétie à l’autre. La jeune fille ne cesse de flancher et cumule suffisamment de mauvais points pour qu’on ne s’attache pas à elle. Et de manière générale, le cinéaste ne laisse pas le temps à ses personnages de muer et perd notre attention au passage.

Ce sous-Guerre des Mondes est loin de faire de l’ombre à l’adaptation de Steven Spielberg, qui maîtrise autant son sujet dans les effets visuels que dans la manière de personnifier la menace, qu’elle vienne du ciel ou de la terre. Ici, Acide traine tous ses arguments dans la boue et sa pluie corrosive, qui n’épargne personne, que l’on soit dans le champ ou non. Notons également un manque d’interactions avec d’éventuelles menaces humaines, ce qui aurait de quoi compenser  les accès de folie de Selma qui, comme le spectateur, n’a de toute évidence pas appris grand-chose au bout de ce voyage.

Acide de Just Philippot est présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2023

Avec Guillaume Canet, Laetitia Dosch, Patience Munchenbach..
20 septembre 2023 en salle / 1h 40min / Fantastique, Drame

Bande-annonce : Acide