Blue Summer (A Song Sung Blue), par une Chinoise de 26 ans

A Harbin (nord-est de la Chine) aujourd’hui, Xian, adolescente de 15 ans vit avec sa mère, médecin dans un hôpital. Pour raison professionnelle, la mère part pour l’été en Afrique et laisse Xian chez son père.

On se pose quelques questions qui n’ont qu’une importance relative, mais révélatrice de ce que montre et ne montre pas ce premier long métrage de la Chinoise Gěng Zi-Hán. Ainsi, le début passe rapidement sur la situation de Xian (Zhōu Měi-Jūn) avec sa mère (Jing Liang), dont on apprend plus tard qu’elle travaille beaucoup et ne parle jamais de sa vie personnelle. Xian est assez catastrophée de devoir passer l’été chez son père (Long Liang) qu’elle n’a pas revu depuis un bout de temps et donc sortir de sa zone de confort. Mal dans sa peau et réservée, l’adolescente arbore sur son front des boutons issus d’une réaction allergique et elle n’apprécie pas trop les photos tendance glamour exposées dans le studio de son père. Alors, quand après avoir remarqué qu’elle a grandi, il l’appelle comme avant « La Pisseuse », l’agacement gagne l’adolescente. Mais c’est très révélateur du caractère du père, photographe. Lui est du genre introverti, habitué à mettre à l’aise ses clients pour prendre des photos avec des poses naturelles. Et puis, quelle est la situation exacte entre les parents de Xian : sont-ils divorcés, séparés, depuis quand et pourquoi ?

Xian et Mingmei

Chez son père, Xian fait rapidement la connaissance de Mingmei (Ziqi Huang), jeune femme d’environ 22 ans, très sûre d’elle et du charme qu’elle exerce. En effet, elle fréquente un homme marié et elle sait qu’elle plaît. Même si elle considère qu’elle n’a que peu d’amis (suffisamment pour jouer à un jeu de cartes japonais désigné comme le Jeu des fleurs), elle côtoie quand même pas mal de monde. Suite à une altercation avec sa mère, Mingmei s’installe naturellement chez le père de Xian. Mais, qu’est-ce qui relie l’un à l’autre ? Faut-il la croire, quand Mingmei présente Xian à des amis comme étant sa petite sœur ? Ou bien lorsqu’elle confie à Xian que son père l’amuse et qu’elle aurait pu sortir avec lui s’il était plus jeune ? Parmi d’autres, ces détails émergent au fur et à mesure. La complicité entre Xian et Mingmei s’épanouit à force de situations vécues en commun et de confidences échangées (elles dorment dans la même chambre, sur un grand lit, Xian avec son ours en peluche). Bien évidemment, la jeune femme en mesure de faire des plans pour son avenir fascine l’adolescente timorée qui se cherche. Cela n’empêchera pas Xian de se révéler capable de coups d’éclats assez inattendus. La séduisante Mingmei est habituée à obtenir assez facilement ce qu’elle veut. Ainsi, elle peut gagner de l’argent en posant et elle est en passe de devenir hôtesse de l’air, ce qui devrait lui permettre d’économiser les 30 000 yuans nécessaires pour s’installer à son compte comme commerçante. Quant à Xian, elle sent bien qu’elle ne dégage pas la séduction de son amie. Mais, sa fréquentation influe la jeune fille effacée et très sensible qui, de temps en temps, se laisse aller, au risque de choquer son entourage et même de perdre Mingmei. Ce qui rapproche Mingmei et Xian, c’est la façon dont les hommes cherchent à les conquérir, avec des cadeaux de valeur (présence du capitalisme en Chine et son influence matérialiste) et les étonnantes conséquences que cela entraîne. Ce sera d’ailleurs l’occasion pour Xian de révéler son caractère impulsif mais également calculateur, auprès de celui qui s’intéresse à elle. D’abord gênée, elle tente de profiter de la situation.

Bonne volonté et petits défauts

Un premier film avec les qualités (aspect esthétique réussi) et les défauts inhérents à ce genre. Parmi les détails qui font tiquer, le fait que visiblement Xian n’ait pas vu son père depuis longtemps quand elle vient s’installer chez lui, alors qu’il n’habite pas bien loin puisque la jeune fille n’a pas besoin de changer d’école. On constate aussi que certaines péripéties tombent comme un cheveu sur la soupe. Il manque le détail annonciateur pour éviter ces fausses ellipses (dont deux qui apportent des éléments essentiels), la réalisatrice privilégiant un minutage raisonnable (1h32). Autre point confus, Xian a beaucoup de temps libre (qu’elle passe donc essentiellement avec MingMei), mais on la voit à l’école où son père l’accompagne (excluant donc l’interprétation sous forme de flashback). Si le scénario (cosigné Gěng Zi-Hán et Liú Yi-Níng) manque un peu d’originalité et pêche sur quelques points de détail, il donne de l’épaisseur à la relation entre Xian et Mingmei dont les caractères se dévoilent progressivement. La réalisation est plutôt sobre, avec notamment des mouvements de caméras discrets qui mènent notre regard naturellement vers le détail voulu. Zijia Huang et Hank Lee signent une musique adaptée, à laquelle il faut ajouter les scènes de la chorale de l’école à laquelle Xian participe et une chanson sentimentale accompagnant le générique de fin. On note que le film ne comporte que peu d’extérieurs et donc de plans larges. On finit quand même par réaliser que le père habite dans un quartier particulier, son magasin situé sur une sorte de mezzanine d’un centre commercial. La fin est assez intéressante, car la mère de Xian rentre plus tôt que prévu… laissant la jeune fille à nouveau désemparée, avant une nouvelle surprise qui bouleverse la donne pour conclure. Au chapitre des petits questionnements, on remarque que les sous-titres utilisent deux couleurs, signalant deux langages dans les dialogues (le second étant le coréen, point que les chinois perçoivent mais qui ne fonctionne pas pour les spectateurs francophones). Un film présenté à la Quinzaine des cinéastes du festival de Cannes 2023.

Bande-annonce : Blue Summer (A Song Sung Blue)

https://vimeo.com/868265235?share=copy

Fiche technique : Blue Summer (A Song Sung Blue)

Titre original : Xiǎo bái chuán (Chine)
Titre international : Blue Summer
Langues : mandarin et coréen
Réalisatrice : Gěng Zi-Hán
Scénaristes : Gěng Zi-Hán et Liú Yì-Níng
Sortie française : le 20 mars 2024 – 1h32
Production : The Seventh Art Pictures
Directeur de la photographie : Hao Jiayue
Musique originale : Zijia Huang et Hank Lee
Distribution France : Bodega Films
Avec :
Zhōu Měi-Jūn : Xian
Ziqi Huang : Mingmei
Long Liang : père de Xian
Jing Liang : mère de Xian

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.