Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée : Critique du film

Dallas Buyers Club un film porté par Matthew McConaughey et Jared Leto : Du Rodéo du Cow-boy au road-movie humaniste

Le film, réalisé par Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y, Café de Flore) à partir d’un script écrit par Craig Borten et Melisa Wallack est Lauréat des Golden Globes. Dallas Buyers Club est également nominée aux Oscars dans six catégories dont meilleur film et meilleurs acteurs dans un drame (Matthew McConaughey premier et Jared Leto second rôle). Il raconte l’histoire de Ron Woodroof, un électricien et un cavalier de rodéo au Texas.

Ron est un hétérosexuel vivant à 100 à l’heure, redneck homophobe, fan de rodéos, appréciant la compagnie des femmes, de l’alcool tout en sniffant occasionnellement une ligne de coke. Confronté du jour au lendemain à la maladie du sida, ce cow-boy Texan, rugueux, shooté à l’adrénaline, entame un long parcours initiatique vers l’altruisme, le respect de l’autre, la compassion et la tolérance. Il se métamorphose comme être pour embrasser une cause plus grande que lui, sans jamais perdre entièrement son côté sauvage ni sa fugueuse joie de vivre.

Dallas Buyers Club est une plongée sinistre dans une époque terrifiante ou la FDA, (Food Drug Administration) est au service mercantile des Big Pharma et autres institutions cyniques préférant injecter des doses mortelles d’AZT plutôt que de mettre sur le marché des médicaments potentiellement capable de sauver la vie de ses malades. Le film montre qu’avec les remèdes alternatifs vitamines et peptide T, les malades avaient une espérance de vie supérieure à ceux traités avec les molécules mises sur le marché par l’industrie pharmaceutique, toujours en croisade contre ceux qu’elles voient comme une menace contre ses intérêts faramineux. Soulignons aussi l’inexistence en ce début de 21ème siècle du droit de choisir son traitement.

Ce récit n’est pas qu’un édifiant réquisitoire à l’encontre d’un système bafouant le serment d’Hippocrate, il peint la métamorphose physique doublée d’une rédemption psychologique à travers une rencontre avec un transsexuel flamboyant, Rayan (Jared Leto) qui deviendra l’associé de Woodroof dans son combat épique face à ce système inique. L’indomptable cowboy devient un voyageur de la médecine parallèle, et fonde un club d’acheteurs à Dallas, (d’où le titre Dallas Buyers Club), basé sur un système de cotisation permettant d’alimenter tous les gays de Dallas de ses pilules miracle.

Ce Biopic poignant sur les pires années du Sida est filmé caméra à l’épaule dans un style direct, quasi-documentaire, où l’ampleur de l’épidémie du sida est suggérée par quelques chambres dans un motel minable, une file d’attente interminable devant la porte du siège du club…Dallas Buyers Club évite le pathos pour adopter une approche elliptique, presque poétique de la vie qu’elle dépeint avec des pointes d’humours et un clin d’œil sentimental sous la forme d’une romance possible entre Woodroof et l’un des rares médecins compatissants Jennifer Garner séduite par ce personnage renversant d’humanisme renfrogné, à l’infatigable bagout.

Après, Philadelphia de Jonathan Demme, le récent Effets secondaires de Soderbergh, Dallas Buyers Club s’attaque au même sujet sous un autre angle, il conte un drame humain, une rage de vivre, porté par un casting époustouflant, Matthew McConaughey (Ron Woodroof), tout simplement méconnaissable, donne vie à son personnage aussi sur le plan physique (perte de poids spectaculaire 22 kilos en moins) que dans les mouvements, la gestuelle.. L’acteur que l’on a pu voir dans « Killer Joe », « Paperboy » et plus récemment Mud, « True detective », et une petite apparition mémorable dans Le loup de Wall Street dégage un charisme puissant tout en apportant une véritable profondeur au personnage.

La prestation de Jared Letoest aussi l’attraction phare du film, il livre un transsexuel solaire et spectaculaire, une interprétation bouleversante jusqu’à l’ultime scène déchirante. Une œuvre d’une grande richesse, même si la réalisation reste plutôt classique, la prestation de ce duo de comédiens éblouissants reflètent l’énorme qualité du film.

Synopsis : 1986, Dallas, Texas, une histoire vraie. Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c’est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d’autres malades en quête de guérison : le Dallas Buyers Club est né. Mais son succès gêne, Ron doit s’engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales. C’est son combat pour une nouvelle cause… et pour sa propre vie.

Dallas Buyers Club : Bande-annonce

Fiche Technique Dallas Buyers Club

Réalisateur(s) : Jean-Marc Vallée
Scénariste(s ): Craig Borten, Melisa Wallack
Acteurs : Matthew McConaughey (Ron Woodroof), Jennifer Garner (Eve), Denis O’Hare (Dr. Sevard), Steve Zahn (Tucker), Michael O’Neill (Richard Barkley), Dallas Roberts (David Wayne), Griffin Dunne (Dr. Vass), Kevin Rankin (T. J.) et Jared Leto (Rayon)
Directeur de la photographie : Yves Bélanger
Genre : Biopic, Drame
Date de sortie : 29 janvier 2014
Pays : États-Unis
Budget : 5 500 000 $
Durée : 1h 57
Photographie : Yves Bélanger
Montage : John Mac McMurphy
Musique : Danny Elfman
Costumes : Kurt and Bart
Décors : John Paino
Producteur : Voltage Pictures, Evolution Independent
Distributeur : UGC Distribution

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.