Bad Boys for Life, un film de Adil El Arbi et Bilall Fallah : It’s time to be good

La troisième fois est la bonne pour la saga Bad Boys, qui sans Michael Bay parvient à trouver son rythme de croisière dans un Bad Boy for Life plus digeste, mature et ludique qui sent bon le buddy movie old school des années 90 et donne un second souffle au divertissement à l’ancienne.

Synopsis : Alors que Marcus Burnett est devenu grand-père et s’apprête à raccrocher, ses plans se voient contrariés lorsque Mike Lowrey est la cible d’un mystérieux tueur, Armando. Ce dernier agit sur les ordres de sa mère Isabel Aretas, assoiffée de vengeance.

On n’aurait pas misé gros sur ce Bad Boys for Life qui est issu d’une production chaotique où il aura fallu attendre 17 ans, ainsi que de nombreux faux départs, pour avoir la suite du fulgurant mais indigeste Bad Boys 2. En soi, la franchise n’a jamais réussi à vraiment se montrer satisfaisante entre un premier film efficace mais qui a assez mal vieilli et une suite boursouflée où Bay était en roue libre totale en signant un opus énervé, dantesque et esthétiquement virtuose mais au service d’un rythme éreintant et chaotique et d’une histoire emplie de mauvais goût et d’une bêtise abyssale. Son départ de la franchise laissant donc dans le flou quant à l’avenir de celle-ci tant son style outrancier semblait être devenu indissociable des Bad Boys.  Mais les craintes s’étaient quelque peu dissipées quand ce fut Joe Carnahan qui fut rattaché à la licence, lui qui est un cinéaste plus mature mais tout aussi viscéral qui aurait pu amener ce troisième Bad Boys vers de nouveaux horizons. C’était sans compter un Will Smith devenu garant de la saga et qui préféra se séparer du réalisateur pour retravailler son script et le confier à deux jeunes réalisateurs belges, Adil El Arbi et Bilall Fallah, à la carrière montante après s’être faits remarquer avec leurs films Black et Gangsta.

La décision a de quoi faire peur car il est monnaie courante qu’Hollywood laisse leur chance à de jeunes cinéastes européens, désireux d’en découdre mais peut enclin à s’affirmer devant la grosse machine hollywoodienne, pour honorer ce genre de films de commandes qui ont tendance à s’imposer comme des produits assez génériques. Et la scène d’ouverture de ce Bad Boys for Life n’est pas pour nous rassurer tant Adil et Bilall tente maladroitement de singer Michael Bay au cours d’une course poursuite mal découpée, narrativement ridicule et filmée avec un statisme mollasson qui confirme que le duo n’a pas les mêmes talents de technicien que leur prédécesseur. Les 5 premières minutes de ce Bad Boys ont de quoi faire peur, mais ensuite la magie opère dans la scène qui vient introduire les antagonistes du film. Assumant totalement leur délire mystique de la méchante sorcière, antagoniste principale surnommée la Bruja (sorcière en espagnol), ils l’introduisent dans une scène aux accents délicieusement caricaturaux rappelant l’iconographie over the top des bad guys de films d’action des années 90, mais surtout les deux réalisateurs articulent autour de ça une scène brutale et savamment construite qui porte toute les intentions visuelles du film. Plus esthétisé et baroque que les deux précédents films, Bad Boys for Life se voit très clairement marqué par la patte visuelle de Adil et Billal, nettement plus coloré et qui se traduit même dans une très bonne séquence de fusillade qui se déroule dans un garage sous une fumée rose flashy qui renvoie à l’esthétique soignée de Gangsta. La latitude laissée aux deux réalisateurs fait plaisir à voir tant ces derniers en profitent pour offrir un spectacle créatif, avec une très belle photographie. Ils composent des plans inspirés et parfois même assez inventifs pour dynamiser chaque scènes d’action en y apportant une idée neuve et souvent rarement vue ailleurs. La forme en devient que plus ludique et parvient à créer sa propre identité, qui sied bien mieux à l’univers des Bad Boys car bien plus digeste. Surtout qu’Adil et Billal n’édulcorent jamais la formule, ici chaque impact de balle crée une explosion de sang, les coups sont brutaux dans des chorégraphies expertes et l’ensemble préfère les effets spéciaux pratiques au tout numérique. On n’évite pas quelques fonds verts approximatifs mais le fait-main reste majoritaire, ce qui nous offre un tout terriblement efficace qui rappelle les buddy movies d’il y a 30 ans.

Même le scénario est ici plus convaincant. Malgré un retravail, bon nombre d’idées du script de Carnahan ont été conservées notamment dans les quelques élans de maturité et de noirceur injectés dans l’histoire. C’est même la première fois dans Bad Boys que des enjeux aussi intéressants sont amenés, surtout que ceux-ci ne ménagent jamais les personnages, ce qui amène quelques développements bienvenus et une imprévisibilité réjouissante. Après, l’ensemble n’est pas non plus révolutionnaire et il faut reconnaître que certains rebondissements sortent tout droit d’une télénovela mais le film en a conscience et parvient à se moquer habilement tout en apportant une crédibilité qui permet de nous maintenir dans l’intrigue et à laquelle on continue de croire. L’équilibre est fragile et c’est d’autant plus honorable de voir que jamais le film ne trébuche, même sur ses idées les plus casse-gueules. De plus, il ajoute une équipe de jeunots très stéréotypés mais suffisamment bien définis et traités pour être attachants, ce qui permet de donner plus de relief au duo principal. Surtout que celui-ci perd un peu de sa verve, entre les états d’âmes, qui sortent un peu de nulle part, du personnage de Will Smith et la crise de foi ridicule de Martin Lawrence, on peine à voir en quoi ils sont encore des bad boys et le film tend à virer vers un discours puritain malvenu. L’humour est d’ailleurs terriblement raté, même si pour la saga c’est une constance car elle a souvent été très lourde sur ce point, et affecte à de trop nombreuses reprises la pérennité de l’intrigue tant on sent que les scénaristes ne savent plus quoi faire de Martin Lawrence. Véritable boulet du film, son personnage n’est jamais drôle et n’est plus qu’un incompétent terriblement gênant et un frein agaçant au récit dont même l’acteur semble ici fatigué. Will Smith sauve un peu les meubles et fait convenablement le job, accompagné d’un cast secondaire plutôt convaincant.

Bad Boys for Life est plus qu’une agréable surprise, il est le meilleur opus de la franchise en plus d’être un film d’action diablement efficace. Certes, certains défauts de la saga persistent, notamment sur son humour totalement à la ramasse, mais on se retrouve face à un film plus mature et digeste. Il se montre paradoxalement plus sage et convenu, ce qui décevra les amateurs du délire névrotique et virtuose de Bay sur le deuxième opus, mais cela rendait l’entreprise d’autant plus fascinante que franchement mauvaise. Ici, Adil et Bilall n’ont en plus pas à souffrir de la comparaison en dehors de la bancale scène d’ouverture car ils parviennent à imposer une patte graphique qui leur est propre tout en parsemant le film d’idées de mise en scène réjouissantes qui font de Bad Boys for Life un divertissement abouti et terriblement ludique. On n’aurait pas cru dire ça de la saga un jour, mais force est de constater que ce troisième film est une réussite au point même d’accueillir volontiers l’idée d’une autre suite.

Bad Boys for Life : Bande annonce

Bad Boys for Life : Fiche technique

Réalisation : Adil El Arbi et Bilall Fallah
Scénario : Chris Bremner, Peter Craig et Joe Carnahan, d’après une histoire de Peter Craig et Joe Carnahan et d’après les personnages créés par George Gallo
Casting : Will Smith, Martin Lawrence, Paola Núñez, Joe Pantoliano, Vanessa Hudgens, …
Décors : Jon Billington
Photographie : Robrecht Heyvaert
Montage : Dan Lebental et Peter McNulty
Musique : Lorne Balfe
Producteurs : Jerry Bruckheimer, Will Smith et Doug Belgrad
Production : Don Simpson/Jerry Bruckheimer Films, Columbia Pictures et 2.0 Entertainment
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 124 minutes
Genre : Action
Dates de sortie : 22 janvier 2020

États-Unis – 2020

Note des lecteurs1 Note
3.5

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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