« TMNT : L’Invasion des Tricératons » : les balles d’abord, les mots ensuite

Nouvel opus des Tortues Ninja aux éditions HiComics. « L’Invasion des Tricératons » se déploie sur fond de panique générale : des créatures extraterrestres pacifiques débarquent sur terre et sont accueillies, bien malgré elles, par une violence exacerbée…

Alors qu’elles reviennent à peine d’un voyage dans la Dimension X, les Tortues voient les Tricératons se rappeler à leur bon souvenir. Réduits en esclavage par Krang et ses sbires, ces dinosaures mutants aspirent à retrouver leurs terres originelles, sauf que les autorités y étant en place ne l’entendent pas de cette oreille. La Force de Protection de la Terre et l’agent John Bishop s’opposent ainsi violemment à la commandante Zom et les siens. Les Tricératons ont beau venir en paix, ils devront faire face aux félonies et attaques des hommes, sur fond de panique, morale et générale.

Cette incommunicabilité doublée d’une xénophobie forcenée n’est pas la seule critique fondue dans « L’Invasion des Tricératons », puisque plusieurs institutions en prennent pour leur grade. Le reporter Burne Thompson s’époumone en direct, avec sensationnalisme. « Ils ne font plus que lire des scripts pour répandre le message que les propriétaires des chaînes veulent faire passer », commente, las, John, le père d’April. Et ce n’est certainement pas l’élévation du Docteur Stockman au rang de héros qui revalorisera la profession à ses yeux. Les élus font l’objet de pareille défiance, puisque l’un des leurs se laisse manipuler par Bishop et lui assure carte blanche dans la gestion de la prétendue invasion des Tricératons. Il n’en faut pas plus pour que Manhattan se transforme en véritable zone de guerre, extraterrestres, FPT, Tortues, Dragons Pourpres ou encore clan Foot ayant successivement voix au chapitre. Raph’ résume bien la situation quand il évoque « ces fous (qui) visent tout ce qui bouge sans distinction ». Rarement la nature humaine, dans ce qu’elle a de plus belliqueux et irrationnel, n’aura été si bien mise à nu dans l’univers TMNT. Il suffit d’ailleurs de voir à quel point l’agent Bishop est content de « se salir les mains » pour comprendre le message critique sous-jacent.

Haletant, dépourvu de temps mort et choral, « L’Invasion des Tricératons » met aussi aux prises les Tortues et leur père, Splinter, désormais à la tête du clan Foot. Des divergences de vues poussent les quatre frères à se mettre au travers du chemin de leur maître. Ce dernier cherche à annihiler les Tricératons, tandis que Leo et les autres s’échinent à trouver une issue diplomatique à la crise. À cette occasion, de nouveaux schismes apparaissent dans la famille, ce qui donnera du grain à moudre aux auteurs pour les épisodes futurs. D’un côté, Splinter semble infantiliser les Tortues ; de l’autre, ces dernières peinent à accepter son départ pour le clan Foot et ses nouvelles méthodes, pour le moins expéditives. Quoi qu’il en soit, cette mise en question des institutions (médiatiques, politiques, policières, familiales) vient doubler les coutures narratives d’un épisode rythmé et spectaculaire, par ailleurs toujours excellemment mis en images.

TMNT : L’Invasion des Tricératons, Kevin Eastman, Tom Waltz, Damian Couceiro et Bram Revel
HiComics, janvier 2022, 136 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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