Cannes 2023 : Perfect Days de Wim Wenders

Dans la trempe des films qui ont été réalisés par amour, l’amour de l’existence, l’amour de l’art et des petits plaisirs quotidiens, nous avons Perfect Days. Sublime ode à la vie offerte par nul autre que le réalisateur palmé d’or Wim Wenders.

« Une réflexion émouvante et poétique sur la recherche de la beauté dans le quotidien. » Y a t’il meilleure façon de décrire une œuvre telle que Perfect Days ? Véritable leçon de vie, autant sur le plan émotionnel que psychique, le nouveau long-métrage du talentueux Wim Wenders détrône ses comparses cannois afin de s’installer progressivement dans les mémoires, jusqu’à en devenir une idée, voire une utopie.

Des plus petites choses naissent une grande prospérité. Wenders marque la 76ème édition du Festival de Cannes avec une œuvre puissante et pourtant si élémentaire au cœur d’un voyage cinématographique dans les quartiers de Tokyo.

La performance de Koji Yakusho tient d’une révolution artistique dans cette œuvre coup de cœur, incontestable vaisseau de l’émotion et de la liberté. Digne du prix d’interprétation masculine, l’acteur japonais de The Blood of Wolves ou encore Lost Paradise livre un récital où il s’imprègne entièrement de l’univers qui l’entoure. Tournant le dos à une vie que l’on peut considérer au 21ème siècle de confortable, le personnage d’Hirayama s’épanouit de la vie, du simple fait de lire un livre, d’écouter de la musique, de marcher aux cotés d’ombres architecturales ou de se poser aux cotés de la nature, ou plus à proprement parlé de la vie. À travers ses yeux, plus rien n’a d’importance, une remise en question s’impose et l’on se demande s’il ne vaut pas mieux rejoindre cette philosophie simpliste et pourtant si essentielle.

Car oui, deux ans après l’épidémie mondiale que nous connaissons tous, le cinéaste allemand fait le choix de rappeler les fondamentaux : profiter de la vie, profiter de ce que nous offre le monde, tant artistiquement qu’au niveau terrestre. Car avant l’ère technologique existait avant tout un monde de culture, et Perfect Days incarne cette source de partage, de rappels et de liens. Le réalisateur du récompensé Paris, Texas le retranscrit lorsqu’un soir Hirayama reçoit chez lui sa nièce, élevée dans un monde de bonne fortune et pourtant désireuse de suivre son oncle dans ce quotidien ordinaire et routinier mais d’une paix inestimable. De quoi rappeler que le bonheur ne se cache pas dans les richesses que l’on pense.

Tantôt drôle, beau, triste ou encore libérateur, Perfect Days est tout ce dont le monde a besoin et ne pourrait pas mieux définir une époque idéale à la fois si accessible et si lointaine. Il est temps pour Wim Wenders de remporter une seconde Palme d’or.

Perfect Days de Wim Wenders est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Wim Wenders, Takayuki Takuma
Avec Koji Yakusho, Min Tanaka, Arisa Nakano
29 novembre 2023 en salle / 2h 03min / Drame, Comédie
Distributeur : Haut et Court

Synopsis : Hirayama travaille à l’entretien des toilettes publiques de Tokyo. Il s’épanouit dans une vie simple, et un quotidien très structuré. Il entretient une passion pour la musique, les livres, et les arbres qu’il aime photographier. Son passé va ressurgir au gré de rencontres inattendues.

Festival

Cannes 2026 : Minotaure, la bête humaine

Présenté en compétition officielle à Cannes 2026, Minotaure voit Andreï Zviaguintsev déplacer la guerre hors du front pour la faire résonner dans la sphère intime, sociale et conjugale. À travers la chute d’un homme et l’effondrement d’un monde, le cinéaste russe signe un drame sombre, tendu et crépusculaire, plus préoccupé par les monstres que la société fabrique que par les héros qu’elle célèbre.

Cannes 2026 : Hope, un blockbuster en compétition

Présenté en compétition officielle à Cannes 2026, "Hope" voit Na Hong-jin faire exploser les frontières entre film d’auteur et blockbuster SF. Entre chaos rural, créature invisible, mythologie extraterrestre et plaisir régressif assumé, le cinéaste coréen livre une œuvre épuisante, imparfaite, mais assez déchaînée pour devenir l’un des vrais électrochocs du festival.

Cannes 2026 : L’Inconnue, un corps en doute

À Cannes 2026, "L’Inconnue" d’Arthur Harari transforme un point de départ fascinant sur l’identité et le corps en un drame trop long, trop froid, qui ne trouve jamais sa véritable intensité.

Cannes 2026 : rencontre avec Guillaume Massart pour « La Détention »

À l'ACID Cannes 2026, Guillaume Massart revient sur ses deux longs métrages documentaires consacrés au monde carcéral, "La Liberté" et "La Détention", et sur ce qui les relie : une même volonté de filmer ce qu'on ne voit jamais et de comprendre pourquoi.

Newsletter

À ne pas manquer

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.
Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

Cannes 2026 : Minotaure, la bête humaine

Présenté en compétition officielle à Cannes 2026, Minotaure voit Andreï Zviaguintsev déplacer la guerre hors du front pour la faire résonner dans la sphère intime, sociale et conjugale. À travers la chute d’un homme et l’effondrement d’un monde, le cinéaste russe signe un drame sombre, tendu et crépusculaire, plus préoccupé par les monstres que la société fabrique que par les héros qu’elle célèbre.

Cannes 2026 : Hope, un blockbuster en compétition

Présenté en compétition officielle à Cannes 2026, "Hope" voit Na Hong-jin faire exploser les frontières entre film d’auteur et blockbuster SF. Entre chaos rural, créature invisible, mythologie extraterrestre et plaisir régressif assumé, le cinéaste coréen livre une œuvre épuisante, imparfaite, mais assez déchaînée pour devenir l’un des vrais électrochocs du festival.

Cannes 2026 : L’Inconnue, un corps en doute

À Cannes 2026, "L’Inconnue" d’Arthur Harari transforme un point de départ fascinant sur l’identité et le corps en un drame trop long, trop froid, qui ne trouve jamais sa véritable intensité.