Maya : Mia Hansen-Love et le féminin au cinéma

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4.5

Avec Maya, sorti en 2018, Mia Hansen-Love partage de nouveau avec nous la destinée d’une jeune fille, mais sans en faire cette fois son héroïne principale. Sans être la « femme de l’ombre » de son héros, elle est un personnage à la fois indépendant et intimement lié au parcours de Gabriel. Un film solaire, malgré un sujet lourd de conséquences.

Portrait d’un jeune homme en feu

De feu, il sera question plusieurs fois dans le film : le feu qui n’anime plus la relation entre Gabriel et Naomi qui tente pourtant de raviver les flammes d’un amour terminé, le feu qui va naître progressivement entre Gabriel et Maya et qu’il tentera en vain d’éteindre ou encore le feu qui ravagera peu à peu une maison tant chérie. Et puis surtout Gabriel exerce son métier au front, sous le feu des balles ou des bombes parfois. Le film commence sur son corps nu, banal, qui se lave. Il retire peu à peu les oripeaux qui vont le faire retourner à la civilisation. Déjà, son visage barbu change du tout au tout quand il se rase. Plus tard, on le retrouve sur le tarmac d’un aéroport sous le feu des projecteurs. En quelques images simples, Mia Hansen-Love film le retour de deux ex-otages en Syrie. Ils sont fêtés en héros, mais comme bien souvent, il faut se reconstruire avec le traumatisme. Très vite cependant on comprend que l’enjeu de Mia Hansen-Love est ailleurs : il ne sera pas question de traumatisme mais uniquement de chemin à construire. D’ailleurs, son personnage le dit clairement, il ne veut pas être une victime, être bloqué dans ce statut. Il décide donc très vite, et la réalisatrice aussi par la même occasion, de quitter Paris pour l’Inde. Le chapitre du retour au pays est assez vite achevé. Pour Gabriel, la vie n’est pas finie, figée. L’objectif en sourdine est de repartir en reportage bien entendu, mais avant il y a une phase bien particulière qui s’ouvre à lui.

« Plus on monte, plus on va vers la légèreté, le féminin »

Alors qu’il débarque en Inde, Gabriel regarde le pays avec des yeux neufs, mais pas d’angélisme ou de tourisme. L’Inde que filme Mia Hansen-Love est l’occasion d’un voyage dans de beaux paysages, mais c’est aussi un discours sur la corruption. Il n’est pas question d’aller dans des temples ou, pour le personnage principal, de trouver une spiritualité clichée, on n’est dans Un + Une. L’intérêt pour Gabriel est de retrouver une part de son enfance, il a vécu en Inde jusqu’à ses 7 ans, et de se réconcilier avec cette part. Mais surtout, il est question pour lui d’explorer cette part et au-delà d’elle, de la dépasser, pour construire une nouvelle histoire. La lenteur, la douceur et la pudeur sont encore une fois les marques de fabrique de la réalisatrice, on voit donc très souvent les personnages marcher ou encore se déplacer à vélo, en scooter. La mise en route du corps, sa déambulation dans l’espace de la ville, dans des sites magnifiques ou face à de beaux paysages, est la forme de liberté la plus pure, la plus simple et souvent la plus difficile à abandonner, que Mia Hanse-Love développe depuis toujours. Elle dit tout simplement qu’il n’y a pas le choix, pour se reconstruire, il faut avancer.

Les premiers, les derniers 

En mettant en présence de Gabriel, la jeune Maya, Mia Hansen-Love lui donne l’occasion de rencontrer la beauté, la douceur et l’avenir tout à la fois. Maya donne son titre au film, c’est un personnage totalement indépendant avec ses propres désirs : ne pas renoncer aux rêves que l’on s’est forgés, avancer et bâtir dans le respect si possible de l’Inde telle qu’elle la connaît. Toute la subtilité du film est d’en faire un personnage secondaire et pourtant essentiel, capital même. Un personnage qui révèle autant la beauté de Gabriel que sa lâcheté, ou plutôt sa dureté. Mais Maya ne flanche pas, elle se montre digne. Ce n’est qu’une jeune fille mais déjà sûre de ce qu’elle ne veut pas être, à l’image de Mariem dans Bande de filles. Ainsi, Mia Hansen-Love fait dire à un personnage un peu le leitmotiv de son film, de son oeuvre « plus on monte, plus on va vers la légèreté, le féminin » dit Maya lorsqu’elle fait visiter à Gabriel les ruines d’un temple. La société telle qu’elle est vue par Mia Hansen-Love est faite de la force, de la fragilité, de la légèreté, tout est inextricablement lié, ici pour faire tenir un bâtiment symboliquement, mais aussi pour représenter la vie plus largement.

Quand une voix s’élève …

Au final, Gabriel poursuit son parcours, dessine des lignes étroites entre lui et le monde qu’il a un temps quitté sans le vouloir, mais pour mieux le retrouver. Tout cela est baigné par une douce lumière, une latence, quelque chose qui laisse entrer le temps, la liberté d’observer, celui nécessaire pour dresser un portrait. Maya et Gabriel ne sont que deux lignes qui s’entrecroisent à un moment donné, s’observent, sans se juger. Au final, Maya est le fil qui va relier Gabriel plus solidement au monde et il y demeurera sur le pied de guerre, incapable de se poser vraiment, prêt à repartir… Dans cette belle partition, Mia Hansen-Love fait de nouveau confiance à Roman Kolinka (déjà présent aux côtés d’Isabelle Huppert dans L’Avenir, mais aussi dans Eden) dont elle décrit « une forme de pudeur, son charisme, sa dureté », mais aussi à la lumineuse et étonnante Aarshi Banerjee (qu’elle décrit, elle comme « lumineuse, simple, profonde » et dont la « manière d’être au monde » a inspiré l’écriture du scénario) qui complète parfaitement la prestation rapide mais marquante de Judith Chelma (Naomi) au début du film dont la voix s’élevant, et qui faisait frémir Gabriel, nous hante longtemps, à l’image d’un autre chant de femmes autour d’un feu.

Maya : Bande annonce

Maya : Fiche Technique

Synopsis : Décembre 2012, après quatre mois de captivité en Syrie, deux journalistes français sont libérés, dont Gabriel, trentenaire.
Après une journée passée entre interrogatoires et examens, Gabriel peut revoir ses proches : son père, son ex-petite amie, Naomi. Sa mère, elle, vit en Inde, où Gabriel a grandi. Mais elle a coupé les ponts.
Quelques semaines plus tard, voulant rompre avec sa vie d’avant, Gabriel décide de partir à Goa. Il s’installe dans la maison de son enfance et fait la connaissance de Maya, une jeune indienne.

Réalisation : Mia Hansen-Love
Scénario : Mia Hansen-Love
Interprètes : Roman Kolinka, Aarshi Banerjee, Alex Descas, Judith Chelma
Photographie : Hélène Louvart
Montage : Marion Monnier
Producteurs : Philippe Martin, David Thion, Gerhard Meixner, Roman Paul, Olivier Père, Sandrine Dumas, Déborah Benattar
Sociétés de production :  Les films Pélléas, Razor Films, Arte France Cinéma
Distributeur : Les films du Losange
Date de sortie : 19 décembre 2018
Genre : Drame
Durée : 105 minutes

France – Allemagne – 2018

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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