Festival de Gérardmer 2023 : Blood, Watcher et Piaffe

Les femmes sont à l’honneur en ce début de Festival de Gérardmer 2023, avec trois héroïnes et deux réalisatrices, pour des résultats malheureusement moyennement satisfaisants : le film d’ouverture, Blood, nous plonge dans l’horreur de voir son enfant malade, le voyeurisme nous guette avec Watcher, et l’expérimental fait son nid à Gérardmer avec Piaffe.

Compétition – Blood

Réalisé par Brad Anderson (Etats-Unis, 2023)

Une mère de deux enfants, fraîchement divorcée, emménage dans la maison de sa tante décédée, avec ses deux enfants, Owen et Tyler, et leur chien. Rapidement, les choses s’enveniment et Owen est mordu par son chien qui semble avoir changé. Le jeune garçon développe par la suite un certain attrait pour le sang.

Réalisé par l’auteur de The Machinist, le film fait évidemment penser à Morse, avec son enfant vampire dont le parent fait tout pour récupérer de quoi le « nourrir ». Le résultat est néanmoins bien loin du film de Tomas Alfredson, qui avait justement brillé à Gérardmer en 2009. Ici, il n’est pas question d’onirisme ni de sujets habilement développés du point de vue d’un enfant : le film est prévisible et convenu, comme s’il n’assumait pas son propos. De plus, les nombreuses incohérences permettant de faire avancer le scénario n’aident pas le film.

C’est dommage d’ailleurs, car au-delà de l’histoire d’une mère, ancienne junkie (et tout de même infirmière ?), qui cherche à tout prix à se racheter aux yeux de ces enfants et qui est une chose vue et revue, le film souhaite proposer quelque chose d’innovant. En effet, il s’agit d’un film sur le manque et l’introduction de l’addiction de l’enfant, allégorie de l’ancienne addiction aux opioïdes de sa mère, est bien amenée et véritablement dérangeante. Le film veut montrer de façon originale comment le manque transforme complètement l’individu, en usant de la figure du vampire.

Malheureusement, du point de vue technique, la réalisation est plate, usant toujours des mêmes mouvements de caméra, sans idées de mise en scène à part de réutiliser plusieurs fois les mêmes plans. Tout est filmé de trop près, en ne servant qu’a montrer ce qui se passe, sans chercher à offrir quelque chose de plus. La photographie est « anémique », surement pour coller au thème. En bref, le film est passable mais n’ose pas s’assumer ni sortir des sentiers bien tracés par ses prédécesseurs.

Compétition – Watcher 

Réalisé par Chloé Okuno (Etats-Unis, 2022)

Une ancienne actrice, Julia, part vivre avec son mari, Francis, en Roumanie après que ce dernier a obtenu un bon poste dans le pays natal de sa mère. Malheureusement, la solitude et la barrière de la langue n’aident pas Julia à trouver ses aises et l’impression d’être observée par l’un de ses voisins n’arrange pas les choses.

Il s’agit du premier long-métrage de Chloé Okuno, c’est donc l’occasion pour elle de présenter ses obsessions et sa façon d’appréhender le cinéma, avec évidemment un certain risque d’échec du fait du manque d’expérience. Commençons par ce qui fonctionne, à savoir la très bonne photographie qui permet un rendu visuel intéressant. Elle se voit cependant freinée par la mise en scène, parfois inspirée, mais souvent banale. Le film ressemble au final à un mélange entre Lost in Translation et Fenêtre sur cour, sans rien offrir de neuf par rapport à ses inspirations.

Le rythme du film est aussi un vrai défaut, en partie à cause du scénario cousu de fil blanc, sans que vienne interférer des fausses pistes crédibles. Le film veut trop en dire alors qu’il ne fait que répéter un message féministe qui vient du cœur mais qui finit par tomber dans le piège de la naïveté : le mari se fout des affaires de sa femme, les hommes ne sont en définitive d’aucune aide, et (SPOILER) le voisin bizarre ne peut qu’être un pervers meurtrier avec un visage de mangeur d’enfants.

Le film cherche à dénoncer la frustration sexuelle masculine qui pousserait certains hommes à agir de façon extrême envers les femmes. Ce thème est principalement appuyé par le parallèle entre les femmes du club de striptease se situant derrière des vitres, tout comme les femmes observées par le voisin son derrière une fenêtre : visible, mais inaccessible. La paranoïa finit par triompher, dans un film intéressant mais qui aurait pu être bien meilleur.

Compétition – Piaffe

Réalisé par Ann Oren (Allemagne, 2022)

Eva, jeune bruiteuse introvertie, doit reprendre le poste de sa sœur après que celle-ci a fait une dépression nerveuse. Très investie sur un spot publicitaire concernant l’équithérapie, une queue de cheval lui pousse, ce qui attire un botaniste avec qui elle entame une relation de soumission.

Premier vrai raté du festival, Piaffe est un film expérimental dont l’histoire importe moins que la proposition visuelle. Ce qui marque d’abord, c’est ce visuel donc, composé d’un cadrage 4/3 avec une photo vive et de la pellicule. Le rendu final donne l’impression de l’esthétique d’un clip, avec une insistance sur le bleu et le rouge, censée participer à développer le sujet de la transidentité, présents de différentes manières dans le film. D’autres thèmes sont développés, notamment l’érotisme et le fétichisme, sans que le résultat amène la profondeur escomptée.

Avec autant de tentatives visuelles, le film offre certains plans intéressants, comme le dernier, ce qui ne nous éloigne pourtant pas de l’idée d’un film de vendeur de chaussures. L’humour que produit le film ne semble pas toujours volontaire, tant les situations se veulent intenses, alors qu’on parle d’une femme avec une queue de cheval. Premier long-métrage d’une artiste, le film n’arrive pas à marquer comme il aurait voulu le faire, et s’avère être un four ayant poussé plusieurs personnes à quitter la salle. Dommage.

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