Cannes 2023 : In Flames, les flammes fatales

Le vent se lève au Pakistan, de même que les flammes s’intensifient pour consumer la gent féminine, prise au piège dans un jeu qui n’est pas le sien. In Flames choisit de rendre la parole aux femmes et de faire taire les fantômes qui hantent leurs nuits.

Synopsis : L’existence précaire d’une mère et de sa fille est perturbée lorsque le patriarche de la famille meurt. Elles doivent alors choisir entre affronter leur passé ou se laisser emporter par leurs peurs.

À coté des tapis rouges et de leurs adorateurs, les plus curieux ont eu l’opportunité de découvrir un film de genre pakistanais bien huilé. Zarrar Khan nous présente Karachi, plus grande cité d’une nation dont les femmes vivent l’horreur du patriarcat au quotidien. In Flames s’ouvre sur un drapeau national sale et poussiéreux. Le portrait d’une société malade ne fait donc aucun doute et résonne avec les situations similaires dans d’autres pays d’Orient et de l’hémisphère sud en général.

Friend request

Miriam (Ramesha Nawal), jeune étudiante en médecine, vit avec sa mère dans un appartement aussi miteux que ceux du quartier. Sa solitude se lit sur son visage, meurtri par un évènement que l’on taira mais que le récit émiette tout du long. Si le suspense est intense, c’est qu’il s’agit avant tout des intentions du cinéaste, qui a fait escale au Canada dans sa jeunesse avant de revenir vivre au Pakistan. Il y réalise des films susceptibles d’être censurés mais parvient toutefois à sortir In Flames clandestinement.

La gestion des séquences éprouvantes du long-métrage est frappante. Il s’y discerne une vérité crue de la dimension sociale du pays, axée sur les relations entre hommes et femmes. Une scène de dialogue sur un blanc rappelle par exemple que le mariage est obligatoire afin de s’assoir à côté d’une personne du sexe opposé. Apparent instant de légèreté, il glace aussi le sang car le spectateur prend la mesure de l’épée de Damoclès qui n’attend qu’un faux pas pour s’abattre sur les ambitions d’une jeunesse, interdite d’épanouissement culturel et sentimental.

In Flames est une œuvre dénonçant le patriarcat, mais il s’agit également d’une histoire de fantômes, où la solidarité féminine compte plus que tout pour gagner des droits, de l’indépendance et du respect. Le récit s’érige sur des codes fantastique, voire horrifiques, où des sifflements récurrents ramènent l’héroïne à ses traumatismes, qui entravent sa liberté. Zarrar Khan choisit alors de lutter pour soulager ses personnages d’un tel fardeau, en hommage à toutes celles qu’il a connues et qui partagent ce sentiment désagréable d’être constamment oppressées.

In Flames de Zarrar Kahn est présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2023

Prochainement en salle / 1h 38min / Drame, Epouvante-horreur
Avec Ramesha Nawal, Bakhtawar Mazhar, Omar Javaid..
Distributeur : The Jokers / Les Bookmakers

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par In Flames (@inflamesmovie)

 

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.