Le Discours de Laurent Tirard: une comédie inventive et ciselée qui tourne court

2.5

Le Discours, que Fabcaro jugeait lui-même inadaptable (c’est bien de son roman que le film est tiré) est finalement devenu un film, réalisé par Laurent Tirard. L’écueil que l’auteur envisageait est bien là, le dispositif est séduisant mais tourne parfois un peu en rond. Car en laissant sortir ce flot de paroles, de pensées, Le Discours s’appauvrit un peu en cinéma, en images et en émotion. Cela reste tout de même au-dessus de la mêlée des comédies françaises actuelles, mais un peu loin du potentiel comique du travail de Fabcaro.

Dans la tête d’Adrien

Adrien est non seulement coincé par la demande de discours de son beau-frère, mais il l’est aussi dans sa vie. Si sa pensée va à toute vitesse, il ne dit rien de ce qu’il pense. Pire, il est presque transparent. Si peu propice à dire ce qu’il aime, qu’on lui offre chaque année une encyclopédie différente, sur des sujets aussi variés que ses goûts pourraient l’être. En somme, s’il nous dit tout à nous, spectateurs, et qu’il est maître de la mise en scène, en vérité, il est effacé. Sa nervosité est le moteur du film et Benjamin Lavernhe s’en amuse avec délectation. Il est la grande réussite de ce film souvent inventif. Son défaut cependant réside dans la manière dont il fige les personnages comme sur une scène de théâtre. L’enjeu n’est pas tant physique que discursif, ce qui peine parfois à relancer la machine, malgré le côté cartoonesque du rendu. La force du film est son côté narratif éclaté, jamais linéaire, qui joue justement avec l’effet de la pensée et part dans tous les sens. On revient en arrière, on s’immobilise sur un détail. C’est un dîner de famille comme le cinéma en produit beaucoup mais celui-ci est transformé en un défi, il dure, il reprend là où on l’avait laissé. Et surtout, il permet à Adrien de se laisser surprendre.

De soi à soi

En effet, dans la mécanique bien huilée de sa pensée, Adrien doit laisser la place à l’inattendu et remettre ainsi plusieurs fois ses plans en cause. Tout l’enjeu est de savoir si le discours que prononcera ce personnage introverti saura le sortir de ses petites fiches préparées et de ses habitudes. Le film justement tente en permanence de sortir du cadre, d’aller un peu à droite, un peu à gauche, dans une impression de fouillis maîtrisé. L’impression surtout que ce repas ne va jamais finir, que personne n’a rien à se dire, mais que pourtant chacun se doit d’avoir un rôle à jouer. Cette comédie humaine suffit à créer une tension toute relative. L’enjeu est ailleurs : se targuer d’être dans la tête d’un personnage pour tirer vers l’absurde, l’obsessionnel. C’est comme anticiper ce qui va être dit et que cela devienne drôle parce que c’était prévu, attendu. L’absence de surprise devient le moteur du comique dans l’esprit d’Adrien. Il s’y réfugie pour n’avoir pas à penser à ces quelques mots qu’il devra prononcer et à travers lesquels il se voudrait héroïque. Cette demande le renvoie à sa propre banalité, sa méconnaissance de sa sœur, de sa famille qu’il croit pourtant connaître au millimètre près. Et puis, on s’aperçoit très vite que que l’on tourne de plus en plus en rond dans une réflexion qui , quoi qu’il arrive , n’aura pas d’issue . Enfin si, le fameux discours, dont on n’attend plus grand chose. Adrien est tellement persuadé que rien ne peut changer, que finalement le film fait du sur-place avec lui. Alors oui, c’est un joli moment entrainant et parfois inventif, mais qui au final raconte quelque chose de vague, comme une ritournelle qui passe et qui s’en va…

Laurent Tirard a voulu un film un peu novateur, avec dit-il un budget plus raisonnable (que ses précédentes réalisations comme Astérix et Obélix : au service de sa majesté ou encore Le retour du héros). Ce dispositif resserré, convainc au début, un peu à la manière de The Father, mais faute d’un renouvellement d’enjeu, le soufflet s’estompe rapidement. Le Discours est dans le travail de Fabcaro bien en dessous d’un Zai Zai Zai dont l’adaptation ciné est attendue elle aussi et sera, espérons-le, un peu plus intéressante.

Le Discours : Bande annonce

Le Discours : Fiche technique

Synopsis : Adrien est coincé. Coincé à un dîner de famille où papa ressort la même anecdote que d’habitude, maman ressert le sempiternel gigot et Sophie, sa soeur, écoute son futur mari comme s’il était Einstein. Alors il attend. Il attend que Sonia réponde à son sms, et mette fin à la « pause » qu’elle lui fait subir depuis un mois. Mais elle ne répond pas. Et pour couronner le tout, voilà que Ludo, son futur beau-frère, lui demande de faire un discours au mariage… Oh putain, il ne l’avait pas vu venir, celle-là ! L’angoisse d’Adrien vire à la panique. Mais si ce discours était finalement la meilleure chose qui puisse lui arriver ?

Réalisateur : Laurent Tirard
Scénario : Laurent Tirard d’après l’œuvre de Fabcaroµ
Interprètes: Benjamin Lavernhe, Sara Giraudeau, Kyan Khojandi, Julia Piaton, François Morel, Guilaine Londez, Sebastien Chassagne
Photographie: Emmanuel Soyer
Montage : Valérie Deseine
Sociétés de production : Les Films sur mesure, Scope Pictures, Le Pacte,  France 2 Cinema
Distributeur : Le Pacte
Genre : comédie
Durée : 88 minutes
Date de sortie : 9 juin 2021

Festival

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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