Anna Karénine : le théâtre d’un drame

Russie, XIXe siècle. Anna Karénine vit aux côtés de son mari, Alexandre Alexandrovich, et de leur fils. Seulement, elle rencontre par la suite le jeune comte Vronsky : va-t-elle parvenir à réfréner ses désirs, ou se laissera-t-elle emporter face aux regards assassins de la société qui l’entoure ?

Lire l’article du Mag du Ciné sur le livre de Tolstoï ici. Dans le présent article, seul l’œuvre de Joe Wright est mise à l’honneur.

Le théâtre s’invite dans le cinéma 

La mise en scène d’Anna Karénine est somptueuse. Son originalité réside dans sa théâtralité : en effet, le film commence sur un rideau de théâtre qui se lève pour présenter le contexte historique de l’histoire. Le spectateur découvre ensuite Stiva Oblonski qui se fait raser sur scène, sous le feu des projecteurs. Puis les décors s’enchaînent, s’élèvent au plafond ou traversent la scène. La mise en scène est organique, vivante et dans le moment présent, avec des plans à la fois larges pour montrer le théâtre, et d’autres plus rapprochés pour faire croire à l’illusion du cinéma. Et comment ne pas citer le plan séquence sur Stiva dans son lieu de travail dans les premières minutes du film ! Des hommes se déplacent entre les bureaux, tandis que d’autres s’habillent, jouent de la musique et marchent sur scène (un autre fait même du vélo !). La perfection de l’enchaînement chorégraphié procure un émerveillement tout particulier. En même pas dix minutes, la couleur du film est annoncée.

Les regards

Les regards racontent tout. Dans un premier temps, entre Anna et le comte Vronsky, rien ne se dit et tout se contemple. Ils s’observent, s’apprivoisent, s’effraient même. Leur amour paraît impossible et le danger qui les expose les éloigne tout en les unissant. Ce paradoxe est souligné par les nombreux gros plans sur leur visage, comme s’ils étaient enfermés dans l’illusion de leur amour. Cependant, en plus des deux protagonistes, les regards de la société aristocratique ont toute leur importance. Cet effet se ressent particulièrement dans la séquence de course de cheval. Anna, effrayée à l’idée que son amant se blesse dans cette course, se ventile dès le début de celle-ci. Le son seul de l’éventail percute l’oreille du spectateur, et son mari observe Anna avec dédain à travers ses jumelles. Lorsqu’il chute, elle hurle son nom et tous les regards se tournent vers elle et l’assaillent. Le spectateur peut alors ressentir la puissance des regards et se sentir lui-même oppresser par ceux-ci.

Le bal et la musique 

Dario Marianelli, le compositeur des musiques du film, arrive à créer une ambiance absolument fantastique, empreinte à la fois de poésie, de légèreté, de nostalgie et de drame. Ces sentiments se mélangent notamment dans la scène de bal, lorsqu’Anna et le comte Vronsky décident finalement de s’accorder une danse commune. La musique vole ; elle épouse chaque mouvement, transperce les expressions des personnages, et plus que tout relie les deux êtres dans la mélodie de la danse.

Dans une scène du bal, la lumière sépare les deux protagonistes du reste des convives, voire du reste du monde, et les encercle dans l’instant présent, où il ne reste plus qu’eux. Le temps s’arrête. Elle en noir, lui en blanc, Vronsky présente l’allure d’un ange tombé du ciel, d’un être au-delà de l’humanité qui dépasse la sobriété d’Anna. Lorsque la lumière revient sur les convives, la caméra s’affole : elle-même ne sait plus où regarder. Elle tourne autour des danseurs, accentue l’effroi des visages (surtout celui de Kitty), tandis que la musique s’accélère et s’intensifie. Le rêve de la danse se transforme en cauchemar tourbillonnant.

Bande annonce : Anna Karénine

Fiche technique : Anna Karénine

  • Titre original : Anna Karenina
  • Réalisation : Joe Wright
  • Scénario : Tom Stoppard d’après Anna Karénine de Léon Tolstoï
  • Direction artistique : Thomas Brown
  • Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui
  • Décors : Katie Spencer
  • Costumes : Jacqueline Durran
  • Photographie : Seamus McGarvey
  • Son : John Casali
  • Montage : Melanie Oliver
  • Musique : Dario Marianelli
  • Production : Tim Bevan et Alexandra Ferguson
  • Société(s) de production : Working Title et Studiocanal
  • Société(s) de distribution : Universal Pictures
  • Pays d’origine : Royaume-Uni et France
  • Langue : anglais
  • Format : couleur
  • Genre : drame, historique
  • Durée : 130 minutes
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5

Festival

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