Spider-Man : Across the Spider-Verse – une expérience encore plus radicale

Après le miracle qu’était Spider-Man: Into the Spider-Verse, Miles Morales est enfin de retour. Le premier opus était une immense réussite de par ses prouesses d’animation et sa compréhension du matériel adapté. Les équipes de Sony Pictures Animation avaient donc face à elles un grand défi, qu’elles ont su relever haut la main, en transcendant le modèle du premier film, aussi bien d’un point de vue technique qu’émotionnel.

Frénésie des images et des sons…

Lors de sa sortie, Spider-man : Into the Spider-Verse avait pris tout le monde de court. Grâce à une animation d’une inventivité folle, le film a su tirer profit de toutes les techniques à sa disposition pour représenter de la meilleure manière le multiverse. Jusqu’alors, hormis le comics Spider-verse écrit par Dan Slott, l’idée de réunir à l’écran différents spider-men demeurait un véritable fantasme. Mais le film a su tirer profit de son concept en le transcendant, sans se contenter de l’utiliser en tant qu’outil commercial et de fan-service.

Désormais, le concept de multiverse est monnaie courante. Plusieurs longs-métrages ont essayé de surfer sur la vague engendrée par le film de 2018, mais tous ont échoué à cause d’une absence d’un propos lié à l’utilisation du concept. On pense directement, et malheureusement, à Spider-man No Way Home, qui n’avait rien à raconter, et s’est contenté de mettre en images un fantasme. Ce que les producteurs de Spider-Man Across the Spider-Verse semblent avoir compris, contrairement à d’autres, c’est que seules l’animation et sa grande richesse peuvent rendre justice à de telles ambitions.

Ainsi, cette suite arrive une nouvelle fois à éblouir visuellement. Chaque plan, chaque composition d’image semble être une révolution en soi. C’est un véritable bouillonnement créatif, le fruit de longues années de travail. Chaque personnage, ainsi que l’univers dont il provient, dispose d’une identité propre. Le multiverse justifie ainsi ce mélange des styles. Le film s’ouvre dans l’univers de Gwen Stacy, alias Spider-Gwen. Son monde s’illustre de couleurs en aquarelle, qui évoluent avec ses sentiments. De la même manière, de nouveaux personnages comme Miguel O’Hara, Spider-Man 2099, sont introduits. Venant d’un univers futuriste, son esthétique est très grandement inspirée par le cyberpunk.

La musique, déjà omniprésente dans le premier volet, participe elle aussi grandement à la création de l’univers du film. Ce n’est donc pas simplement visuellement, mais également via la bande originale que les personnages sont définis. Puisque Gwen est batteuse dans un groupe de rock, son univers s’imprègne des mêmes sonorités, faites de guitares et de percussions. Spider-Punk, nouveau venu lui aussi, se voit évidemment accompagné de musique du même genre. Mais le plus impressionnant réside dans les liens que les réalisateurs arrivent à tisser entre l’image et le son. Comme si chaque image provoquait un son ou inversement. Et là encore, l’animation y est pour beaucoup.

Au service d’un récit d’une grande richesse

Mais Spider-Man Across the Spider-Verse est plus qu’une simple expérience visuelle et sonore. Le récit du film en lui-même est très chargé et brasse énormément de thématiques. Désormais héros à plein temps, Miles Morales a grandi, et il essaie de tout gérer : les vilains, ses études, ses parents… Mais sur tous les fronts, il finit forcément par s’égarer. Cette charge mentale, bien trop importante pour un adolescent de 15 ans, est le cœur du récit. La frénésie du quotidien se traduit parfaitement dans la narration du film sur-rythmée. La fameuse devise «grands pouvoirs, grandes responsabilités» n’est jamais bien loin, mais demeure d’une efficacité redoutable sur le plan émotionnel.

Récit d’adolescents en pleins tourments, le film n’oublie pas d’accorder une grande importance aux parents. Témoin du mal-être de leurs enfants, ils paraissent parfois impuissants, et semblent avoir du mal à les laisser s’envoler de leurs propres ailes. Leurs échanges sont déchirants, tout comme les non-dits, qui s’expriment à travers les images dévoilant leurs sentiments. Malgré cette frénésie permanente, le long-métrage trouve toujours la juste tonalité. Les moments d’émotions ne sont jamais forcés, et l’humour est savamment dosé.

La dimension méta-textuelle du film, intrinsèquement liée au concept du multiverse, est elle aussi poussée à son paroxysme. Au cours du film, Miles rejoint une brigade de spider-men. C’est là qu’il comprend qu’il a en commun avec chacun d’eux des événements charnières, qui les ont façonnés. Mais tenter d’altérer ces événements peut modifier le cours des choses et troubler l’équilibre. Les héros ont donc conscientisé le lourd fléau que représentaient leurs pouvoirs. Mais pour Miles, il est inconcevable d’accepter cela. Il essaie alors une nouvelle fois de se transcender pour surmonter sa condition.

Première partie d’un diptyque, le long-métrage arrive tout de même à exister de manière autonome. Quand bien même sa fin abrupte laisse le spectateur désireux de replonger directement dans son univers, Spider-Man : Across the Spider-Verse est une grande réussite. Dans une industrie où la figure du super-héros est trop présente, il est bon de se rappeler ce qu’une bonne utilisation de celle-ci permet d’accomplir. Drôle, émouvant, d’une richesse visuelle et thématique folle, cette suite réussit le pari de surpasser son modèle en décuplant tout ce qu’il avait entrepris. Fort heureusement, l’attente sera cette fois bien moindre, la conclusion arrivant dans moins d’un an.

Spider-Man : Across the Spider-Verse – bande annonce

Spider-Man : Across the Spider-Verse – fiche technique

Réalisation : Kemp Powers, Joaquim Dos Santos et Justin K. Thompson
Scénario : Phil Lord, Chris Miller et Dave Callaham
Interprétation : Shameik Moore ( Miles Morales ), Hailee Steinfeld ( Gwen Stacy ), Oscar Isaac ( Miguel O’Hara ), Jake Johnson ( Peter B. Parker )
Direction artistique : Araiz Khalid
Musique : Daniel Pemberton
Montage : Mike Andrews
Production : Phil Lord, Chris Miller, Avi Arad, Amy Pascal et Christina Steinberg
Genre : Super-Héros, action
Société de distribution : Sony Pictures Releasing
Durée : 2h20
Pays : États-Unis
Date de sortie : 31 Mai 2023 ( France )

Spider-Man : Across the Spider-Verse – une expérience encore plus radicale
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4.5

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Pierre-Louis Goblet
Pierre-Louis Goblethttps://www.lemagducine.fr/
Ma passion pour le cinéma est née suite à mon visionnage de Blade Runner. Dès lors, j'ai su que je voulais faire du cinéma mon métier, et j'ai entamé mes études dans ce but. Je suis notamment passionné du Cinéma Asiatique en général, notamment du cinéma Hong-Kongais de la grande époque, mais mon éventail cinématographique est très vaste, allant de Wong Kar-Wai à Kieslowski, en passant par Richard Fleischer, Pedro Almodovar ou encore Satoshi Kon.

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