Cannes 2023 : Kubi, samouraï gag

L’humour et le nihilisme qui traversent les œuvres de Takeshi Kitano font de lui un auteur hors du commun. Avec Kubi, signifiant « cou », il n’hésite pas à faire tomber des têtes de samouraïs dans un jeu de pouvoir et de trahison.

Synopsis : Au 16ème siècle, le Japon est tourmenté par les conflits qui opposent des gouverneurs de province rivaux. Parmi eux, le seigneur Oda Nobunaga, déterminé à prendre la tête du pays, est en guerre contre plusieurs clans lorsque l’un de ses généraux, Araki Murashige, intente une rébellion avant de disparaître. Nobunaga réunit alors ses autres vassaux, dont Mitsuhide et Hideyoshi, et leur ordonne de capturer le fugitif Murashige, en leur promettant que « celui qui trime le plus deviendra son successeur ». Bien qu’ils ne partagent pas les mêmes opinions et stratagèmes, tous se retrouvent bientôt à la croisée des chemins, celle du temple Honno-ji où ils ont rendez-vous avec leur destin. Reste à savoir de quel côté leur tête va tomber…

Kitano est de retour sur la Croisette depuis son Outrage en 2010. Le cinéaste maîtrise l’art du montage vif, qui laisse rarement le temps à une action d’expirer. Il se vante même de rivaliser avec le maître Akira Kurosawa, mais cette boutade ne doit en rien gâcher l’expérience d’un bon film de samouraïs, où l’on jubile à chaque scénette qui manque de peu son harakiri.

D’entrée, nous découvrons des cadavres de soldats décapités, promesse d’un divertissement bien violent en plus d’un humour bien sucré. Le film n’a pas un genre distinct, naviguant entre les coups de sabres, les liaisons dangereuses de la stratégie, les sous-fifres qui rêvent de décorations et de fortune, et les seigneurs de guerre aux regards tournés vers le sommet de la hiérarchie. Le daimyo Oda Nobunaga (Ryō Kase) doit être destitué et au plus vite, avant que ses caprices et son attrait pour les divertissements sordides n’empoisonnent toute sa chaine de commandement. Lors des réunions, on se dévisage plus qu’on établit un plan de bataille. La justesse de l’intrigue réside donc là, dans ces petits échanges, créant la tension de trop qui fait chavirer ce beau monde, déjà teinté de sang.

La mise en scène offre également de magnifiques travellings, où le décor rural et les montagnes surplombent les personnages, dont l’espérance de vie est limitée. Alors que l’on court dans tous les sens pour retrouver Araki Murashige (Kenichi Endō), le chef révolutionnaire, ce sont Mitsuhide (Hidetoshi Nishijima) et Hashiba Hideyoshi (Takeshi Kitano) qui orchestrent des coups bas dans l’ombre. Cela donne lieu à des scènes hilarantes d’empoisonnement manqué ou bien d’assassinats répétés sur des doublures. La succession de têtes tranchées devient alors le running gag de Kitano, satisfait de nous avoir séduit avec aussi peu d’exigences et, au fond, nous ne demandions pas plus.

Si nous sommes loin de ses œuvres prestigieuses comme Zatoichi, Hana-bi, L’Eté de Kikujiro ou Sonatine, mélodie mortelle, il est toujours bon d’apprécier l’humour de Takeshi Kitano à sa juste valeur. Il embellit ainsi la sélection de Cannes Première d’un beau film d’époque, de son charisme légendaire et de son ton pince-sans-rire, qui rafraichissent l’audience d’un festival finissant sur une note ensoleillée.

Kubi de Takeshi Kitano est présenté à Cannes Première au Festival de Cannes 2023

Adaptation de l’ouvrage éponyme de Takeshi Kitano (2019)

Par Takeshi Kitano, Takehiko Minato
Avec Takeshi Kitano, Hidetoshi Nishijima, Ryô Kase
Prochainement / 2h 11min / Historique, Action, Drame

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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