Cannes 2023 : The New Boy, la pension du miracle

Les occupants d’un monastère découvrent les limites de leur foi, tandis qu’un jeune aborigène australien, le « new boy« , embrasse la bénédiction d’une divinité qui n’est pas dans sa culture. Le réalisateur, et auteur, puise alors dans sa propre enfance et nous livre un manifeste envoûtant sur son voyage mystique.

Synopsis : Situé dans les années 1940 en Australie. Un garçon orphelin aborigène de neuf ans arrive au milieu de la nuit dans un monastère dirigé par une religieuse renégate. La présence de l’enfant va perturber le monde délicatement équilibré dans cette histoire de lutte spirituelle.

Warwick Thornton aura mis du temps avant de renouer avec la sélection d’Un Certain Regard depuis Samson et Delilah, un road-trip contemporain avec les figures bibliques éponymes. Un détour par la Mostra de Venise lui a valu un prix du jury avec Sweet Country, mettant en avant la haine envers les aborigènes d’un pays qui ne leur appartient plus. Dans son dernier film, le cinéaste revient sur une thématique des plus audacieuses en opposant la spiritualité d’un aborigène avec celle du Christ.

Délivrer du mal

Dans un monastère isolé, on y recueille les enfants fugueurs ou perdus afin de les catapulter à une vie routinière de l’élevage de moutons. Le « New Boy » du titre tombe justement dans les filets de colons qui n’ont alors qu’une idée en tête pour éviter toute violence de sa part. Il s’agit de l’éduquer à l’image de l’homme blanc et de lui apporter la foi. Ce jeune héros muet est campé par un Aswan Reid très investi. Celui-ci est constamment touché par une lumière divine, accentuant alors chacun de ses pas vers l’Évangile. Il n’apprendra pas les préceptes par la lecture, mais par le biais d’un miracle, que seul lui peut entrevoir et dont il saisit la portée. Nous sommes assez loin de la manière dont Benedetta embrasse la Croix pour se rapprocher du Christ, mais on reste dans une structure assez similaire du voyage spirituel.

Sœur Eileen a la charge de veiller sur le jeune aborigène, qui nage souvent à contre-courant de la morale ou des coutumes de ceux qui portent des chaussures ou rentrent bien leur chemise dans le pantalon. Si l’enfant n’a en soi rien à apprendre de la vie, il a tout à découvrir de la mort de Jésus. La fascination est immédiate lorsqu’il s’approche pour la première fois de ce guide des âmes au corps taillé dans le bois. Il fallait donc une prodigieuse Cate Blanchett pour s’opposer ou accompagner le processus de transformation de l’enfant, car la foi semble s’essouffler chez son personnage. Il trouve un rebond spirituel dans le garçon impertinent et provocateur, mais dont les actes témoignent de la pureté.

Warwick Thornton filme ses sujets en mettant en valeur les artéfacts de l’Église, et en cherchant un semblant de paradis dans les plaines australiennes. Le dernier acte sera d’ailleurs suffisamment contemplatif pour qu’on s’attarde sur ces détails, qui bouleversent la croyance des occupants du monastère. Néanmoins, la formule s’enlise parfois à force de surligner chaque intervention divine. On tourne alors en rond jusqu’à ce que la destinée du jeune aborigène s’accomplisse, qu’il soit entre les mains de Dieu ou celles des individus qui l’ont recueilli, logé et nourri.

The New Boy de Warwick Thornton est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2023.

Avec Cate Blanchett, Aswan Reid, Deborah Mailman.
Prochainement en salle / 1h 56min / Drame

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Scary Movie 6 : l’humour sans danger

Les Wayans voulaient canceller la cancel culture, offenser tout le monde à égalité et prouver que leur humour n'avait pas pris une ride. "Scary Movie 6" prouve exactement le contraire.

Toutes mes sœurs : projection privée

Massoud Bakhshi a filmé ses deux nièces depuis l'enfance. Il nous en restitue le montage, avec l'ambition de parler, à travers ce cas particulier, de la société iranienne dans son ensemble. Le pari n'est que très partiellement tenu.

Saccharine : faussement calorique

Natalie Erika James revient avec "Saccharine", film de body horror ancré dans le culte de la minceur et les injonctions corporelles. Ambitieux, parfois efficace, mais trop chargé thématiquement pour convaincre pleinement. La réalisatrice de "Relic" méritait mieux.

La Bataille de Gaulle – L’âge de fer : l’appel du nanar

"La Bataille de Gaulle : L'âge de fer" d'Antonin Baudry s'annonçait comme le film historique événement de l'année. Pourtant, sous ses airs de fresque ambitieuse sur les débuts de la France libre, le premier volet de ce diptyque consacré au général Charles De Gaulle peine à convaincre. Le récit, très dense, s'essouffle en voulant tout montrer sans rien approfondir. Pire encore, un second degré forcé et une caricature appuyée de certains personnages font glisser l'œuvre vers un registre involontairement burlesque. Un nanar en costume, certes soigné, mais qui trahit le sujet qu'il prétendait honorer.

The Plague : dans la peau des autres

La peste n'a pas besoin d'exister pour faire des dégâts, il suffit qu'un groupe décide d'y croire. Révélé à Un Certain Regard en 2025, "The Plague" est un thriller tendu sur la mécanique du harcèlement chez des garçons de douze ans : comment la violence s'organise, se légitime, se transmet et ce qu'il en coûte de la regarder sans bouger.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.